L’étreinte, le baiser et la caresse

Malgré un titre à l’apparence racoleuse, ce billet ne traite nullement des différentes formes de l’amour courtois, mais des relations plutôt conflictuelles qui unissent manifestants et forces de l’ordre… ou peut-être manifestants et médias.

Acte 1, l’étreinte.

Il y a quelques semaines, une photographie prise à Rome le 12 avril pendant une manifestation nationale contre l’austérité et la précarité a donné lieu à un déchainement d’articles et de commentaires sur le web italien. On y distingue un jeune homme à terre visiblement blessé et semblant tenter de protéger une jeune fille.

Rome, 12 avril 2014 ©Yara Nardi

La photographie est particulièrement bien construite puisqu’elle laisse apparaître la menace — incarnée par cette jambe lourdement équipée — en amorce seulement, au premier plan et au centre. Le contraste avec la main qui paraît minuscule est efficace. La plupart des journaux titrent dans les premiers jours « L’étreinte pour protéger la jeune fille » et s’émeuvent de ce geste amoureux et héroïque. Une journaliste de La Repubblica décrit ainsi dans un registre quasi lyrique « l’étreinte devenue symbole » :

« Et au milieu des visages couverts par les passe-montagnes noirs, les casques à visière des CRS, les bâtons et les lance-pierres, la fumée et les pavés, les scènes toujours identiques des affrontements de rue, relents de rage sans issue, photogrammes déjà vus et déjà vieux qui rebondissent frénétiquement en une des journaux en ligne pour quelques heures, pour s’éteindre dans les cendres déjà froides de ce matin, soudain, ils apparaissent. Ils ont le visage découvert tout d’abord. Ils n’étaient pas là pour chercher la bagarre, l’affrontement. Ils se sont retrouvés là par hasard. Si jeunes. Un jeune garçon et une jeune fille, allongés par terre, serrés l’un contre l’autre comme des amants, lui sur elle, la couvre, se fait bouclier. « Je te protègerai des peurs… des injustices et des pièges de ton temps » : je ne pense qu’à ces mots de Franco Battiato en regardant les yeux mi-clos de ce jeune inconnu à la tête ensanglantée. Après les avoirs entendus tant de fois, les voici, dans la tendresse infinie avec laquelle son bras se referme autour d’elle pour la protéger. »

Quelques jours plus tard, la diffusion d’une vidéo de la scène et d’une deuxième photographie réalisée par la même photographe, révèle un contexte bien plus glaçant : la violence du geste d’un CRS contre la jeune fille déjà à terre.

Rome, 12 avril 2014. ©Yara Nardi

Plusieurs journaux sont alors accusés d’un romantisme mal à propos1 et la photographe elle-même réagira par voie de presse pour dénoncer le récit médiatique :

« La manière dont la presse a repris et re-raconté cette image ne m’a pas plu. Au delà de mes idées personnelles sur les faits, ce qui me dérange c’est que le photoreporter n’ait pas été considéré. J’étais sur place. Pourquoi avant d’écrire une histoire sur ces photos personne n’a pris son téléphone pour me demander comment ça s’était vraiment passé ? Je ne le dis pas par égocentrisme. Je suis convaincue que certaines images sont un bien commun et je suis heureuse qu’elles soient diffusées et deviennent un symbole de la journée. Mais je n’aime pas l’instrumentalisation. Il ne s’agit pas d’un soap-opéra mais d’un fait divers. »2

Mais alors que le débat se concentre sur l’inculpation du CRS pour acte de violence gratuite, un rebondissement imprévu éloigne un peu plus l’image de son premier récit médiatique. Une nouvelle vidéo et des photos3 révèlent que le jeune homme n’était pas là « par hasard » et qu’il participait activement à l’affrontement. Il est immortalisé lançant des objets sur les CRS quelques minutes avant la charge. De victime et protecteur, le voilà devenu agresseur…

Acte 2, le baiser.

Ces photographies, si elles ne constituent peut-être pas un genre à proprement parler, s’inscrivent dans une généalogie d’images particulièrement prisées des médias, celle de l’étreinte amoureuse au milieu du chaos. On se souviendra ainsi de cette photographie (ci-dessous) baptisée « le baiser de Vancouver » qui avait ému une presse unanime, dans un registre proche du précédent.

Vancouver, 15 juin 2011. ©Richard Lam

Mais dans le contexte italien, ces images du couple de Rome évoquent plutôt l’emballement médiatique qui avait accompagné la diffusion il y a quelques mois de la photographie d’une jeune fille embrassant le casque d’un CRS lors d’une manifestation contre le TAV (Treno ad Alta Velocità), le projet très controversé d’une ligne de TGV reliant Turin à Lyon.

Susa, novembre 2013. ©lapresse

Le mouvement de contestation dit “NO TAV” existe depuis plus d’une dizaine d’années et mobilise régulièrement des dizaines de milliers de personnes à l’échelle locale et nationale. Les affrontements parfois violents avec les forces de l’ordre et l’arrestation de nombreux militants ont instauré un climat de tension rarement apaisé. C’est dans ce contexte que cette image a émergé et rapidement fait le tour des journaux et des réseaux sociaux.

Le journal La Stampa est un des premiers à publier la photo, le 17 novembre. Elle est ainsi légendée: “Le casque du policier entre les mains, les yeux fermés, la jeune fille NO TAV surprend le policier d’un baiser4”. L’article ne dit rien du contexte (la référence à « la manifestation d’hier » est fugitive) mais entreprend de décrire la photographie, dans un registre en tous points similaires au précédent:

C’est comme si tombait le silence, entre les clameurs d’un cortège, les visages de colère et la peur. Le baiser est silence. Elle est une brunette au visage de petite française, une petite frange de cheveux sans fioritures, les lunettes, une boucle d’oreille punk, les mains fines avec lesquelles elle caresse le casque de l’agent de police qu’elle embrasse en avançant les lèvres. Lui a un visage tendre et il ferme les yeux encore plus tendrement, comme s’il croyait vraiment à ce baiser. Nous aussi nous y croyions. La manifestation No TAV d’hier, l’effroi et la peur, nous voudrions l’enfermer dans cette image.

Et plus loin:

Les photos n’ont pas de bruits. Et il n’y a pas de bruits dans ce baiser, il n’y a pas de cris, pas d’insultes, pas de colère, il n’y a rien d’autre que cette respiration, comme tous les baisers du monde qui sont des signe de paix, pas seulement d’amour.

L’article de La Stampa, et d’autres après lui, s’appuie par ailleurs sur une généalogie visuelle susceptible de légitimer son propos. « Il y a des images qui font l’histoire » affirme-t-il,  espérant sans doute tenir là une future image iconique comme le sont les photographies de Bernie Boston et de Marc Riboud qu’il cite expressément.

Capture d'écran recherche Google Image. Marche contre la guerre du Vietnam, 1967. Photos de Marc Riboud et de Bernie Boston.

La déception fut donc grande (comme en témoignent les commentaires en ligne), quand l’auteure du geste finit par répondre en ces termes à la question de savoir ce qu’il représentait:

C’est toujours très amusant de voir comment les photos sont réinterprétées. La jeune fille en question c’est moi, et si ça vous intéresse, je n’ai aucune envie de matraque, aucune pulsion frustrée, je me foutais de la gueule d’un groupe de CRS qui nous bloquait le passage. Aucun message de paix, au contraire, ces ordures je les pendrais la tête en bas après ce qui est arrivé à Marta, camarade harcelée et frappée. Donc bonne paix aux pacifistes hippies et bigots, oui je suis contraire aux forces de l’ordre, oui je me foutais bien de leur gueule et oui le photographe a eu de la chance…5

Dans plusieurs journaux, dont La Stampa, la description d’une jeune fille pacifiste contribuant à la réconciliation se mua en celle d’une irrespectueuse provocatrice héritière de la vulgarité d’une Miley Cyrus6(?!). Dans le même temps, une deuxième photographie s’imposa, prise quelques secondes plus tard : le baiser affectueux fait place à un geste plus intrusif censé sans doute souffrir moins d’ambiguïté.

Susa, novembre 2013. ©lapresse

L’affaire se termina par une improbable plainte contre la jeune fille déposée quelques semaines plus tard par un syndicat de police pour outrage et… violence sexuelle.

À peine quelques semaines plus tard, un nouvel épisode à la même portée symbolique se trouve au cœur des débats. Il s’agit cette fois de plusieurs vidéos réalisées par des manifestants et montrant des CRS retirant leur casque durant des manifestations de “Forconi” qui ont agité l’Italie en début d’année. La vidéo n’est pas la photo, elle n’est pas exempte de sons, la visualisation du contexte est plus large et le geste n’est pas figé. Le nombre d’éléments sujets à interprétation est ainsi démultiplié par rapport à une photographie.  Ce qui devrait être un gage d’objectivité fait paradoxalement de la vidéo un matériau plus malléable, plus sujet aux interprétations contradictoires.7 Ainsi, les manifestants, un syndicat de police ainsi que Beppe Grillo affirmeront que les policiers avaient retiré leur casque en signe de solidarité avec les manifestants. On entend par ailleurs dans les vidéos les manifestants applaudir et s’exclamer « Vous êtes comme nous! », « Tous CRS ! », « Tous unis! » ou encore « Vive l’Italie ! »  Mais la préfecture de police déclarera quand à elle que ce geste était uniquement dicté par l’abaissement du climat de tension et qu’aucune solidarité n’était exprimée.8 De son côté, Le Monde publiera les vidéos —ou plus exactement un montage d’extraits— quelques jours plus tard avec un titre qui ne souffre plus aucune ambiguïté : « Italie : des policiers enlèvent leur casque en solidarité avec les manifestants ». Le Monde fait donc allégrement fi du débat qui entoure ce geste, l’idée est trop belle.

Acte 3, la caresse.

Dans le contexte italien, la question de la fraternisation avec les forces de l’ordre est loin d’être anecdotique. Les nombreuses affaires de violence policière (l’affaire de la Scuola Diaz à Gênes en 2001 par exemple) et de “bavures” ayant conduit à la mort de jeunes (Carlo Giuliani en 2001,  Federico Aldrovandi en 2005…)  participent d’un climat peu propice à la “réconciliation”. Il y a tout juste quelques semaines, des dizaines de policiers applaudissaient leurs collègues pourtant condamnés pour meurtre (celui de Federico Aldrovandi) créant un profond malaise parmi la population et la classe politique9. Le fantasme de cet « amour impossible » est donc d’autant plus alimenté par les journaux et jusqu’au grand écran puisqu’il a été porté au cinéma dans le film de Michele Placido « Il grande sogno », où le protagoniste est un policier qui tombe amoureux d’une jeune révolutionnaire… Mais cette fraternisation rêvée implique des distinctions.

Un autre image, dite « la caresse du CRS à la jeune fille » saisie en octobre 2011, avait déjà donné lieu au même “espoir” de réconciliation, dans un registre identique a celui qui a accompagné la diffusion des deux photographies précédentes.

Rome, octobre 2011. ©Fotogramma

Un journaliste écrivait alors dans La Repubblica :

« Place San Giovanni, l’après-midi, il y a deux jours : la jeune fille et le policier se regardent, se parlent, semblent se comprendre. C’est un instant, une “seconde volée” comme l’a écrit quelqu’un sur Facebook, une fraction d’espoir dans un jour de guerre. Ils sont proches, comme s’ils voulaient dépasser un checkpoint invisible, elle fait partie d’un groupe de pacifistes, il pose une main paternelle sur son épaule, d’un geste qui paraît une caresse : “Nous ne sommes pas ennemis, ça ne devait pas se passer ainsi“. »

La photographie apparaît dans cet article comme un prétexte à établir une distinction entre des « manifestants pacifistes » et des « noirs [anarchistes] aux sacs pleins de barres de fer »10. De la même façon, le précédent article sur le couple de Rome insistait sur le fait qu’ils n’étaient pas de ceux venus chercher le conflit. En effet, ce qui s’avère souvent en jeu dans les manifestations contemporaines, en particulier en Italie, c’est précisément une possible distinction entre gentils manifestants et méchants « black blocks », une distinction souvent contestée par les participants.

***

Le journaliste de La Stampa conclut son article en affirmant que si « la politique a sa rhétorique, cette image là est belle justement parce qu’elle est sans mots »11. Pourtant, si l’image est à l’origine muette elle ne circule pas « sans mots ». Son existence sur papier et en ligne est dépendante d’un contexte, d’un environnement textuel. À commencer par la description que le journaliste en fait, par la légende qu’il lui assigne, par le sens enfin, qu’il lui attribue. Les articles de La Stampa ou de La Repubblica nous rappellent donc que la construction n’est pas seulement le fait d’un cadrage et de la fixité d’un mouvement, mais bien du discours qui accompagne l’image.  Si l’image ment, elle ne ment pas seule.

“Qu’est ce que cette image est sensée représenter?!” s’interrogera un militant à propos de la photo du policier et de la jeune fille de la manifestation NO TAV. “Rien” concluera-t-il.12 Mais là est bien la question: que représentent ces images ? Il ne s’agit pas tant de savoir ce qu’elles montrent, mais ce qu’elles illustrent, ce qu’elles cristallisent, ce qu’elles représentent pour ceux qui les regardent. La Stampa résume finalement bien son propos avec cette phrase “Nous aussi nous voudrions y croire“. L’image représente ce que nous voudrions croire, ce que nous voudrions y voir.

Ou peut-être ce que nous devrions y voir. Ainsi, les protagonistes de ces photographies se sont révélés ne pas correspondre au récit médiatique qui les portait en héros, et ces récits ont été dans les deux cas contestés pas uniquement par des éléments complémentaires (autres photos ou vidéos), mais par l’auteure et par la protagoniste elles-mêmes. L’une dénoncera le fait que sa photo ait été « re-racontée », l’autre qu’elle ait été  « réinterprétée ».13 Mais ce n’est pas tant l’image que la situation qu’elle est sensée raconter qui est “réinterprétée”. Les récits médiatiques qui ont accompagné ces photographies sont révélateurs d’une volonté d’exclure les actions contestataires qui ne choisissent pas l’expression pacifique, mais aussi de nier plus généralement la conflictualité. Les récits de réconciliation des « ennemis » ou d’union des amants au milieu du chaos disent-ils en effet autre chose qu’un « faites l’amour pas la manif » ?

Ce que désignent finalement ces controverses, c’est l’enjeu lié à de telles représentations. La question de la “fraternisation” entre manifestants et forces de l’ordre est sensible depuis aussi longtemps que les manifestations existent et ne connait pas de frontières. Les récents soulèvements dans les pays arabes auront ainsi également (et autrement) donné lieu à de nombreuses images symboliques ou voulues comme telles.

Egypte, 2011. ©Chris Hondros

Tunisie, 2011. ©AFP

La persistance de ces images dans les représentations commémoratives (voir ci-dessous une carte postale) est d’ailleurs significative et préfigure des enjeux politiques d’un futur « récit historique national ».

En haut à gauche, une petite fille et un militaire échangent une fleur. Carte postale achetée à Tunis, 2014.

C’est une autre guerre des images : il ne s’agit plus de prouver la violence de l’un ou l’autre des deux camps mais de démontrer au contraire, selon les cas, que l’appareil de l’état lui même soutient les revendications ou que les manifestants, ayant abandonné la conflictualité, reconnaissent l’autorité policière ou militaire. Mais cet enjeu dépasse même les situations contestataires comme a pu le démontrer la campagne promotionnelle -ratée- de la police de New York qui invitait les habitants à illustrer leur affection pour leur police en se photographiant en compagnie de policiers14. C’est enfin la place même de ces institutions – police, armée, sensées être les garantes de l’intégrité d’un état— vis-à-vis des citoyens qui est ici en jeu.

  1. http://www.infoaut.org/index.php/blog/precariato-sociale/item/11435-non-sono-due-personaggi-di-una-soap-ma-due-militanti-che-hanno-subito-violenza-dalla-polizia []
  2. http://www.romatoday.it/cronaca/yara-nardi-foto-manifestazione-12-aprile.html []
  3. http://247.libero.it/focus/28795707/14/andrea-coltelli-difese-ragazza-a-terra-ora-rischia-guai-per-scontri-foto/ []
  4. Il casco del poliziotto tra le mani, occhi chiusi, e la ragazza No tav sorprende l’agente con un bacio“ []
  5. http://torino.repubblica.it/cronaca/2013/11/17/news/il_bacio_al_poliziotto_uno_sfott_altro_che_pace-71231754/ []
  6. http://www.ilgiornale.it/news/interni/molestia-starlette-no-tav-968715.html []
  7. L’analyse est ici d’autant plus complexe qu’il s’agit ici de plusieurs situations filmées par plusieurs opérateurs. Selon la plupart des médias, la situation se serait reproduite à Turin, Milan et Rho, mais il me semble que deux vidéos attribuées l’une à Rho (périphérie de Milan) et l’autre à Milan soit en fait deux points de vue de la même situation. J’ai donc pour ma part trouvé précisément 4 vidéos. Une à Turin sur la place Castello : https://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=Y1cWWnvWqrU ; une autre à Turin devant la gare de Porta Susa : http://youmedia.fanpage.it/video/aa/UqW7-OSw3zxkHK1E ; et deux sur l’autoroute entre Rho et Milan : http://www.youreporter.it/video_Rho_poliziotti_si_tolgono_i_caschi_e_ci_accompagnano et http://www.today.it/video/poliziotti-tolgono-casco-milano-rho-forconi.html []
  8. http://www.lastampa.it/2013/12/10/italia/cronache/e-i-poliziotti-si-tolgono-il-casco-solidariet-no-era-tutto-finito-H0qHiT3gUgzJksG0y61ELJ/pagina.html Sans chercher à répondre à la question si oui ou non il s’agissait d’un geste de solidarité, on peut prêter attention à d’autres éléments, au delà de ce qui est au centre de l’attention, l’instant où les CRS tombent le casque. On remarque ainsi qu’ils ont gardé leurs passe-montagnes ou aussitôt remis leurs bérets et se sont gardé de se mêler à la foule, sauf peut-être à Rho où la situation paraît plus ambiguë puisqu’il « conduisent le cortège ». S’ils ont retiré leur “masque” qui les différencie de leurs concitoyens aux visages découverts, ils ont donc gardé leurs attributs et leur place. []
  9. http://bologna.repubblica.it/cronaca/2014/04/29/news/aldrovandi_appluasi_per_agenti_condannati_al_congresso_del_sap-84803840/ []
  10. « i “neri” con i loro sacchi di spranghe » []
  11. http://lastampa.it/2013/11/17/italia/cronache/quel-bacio-al-poliziotto-della-ragazza-no-tav-uxGBrGk94K0nQBD2g4W7HN/pagina.html []
  12. Cosa dovrebbe rappresentare questa immagine?! Nulla“. Lele, Cpl di Bussoleno []
  13. La question de la photojournaliste, « Pourquoi avant d’écrire une histoire sur ces photos personne n’a pris son téléphone pour me demander comment ça s’était vraiment passé ? » est par ailleurs étonnante. Arrive-t-il qu’un photojournaliste soit interrogé sur une image qu’il a produite ?? []
  14. http://www.liberation.fr/monde/2014/04/23/la-police-de-new-york-veut-faire-sa-promo-sur-twitter-et-en-prend-pour-son-grade_1002601 []

9 Reponses à “ L’étreinte, le baiser et la caresse ”

  1. [...] Malgré un titre à l’apparence racoleuse, ce billet ne traite nullement des différentes formes de l’amour courtois, mais des relations plutôt conflictuelles qui unissent manifestants et forces de l’ordre… ou peut-être manifestants et médias.  [...]

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  3. Motteau Hélène le 25 mai 2014 à 19:50

    Comment des journalistes peuvent-ils interpréter une photographie sans en chercher les réelles significations ? Cela me paraît fou que le coeur du métier de journaliste, le questionnement des sources et des faits, soit contourné au profit d’une interprétation empathique et complaisante. Est-on tellement habitués à entendre quoi penser sur des images vides (les journaux TV et leurs commentaires montés sur des plans de coupe parfois totalement déconnectés du propos), que des images, dès qu’elles semblent “dire”, soit prises d’assaut pour la catharsis qu’elles permettent, sans autre remise en question ? Heureusement qu’un jeu de tetris photographique permet de retrouver le chemin, et de le questionner à sa juste place. C’est important de rappeler comme une image, aujourd’hui, ne vit pas seule. C’est un maillon et la chaîne est grande et s’amplifie chaque seconde. Rien à voir avec la bobine super 8 de la caméra des puces sur laquelle d’autres ont divagué si poétiquement…

  4. L’analyse est éloquente. S’il faut se garder de généraliser, ces travers journalistiques semblent s’inscrire dans le fil d’une pensée qui dénie effectivement les questions de conflictualité et de lutte, et entre étrangement en résonance avec une des dernières campagnes de publicité de Coca Cola qui prônait : “Pour chaque manifestation de colère, il y en a 4 millions d’amour. Des raisons d’y croire.” Au capitalisme, sans aucun doute…
    http://www.grand-angle-libertaire.net/wp-content/uploads/2014/02/IMG-20140108-WA0001.jpg

  5. Intéressant ! De manière générale, je crois qu’il y a toujours un problème dans le fait de restituer des faits sans faire parler les protagonistes. Il y a une sorte de charcutage systématique qui nous fait perdre le sens des faits : on coupe le son, ou le reste de l’image, ou le mouvement, ou on prend juste une citation sur un discours entier… bref, on isole des mots, des images, et des sons hors de leur contexte.

    Je suis pas sûr que ce soit forcément la mauvaise volonté des journalistes qui veuille ça, je pense plutôt qu’on se trompe de medium pour faire circuler l’actualité. Quelles que soient nos bonnes (ou mauvaises) intentions, une photo perd toujours le son et le mouvement, une citation perd toujours le reste du texte, etc… Peut-être que les gens (= le récit de plusieurs personnes, pour avoir plusieurs points de vue) sont au final le seul media pertinent pour véhiculer l’actualité?

  6. (suite…)
    De fait, pour rebondir sur ce que dit Motteau Hélène, je crois que le problème de fond n’est pas le manque d’éthique des journalistes, mais la manière dont nos sociétés véhiculent l’information. Je crois que ça ne se joue pas au niveau individuel (en opposant les « bons » journalistes qui ont une éthique et les « mauvais » journalistes qui n’en ont pas), mais au niveau structurel : pour paraphraser un peu Marshall Mc Luhan, on vit aujourd’hui dans une société dont le medium d’information principal est l’image (photo, vidéo, web, journaux jetables), qui se caractérise par une diffusion massive dans l’espace et rapide dans le temps. La durée de vie de notre information est parallèlement très courte (très vite diffusée, très vite vue, très peu analysée voire pas du tout, comme le montre bien l’article, et très vite oubliée…). J’ai l’impression que notre information répond au final à un impératif de marché : pour rivaliser avec les autres sur le marché très concurrentiel de l’information (ou du temps de cerveau disponible du spectateur), il faut du rapide et de l’accrocheur. Là où une logique de marché prime, la lenteur et la complexité d’un témoignage humain entier ne fait pas le poids avec une image prête à consommer, facile à diffuser et à modifier (que ce soit en l’éditant, ou tout simplement en l’interprétant sans se préoccuper de son sens, comme les exemples cités dans l’article).

    On (risque de) perd(re) le sens, mais on gagne la compétition du marché, et on arrive (très temporairement) à percer le nuage de bruit médiatique. Et tout ce qui ne se conforme pas à cette logique productiviste de l’information se retrouve hors-jeu, et ne parvient pas à percer. On a la liberté de dire ce qu’on veut, mais si personne ne l’entend, alors que vaut cette liberté ?

    Du coup, il faut choisir. De la complexité inaudible, ou la une des journaux. Et les journalistes sont payés pour créer/relayer de l’info qui attirera l’attention, pas pour autre chose. Comme la presse est rémunérée elle aussi par un mécanisme de marché, les journalistes sont prisonniers (bon gré, mal gré, consciemment ou inconsciemment) de cette logique. Il faut bien manger, et ils sont payés pour ça : à mon sens, on ne peut pas leur en vouloir à titre personnel. Mettre en cause l’éthique des journalistes sur un plan strictement individuel et moral nous fait courir le risque de ne pas voir le problème au niveau structurel.

  7. [...] e manifestanti in Italia è lo spunto da cui parte  Ulrike Lune Riboni per sviluppare – su Culture Visuelle –   un’ analisi sulle letture ideologiche che portano quelle foto. In particolare, [...]

  8. [...] e manifestanti in Italia è lo spunto da cui parte  Ulrike Lune Riboni per sviluppare – su Culture Visuelle -  un’analisi sulle letture ideologiche che portano quelle foto. In particolare, dell’ uso per [...]

  9. [...] e manifestanti in Italia è lo spunto da cui parte  Ulrike Lune Riboni per sviluppare – su Culture Visuelle -  un’analisi sulle letture ideologiche che portano quelle foto. In particolare, dell’ uso per [...]

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