Un portrait en campagne

Par Sylvain Maresca - 27/03/2014 - 09:42 [English] [PDF] 

Capture d'écran du site algeriepatriotique.com du 9 mars 2014

La campagne officielle pour les élections présidentielles a commencé depuis quelques jours en Algérie. Six candidats sont en lice et se livrent à un rythme incessant de meetings, comme il se doit dans toute campagne électorale. Tous, sauf un : le président en titre, Abdelaziz Bouteflika, qui n’apparaît plus guère en public depuis son AVC d’avril 2013. Comment faire campagne sans payer de sa personne ? C’est simple, il suffit d’envoyer son portrait faire bonne figure à sa place. Les meetings ont donc commencé, animés par ses plus proches collaborateurs, qui parlent en son nom et sous le regard de son portrait, omniprésent.

Cet usage du portrait, comme substitut physique de la personne du leader, me suggère deux associations d’idées visuelles.

Insignes d'un préfet romain en Macédoine, vers 400-420. Au fond, le portrait de l'empereur.

La Véronique présentée aux foules, gravure sur bois, 1481

La première évoque à la fois l’immensité de l’empire romain et l’omniprésence du pouvoir impérial, matérialisée par le portrait de l’empereur qui accompagnait tous les détenteurs de charges publiques, dont l’autorité s’exerçait par délégation du pouvoir impérial. Le portrait de l’empereur faisait partie des insignes de leur dignité. On retrouve l’équivalent de cette couverture du territoire par l’ombre visuelle du leader dans les portraits du président de la République qui sont exposés dans toutes les mairies de France. A sa façon, Bouteflika délivre le même message : vous ne me voyez pas (pas plus que l’Empereur autrefois), mais je suis partout.

La seconde montre une image miraculeuse offerte à la dévotion du peuple. Il s’agit de l’empreinte du visage du Christ fixée sur un linge, le mandylion, qui montrerait donc la véritable image  (vera icona) du Sauveur, révélée sans aucun artifice humain. Elle ne pouvait qu’emporter la foi des fidèles, même si, dans la réalité, la “traçabilité” de cette véronique-là, comme celle de tant d’autres, était bien entendu plus que sujette à caution (voir les polémiques récurrentes sur l’authenticité du Suaire de Turin). Le portrait photographique – autre empreinte, autre “vera icona” selon le sens commun – du président algérien est censé exercer le même ascendant et raviver la même foi chez ses fidèles, quand bien même ce dernier n’est pas là pour défendre lui-même sa candidature. Envoyer son image à sa place revient presque à affirmer que son ascendant est au-dessus de la bataille, de même que le rayonnement du Christ n’a jamais dépendu d’un quelconque score électoral.

Présent en dépit de son absence physique et au-dessus de la mêlée, tels pourraient être les messages délivrés par cet usage du portrait présidentiel dans la campagne électorale.

Une Réponse à “ Un portrait en campagne ”

  1. [...] Lors de la campagne pour les élections présidentielles en Algérie, l'usage du portrait, comme substitut physique de la personne du leader, me suggère deux associations d’idées visuelles.  [...]