Le musée d’Orsay interdit les photos

«Il n’y a pas longtemps, le Louvre s’y était essayé. En vain. Après avoir interdit durant quelques mois toutes photos dans la partie la plus visitée du palais, le musée y avait renoncé. Par impossibilité de faire appliquer la mesure. D’un point de vue humain, les gardiens devenaient fous à courir après tout le monde, comme d’un point de vue technologique, chaque téléphone portable comportant désormais un appareil photo. Le musée d’Orsay argue du même prétexte pour éradiquer ce geste ô combien contemporain: des problèmes de circulation dus aux prises de vue des visiteurs. Phénomène d’embouteillage qui ne gêne plus du tout la direction du musée dans les espaces d’exposition temporaire à succès où pourtant la photo, de manière constante, est interdite. Là, aucune mesure n’est prise et il devient infernal, compte tenu de la densité de la foule, de visiter ce type d’exposition.»

Par Bernard Hasquenoph, Louvre pour tous, 11/06/2010
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10 réflexions au sujet de « Le musée d’Orsay interdit les photos »

  1. la grande réussite des musées est d’avoir su apprivoiser nos troupeaux de consommateurs. La culture la dedans? C’est un hold-up permanent.

  2. Je me souviens d’un temps où la photographie amateur était interdite dans tous les musées, au moins en France. D’ailleurs encore maintenant, j’ai toujours l’impression de me livrer à une dangereuse transgression de la loi lorsque je sorts un appareil alors que je ne suis qu’un simple « visiteur ». Quelqu’un a-t-il une idée de ce qui a conduit à cette tolérance relative et menacée?
    L’idée que les photographes amateurs vont acheter plus de cartes postales me semble absurde, mais devrait être facile à vérifier. La photo avec un téléphone portable ou même un réflex haut de gamme d’une oeuvre d’art lors d’une visite, restera toujours du registre du témoignage, contrairement à une carte postale (si l’impression est belle) qui sera une reproduction de bonne qualité de l’oeuvre. Ce n’est pas le même usage.

  3. Je reproduis ci-dessous (car certaines discussions ont tendance à se répèter) le texte d’un billet publié sur ARHV, où j’exprimais le point de vue du simple visiteur:

    « L’autre semaine, petit séjour à Londres en famille. Au programme: British Museum, Science Museum, National Gallery… Tous gratuits, vive le libéralisme anglo-saxon! Bémol: si la photo est autorisée dans les musées de science ou d’archéologie, elle est rigoureusement proscrite à la galerie nationale de peinture. Raisonnement probable du musée: la quasi totalité des oeuvres exposées étant tombée dans le domaine public, la photographie familiale serait susceptible de produire une concurrence déloyale à la vente de cartes postales, catalogues et autres diaporamas stéréoscopiques.

    « On est affligé qu’une si grande générosité soit entachée par un si petit calcul. Car en vertu de l’interdit, le seul endroit qui ne figure pas dans mon album londonien, le seul moment à jamais exclu de l’histoire visuelle familiale est la National Gallery.

    « Certes, dira-t-on, l’histoire de l’art fait de la mémoire son appui et son guide. On peut s’en contenter. Mais il ne faudra pas venir pleurer en constatant que l’empreinte des beaux-arts n’est plus aussi présente qu’autrefois et que la culture des humanités, aux yeux de nos mômes, a du mal a soutenir la comparaison avec celle des sciences et techniques, si ouverte et si captivante.

    « On ne remplace pas les photos qu’on n’a pas faites en collant des cartes postales dans l’album. Il me navre de n’avoir pu photographier mes fils en grande conversation devant un tableau de Salvator Rosa. Car cet événement n’appartient pas au musée, mais à mon histoire familiale.

    « Les photos sont la trace de l’appropriation des lieux et des choses qui fonde l’expérience du tourisme. Et leur éditorialisation n’est rien d’autre que la construction d’une histoire. Ainsi, ce ne sont pas juste quelques images qui manquent dans l’album. Comme la trace manquante d’un site militaire sur une photographie aérienne, l’absence de ces photos est la marque indélébile d’une privation d’histoire. C’est un acte violent, pour des raisons misérables.

    « Responsables des musées de peinture, oubliez vos tracas comptables. Le tort que vous faites en interdisant la photo est bien plus grand que ce que vous croyez. Laissez la photo entrer dans vos musées. Elle ne vous volera pas vos tableaux. Elle les fera exister au sein de l’histoire des familles, où ils seront à égalité avec tous nos souvenirs. »

    « Peinture interdite » (ARHV, 25 février 2009):
    http://www.arhv.lhivic.org/index.php/2009/02/25/945-peinture-interdite

  4. Photographe, je suis plutôt contre la photographie dans les musées. D’abord, comme disait Boubat, pourquoi faire une mauvaise photo quand il existe de bien meilleurs clichés en carte postale ? Ensuite, prendre des photos empêche souvent l’amateur de regarder les œuvres. Par ailleurs, évidemment, il y a le problème des flashs qui dégradent certains types d’œuvre. S’ajoute le problème de la circulation mentionné dans cet article.

  5. Résumons: un photographe est contre l’usage de la photo par quiconque n’est pas professionnel (à quoi bon, puisqu’il existe des cartes postales, qui sont meilleures)… Etes-vous sûr que votre profession n’est pas plutôt la caricature? Et si vous participez à la conversation, soyez gentil de lire les commentaires précédents – dont le mien, qui témoigne d’une expérience familiale qui vous éclairera sur ce que les amateurs photographient dans un musée. Si vous croyez vraiment que c’est encore de la carte postale, je vous conseille une promenade sur Flickr – vous verrez qu’on n’est plus tout à fait à l’époque de Boubat…

    (Et soyez aimable de ne pas recopier chaque fois le lien vers votre site: soyez tranquille, celui-ci apparaît déjà sous la mention de votre pseudo).

  6. @Davidikus Parce qu’une mauvaise reproduction d’une oeuvre originale peut-être une excellente photographie, si pour l’auteur de la photographie le contexte compte plus que la fidélité de la reproduction.
    Les flashs sont généralement toujours interdits.
    L’idée que prendre des photos empêche l’amateur de regarder les oeuvres mérite d’être développée. Faut-il empêcher la vente d’appareils photographiques aux amateurs, parce que ce serait toute leur leur expérience sensible qui s’en trouverait diminuée? Après tout si c’est vrai dans les musées, c’est vrai aussi devant la tour Eiffel ou les soleils couchants. Sans me prononcer sur le fond du débat (qui me semble cependant un peu passéiste), en tant que professionnel de la profession, je suis violemment opposé à cette idée. Sans les amateurs, le prix de mon matériel serait beaucoup plus élevé.
    @André Cette interdiction est aussi valable pour les professionnels à moins qu’ils ne soient commissionnés pour réaliser les photographies. Je vous soutiens donc totalement dans votre juste lutte contre les abus d’autorité du Musée d’Orsay. 🙂

  7. @Patrick
    C’est le raz de marée, les commentaires sont concentrés sur ce sujet depuis le changement et tous négatifs. Ceci dit, quid de la représentativité de ces commentateurs ? Ils laissent leur nom, écrivent bien et sans fôtes d’orthographe. Est-ce le cas de la majorité des visiteurs ? Ceci dit, on ne verra peut-être pas beaucoup de visiteurs-internautes étrangers.

  8. @Davidkus

    Le soi-disant problème de la circulation est une fausse excuse. D’abord parce que, fréquentant les musées professionnellement, je peux vous dire que je n’ai jamais été gêné par les photographes. Ensuite parce qu’en admettant malgré tout qu’ils soient gênants, il faudrait dans ce cas supprimer les audio-guides car leurs utilisateurs qui occasionnent des stationnements bien plus prolongés devant les oeuvres et qui empêchent au moins autant les visiteurs de regarder les peintures puisque toute leur attention est prise par l’écoute.
    Quant aux flash, évidemment il faut les interdire, et surtout expliquer aux visiteurs qu’il est bien plus facile de prendre une photo sans flash (surtout avec les appareils numériques actuels) qu’avec un flash qui se reflète dans l’œuvre.

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