Qui a besoin de la tronche à Trichet?

01/09/2010
André Gunthert

Pendant qu’au festival Visa pour l’image, Jean-François Leroy s’élève contre l’overphotoshopping, Slate.fr nous donne un bel exemple d’éditorialisation par l’image. On peut essayer de deviner ce que fait réellement Jean-Claude Trichet au moment de la prise de vue (Thierry Roge/Reuters). Un éclat de rire retenu? Un début d’éternuement? Quoiqu’il en soit de l’occasion que le photographe a su saisir, un tel portrait, étrange et amusant, attire l’attention.

Répondez franchement: auriez-vous lu un article intitulé: “Bonne rentrée, Monsieur Trichet!“, avec pour sous-titre: “Les divergences au sein de la zone euro sont presque ingérables par patron de la BCE“? (l’appel de Une, plus réussi, évoque: “Le casse-tête de Trichet“). Avec cette photo, il est presque impossible de ne pas jeter au moins un coup d’oeil au billet, tant la promesse de l’image est forte.

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Etre une femme L’Oréal en 2010

28/08/2010
André Gunthert

Bon OK, la vieillesse est un naufrage – et la vieillesse d’un réac, c’est le naufrage d’un bateau gonflable au fond d’une piscine à sec… Quelle importance que pépé Sardou vienne vendre ses fantasmes zemmouriens sur les télés (et jusqu’au JT de France 2)? A l’énoncé des pièces à conviction – le come back d’un chanteur à voix qui a réécrit les paroles d’un des ses vieux succès, “Etre une femme”, devenu “Etre une femme 2010″, tube de l’album éponyme mis en scène dans un clip copie conforme des pubs l’Oréal – je comprendrai que les râleurs m’accusent de psychanalyse capillotractée et autre sodomie de diptères.

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A-t-il déjà perdu (son image)?

27/08/2010
André Gunthert

Un pas de plus dans la “lepénisation visuelle” qui affecte le personnage Sarkozy dans la presse depuis le discours de Grenoble. C’est cette fois Le Point qui s’y colle, dans son numéro du 26 août 2010 intitulé: “Présidentielle 2012. A-t-il déjà perdu?”, dont l’enquête est illustrée par un portrait en pied du président le bras levé à l’horizontale (non signée, agence Abaca Press), en une ébauche à peine atténuée de salut nazi (ci-dessus, cliquer pour agrandir).

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Web: deux images et un enterrement

20/08/2010
André Gunthert

Discussion nourrie chez les geeks à propos de l’annonce par Chris-”Long Tail“-Anderson (et Michael Wolff) de la mort du web. Résumé: vous vous servez de moins en moins de votre browser et de plus en plus de votre smartphone pour naviguer en ligne. Ergo: “The Web Is Dead. Long Live the Internet” (Wired, 17/08/2010).

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Un sondage 100% nul

14/08/2010
André Gunthert

Belle démonstration. Une semaine à peine après le discours de Grenoble, Le Figaro publie un sondage réalisé par l’IFOP, repris par l’AFP et Reuters, qui semble démontrer l’appui massif de la population aux annonces xénophobes de Sarkozy, sous le titre “Sécurité: Les Français plébiscitent les projets du gouvernement”. Selon l’UMP, «Ce sondage prouve, s’il en est encore besoin, que le Président de la République est à l’écoute des Français».

Devant ces scores soviétiques, qui paraissent a priori étranges, plusieurs organes chaussent leurs lunettes pour chercher l’erreur. Premiers à dégainer, Vincent Truffy, sur Mediapart, puis Martin Clavey, Nicolas Kayser-Bril et Martin Untersinger, sur Owni, critiquent la rédaction des questions et la méthodologie du sondage (réalisé par questionnaire auto-administré en ligne). Nombreux sont ceux qui leur emboîtent le pas.

Mal leur en prend. Mes camarades d’Owni se font immédiatement taper sur les doigts par Yves-Marie Cann, directeur d’études au département Opinions et Stratégies d’entreprise de l’Ifop, qui leur reproche de «s’en prendre au thermomètre», ou Guillaume Main, ancien salarié d’institut de sondage, qui les met dans le même sac que Bourdieu et autres contempteurs de la mesure d’opinion: de quoi je me mêle, ils n’y connaissent rien, les questions sont les questions, il n’y a pas de biais, le client est roi.

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Opération soucoupe (sociologie du journalisme d’été)

09/08/2010
André Gunthert

La saison change-t-elle la nature du travail journalistique? Le sérieux de l’information est-il fonction de l’ensoleillement? Parmi les sujets qu’un journaliste dédaigne l’hiver et redécouvre l’été, les soucoupes volantes occupent une place de choix. Début août, ça n’a pas manqué, de TF1 au Monde en passant par Rue89, la presse nous a rapporté un scoop d’ampleur, issu d’archives nouvellement divulguées par les archives nationales anglaises: un équipage de la Royal Air Force aurait aperçu un OVNI pendant la guerre, témoignage si inquiétant que Churchill en personne aurait décidé de le mettre au secret pendant cinquante ans pour éviter la panique.

Pour quiconque a quelques notions d’ufologie, un tel récit est à mourir de rire. «Aujourd’hui, on parle de soucoupes comme si tout le monde s’entendait sur ce dont il s’agit, explique Pierre Lagrange. Pour nous, s’ils existent, les ovnis viennent d’autres mondes: après 50 ans de controverse dans la presse et la télévision, de films décrivant des invasions “extraterrestres” et quelques centaines d’ouvrages d’experts, l’identité des soucoupes est fixée» (La Rumeur de Roswell, La Découverte, 1996, p. 25).

Tel n’est évidemment pas le cas au début des années 1940, au moment où est censé avoir eu lieu la rencontre, en pleine deuxième guerre mondiale. La notion même de “soucoupe volante” n’existe pas avant l’été 1947, date de publication du premier témoignage par la presse américaine, celui de Kenneth Arnold. A ce moment, au début de la guerre froide, on ne pense pas encore aux extraterrestres pour expliquer ces phénomènes, mais plutôt à des armes secrètes américaines ou soviétiques. Ce n’est qu’à partir de 1950, avec les ouvrages de Daniel Keyhoe (Flying Saucers are real) ou de Frank Scully (Behind the Flying Saucers), puis avec le film The Day the Earth stood still (Robert Wise, 1951) que l’idée s’impose de la présence de mystérieux visiteurs extraterrestres.

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Libé n’aime pas les bavures

02/08/2010
André Gunthert

A Libération, il n’y a pas que les photographies qui sont retouchées. Comme nous l’apprend le dessinateur Patrice Killofer sur son compte Facebook, l’illustration publiée aujourd’hui en Une du quotidien a été corrigée. La bave aux lèvres a été ôtée et le rictus a été atténué, ce qui confère au dessin un aspect plus politiquement correct. La bave étant notoirement associée aux caricatures de Le Pen, la version originale (ci-dessus, à gauche) avait pourtant le mérite de souligner le dérapage du chef de l’Etat. Mais le journal de Laurent Joffrin a préféré effacer cette allusion gênante.

Renverser Sarkozy?

16/07/2010
André Gunthert

Rien de tel que des sondages au plus bas pour donner libre cours à l’imagination illustrative! Dans la série des exercices de style auxquels se livre la presse sur la personne du chef de l’Etat, le numéro du 15 juillet du Nouvel Observateur fournit un intéressant doublé. En couverture, une curieuse image renversée, soulignée par l’intitulé: “Comment il en est arrivé là”, sans date ni crédit. Il s’agit d’une version retournée et détourée sur fond rouge du portrait officiel du président de la République, réalisée par Philippe Warrin le 21 mai 2007.

En pages intérieures, l’ouverture de l’article superpose le même titre à une photo par Marin Ludovic (Réa) qui montre un Sarkozy grimaçant, l’air préoccupé ou contrarié, sans précision de contexte. Il s’agit ici d’une image issue de la remise de gerbe devant la statue du général de Gaulle, le 8 mai 2010 à Paris. Ce jour-là, de nombreux photographes n’avaient pas manqué de repérer le jeu formel créé par l’alignement de Sarkozy avec l’interstice rectangulaire ménagé dans le socle du monument. Cet enserrement du personnage présidentiel dans le couloir formé par les deux parois avait déjà été exploité, par exemple par Le Point pour sa couverture du 17 juin, intitulée “Est-il si nul?” (photo Gilles Bassignac/Fédéphoto, voir ci-dessous).

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Où trouver une image de l’interview du 12 juillet?

14/07/2010
André Gunthert

“Nicolas Sarkozy (AFP)”. Tel est le crédit figurant sous cette illustration d’un article du site du Nouvel Obs. Il ne s’agit pas d’une reproduction d’une photo, mais d’un vidéogramme tiré de l’interview accordée lundi dernier par le chef de l’Etat à France 2. Pourquoi le Nouvel Obs doit-il recourir aux services (payants) d’une grande agence de presse pour reproduire ce portrait, que n’importe quel téléspectateur peut réaliser à partir d’un enregistrement numérique de l’émission?

Ce cas de figure tout à fait banal témoigne des conditions pratiques de la gestion de l’illustration de presse. Comme le photogramme, le vidéogramme, extrait de la diffusion d’une séquence animée, bénéficie de l’exception de citation, ce qui signifie qu’il peut être reproduit sans demande d’autorisation ni versement d’un droit quelconque. Encore faut-il, pour en disposer, avoir procédé à l’enregistrement dans de bonnes conditions, puis savoir extraire une image de la séquence – une série de manipulations élémentaires, et pourtant encore peu répandues au sein des rédactions, qui ont pris l’habitude de déléguer ces opérations techniques.

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Le sarkoshow, combien de téléspectateurs en 2012?

13/07/2010
André Gunthert

Nicolas Sarkozy a tenu à multiplier les brevets de bonne conduite à son ministre du travail. Mais Eric Woerth pourrait avoir besoin de soutiens plus crédibles. La parole du chef de l’Etat se dévalue en effet à grande vitesse. Ils étaient encore 6,6 millions de téléspectateurs pour écouter hier sur France 2 ses justifications face au Bettencourtgate, soit l’audience la plus faible jamais réunie par un entretien présidentiel. Deux millions de moins que pour l’émission Paroles de Français sur TF1 le 25 janvier 2010 (8,6 millions). Cinq millions de moins que pour son interview du 20 juin 2007 sur TF1 (11,6 millions). Douze millions de moins que pour son interview diffusée par TF1 et France 2 le 29 novembre 2007 (18,8 millions). Si l’on trace la courbe de l’audience prévisionnelle d’un sarkoshow en 2012, celui-ci risque de côtoyer les scores d’un épisode de Fort Boyard.