“Il manque toujours une personne dans les photos”

Par Sylvain Maresca - 07/11/2013 - 17:14 [English] [PDF] 

Entendu ce matin au cours du journal de 8 h sur France Inter, le témoignage de la mère de ce jeune homme dont un os vient d’être retrouvé au large d’Antibes, vingt ans après sa disparition :

“Quand quelqu’un est sur le point de mourir, on sait, on va l’enterrer, et puis on fait son deuil comme on peut. Mais là, ce n’est pas le cas. On ne sait pas s’il est vivant, s’il est mort. On ne sait rien. On vit parce qu’il faut vivre. On se marie, on fait des enfants, on continue. Mais quand on a des réunions de famille, il manque toujours une personne dans les photos.”

Expression douloureuse de la réalité humaine de la photographie de famille : réunir les membres, tous les membres de la famille pour les besoins de la photo. Ici, le rituel, qui se perpétue comme il se doit, réitère cruellement le constat de l’absence incompréhensible du disparu.

3 Reponses à “ “Il manque toujours une personne dans les photos” ”

  1. Il m’est arrivé à deux reprises que quelques jours après un reportage, une des personnes photographiées décède. La photographie devient alors la dernière photographie de la personne et prenne une valeur symbolique particulière.
    Phénomène que je n’ai jamais constaté lorsqu’il s’écoule du temps entre la dernière photo et la disparition. Dans ce dernier cas les proches vont plutôt rechercher des portraits souriants, des photos “vivantes”, sans chercher à respecter une proximité entre la date du décès et la date de la prise de vue. Ils vont demander au photographe de réaliser un agrandissement, et souvent un recadrage pour que leur proche soit seul sur l’image.

  2. Au vu du titre, ça m’a évoqué l’absence du photographe sur ses propres photos de famille. Présent pourtant, car sans lui il n’y aurait pas de photographie. L’usage du retardateur n’étant pas systématique, je cherche toujours devant une photo de groupe quel est celui qui manque. Il n’est plus seulement l’absent, il est devenu l’invisible.

  3. Sylvain Maresca le 26/11/2013 à 10:54

    @ JCdoubleW : Bonne remarque. Photographier suppose en effet de s’extraire de la scène pour prendre la distance nécessaire à l’usage de l’appareil. Beaucoup d’interactions échappent ainsi à la photographie parce que leurs acteurs sont trop impliqués pour avoir envie de faire le nécessaire. Sauf peut-être désormais parmi les jeunes générations pour qui prendre une photo (de préférence à bout de bras, précisément pour rester dans l’action commune) est devenu le signe par excellence qu’il se passe entre eux quelque chose qui vaut le coup (d’être fixé et surtout communiqué). Voir à ce propos le dernier article d’André Gunthert sur la mode du “selfie” : http://culturevisuelle.org/icones/2846.