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	<title>LE REGARD A FACETTES &#187; Expositions</title>
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	<description>Carnet de recherche visuel, par Muriel Berthou Crestey</description>
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		<title>Ne meurs pas sans me dire où tu vas</title>
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		<pubDate>Fri, 05 Oct 2012 12:13:09 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Muriel Berthou Crestey</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Habitué à observer les modes de survie dans un monde misanthrope, le photographe Mathieu Pernot poursuit une interrogation sur la condition humaine depuis 2009 avec les Migrants. L’anonymat les protège dès qu’ils s’enfouissent dans un drap rapidement enroulé en guise d’armure urbaine. Dissimulés dans ces linceuls symbolisant la perte de leur pays natal, ils dorment dans la rue. Quelques formes, seulement, se détachent, et ce qui apparaissait comme des ectoplasmes en lévitation contrastant avec le noir du bitume, s’humanise. Gisants temporaires, susceptibles de se relever, ils sont photographiés dans un état latent, soudain arrêtés dans leurs courses, figés dans un état qui s’éternise.



A la galerie Eric Dupont où sont exposées ses nouvelles séries, Mathieu Pernot a multiplié les cadrages. Lauréat d’une bourse Villa Médicis hors les murs en 1998, il a fait poser des familles tziganes devant leurs abris précaires en Roumanie. Entre 2001 et 2004, il a donné une visibilité aux Hurleurs qui tentent de communiquer avec les détenus incarcérés de l’autre côté du mur ; de 2001 à 2008, il a immobilisé la destruction d’immeubles, juste avant qu’ils ne s’effondrent. Avec les Migrants, le champ d’observation sociétal se déplace autour des représentations de l’exil. Certains fuient le rejet. Ainsi, Jawad, afghan dont le père était Moudjahidin est exhorté à quitter son pays et part vivre clandestinement en Iran pendant dix-sept ans avant d’en être chassé. Il raconte l’histoire de son déracinement sur des cahiers vieillis et jaunis par le temps, celle d’un voyage sans fin et sans réelle destination, où l’épuisement cède le pas à l’espoir. Le texte écrit en Farsi devient graphie. En face à face, deux images évoquent les Migrants en marche vers un ailleurs. De leurs passages subsistent les traces colorées d’objets abandonnés au milieu du vert de la forêt. Sur les cimaises du fond, les personnes blotties dans leurs sacs de couchage rappellent l’Enigme d’Isidore Ducasse (portrait du Comte de Lautréamont) et le mystère identitaire. Mais les personnages de Mathieu Pernot n’ont pas de titre. Le cheminement du spectateur allant des mots aux photos élucide certaines questions, mais d’autres restent latentes, à l’instar de la vie des Migrants.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_1100" class="wp-caption aligncenter" style="width: 702px"><a href="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/10/PERNOT-1.png"><img class="size-full wp-image-1100" title="PERNOT 1" src="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/10/PERNOT-1.png" alt="" width="692" height="492" /></a><p class="wp-caption-text">Mathieu Pernot, Image extraite de la série &quot;Les Migrants&quot;, 2009</p></div>
<h3><span style="font-weight: normal">Habitué à observer les modes de survie dans un monde misanthrope, le photographe <a href="http://www.mathieupernot.com/oeuvres.php?PHPSESSID=b97e8cfb19f4596b6c46b3509bf18239">Mathieu Pernot</a> poursuit une interrogation sur la condition humaine depuis 2009 avec les <em>Migrants</em>. L’anonymat les protège dès qu’ils s’enfouissent dans un drap rapidement enroulé en guise d’armure urbaine. Dissimulés dans ces linceuls symbolisant la perte de leur pays natal, ils dorment dans la rue. Quelques formes, seulement, se détachent, et ce qui apparaissait comme des ectoplasmes en lévitation contrastant avec le noir du bitume, s’humanise. Gisants temporaires, susceptibles de se relever, ils sont photographiés dans un état larvé, soudain arrêtés dans leurs courses, figés dans une situation qui s’éternise.</span></h3>
<h3><span style="font-weight: normal"> </span><span style="font-weight: normal"></p>
<div id="attachment_1102" class="wp-caption aligncenter" style="width: 705px"><a href="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/10/PERNOT-3.jpg"><img class="size-large wp-image-1102" title="PERNOT 3" src="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/10/PERNOT-3-695x495.jpg" alt="" width="695" height="495" /></a><p class="wp-caption-text">Mathieu Pernot, Image extraite de la série &quot;Les Migrants&quot;, 2009. </p></div>
<p><span style="font-weight: normal">A la <a href="http://www.eric-dupont.com/exhibitions">galerie Eric Dupont</a> où sont exposées ses nouvelles séries, Mathieu Pernot a multiplié les cadrages. Lauréat d’une bourse Villa Médicis hors les murs en 1998, il a fait poser des familles tziganes devant leurs abris précaires en Roumanie. Entre 2001 et 2004, il a donné une visibilité aux <em>Hurleurs </em>qui tentent de communiquer avec les détenus incarcérés de l’autre côté du mur ; de 2001 à 2008, il a immobilisé la destruction d’immeubles, juste avant qu’ils ne s’effondrent. Avec les <em>Migrants</em>, le champ d’observation sociétal se déplace autour des représentations de l’exil. Certains fuient le rejet. Ainsi, Jawad, afghan dont le père était Moudjahidin est exhorté à quitter son pays et part vivre clandestinement en Iran pendant dix-sept ans avant d’en être chassé. Il raconte l’histoire de son déracinement sur des cahiers vieillis et jaunis par le temps, celle d’un voyage sans fin et sans réelle destination, où l’épuisement cède le pas à l’espoir. Le texte écrit en Farsi devient graphie. En face à face, deux images évoquent les <em>Migrants</em> en marche vers un ailleurs. De leurs passages subsistent les traces colorées d’objets abandonnés au milieu du vert de la forêt. Sur les cimaises du fond, les personnes blotties dans leurs sacs de couchage rappellent <em>l’Enigme d’Isidore Ducasse</em> (portrait du Comte de Lautréamont) et le mystère identitaire. Mais les personnages de Mathieu Pernot n’ont pas de titre. Le cheminement du spectateur allant des mots aux photos élucide certaines questions alors que d’autres restent latentes, à l’instar de la vie des <em>Migrants</em>.</span></p>
<p></span></h3>
<div id="attachment_1101" class="wp-caption aligncenter" style="width: 705px"><a href="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/10/PERNOT-2.jpeg"><img class="size-large wp-image-1101" title="PERNOT 2" src="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/10/PERNOT-2-695x432.jpg" alt="" width="695" height="432" /></a><p class="wp-caption-text">Vue d&#39;exposition &quot;Les Migrants&quot;, 2012. Courtesy Gallery Eric Dupont</p></div>
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		<title>Semer dans la brume des lendemains (Pauline Vachon / Frédérique Metzger)</title>
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		<pubDate>Sun, 15 Jul 2012 13:27:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Muriel Berthou Crestey</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Des résidences d'artistes sont régulièrement organisées à l'Usine Utopik - Relais Culturel régional de la Manche soutenu par l'association ADN (art et design en Normandie ) - dirigée par le plasticien et sculpteur Xavier Gonzalez. Convaincu de la nécessité d'amener la culture dans les espaces ruraux, il a investi l'ancienne serre horticole de Tessy-sur-Vire en 2007 avec l'intention de transformer cet espace en centre d'art contemporain, réunissant deux pôles a priori antagonistes (art contemporain et ruralité). Avec l'introduction de l'art dans la campagne, il a offert aux habitants l'accessibilité à un monde a priori réservé aux citadins. Cette action qui porte à la fois sur les arts plastiques et l'écriture contemporaine favorise le mixage des populations. Les artistes inspirés par les atmosphères vivifiantes des lieux sont invités à partager leur vision de cet environnement. Par ailleurs, cette initiative permet de comprendre les dispositifs de création et les processus engagés pour élaborer un projet, de la note d'intention jusqu'à la présentation de l'oeuvre. Deux plasticiens se répartissent les 400 mètres carrés dévolus aux expositions. Les ateliers mis à leur disposition dans la serre restent ouverts au public pendant la réalisation. L'entrée est libre. Des phases de résidences d'un mois et demi instaurent un rythme continu. Actuellement, ce sont les oeuvres de Pauline Vachon et Frédérique Metzger – artistes résidentes en mai-juin 2012 – qui occupent ces espaces marginaux enveloppés d'une lumière zénitale. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_1079" class="wp-caption alignleft" style="width: 168px"><a href="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/07/USINE-UTOPIK1.jpg"><img class="size-medium wp-image-1079 " title="USINE UTOPIK" src="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/07/USINE-UTOPIK1-225x300.jpg" alt="" width="158" height="210" /></a><p class="wp-caption-text">© M-B. Pron</p></div>
<p>Des résidences d&#8217;artistes sont régulièrement organisées à l&#8217;Usine Utopik &#8211; Relais Culturel régional de la Manche soutenu par l&#8217;association ADN (art et design en Normandie ) &#8211; dirigée par le plasticien et sculpteur Xavier Gonzalez. Convaincu de la nécessité d&#8217;amener la culture dans les espaces ruraux, il a investi l&#8217;ancienne serre horticole de Tessy-sur-Vire en 2007 avec l&#8217;intention de transformer cet espace en centre d&#8217;art contemporain, réunissant deux pôles <em>a</em> <em>priori</em> antagonistes (art contemporain et ruralité). Avec l&#8217;introduction de l&#8217;art dans la campagne, il a offert aux habitants l&#8217;accessibilité à un monde <em>a priori </em>réservé aux citadins. Cette action qui porte à la fois sur les arts plastiques et l&#8217;écriture contemporaine favorise le mixage des populations. Les artistes inspirés par les atmosphères vivifiantes des lieux sont invités à partager leur vision de cet environnement. Par ailleurs, cette initiative permet de comprendre les dispositifs de création et les processus engagés pour élaborer un projet, de la note d&#8217;intention jusqu&#8217;à la présentation de l&#8217;oeuvre. Deux plasticiens se répartissent les 400 mètres carrés dévolus aux expositions. Les ateliers mis à leur disposition dans la serre restent ouverts au public pendant la réalisation. L&#8217;entrée est libre. Des phases de résidences d&#8217;un mois et demi instaurent un rythme continu. Actuellement, ce sont les oeuvres de Pauline Vachon et Frédérique Metzger – artistes résidentes en mai-juin 2012 – qui occupent ces espaces marginaux enveloppés d&#8217;une lumière zénitale.</p>
<h4>Tapis dans le végétal</h4>
<div id="attachment_1071" class="wp-caption aligncenter" style="width: 581px"><a href="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/07/39950-i-crop-medium-1340717168443.jpg"><img class="size-full wp-image-1071 " title="39950-i-crop-medium-1340717168443" src="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/07/39950-i-crop-medium-1340717168443.jpg" alt="" width="571" height="321" /></a><p class="wp-caption-text">Pauline Vachon, Drop Zone 03, 2012.</p></div>
<p>Les deux artistes ont multiplié les repérages dans les bocages, prés et jardins normands pour en extraire l&#8217;émotion, dans les sillages de l&#8217;histoire. Des lieux d&#8217;intention sont naturellement apparus dès les prémisses de leurs recherches plastiques. Les évènements, les rencontres qui s&#8217;y sont produites ont alors offert un autre visage à ces territoires. Lors des commémorations du débarquement organisées le 3 juin 2012, Pauline Vachon a fait évoluer son projet de &#8220;la guerre des haies&#8221; en photographiant  un parachutage, lors d&#8217;une reconstitution. Vecteur de hasard, le vent a orienté le vol parachutal vers d&#8217;autres points de chute, dans les arbres, au plus près de l&#8217;objectif de l&#8217;artiste.</p>
<div class="mceTemp"></div>
<div id="attachment_1080" class="wp-caption alignleft" style="width: 221px"><a href="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/07/cid_B4B8F294-5704-4637-B88E-6AB50C9039C1.jpg"><img class="size-medium wp-image-1080 " title="!cid_B4B8F294-5704-4637-B88E-6AB50C9039C1" src="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/07/cid_B4B8F294-5704-4637-B88E-6AB50C9039C1-211x300.jpg" alt="" width="211" height="300" /></a><p class="wp-caption-text">Pauline Vachon, Colline 220, 2012. Vue d&#39;exposition. © P. Vachon</p></div>
<p>Dans l&#8217;atelier, certaines planches-contact adhèrent à l&#8217;intention initiale. Les images montrent des barrières végétales ayant simultanément fait office de boucliers, d&#8217;embuscades, de freins dans la progression des alliés. Forme de camouflage idéale pour les uns, haie d&#8217;obstacle où se brise l&#8217;énergie des autres. Les volumes apportés à la sculpture prolongent cette ambiguïté. Lors de l&#8217;installation, Pauline Vachon a expérimenté cette forme de camouflage en s&#8217;introduisant dans la cavité pour guider au mieux le déplacement de l&#8217;oeuvre, en direction de l&#8217;espace d&#8217;exposition. En équilibre sur deux tréteaux qui font office de socle, elle évoque une fragilité en écho aux souvenirs des combats gravés dans la mémoire collective. La fonction de maintien s&#8217;est en partie perdue dans cette forme instable et précaire. Pauline Vachon veut découvrir le squelette des lieux, des objets pour nous le faire partager. La matière duveteuse du floc qui enrobe l&#8217;oeuvre, irradie d&#8217;un vert électrique, apportant une coloration ludique à ce projet. &#8220;Il y a une dimension poétique qui manipule l&#8217;évènement dans un autre registre et transpose la dimension dramatique du côté du burlesque&#8221; confie Pauline Vachon. Un soin particulier à été apporté à l&#8217;accrochage des photos. Le spectateur ne doit être distrait par rien. Seule, l&#8217;image, accrochée à la cimaise tel un parachute, devient refuge. Le vent s&#8217;y engouffre, lui donnant l&#8217;apparence d&#8217;une méduse. La répartition des oeuvres dans l&#8217;espace correspond à la configuration du sujet dans l&#8217;image. Tautologie d&#8217;une photo accrochée aux murs représentant un parachute accroché latéralement dans un arbre. A terre, cent posters représentent les voilures échouées au sol ; les visiteurs ont la liberté de les emporter. Il appartient à chacun de s&#8217;approprier ou non une trace de cette histoire.</p>
<div id="attachment_1073" class="wp-caption aligncenter" style="width: 517px"><a href="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/07/39949-i-crop-medium-1340717133020.jpg"><img class="size-full wp-image-1073 " title="39949-i-crop-medium-1340717133020" src="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/07/39949-i-crop-medium-1340717133020.jpg" alt="" width="507" height="286" /></a><p class="wp-caption-text">Pauline Vachon, Drop zone 02, 2012.</p></div>
<p>Simultanément, Frédérique Metzger a récolté ça et là des matériaux de récupération  (objets du quotidien, végétaux, empreintes organiques ou humaines), entreprenant la coloration de l&#8217;espace par de curieuses sculptures aux formes hétéroclites, invasives et proliférantes. Sous ses yeux, le tapis végétal est devenu rose tyrien et l&#8217;installation s&#8217;est progressivement composée de figurines rampantes et de plantes ophtalmovores. Raides et souples, des feuilles de nénuphars s&#8217;installent au coeur de l&#8217;oeuvre. Elles sont empruntes d&#8217;une symbolique tenace, évoquant, en accord avec le langage des fleurs, un amour pur et froid. Rendues transparentes et opaques par la matière polie du savon moulé, elles portent, dans leur couleur chair, la trace de <em>l&#8217;écume des jours</em> passés.</p>
<h4>Les refuges temporels</h4>
<p>&#8220;Il cueillit une orchidée orange et grise dont la corolle délicate fléchissait. Elle brillait de couleurs diaprées.</p>
<p>-Elle a la couleur de la souris à moustaches noires&#8230;&#8221;</p>
<p>Boris Vian, <em>L&#8217;Ecume des jours</em>, 1947.</p>
<div id="attachment_1074" class="wp-caption aligncenter" style="width: 458px"><a href="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/07/DSC_0659.jpg"><img class="size-full wp-image-1074   " title="DSC_0659" src="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/07/DSC_0659.jpg" alt="" width="448" height="296" /></a><p class="wp-caption-text">Frédérique Metzger, Vue de l&#39;exposition. 2012. © M-B. Pron</p></div>
<p>Si le secret avait constitué la première idée de jardin de Frédérique Metzger, elle lui a finalement substitué des formes sybillines qui se découvrent piégées dans des constructions rhyzomiques. En creux se dessinent d&#8217;autres significations aux masses ludiques et colorées. En s&#8217;approchant, on découvre des membres orphelins qui sortent de pots, une profusion déroutante où végétal et organique se confondent. La fraicheur rosée de la plante du pied du joli bébé de l&#8217;Usine Utopik, surgit au milieu de cette profusion d&#8217;émotions livrées, catégorisés. En quête de foisonnement, l&#8217;artiste sème des indices dans un espace cependant délimité, clôturé, où éclosent de mystérieuses cultures. Son univers tend à détacher les empreintes du quotidien de leur domaine d&#8217;appartenance pour les faire basculer dans le registre de la fantasmagorie. Elle dissocie deux temps d&#8217;intervention : d&#8217;une part, l&#8217;exécution frénétique de sculptures dans son &#8220;boudoir&#8221; envahi de pots, moules, matières, carnets, notes, machines, dispositifs et matières en tous genres et d&#8217;autre part, la création de l&#8217;installation à partir de tous ces détails intégrés au sein de l&#8217;espace d&#8217;exposition. Expansion, colonisation, hybridation se répandent dans un territoire contraint, délimité. Un banc incite le contemplateur à s&#8217;arrêter, à pénétrer dans l&#8217;espace clôturé par ces &#8220;liens doux&#8221;, sorte de tuteurs reconvertis en lianes excentriques.</p>
<div id="attachment_1076" class="wp-caption alignright" style="width: 310px"><a href="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/07/DSC_04791.jpg"><img class="size-medium wp-image-1076" title="DSC_0479" src="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/07/DSC_04791-300x198.jpg" alt="" width="300" height="198" /></a><p class="wp-caption-text">Frédérique Metzger, Vue de l&#39;installation (détail), 2012. © M-B. Pron</p></div>
<p>Des collants emberlificotés et dentelles  se transforment en fleurs insolites. Des êtres fantastiques semblent s&#8217;être départis pour un temps de leurs mues. Les plantes rivalisent d&#8217;artifices et de métempsycoses, renaissant sous différentes formes spectrales. La distance est annihilée. Cette mise au ban de l&#8217;interdiction habituelle nous incite à toucher les oeuvres. Passage d&#8217;un médium à un autre, transport de sensations (les sculptures tactiles évoquent tour à tour le rugueux, le lisse, le piquant, le spongieux, le rêche, la douceur&#8230;) Les matériaux communient à présent avec ce parachutage d&#8217;évènements imaginés à partir du quotidien.</p>
<p>Dans l&#8217;effervescence des derniers jours de résidence, les deux artistes se sont partagées le regard du visiteur à venir. Elles ont opté pour une scénographie spécifique, conciliant points de vue au ras du sol, à hauteur des yeux, vues surplombantes. Elles ont ménagé des garde-fous, ont cultivé des liens entre leurs approches, en ont découvert d&#8217;autres au fil de leurs échanges. Il s&#8217;agit de montrer l&#8217;inachèvement, le processus comme une fin. Pauline Vachon et Frédérique Metzger amorcent une forme d&#8217;étymologie visuelle où les cartes destinées au repérage sur le terrain sortent de l&#8217;atelier, pour s&#8217;exposer. Le non fini règne dans la serre. Des plans de jardin deviennent des sources de création. Frédérique Metzger les a trouvé dans les archives de ses aïeuls ou dans des catalogues de pépinières. Elle en fait des matrices pour ses dessins au pastel, mines graphites et vernis à ongles. L&#8217;ensemble apparaît acidulé, bucolique, joyeux ou redoutable. C&#8217;est une forme liquoreuse du jardin où se concentre son organisation essentielle. Pauline Vachon est elle aussi accoutumée à montrer le processus de construction. Elle photographie notamment des plans de montage (Ingrid). Elle montre les objets sous deux faces différentes (La Femme sur la lune), engageant notre réflexion sur un monde fabriqué, filtré (Ecrans, Maquettes) et rempli de simulacres (Wunderland). Ces oeuvres profondes  ne se livrent pas à une compréhension instantanée. Elles nécessitent une &#8220;prise de temps&#8221;, une durée de réalisation dont il faut tenir compte : &#8220;ce n&#8217;est pas toujours la forme finale qui est la plus importante&#8221; (P. Vachon). Englobées dans une dialectique entre montré et caché, les oeuvres exposées semblent répondre à des codes secrets.</p>
<h4>Libération, Croissance</h4>
<div id="attachment_1078" class="wp-caption aligncenter" style="width: 517px"><a href="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/07/39601-i-crop-medium-13404468597891.jpg"><img class="size-full wp-image-1078 " title="39601-i-crop-medium-1340446859789" src="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/07/39601-i-crop-medium-13404468597891.jpg" alt="" width="507" height="286" /></a><p class="wp-caption-text">Pauline Vachon, Drop Zone 01, 2012. </p></div>
<p>Le 5 juin 1944, un message est envoyé aux résistants d&#8217;une commune voisine de Tessy (Moyon) pour déclencher un sabotage des lignes de téléphone souterraines allemandes : &#8220;Le laboureur peine dans la brume du matin&#8221;. Allusion aux obstacles rencontrés par les envahisseurs, foulant une terre ameublie par les paysans. Le débarquement s&#8217;annonce imminent. Les oeuvres de Pauline Vachon cultivent la même ambiguité que ce message à double sens. Le vert mousseux de la sculpture se développe à l&#8217;échelle humaine. Il abrite des corps étrangers (bois, tréteaux). Les formes indéfinies évoquent le mouvement des toiles flottant dans les airs. Enveloppé par le bruissement des haies, le camouflage est exacerbé. Plus loin, les parachutes se posent. Ils conservent un aspect aérien et fusionnent avec l&#8217;environnement naturel dans lequel ils s&#8217;inscrivent. Une <em>drop zone</em> apparaît dans un cadrage au ras du sol où prolifèrent à présent des graminées. Des stigmates ont marqué ce paysage champêtre. Ce positionnement montre ce qui fut un périmètre de massacres en caméra subjective. Dans ces lieux apaisés, Pauline Vachon a perçu la présence des soldats aux aguets.</p>
<p>La création d&#8217;un centre d&#8217;art n&#8217;a pas été sans heurts. &#8220;Au début, les voisins de la structure n&#8217;osaient même pas rentrer pour voir les expositions&#8221; précise Xavier Gonzalez. Progressivement, ils s&#8217;y sont interessés. Désormais, ils viennent régulièrement et font partie de l&#8217;association corrélée. Avec l&#8217;aide de la Communauté de commune, il a mis au point des systèmes pour permettre à cette organisation de subsister, parallèlement aux multiples manifestations qu&#8217;il mène (symposiums de sculpture et peinture, rencontres artistiques). Une artothèque s&#8217;enrichit progressivement des oeuvres conçues par les artistes pendant leurs résidences. Des actions de sensibilisation sont menées avec les scolaires, sous l&#8217;égide de Marie-Blanche Pron qui assiste la programmation. Un nouveau souffle anime la région, favorisant son expansion culturelle. La restauration du théâtre est à présent à l&#8217;ordre du jour de réunions municipales. De nouveaux évènements ponctuent le cadre de vie des habitants, randonneurs et cyclistes : &#8220;fête des lumières&#8221;, vernissages, lectures. Un &#8220;Festival des Bords de Vire&#8221; est organisé le long du chemin de halage, alliant art et environnement.</p>
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		<title>Images de fer dans une esthétique de velours : rencontre avec Raphaël Dallaporta</title>
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		<pubDate>Mon, 30 Apr 2012 15:52:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Muriel Berthou Crestey</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Le traitement formel des photographies de Raphaël Dallaporta évoque les catalogues d’archivage de musées mais aussi les images sur papier glacé des magazines. Pourtant, elles s’affirment telles des vanités contemporaines aux thèmes souvent glaçants. L’attirance première des représentations se délite dans l’aversion des sujets : mines antipersonnelles magnifiées, sapins de Noël abandonnés ou organes prélevés donnent à contempler les stigmates d’une société gangrenée par le profit, où les apparences dissimulent souvent la vérité. L’utilisation du médium photographique amplifie les propriétés illusoires de ces images en décontextualisant les objets pour les sublimer. Le photographe appelle à la vigilance du spectateur d’abord séduit puis dérouté par le texte qui explicite les faits. Au sortir de sa formation aux Gobelins en 2002, Raphaël Dallaporta entreprend de documenter le monde en produisant des images anthropologiques. Comme l’ethnologue, il observe les usages d’un groupe social pour en isoler des traits saillants. Il s’immerge dans une communauté. Par métonymie ou allusion, l’étude de ce microcosme révèle, à plus grande échelle, les dérives de notre civilisation. Cette attitude en retrait, simultanément distanciée et impliquée, conduit à son ascension, sous l’impulsion de François Hébel et Martin Parr qui exposent sa série Antipersonnel (2004) aux 35ème Rencontres d’Arles. Lauréat du Young Photographer ICP Infinity Award (2010) et du Paul Huf Award (FOAM, 2011), le photographe expose ses Observations jusqu’au 20 mai au Musée Niépce. Dans ce contexte, j’ai rencontré Raphaël Dallaporta le 11.04.12.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h2><span style="font-weight: normal"></p>
<div id="attachment_1053" class="wp-caption alignleft" style="width: 250px"><a href="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/04/DALLAPORTA-01.jpg"><img class="size-medium wp-image-1053" title="DALLAPORTA 01" src="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/04/DALLAPORTA-01-240x300.jpg" alt="" width="240" height="300" /></a><p class="wp-caption-text">Raphaël Dallaporta, Antipersonnel, 2004.</p></div>
<p></span></h2>
<h4>Le traitement formel des photographies de <a href="http://www.raphaeldallaporta.com/">Raphaël Dallaporta</a> évoque les catalogues d’archivage de musées mais aussi les images sur papier glacé des magazines. Pourtant, elles s’affirment telles des vanités contemporaines aux thèmes souvent glaçants. L’attirance première des représentations se délite dans l’aversion des sujets : mines antipersonnelles magnifiées, sapins de Noël abandonnés ou organes prélevés donnent à contempler les stigmates d’une société gangrenée par le profit, où les apparences dissimulent souvent la vérité. L’utilisation du médium photographique amplifie les propriétés illusoires de ces images en décontextualisant les objets pour les sublimer. Le photographe appelle à la vigilance du spectateur d’abord séduit puis dérouté par le texte qui explicite les faits. Au sortir de sa formation aux Gobelins en 2002, Raphaël Dallaporta entreprend de documenter le monde en produisant des images anthropologiques. Comme l’ethnologue, il observe les usages d’un groupe social pour en isoler des traits saillants. Il s’immerge dans une communauté. Par métonymie ou allusion, l’étude de ce microcosme révèle, à plus grande échelle, les dérives de notre civilisation. Cette attitude en retrait, simultanément distanciée et impliquée, conduit à son ascension, sous l’impulsion de François Hébel et Martin Parr qui exposent sa série <em>Antipersonnel</em> (2004) aux 35<sup>ème</sup> Rencontres d’Arles. Lauréat du <em>Young Photographer ICP Infinity Award</em> (2010) et du <em>Paul Huf Award </em>(FOAM, 2011), le photographe expose ses <em>Observations</em> jusqu’au 20 mai au <a href="http://www.museeniepce.com/index.php?option=com_content&amp;view=article&amp;id=85%3A2011-09-05-13-01-22&amp;catid=35%3Aexpositions&amp;Itemid=3&amp;lang=en">Musée Niépce</a>. Dans ce contexte, j’ai rencontré Raphaël Dallaporta le 11.04.12.</h4>
<address><span style="font-style: normal"><span style="color: #000000">-Qu’est-ce qui a motivé votre choix d’être photographe ?</span></span></address>
<p><strong><em> </em></strong></p>
<h5><strong>R. D. C’est davantage une affinité. Plus je me cultive en photographie plus je comprends en quoi il peut être justifié de faire une image. Ce n’est pas seulement lié au plaisir car parfois, cela peut être un peu ennuyeux. Mais cela offre des possibilités d’accès au monde entier. C’est pour cela que j’aime la photo : elle permet d’entrer dans tous les milieux. Cela m’a permis jusqu’à présent de rencontrer des démineurs, des médecins légistes, des juristes, des archéologues, des assistantes sociales, des afghans. La photographie nourrit ma curiosité. </strong><strong> </strong></h5>
<p><strong> </strong></p>
<address><span style="font-style: normal"><span style="color: #000000">-Comment choisissez-vous vos sujets ? </span></span></address>
<p><strong><em> </em></strong></p>
<h5><strong>R. D. Je choisis d’abord les gens avec qui je vais faire ces projets. Pour <em>Antipersonnels</em> par exemple, j’ai d’abord rencontré les démineurs. Si je m’entends bien avec eux et s’ils m’offrent un autre regard, je me dis qu’il y a quelque chose d’intéressant à creuser. Après plusieurs années, on oublie vite la motivation première mais c’est d’abord la rencontre humaine avec des professionnels. Ce sont des relations très proches, en général, non seulement de confiance mais il faut aussi que les personnes m’inspirent. Il y a d’ailleurs certains projets qui n’ont pas eu lieu pour cette raison. Il y a quelques années j’avais commencé un projet avec des douaniers qui, au final, s’avéraient totalement éloignés des réalités qui me touchent.</strong></h5>
<address><em><strong>-</strong>Y a-t-il une dimension de l’ordre du leurre dans vos images ?</em></address>
<p><strong><em> </em></strong></p>
<h5><strong></p>
<div id="attachment_1055" class="wp-caption alignright" style="width: 310px"><a href="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/04/Raph2.jpg"><img class="size-medium wp-image-1055" title="Raph2" src="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/04/Raph2-300x122.jpg" alt="" width="300" height="122" /></a><p class="wp-caption-text">Raphaël Dallaporta, Antipersonnel, 2004.</p></div>
<p></strong><strong> </strong><strong>R. D. Cet effet de piège est très présent notamment dans les mines antipersonnelles où il y a une double approche d’attraction/répulsion. Les démineurs sont obligés de connaître ces objets par cœur, de s’intéresser à chaque détail, chaque système. Pourtant, ce n’est pas un objet qu’on peut aimer. Quand on voit la réalité sur le terrain en permanence, on est obligé de s’y intéresser et de se passionner pour cet objet. Cette relation ambiguë est présente avec les démineurs. Et c’est parce que j’étais à leurs côtés que je suis parvenu à retranscrire cela. La dimension de leurre en surgit. </strong><strong> </strong></h5>
<p><strong> </strong></p>
<p><em><strong>-</strong>Quels paramètres déterminent leur aspect esthétisant ? </em></p>
<p><strong><em> </em></strong></p>
<h5><strong>R. D. Le degré esthétique de ces objets vient d’une dimension fonctionnelle. Quand on a été bercé par les Becher ou même par W. Evans, on s’aperçoit que certains objets ont une valeur esthétique bien qu’ils n’aient jamais été pensés pour être beau. On ne vend pas mieux une mine parce qu’elle est belle mais bien parce qu’elle remplit une fonction complexe de la même façon que pour concevoir un avion, il faut qu’il ait de la finesse, qu’il puisse prendre des passagers. Ce sont des contraintes qui sont telles qu’au final sa forme sera pure, épurée. La mine surnommée ananas, censée s’armer dans les airs, a une force plastique que les autres n’ont pas car elle est censée voler. Cette esthétique fonctionnelle a largement influencé mes autres projets. Même avec les médecins légistes, je n’ai pas cherché à faire de belles images mais à épouser le plus possible leur façon de travailler, en apportant une autre lumière.</strong><strong> </strong></h5>
<p><strong> </strong></p>
<p><em><strong>-</strong>Quelle est l’échelle utilisée ?</em><strong><em> </em></strong></p>
<h5><strong>R. D. En général, je m’approche le plus possible de l’échelle 1. Cette idée est présente. Après, il s’agit de projets en deux dimensions avec des objets parfois en perspective donc ce n’est pas toujours exact. Je n’ai pas essayé de faire des agrandissements et c’est ce qui a convaincu les militaires de m’ouvrir les portes. </strong><strong> </strong></h5>
<p><strong> </strong></p>
<p><em><strong>-</strong>La présentation sérielle insiste sur la diversité chromatique et formelle. </em></p>
<p><strong><em> </em></strong><strong><em> </em></strong></p>
<h5><strong></p>
<div id="attachment_1056" class="wp-caption alignright" style="width: 310px"><a href="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/04/Raph12.jpg"><img class="size-medium wp-image-1056 " title="Raph12" src="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/04/Raph12-300x120.jpg" alt="" width="300" height="120" /></a><p class="wp-caption-text">Raphaël Dallaporta, Fragile, 2010.</p></div>
<p></strong><strong> </strong><strong>R. D. C’est ce qui est assez excitant lorsqu’on fait ces images à savoir qu’on photographie quelque chose qui n’aura jamais le même aspect. Avec la série <em>Fragile</em>, les saturations de couleurs correspondent à un laps de temps très court. Etant donné que la « machine » ne fonctionne plus, on peut enlever des pièces pour mieux comprendre son fonctionnement. J’ai utilisé à nouveau un fond noir parce que n’avais pas envie que la lumière aille ailleurs que sur cet organe. C’est la seule fois qu’il en reçoit. Si j’avais mis des fonds dorés ou blancs, ils n’en auraient pas semblés plus précieux. Une fois encadrés, on a l’impression que ce sont eux qui renvoient une lumière. Cela me plaît beaucoup qu’il n’y ait qu’eux qui soient éclairés. C’est un peu scintillant, brillant. Ce que j’aime dans la photographie, c’est qu’il y a beaucoup d’ambivalence. Les mines s’apparentent à un objet générique. En même temps, elles viennent du terrain. C’en est une de moins qui a été retirée. Ce ne sont pas des factices. On peut regarder les choses de plusieurs façons différentes. Le fait de les avoir photographiées comme un catalogue amplifie cette ambiguïté. </strong></h5>
<p><strong> </strong></p>
<p><em><strong>-</strong>Quels rapports entre texte et image ? </em></p>
<p><strong><em> </em></strong></p>
<h5><strong></p>
<div id="attachment_1057" class="wp-caption alignleft" style="width: 250px"><a href="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/04/DS-10.jpg"><img class="size-medium wp-image-1057 " title="DS-10" src="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/04/DS-10-300x213.jpg" alt="" width="240" height="170" /></a><p class="wp-caption-text">Raphaël Dallaporta, Esclavage domestique, 2006.</p></div>
<p></strong><strong> </strong><strong>R. D. Par exemple, les photos d’<em>Esclavage domestique </em>ne disent rien en elles mêmes. C’est uniquement dans leurs relations aux textes qu’elles permettent des prises de conscience et des émotions supplémentaires. Les photos en elles-mêmes sont banales. Mais la narration très objective qui les accompagne raconte les promesses non tenues faites à ces personnes. Dans <em>Antipersonnels</em>, ce sont également des données très générales, génériques, jamais anecdotiques. C’est comme une fiche technique qui laisse le champ libre pour se faire son propre jugement. On est libre de s’indigner ou de ne pas être sensible à ces histoires. Il y a une dimension de l’ordre du libre-arbitre. Certaines personnes préfèrent rester dans l’esthétique sans percevoir la dimension humaine alors que cela parle surtout de la fragilité de la vie. </strong></h5>
<p><strong> </strong></p>
<p><em><strong>-</strong>S’agit-il de  provoquer une prise de conscience chez le spectateur ?</em></p>
<p><strong><em> </em></strong></p>
<h5><strong>R. D. On peut envisager cette série comme la métonymie parfaite des conflits historiques. Cette sous-munition incarne à elle seule la Guerre du Viêt-nam. En les récupérant et en leur rajoutant un détonateur, les vietnamiens vont parvenir à les retourner contre les américains en forme de mines. C’est un acte de résistance hallucinant avec une prise de risque totale de manipuler une sous-munition. Evidemment quand on a un tel esprit guerrier, on ne perd pas un conflit même lorsqu’on se trouve face à la plus grande armée du monde. On peut aussi percevoir les conséquences psychologiques terribles pour la victime qui aura activé cette mine. Ce n’est pas seulement la dimension humanitaire qui m’intéresse mais aussi politique, historique, économique. Et le déminage est aussi un business pour lequel les américains dépensent dix fois plus que n’importe quel autre pays. Mais ils continuent à produire des modèles. Créer un problème, se faire de l’argent sur la solution, alimenter à nouveau le problème… C’est un cercle vertueux (pour ne pas dire vicieux) parfois pour un pays capitaliste. </strong><strong> </strong></h5>
<p><strong> </strong></p>
<p><em><strong><a href="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/04/AP24.jpg"><img class="size-large wp-image-1060 alignright" title="AP24" src="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/04/AP24-695x549.jpg" alt="" width="334" height="263" /></a>-</strong>Cette série des mines antipersonnelles est-elle systématiquement présentée sous forme de multiples ou bien est-ce que chaque image peut être montrée de façon autonome comme c’est le cas dans le livre ? </em></p>
<p><strong><em> </em></strong></p>
<h5><strong>R. D. Cela dépend du contexte. Evidemment quand une salle est remplie avec les 35 mines de la série, l’effet n’est pas le même que s’il y en a une petite isolée dans un coin ou juxtaposée avec d’autres. Mais en même temps, ce n’est pas une collection. Il y a plus de 600 modèles dans le monde et je n’en ai conservé que 35. </strong><strong> </strong></h5>
<p><strong><em> </em></strong></p>
<p><em><strong>-</strong>Qu’est-ce qui a déterminé votre choix ? </em></p>
<p><strong><em> </em></strong></p>
<h5><strong>R. D. Ce sont les démineurs qui m’ont aiguillés sur les mines qui leur semblaient les plus importantes. Pendant les quelques jours où je suis allé à l’armée pour les photographier, j’avais déjà une présélection. Ce n’était pas des jugements esthétiques. Il s’agissait des modèles rencontrés le plus souvent ; d’autres ont été photographiées mais n’étaient pas imprimables. </strong><strong> </strong></h5>
<p><strong> </strong></p>
<p><em><strong>-</strong>Comment gérez-vous la répartition entre vos travaux personnels et les commandes ? </em></p>
<p><strong><em> </em></strong></p>
<h5><strong>R. D. Je pense qu’on travaille mieux en faisant plusieurs choses en même temps. C’est bien d’avoir un métier aussi dans la durée. Cela me permet d’améliorer ma pratique, de solutionner des choses techniquement. C’est très stimulant. J’aime beaucoup le travail de commandes éditoriales et publicitaires. Ce sont des milieux très séparés de l’art. Mais c’est rafraîchissant de passer de l’un à l’autre. </strong><strong> </strong></h5>
<p><strong> </strong></p>
<p><em><strong> </strong></em></p>
<div id="attachment_1058" class="wp-caption alignleft" style="width: 311px"><a href="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/04/ARLMSC82.jpg"><img class="size-large wp-image-1058 " title="ARLMSC82" src="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/04/ARLMSC82-556x695.jpg" alt="" width="301" height="375" /></a><p class="wp-caption-text">Raphaël Dallaporta, Ruins, 2010.</p></div>
<p>-Combien de temps mettez-vous à réaliser vos projets ?</p>
<p><strong><em> </em></strong></p>
<h5><strong>R. D. J’essaie d’avoir le maximum d’autonomie dans mes projets, au niveau du temps. Je me suis donné entre cinq et dix ans pour la série <em>Fragile</em> et pareille pour mon projet en cours sur l’espace. <em>Ruins</em> aurait dû prendre plus de temps. Pour des raisons d’accessibilités au territoire de l’Afghanistan, j’ai dû arrêter au bout de deux ans. Certains projets vont très vite, comme les mines qui ont nécessité un an et demi d’autorisation mais après la prise de vue s’est faite en trois jours et une semaine après, elles étaient montrées en commission du FNAC. J’aime bien qu’il n’y ait pas de règle. <em>Ruins</em> s’est faite très vite.</strong><strong> </strong></h5>
<p><strong> </strong></p>
<p><em><strong>-</strong>Mais il y avait néanmoins tout un protocole au préalable.</em><strong><em> </em></strong></p>
<h5><strong>R. D. Concrètement, si je voulais suivre les archéologues, je ne pouvais pas emporter mon trépied et ma chambre. Au début, ils m’avaient dit que mon équipement aurait dû tenir sur mes genoux. En utilisant un drone, je leur ai permis de voir les choses sous un autre point de vue. Quitte à suivre une mission, autant épouser autant que possible leurs protocoles. Il fallait trouver un moyen d’obtenir un point de vue d’en haut pour voir au mieux les formes. On a tout envisagé avec l’architecte de la mission. L’ULM était proscrit dans ce pays car trop dangereux en Afghanistan. Il y avait les cerfs-volants. Les ballons, il aurait fallu trouver de l’hélium. Les pigeons équipés d’appareil photo manquent de précision. Il restait le drone parce que c’est une technologie moderne désormais accessible dans le domaine civil. C’était une sorte d’évidence technique. Cela permet vraiment des choses géniales et on a eu beaucoup de chance parce que ça a fonctionné du premier coup. La première mission a permis de faire voler le drone immédiatement.</strong></h5>
<h5><strong><br />
</strong></h5>
<p><strong> </strong></p>
<p><em><strong>-</strong>Votre formation a-t-elle influencé votre positionnement artistique ?</em></p>
<p><strong><em> </em></strong></p>
<h5><strong>R. D. Le fait d’avoir fait une formation courte en deux ans et surtout technique était vraiment approprié. Et finalement, j’ai découvert très tard qu’on pouvait être photographe de profession. </strong></h5>
<p><strong> </strong></p>
<p><em><strong>-</strong>Vos thèmes de prédilection étaient-ils déjà présents dans vos premières photos ?</em><strong><em> </em></strong></p>
<h5><strong></p>
<div id="attachment_1059" class="wp-caption alignleft" style="width: 250px"><a href="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/04/XM-01.jpg"><img class="size-medium wp-image-1059 " title="XM-01" src="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/04/XM-01-300x300.jpg" alt="" width="240" height="240" /></a><p class="wp-caption-text">Raphaël Dallaporta, Xmas Trees, 2001.</p></div>
<p></strong><strong> </strong><strong>R. D. Ma première série des <em>Sapins de Noël</em> contient déjà l’idée de vanité. Mes premières images étaient très influencées par les humanistes, par Doisneau aussi. Se donner un peu de temps pour regarder les choses autrement, c’est émouvant.</strong></h5>
<p><em><strong>-</strong>Avez-vous des influences précises ? </em></p>
<p><em><strong> </strong></em></p>
<h5><strong>R. D. Avedon avait une pratique commerciale très forte, parfois supérieure à sa production artistique. C’est l’un des photographes auprès duquel j’ai le plus appris. Dans toutes les bibliothèques où je suis allé, il y avait <em>Autobiographie</em>. J’apprenais quelque chose à chaque fois que j’ouvrais ce livre, sur la distance au sujet, sur le choix des fonds et ce qu’ils peuvent révéler d’une personne. Ses fonds blancs ont vraiment quelque chose d’intemporel, de profond et de fin.<br />
</strong><strong>Sinon, en regardant les Becher, j’ai aussi appris que l’unité d’une série vient parfois du fait que toute est photographié différemment. Il n’y a pas deux fois le même point de vue. L’architecture est de biais. Les architectures sont redressées. Les distances varient à chaque fois.</strong></h5>
<p><strong> </strong></p>
<p><em><strong>-</strong>Avez-vous conscience de ce que vous faites au moment où vous déclenchez l’appareil ? Pouvez-vous anticiper le résultat ? </em></p>
<p><em><strong> </strong></em></p>
<h5><strong>R. D. Même mieux. Je peux le refaire. Je peux retourner à Angers, dans la base. Je pense qu’ils auront encore toutes ces mines. Je pourrais remettre un fond et refaire la série. Je peux retourner Avenue Fragonard, ou Avenue Foch, et refaire les vues sur ces bâtiments. Il n’y a pas d’enjeux sur le moment.<br />
</strong><strong>Je pourrais faire des photos de mines toute ma vie parce qu’ils produisent toujours de nouveaux modèles. C’est de les arrêter qui est compliqué.</strong></h5>
<p><em><strong>-</strong>Qu’est-ce qui détermine la fin d&#8217;une série ? </em></p>
<p><em><strong> </strong></em></p>
<h5><strong>R. D. Un labo qui ferme. Un collaborateur qui part à la retraite. Un accès très court ou une situation politique (en Afghanistan). Et puis, à un moment, on fait les choses pour qu’elles soient vues donc il faut savoir s’arrêter.</strong></h5>
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		<title>Nouvelles formes documentaires (Tate Modern)</title>
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		<pubDate>Mon, 27 Feb 2012 13:58:28 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Muriel Berthou Crestey</dc:creator>
				<category><![CDATA[Comptes rendus]]></category>
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		<description><![CDATA[Jusqu’au 31 mars 2012, la Tate Modern favorise les liaisons entre arts et médias en réunissant cinq photographes contemporains. Les sujets traités (guerre, politique, société) sont les mêmes. La différence se trouve dans le traitement formel. Il s’agit de rompre avec l’esthétique dite instantanée des images médiatiques : les grands formats de Luc Delahaye rappellent davantage la peinture d’histoire que les illustrations des quotidiens. Définissant son travail comme une « chronique d’actualité, une chronique arbitraire et décousue », le photographe insiste sur la dimension hybride de ses images [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_1034" class="wp-caption alignleft" style="width: 310px"><a href="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/02/delahaye.jpg"><img class="size-medium wp-image-1034" title="delahaye" src="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/02/delahaye-300x114.jpg" alt="" width="300" height="114" /></a><p class="wp-caption-text">Luc Delahaye, &quot;The Vatican&quot;, History, 2003</p></div>
<p>Jusqu’au 31 mars 2012, la <em>Tate Modern</em> favorise les liaisons entre arts et médias en réunissant cinq photographes contemporains. Les sujets traités (guerre, politique, société) sont les mêmes. La différence se trouve dans le traitement formel. Il s’agit de rompre avec l’esthétique dite instantanée des images médiatiques : les grands formats de Luc Delahaye rappellent davantage la peinture d’histoire que les illustrations des quotidiens. Définissant son travail comme une « chronique d’actualité, une chronique arbitraire et décousue », le photographe insiste sur la dimension hybride de ses images qui, « par leur indexation à l’actualité, appartiennent au reportage ; par les conditions de leur production, la somme de refus et d’élans qui les a rendues possibles, [prennent] aussi la forme libre d’une appréhension du réel – ou, au minimum, l’élucidation d’une pathologie ». D’abord reporter, Luc Delahaye a ensuite modifié ses objectifs. Il a donné une autre signification à sa présence au cœur des évènements observés. Dans une interview à Quentin Bajac, il précise qu’« une photographie est toujours une construction ».</p>
<div id="attachment_1035" class="wp-caption alignright" style="width: 100px"><a href="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/02/tillim.jpg"><img class="size-thumbnail wp-image-1035     " title="tillim" src="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/02/tillim-150x150.jpg" alt="" width="90" height="90" /></a><p class="wp-caption-text">Guy Tillim, Congo democratic, 2006</p></div>
<p>Autre représentant de ce passage du photojournalisme à l’art, Guy Tillim s’intéresse aux élections qui ont eu lieu en 2006 dans la République démocratique du Congo. Il saisit l’instabilité des instants qui suivent la guerre civile et ses répercussions sur la population. Il en propose de nouvelles narrations. Parcourant le territoire ukrainien, Boris Mikhailov veut lui aussi trouver des alternatives aux images de presse mais ces mutations passent moins par le cadrage que par la couleur : référence aux constructivistes russes, la série <em>Red</em> explore les affres du régime soviétique, avec l’arrière-fond de la révolution d’octobre. La libération du régime soviétique (1989) insuffle d’autres tonalités aux images urbaines. C’est encore un jeu de couleurs qui imprègnent la série basée sur des vues quotidiennes plus récentes (1993) : <em>At Dusk</em>. L’atmosphère a changé. Les retouches de bleu cobalt disposées à la main confèrent aux photos panoramiques en noir et blanc des ambiances crépusculaires.</p>
<div id="attachment_1036" class="wp-caption aligncenter" style="width: 310px"><a href="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/02/mikhailov.jpg"><img class="size-medium wp-image-1036" title="mikhailov" src="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/02/mikhailov-300x200.jpg" alt="" width="300" height="200" /></a><p class="wp-caption-text">Boris Mikhailov, Red 1968-75, printed c. 1999-2000</p></div>
<p style="text-align: center">
<p>Le projet <em>American Power</em> a pour origine une commande passée à Mitch Epstein par le New York Times en 2003. Il s’agissait de documenter la pollution et la contamination d’un village du Cheshire (Ohio) liée à l’<em>American Electric Power</em>. Dès lors, il s’est engagé dans un travail patient durant cinq années sur le thème de l’énergie et ses conséquences sur le paysage américain (tours de centrales nucléaires, barrages, éoliennes, centrales électriques, plate-formes pétrolières…). Au fil de son voyage à travers 25 états, le photographe a voulu repenser l’expérience du regard, en pointant les dérives liées au pouvoir politique et industriel.</p>
<p style="text-align: center">
<div id="attachment_1039" class="wp-caption aligncenter" style="width: 310px"><a href="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/02/americanpower05.jpg"><img class="size-medium wp-image-1039" title="americanpower05" src="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/02/americanpower05-300x240.jpg" alt="" width="300" height="240" /></a><p class="wp-caption-text">Mitch Epstein, from &quot;American Power&quot;, 2007</p></div>
<div id="attachment_1038" class="wp-caption alignleft" style="width: 136px"><img class="size-medium wp-image-1038  " title="zaatari" src="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/02/zaatari-197x300.jpg" alt="" width="126" height="192" /><p class="wp-caption-text">Akram Zaatari, from Objects of study, 2007</p></div>
<p>Ces œuvres installent des temps et des conditions de réception qui diffèrent des images médiatiques. Membre de la Fondation arabe pour l’image, Akram Zaatari gère les collections photographiques. C’est à l’occasion de ce travail d’enquête historique qu’il a découvert l’existence d’une collection de 150000 portraits pris entre 1950 et 1970 dans le studio <em>Hashem al Madani</em> (Beirouth). Le photographe de l’époque a influencé certaines poses alors que d’autres postures sont le fruit d’une mise en scène des protagonistes. Lorsque l’artiste libanais reprend ces images commerciales, il parvient à transformer la destination de ces représentations stéréotypées. La série <em>Objects of Study</em> consiste à créer des typologies en opérant des regroupements (soldats, mariés, écoliers). Ainsi, il veut interroger les mécanismes de production des images et leurs usages. Auparavant isolées, ces photos une fois regroupées questionnent l’identité du médium et le rôle de l’artiste.</p>
<p>La portée documentaire de la photographie fait partie intégrante de son histoire. Ainsi le commissaire d’exposition Simon Baker rappelle notamment que les images d’Eugène Atget avaient d’abord pour dessein de témoigner de la vie parisienne au début du XXème siècle. Cette présentation des nouvelles acquisitions permet une réflexion sur les contextes de production et de diffusion des images.</p>
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		<title>Alchimie photographique : PHOTO50 (London Art Fair)</title>
		<link>http://culturevisuelle.org/regard/archives/1019</link>
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		<pubDate>Sun, 29 Jan 2012 15:53:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Muriel Berthou Crestey</dc:creator>
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		<description><![CDATA[La vingt-quatrième édition de la London Art Fair qui s’est tenu du 18 au 22 janvier fut le lieu d’échanges passionnants. Essentiellement dévolu aux dialogues des images et de ceux qui les font naître, le second étage était consacré à la photographie et ses enjeux actuels. Salle comble pour les discussions qui ont mis en lumière la difficulté de créer des frontières à ce médium transfuge et la variété de ses incarnations. Alors que les nouvelles technologies ravivent parfois la nostalgie pour les procédés du passé, les artistes expérimentent les zones de frictions ou de rencontres entre l’argentique et le numérique. La dimension artisanale de l’acte photographique se renforce paradoxalement à mesure que les techniques migrent vers davantage de sophistication. Des variations émergent dans la manière de penser l’acte photographique au carrefour des autres formes artistiques, s’apparentant à une matérialisation visuelle parmi d’autres. A une époque où l’impression des clichés devient souvent accessoire, il s’agit de conférer une texture à l’image photographique. Considérer à nouveau la photo comme un objet permet de repenser le tirage au-delà d’une étape de finalisation. Ainsi, il devient le lieu d’une synergie des pratiques, permettant de repenser ce médium à l’aune de son infinie malléabilité.
L’exposition Photo50 réunissait 12 artistes autour d’expérimentations plurielles. Il s’agissait d’interroger la physicalité de l’image tour à tour manipulée, reconfigurée ou réinventée. En mettant l’accent sur la porosité des arts, la commissaire de l’exposition - Sue Steward - pose la question du lien, de la coexistence des pratiques et des phénomènes de transmission qu’elles génèrent. 
[...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/01/londonartfair.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-1020" title="londonartfair" src="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/01/londonartfair-300x225.jpg" alt="" width="240" height="180" /></a>La vingt-quatrième édition de la <a href="http://www.londonartfair.co.uk/Content/London-Art-Fair/1/">London Art Fair</a> qui s’est tenu du 18 au 22 janvier fut le lieu d’échanges passionnants. Essentiellement dévolu aux dialogues des images et de ceux qui les font naître, le second étage était consacré à la photographie et ses enjeux actuels. Salle comble pour les discussions qui ont mis en lumière la difficulté de créer des frontières à ce médium transfuge et la variété de ses incarnations. Alors que les nouvelles technologies ravivent parfois la nostalgie pour les procédés du passé, les artistes expérimentent les zones de frictions ou de rencontres entre l’argentique et le numérique. La dimension artisanale de l’acte photographique se renforce paradoxalement à mesure que les techniques migrent vers davantage de sophistication. Des variations émergent dans la manière de penser l’acte photographique au carrefour des autres formes artistiques, s’apparentant à une matérialisation visuelle parmi d’autres. A une époque où l’impression des clichés devient souvent accessoire, il s’agit de conférer une texture à l’image photographique. Considérer à nouveau la photo comme un objet permet de repenser le tirage au-delà d’une étape de finalisation. Ainsi, il devient le lieu d’une synergie des pratiques, permettant d&#8217;envisager ce médium à l’aune de son infinie malléabilité.</p>
<div id="attachment_1021" class="wp-caption alignright" style="width: 250px"><a href="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/01/2michaelwolf.jpg"><img class="size-medium wp-image-1021" title="2michaelwolf" src="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/01/2michaelwolf-240x300.jpg" alt="" width="240" height="300" /></a><p class="wp-caption-text">Michael Wolf, Real Fake Art, 2005-2006</p></div>
<p>L’exposition <a href="http://www.londonartfair.co.uk/Content/Photo50-1">Photo50</a> réunissait 12 artistes autour d’expérimentations plurielles. Il s’agissait d’interroger la physicalité de l’image tour à tour manipulée, reconfigurée ou réinventée. En mettant l’accent sur la porosité des arts, la commissaire de l’exposition &#8211; Sue Steward &#8211; pose la question du lien, de la coexistence des pratiques et des phénomènes de transmission qu’elles génèrent. Parmi les cinquante œuvres présentées, celles de Michael Wolf, lauréat du <em>World Press Photo</em> 2005 tiennent un rôle fondamental pour repenser les liens entre photographie, peinture et marché de l’art. Intéressé par les coutumes vernaculaires, il va vivre dix ans en Chine. Pour sa série <em>Real Fake Art</em>, il fait appel à des peintres de Hong Kong spécialisés dans la copie des chefs d’œuvre les plus populaires de l’histoire de l’art. Une reproduction peinte à la main d’un Van Gogh <em>made in China</em> coûtera par exemple 75 dollars à un acheteur américain. Wolf est parvenu à négocier la reproduction d’un Fontana pour 3 dollars. Le titre mentionne le prix des reproductions. Le rendement des copistes peut atteindre trente peintures par jour. L’artiste s’est emparé de ce phénomène : il leur a commandé des reproductions d’œuvres photographiques de Lee Friedlander ou William Eggleston, puis les a pris en photo en situation. Ils présentent leurs peintures devant eux. Dans l’exposition, les reproductions et leurs auteurs sont présentés côte à côte.</p>
<div id="attachment_1022" class="wp-caption alignleft" style="width: 310px"><a href="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/01/2jorma_puranen_icy_prospects.jpg"><img class="size-full wp-image-1022" title="2jorma_puranen_icy_prospects" src="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/01/2jorma_puranen_icy_prospects.jpg" alt="" width="300" height="231" /></a><p class="wp-caption-text">Jorma Puranen, Icy Prospects 46</p></div>
<p>Cette dimension picturale intervient également dans les œuvres photographiques de Jorma Puranen, professeur de photographie à l’Université d’Helsinki. Pour la série <em>Icy Prospects</em>, l’artiste s’est rendu sur les terres de l’Arctique encore imprégnées des récits d’expéditions polaires. Un panneau de bois d’abord enduit de peinture noire aux reflets luisants devient un support inattendu pour réfléchir le paysage glaciaire aux ambiances crépusculaires. Puranen veut ainsi enregistrer toutes les histoires possibles dont ces espaces regorgent, en y incluant ses réminiscences enfantines. L’image aux apparences éthérées se positionne à la charnière de plusieurs territoires. La photographie émerge de la peinture.</p>
<div id="attachment_1023" class="wp-caption alignright" style="width: 220px"><a href="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/01/esther_teichmann_untitled_fr_0.jpg"><img class="size-medium wp-image-1023 " title="esther_teichmann_untitled_fr_0" src="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/01/esther_teichmann_untitled_fr_0-300x235.jpg" alt="" width="210" height="165" /></a><p class="wp-caption-text">Esther Teichmann, Untitled, 2009</p></div>
<p>A contrario, Esther Teichmann intervient en aval de la production, retouchant ses clichés manuellement. Les couleurs vives sont appliquées sur des vues aux allures de souvenirs de vacances. La promenade en canoë d’un couple tranquille ressemble désormais à un voyage hallucinogène. A grand renfort de percées de ciel turquoise, de troncs orange et autres branchages devenus vert acide, l’artiste les a propulsé au milieu d’une nature psychédélique. Elle accumule les strates par rapport à l’image initiale là où Aliki Braine soustrait au contraire au rendu final des éléments du réel. Intervenant  directement sur le négatif, elle rompt toute mimésis et substitut un mystère aux formes manquantes. Privé de certains motifs, le paysage rural se départi de toute impression bucolique.</p>
<p>Certains artistes réinterprètent les procédés du passé à l’aune de la société contemporaine : ainsi, Joy Gregory soumet des objets à une usure prématurée, en les traitant sous forme de calotypes alors que Walter Hugo réinvente la technique de la camera obscura en composant des fresques photographiques aux ombres ancestrales. De nouveaux réseaux de relations apparaissent dans le travail de reprises d’images pensé par Julie Cockburn. Un relief se superpose aux portraits d’antan. Des broderies forment grossièrement un visage sur celui du penseur. Un autre sens interfère par rapport à la signification première, détournée de son caractère univoque. La banque d’images utilisée par David Birkin est plus récente. Elle concerne les arcanes du dispositif numérique et de l’information qu’il véhicule. Dépersonnalisés par les codes couleurs correspondant à leurs numérotations, les victimes de la guerre d’Irak nous font face, indirectement. Le camaïeu de rouge auquel nous sommes confrontés est le résultat d’un système.</p>
<div id="attachment_1024" class="wp-caption aligncenter" style="width: 705px"><a href="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/01/birkin_26_shades_of_red.jpg"><img class="size-large wp-image-1024" title="birkin_26_shades_of_red" src="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/01/birkin_26_shades_of_red-695x524.jpg" alt="" width="695" height="524" /></a><p class="wp-caption-text">David Birkin, 26 Shades of Red, 2011.</p></div>
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		<title>Blow Up (Espace virtuel du Jeu de Paume) : échange avec Christophe Bruno</title>
		<link>http://culturevisuelle.org/regard/archives/1012</link>
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		<pubDate>Sat, 28 Jan 2012 22:47:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Muriel Berthou Crestey</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Blow Up ; Jeu de Paume ; virtuel]]></category>
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		<description><![CDATA[Christophe Bruno est notamment co-commissaire de l’exposition Blow Up qui se tient actuellement au sein de l’espace virtuel du Jeu de Paume.


-Pourquoi ce choix de titre très connoté ?

Christophe Bruno. Blow Up est un projet curatorial conçu avec Daniele Balit. C'est évidemment une référence à Antonioni et désigne plus généralement l’expansion, la révélation ou encore l'explosion. Le concept de Blow-up prolonge celui de  la première exposition que j’avais réalisée dans le même espace virtuel du Jeu de Paume et qui s’intitulait « Identités précaires ». Ce projet concernait  des questions liées à l’anonymat, à la dissolution  identitaire dans le contexte du réseau ; au basculement entre voilement / dévoilement identitaire. Le prolongement proposé par Blow-up, qui est également un contrepoint de ce premier volet, consiste  à s'intéresser cette fois aux questions de ce qui peut se produire après le dévoilement : la propagation, l’expansion de l'espace de visibilité, toujours dans le contexte  particulier du web. Il s'agit entre autres de réexaminer des questions  comme celle de l’aura telle qu’elle est envisagée chez Benjamin, ou encore l'articulation entre spectaculaire concentré et spectaculaire diffus chez Debord,  concepts qui, me semble-t-il, réapparaissent de façon explicite sur le réseau. [...] ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em><a href="http://www.christophebruno.com/">Christophe Bruno</a> est notamment co-commissaire de l’exposition Blow Up qui se tient actuellement au sein de <a href="http://espacevirtuel.jeudepaume.org/side-effects-957/">l’espace virtuel du Jeu de Paume.</a></em></p>
<a href="http://culturevisuelle.org/regard/archives/1012"><em>Cliquer ici pour voir la vidéo.</em></a>
<p><em> </em></p>
<p><em> -Pourquoi ce choix de titre très connoté ? </em></p>
<p>Christophe Bruno. <em><a href="http://blowup-space.com/">Blow Up</a></em> est un projet curatorial conçu avec Daniele Balit. C&#8217;est évidemment une référence à Antonioni et désigne plus généralement l’expansion, la révélation ou encore l&#8217;explosion. Le concept de Blow-up prolonge celui de  la première exposition que j’avais réalisée dans le même espace virtuel du Jeu de Paume et qui s’intitulait « <a href="http://espacevirtuel.jeudepaume.org/identites-precaires-630/">Identités précaires</a> ». Ce projet concernait  des questions liées à l’anonymat, à la dissolution  identitaire dans le contexte du réseau ; au basculement entre voilement / dévoilement identitaire. <a href="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/01/rhizome.png"><img class="alignleft size-medium wp-image-1018" title="rhizome" src="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/01/rhizome-290x300.png" alt="" width="203" height="210" /></a>Le prolongement proposé par Blow-up, qui est également un contrepoint de ce premier volet, consiste  à s&#8217;intéresser cette fois aux questions de ce qui peut se produire après le dévoilement : la propagation, l’expansion de l&#8217;espace de visibilité, toujours dans le contexte  particulier du web. Il s&#8217;agit entre autres de réexaminer des questions  comme celle de l’aura telle qu’elle est envisagée chez Benjamin, ou encore l&#8217;articulation entre spectaculaire concentré et spectaculaire diffus chez Debord,  concepts qui, me semble-t-il, réapparaissent de façon explicite sur le réseau. La question de <a href="http://www.jeudepaume.org/index.php?page=article&amp;idArt=1583">« Blow Up »</a> revenait à se demander comment on passe, éventuellement de manière virale, de l’intime, du spectacle diffus, de l’imperceptible,  à l&#8217;émergence d&#8217; espaces de visibilité à l’intérieur desquels des interventions artistiques sont possibles. Et également comment cartographier ces fluctuations en temps réel ? Il s’agit de voir comment les artistes interviennent dans l’actualité – concentrée ou diffuse &#8211; et parviennent à perturber le contexte du spectaculaire à des fins  artistiques.</p>
<p><em>-Il existe un jeu d’interférences entre différents univers : comment gérer ces effets d’aller-retour entre art, médias, graphisme et nouvelles technologies (également présent dans votre projet des LogoHallucinations) ?</em></p>
<div id="attachment_1014" class="wp-caption alignright" style="width: 161px"><a href="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/01/mcdonalds-africanmask.jpg"><img class="size-medium wp-image-1014" title="mcdonalds-africanmask" src="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/01/mcdonalds-africanmask-270x300.jpg" alt="" width="151" height="169" /></a><p class="wp-caption-text">African Mask vs MacDonald</p></div>
<p><a href="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/01/mcdonalds.gif"><img class="alignright size-full wp-image-1015" title="mcdonalds" src="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/01/mcdonalds.gif" alt="" width="100" height="100" /></a>C. B. Auparavant, j’avais réalisé une performance sur <a href="http://www.iterature.com/adwords/">le prix des mots sur <em>Google. </em></a>En réfléchissant à la question de la marchandisation du langage,  je me suis demandé ce qu’il en était par rapport à celle de l&#8217;éventualité d&#8217;une privatisation du regard. L’idée consistait à mettre des images du paysage médiatique ou de l’histoire de l’art et visuelle sur Internet, en relation avec des logos, comme font les enfants lorsqu’ils perçoivent des formes connues dans les nuages. C&#8217;est de la friction entre les images ou entre les individus qu&#8217;émergent les frontières, qu&#8217;elles soient conceptuelles ou géographiques. Il y a donc en effet des résonances avec cette idée de frontière entre différents mondes, entre sphère publique et sphère privée, ce qui rejoint les questions de <em>Blow Up.</em> Dans <em><a href="http://www.logohallucination.com/">Logo.Hallucination</a></em>, il s&#8217;agit de comprendre comment le champ du regard pourrait entrer dans son intégralité dans le champ du capitalisme. La réponse proposée réside dans les mécanismes d&#8217;hallucination visuelle et les négociations autour des frictions que ces mécanismes provoquent. Dans Blow-up, il s’agit de comprendre les mécanisme de valorisation de l’actualité &#8211;  l&#8217;actualité, c&#8217;est-à-dire le simple fait que quelque chose de nouveau arrive dans le monde. Cette forme de « modernité instantanée » implique que l’ensemble des regards se focalisent sur le même objet, par le biais de structures médiatiques, spectaculaires, etc ce qui crée un espace de visibilité&#8230; Il y a un mécanisme par lequel cet espace se protège des intrusions et des frontières se créent. La question de la valorisation des espaces de visibilité, sur le web en particulier mais pas seulement, permet d’aborder concrètement les mécanismes de négociation, d’intrusion, la création de ces frontières, en rapport avec la question de la valeur. Le passage d’un champ du savoir à un autre, d&#8217;un médium à un autre, occupe beaucoup les artistes de <em>Blow Up</em> et le réseau devient une façon de cartographier ces passages. Du coup la plateforme de <em>Blow Up</em> n’est plus un médium particulier mais plutôt une carte d’état major de l’univers médiatique. Cela paraît un peu abstrait mais si l’on regarde <a href="http://blowup-space.com/artists/">les propositions artistiques réunies pour ce projet</a>, cela prend une tournure très concrète. Comment passe-t-on de l’espace urbain vers le registre médiatique puis vers l’espace réticulaire pour revenir à une performance ou à un objet plastique ?</p>
<p><em>C’est aussi une manière de favoriser le passage entre mondes virtuels et réels puisque les œuvres figurent à la fois sur la toile et au sein d’espaces tangibles.</em></p>
<p>C. B. Oui cela revient à se demander si le monde virtuel a un statut particulier, un peu en retrait. C’est à la fois un médium mais aussi un dispositif médiatique. A la fois un contexte et un outil. Il y a une ambiguïté.</p>
<p><em>Justement, vous jouez beaucoup sur les codes propres à Internet pour les détourner. Ainsi, vos œuvres comme celles qui occupent le projet Blow Up contiennent, semble-t-il, les mêmes propriétés que le web mais en les mettant au service d’un autre usage.</em></p>
<p>C. B. Étymologiquement, c’est ce que désigne le mot « Hacker » : dans les années 1990, issu du contexte du  logiciel libre, ce mot renvoie à la personne qui détourne le dispositif de ses fonctions originelles, éventuellement dans un but d’amélioration. Ensuite, le sens a dérivé vers une version négative (piratage, perversion, etc.)</p>
<p><em>Pensez-vous que le web 2.0 soit à l’origine d’un nouveau panoptique ? </em></p>
<p>C. B. Très clairement, oui, je pense que cette idée est présente dès les années 1990. C’est une conception très proche de celle de Bentham, sauf que la place du surveillant a renforcé sa fonction avec le Web 2.0  : plus cette place est laissée vide, mieux le système capitalistique en réseau fonctionne. Si on soupçonne que le surveillant revient, le système se dévalorise. C&#8217;est typique de la stratégie des sociétés du Web 2.0 comme Google. C’est aussi plus compliqué parce qu’on ne peut plus distinguer où sont les murs de la prison. Elle n’a plus ni frontière ni extériorité, à l’ère du réseau relationnel. Le web en tant que réalité a évidemment un extérieur mais c’est encore plus difficile d’en sortir que la prison imaginée par Bentham. C’est intéressant à ce sujet de faire l’analogie entre réseau, univers langagier, univers relationnel. Il faut imaginer le réseau comme un codage de l&#8217;univers langagier, lui même codage de l&#8217;univers relationnel.</p>
<p><em>Cette association était déjà présente dans votre première œuvre Epiphanie sorte de poésie aléatoire générée par le réseau…</em></p>
<p>C. B. Cette oeuvre fait référence à la fois à James Joyce et ses <em>Epiphanies</em> que j’ai mis en relation avec Google. Cela pose la question de l’association d&#8217;idée et du morcellement, de la dissolution du sens dans le contexte de la globalisation du signifiant opérée par les moteurs de recherche.</p>
<p>Cela m’a conduit quelques mois plus tard à faire une performance appelée le Google Adwords Happening, dans laquelle j&#8217;achète des mots sur <em>Google. </em>Cette découverte d’une marchandisation des éléments constitutifs du langage était assez troublante comme expérience. Le langage, cette zone partagée, cette friche qu’on pensait non marchandisable, devenait le fer de lance du capitalisme. C’était assez frappant. Prolongeant ce raccourci entre Joyce et Google, j’ai suivi ce fil à la fois dans mon activité artistique et dans mon activité curatoriale. Du réseau, je suis passé à la question du  langage, puis à celle de l’espace artistique… C’est un peu un système de poupées russes dont le fil directeur serait la question de la valeur, de la marchandisation et de la visibilité. Toutes ces questions sont reliées. Les systèmes d’association, de négociation et d’interaction (entre l’utilisateur et l’écran, entre l’artiste et l’espace de visibilité qu’il infiltre…) sont  les éléments syntaxiques  primitifs qui régissent ces dispositifs.</p>
<p><em>Ce système fait écho aux jeux de langage de Raymond Roussel. Y aurait-il d’autres références qui permettent de penser ces mises en relation ? </em></p>
<p><a href="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/01/invitblowup.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-1013" title="invitblowup" src="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/01/invitblowup-300x172.jpg" alt="" width="300" height="172" /></a>C. B. Par rapport à <em>Blow Up</em>, il semblerait que Debord avait vraiment eu l’intuition prémonitoire du web 2.0 qui met ensemble le spectaculaire concentré (un message unique distribué à un grand nombre d’utilitaire, soit une vision fordiste de l’information) et le spectaculaire diffus (où chacun devient producteur du spectacle, de sa propre intimité) La longue traîne, cette courbe qui contient l&#8217;essence du web. 2.0 est une forme de référence qui incarne presque littéralement les théories de Debord. Cette courbe est aujourd&#8217;hui devenue une sorte d&#8217;icône du capitalisme à l’ère du réseau. Elle suggère une hiérarchisation inéluctable dans tout milieu relationnel, humain ou non humain. Si au début des années 1990, on imaginait le réseau comme un lieu d’utopie, d’ouverture, de partage  démocratique, vingt ans plus tard, on a complètement changé de point de vue  ; c&#8217;est aujourd&#8217;hui la dimension dystopique du réseau qui a pris le dessus.</p>
<p><em>Vos actions tendent à parasiter ce système : serait-ce devenu un moyen d’infiltrer les arcanes de la pensée ?</em></p>
<p>C. B. Dès lors que les mots ont un prix, il faut se demander quel est le statut de cette marchandisation : est-ce simplement un pas de plus vers une marchandisation toujours plus insidieuse ? Ou bien est-ce un point d&#8217;orgue, un extremum du processus de marchandisation dans la mesure où ce seraient cette fois les composants supposés <em>ultimes</em> de notre existence et de notre intimité qui sont transformés en marchandises. Il serait alors impossible de faire un pas de plus. D&#8217;un côté, même si elle semble faire un pied de nez au géant Google, la performance suggère une victoire définitive de la marchandisation et la récession inéluctable de l&#8217;utopie. D&#8217;un autre point de vue, nous serions arrivés face à un mur, qui marquerait plutôt le coup d&#8217;arrêt de la marchandisation. Cette question du « Taylorisme de la pensée », correspond donc également à un point indécidable&#8230;</p>
<p><em>Il y a un renversement de la relation entre le dispositif et celui qui pense s’en emparer, entre la machine et l’homme.</em></p>
<div id="attachment_1016" class="wp-caption alignleft" style="width: 310px"><a href="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/01/terminator.png"><img class="size-medium wp-image-1016" title="terminator" src="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/01/terminator-300x204.png" alt="" width="300" height="204" /></a><p class="wp-caption-text">Terminator Studies</p></div>
<p>C.B. C’est une question très présente dans une des œuvres présentées dans <em>Blow Up</em>, à savoir <a href="http://www.terminatorstudies.org/"><em>Terminator Studies</em> de Jean-Baptiste Bayle</a>, qui pose la question de la jonction entre réel et fictionnel, et celle de la défaite de l’homme par rapport à la machine. C’est un thème qui est très présent dans l’univers cyber (chez Donna Haraway qui elle-même reprend les thèmes de Foucault par rapport à l’interface entre le sujet et la machine tout en le reliant aux gender studies). On pourrait déployer ce fil très loin, déjà avec Turing et l’invention de l’informatique au début du 20<sup>ème</sup> jusqu’aux mythes anciens, comme celui de Prométhée par rapport à l&#8217;opposition animé/ inanimé (Le sous-titre du Frankenstein de Mary Shelley, c’est « Le Prométhée moderne »…). Cette question reste intacte dans l’histoire. C’est seulement au début du 20<sup>ème</sup> siècle qu’elle s’articule à un réel progrès dans les sciences avec Turing et le théorème de Gödel. Cela rejoint la question déjà évoquée du fonctionnement de la pensée et de l’indécidable en logique…</p>
<p>[…]</p>
<p>C. B. On ne voulait pas que ce soit des artistes qui travaillent uniquement sur le réseau. Mais par contre, la question du passage entre réel/ virtuel, matérialisé/ dématérialisé qui prolonge la relation homme/machine est au cœur du projet.</p>
<p><em>Blow Up  est aussi  une manière  d’interroger le rapport entre vérité et falsification</em></p>
<p>C. B. Nous avons mis en exergue cette phrase de Debord qui a retenu notre attention : « Dans le monde réellement renversé, le vrai est un moment du faux » (<em>La Société du spectacle</em>). Le problème qui se pose est d&#8217;articuler la dimension quantitative de la « valeur de visibilité », du spectaculaire, présente dans le web 2.0, avec le mystère qui réside au-delà de cet aspect quantitatif, par exemple, dans la question du transfert entre deux médiums, ou dans l&#8217;opposition entre vérité et falsification…  <em>Blow-up</em> se traduit par « expansion », c&#8217;est le versant quantitatif, mais aussi par « révélation », c&#8217;est le versant qualitatif.</p>
<p><em>Ces questions étaient-elles présentes au moment du choix des artistes ? Comment s’est faite la sélection ? </em></p>
<p>C. B. C’est un processus qui a duré plusieurs années et qui a longuement mûri. Il est né de longues conversations avec Daniele Balit. Au début, on était plus parti sur l’idée de détournement. On voulait proposer aux artistes d’intervenir dans les espaces d’actualités pour les pervertir et les détourner. Comment négocier la question de la visibilité dans un contexte performatif et interventionniste ? En fait, on s’est aperçu que les artistes n’avaient plus envie de faire cela. Ils se posaient des questions identiques à celles que nous nous posions en tant que commissaires. Les artistes réagissaient à notre proposition en proposant de créer des dispositifs qui s’articulerait au dispositif curatorial, pour créer une mise en abyme. C’est le cas de <a href="http://natasharosling.blowup-space.com/">Natasha Rosling</a> par exemple qui a conçu un dispositif protéiforme visant à réaliser une série de performances dans l’espace public, puis d’en observer la réception dans différents contextes médiatiques.</p>
<p><em>Les œuvres ont donc été conçues spécifiquement pour ce projet.</em></p>
<p>C. B. Oui et les  réactions des artistes  par rapport à notre protocole ont beaucoup enrichi l’exposition par rapport à l’idée de départ. Le projet est devenu plus complexe et riche au fil de son évolution.</p>
<p><em>Le projet curatorial s’inscrit également dans le prolongement de vos œuvres.</em></p>
<p>C. B. C’est une sorte de point d’orgue et une ponctuation puisque mon travail a démarré avec des interventions sous forme d’infiltration pure dans les espaces de visibilité et aujourd&#8217;hui je travaille sur des projets de cartographies conceptuelles, je m’intéresse à des questions de cycles à grande échelle dans  l’histoire de l’art. C&#8217;est un mouvement qui va du local, de la tactique, de l’invisibilité, vers le global, la stratégie, la cartographie, le « temps long »&#8230; Donc, <em>Blow Up</em>.</p>
<p><em>Désormais, les images sont mouvantes et plastiques. Ces propriétés intrinsèques à Internet se retrouvent dans vos œuvres et vos projets curatoriaux puisque vous évoquiez d’ailleurs la transformation de l’idée de départ et l’évolution de Blow Up. </em></p>
<p>C. B. Dans <em>Radicant</em>, Bourriaud parle du caractère polymorphe, adaptable de l’artiste à l’ère du réseau. Ce serait une première réponse possible : les caractéristiques du réseau, sa plasticité, sont exportées dans le monde de l&#8217;art contemporain, et la dimension technologique en elle-même est oubliée pour donner forme à de nouveaux modes et de nouveaux positionnements artistiques. La dimension polymorphe, plastique du réseau rejoint les questions de contrôle, de  postmodernité ou d&#8217;hyper-modernité,. On a construit le réseau pour répondre à une sorte de bug de la modernité (au moment de la guerre froide, dans les années 1960,  pour résister à la destruction d’une partie de l&#8217;humanité par l’autre). A sa création, le réseau est pensé comme étant égalitaire, démocratique, équi-réparti. En réalité, on s&#8217;est rendu compte dans les années 2000 que cette  plasticité du réseau, soumis aux tiraillements des stratégies de réappropriation diverses, implique que sa structure n&#8217;est absolument pas égalitaire, horizontale et équi-répartie. Au contraire, les réseaux complexes, que ce soient le Web ou les réseaux d&#8217;amis, ont une tendance inéluctable à se restructurer de manière hiérarchique, aristocratique, suivant les lois de ce qu&#8217;on appelle aujourd&#8217;hui l<em>’invariance d’échelle</em>. Je fais référence au livre du mathématicien Barabasi qui s&#8217;appelle <em>Linked</em>, qui a renouvelé les  théories des réseaux en 1999<em>.</em>. Désormais, on sait que le réseau est structuré de manière inégalitaire selon une distribution en  « longue traîne » (ou courbe de Pareto, en référence à l&#8217;économiste néo-classique). Un petit nombre de sites Web se comportent en hubs, c&#8217;est-à-dire qu&#8217;ils ont de nombreux liens hypertextes pointant vers eux, alors qu&#8217;au contraire, une immense quantité de weblogs possèdent très peu de liens qui pointent sur eux. Par extension au domaine de l&#8217;économie, la longue traîne est définie comme un marché rendu accessible par les possibilités d’Internet : des produits qui font l’objet d’une demande peu élevée ou qui ont un volume de vente faible, peuvent constituer collectivement, en tant que somme de « marchés de niche », une part de marché au moins égale à celle des best-sellers. Une exemple de rentabilisation de la longue traîne est le modèle économique d&#8217;Amazon où la demande totale pour les articles faiblement demandés dépasse la demande totale des articles très demandés, best-sellers et autres blockbusters&#8230; Au-delà des questions artistiques et philosophiques, il faut savoir à quoi l’on s’attaque lorsqu’on intervient dans ces structures. Ici nous nous trouvons face à la conjonction entre des théories économiques, comme les théories néo-classiques de la valeur, et des théories mathématiques matinées de réductionnisme universalisant, avec en arrière-plan une idéologie du capitalisme de réseau légitimant la structure inégalitaire de tout réseau relationnel.</p>
<p><em>Développez-vous une forme d’activisme ? </em></p>
<p>C. B. C’est une forme d’activisme sans doute, mais la question est de ne pas se tromper de cible. Derrière le fonctionnement des structures du Web 2.0 comme <em>Amazon</em> ou Google, qui reposent sur la question de la prédictivité du désir des consommateurs… il y a celle, énigmatique et dystopique, des théories des réseaux invariants d’échelle. Les questions de l’aura, du spectaculaire ressurgissent, mais dans un second temps.</p>
<p><em>Dans votre parcours, avez-vous accompagné ce changement ? </em></p>
<p>C. B. Personnellement je ne viens pas du monde de l’art ; je suis devenu artiste en septembre 2001 au moment où le basculement s’opère, à quelques jours près du 11 septembre. L’effondrement de la bulle Internet, l&#8217;émergence du Web 2.0, c&#8217;est le basculement que Debord anticipe avec l&#8217;idée de spectaculaire intégré, unification du spectaculaire concentré et du spectaculaire diffus.  C’est au moment où cette faille s&#8217;entrouvre que je suis entré dans le monde de l&#8217;art…par la bande.</p>
<p><em>Ces projets sur le web génèrent une autre temporalité. Le rapport à Blow Up est très différent de celui que pourrait avoir un visiteur de musée.</em></p>
<p>C. B. <em>Blow Up</em> pose la question de l’urgence. Il s’agit de construire un espace d’intervention artistique en phase avec l’actualité d’où cette question de l’urgence, de l’émergence et de l’obsolescence. Je m’intéresse aux notions de cycles à la fois sur des temps très courts, à l’échelle individuelle, et également sur des temps longs, aux échelles macro-économiques. Selon la loi d&#8217;invariance d&#8217;échelle, le monde relationnel (et le Web en particulier en tant qu&#8217;il est un codage de ce monde relationnel) est identique à lui-même quelle que soit l’échelle à laquelle on le regarde. C’est une réactualisation de la Grande Chaîne de l’Être aristotélicienne, conception du monde qui a dominé pendant deux millénaires. Ces phénomènes de temporalités multiples sont également très dépendants des questions de viralité, de brouillage des frontières, d&#8217;import-export entre communautés. Si les artistes du réseau détournaient des dispositifs marchands,  il suffirait de quelques années pour que les concepts artistiques soient re-détournés et re-contextualisés par le monde du design et du marketing. J’ai commencé à m’intéresser à la dissémination des concepts sur le réseau et à leur cycles de vie, depuis l&#8217;éphémère jusqu&#8217;aux temporalités les plus longues. Je travaille sur ce qu&#8217;on pourrait appeler une esthétique quantitative. Dès lors que les mots ont un prix, il y a  cette idée de quelque chose qui relève du quantitatif et à laquelle on ne porte en général pas grand intérêt.  Mon dernier projet, <em>Artwar(e)</em>, avec le philosophe Samuel Tronçon, est un dispositif d&#8217;analyse de tendances artistiques sur les réseaux sociaux. Il s&#8217;inspire à la fois de méthodes marketing comme les « cycles de hype », des « cycles de Kondratiev » du système-monde à grande échelle, et de la théorie contemporaine des réseaux. Depuis un peu plus d&#8217;une dizaine d&#8217;années, de nouvelles méthodes marketing sont apparues qui concernent l&#8217;analyse et la prédiction des tendances relatives à l&#8217;émergence et l&#8217;obsolescence des innovations technologiques, leurs cycles de vie et leur capacité à se propager. Une de ces approches, les « courbes de Hype », est particulièrement intéressante à recontextualiser dans le domaine artistique car elle permet de découpler la phase spéculative immatérielle et hyper-concurrentielle de la &#8220;hype&#8221; (allant de l&#8217;utopie à la dystopie), de la phase d&#8217;implémentation économique ou de marchandisation du concept. Dans cette deuxième phase, les concepts artistiques sont récupérés par l&#8217;univers marchand ou bien entrent sur le marché de l&#8217;art, et poursuivent leur cycle de vie selon une logistique bien réglée depuis leur implémentation jusqu&#8217;à leur obsolescence programmée.</p>
<p style="text-align: right">Propos recueillis par Muriel Berthou Crestey en décembre 2011.</p>
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		<title>Entretien avec Guillaume Désanges: « Erre, Variations labyrinthiques » &amp; « 2001 – 2011. Soudain, déjà »</title>
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		<pubDate>Wed, 04 Jan 2012 16:02:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Muriel Berthou Crestey</dc:creator>
				<category><![CDATA[Expositions]]></category>
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		<description><![CDATA[Commissaire d’expositions, Guillaume Désanges a créé la structure de production WORK METHOD pour défendre les valeurs de rigueur et d’organisation mises au service de projets originaux. Rencontre avec un iconophile exigeant selon qui « rien n'est impossible quand on a envie d'un projet ».

M. B. L’une de vos récentes expositions intitulées « 2001-2011 : Soudain, déjà » qui se tient jusqu’au  08 janvier à l’Ensba, propose un retour rétrospectif sur une génération de diplômés issus de cette école. Le parti-pris curatorial consiste à créer des liens entre ces artistes et l’actualité de façon à tisser des réseaux de correspondances. Ce projet a nécessité un important travail de synthèse pour compiler les évènements marquants d’une décennie. Afin de préparer cette rencontre, je me suis moi-même plongée dans vos archives et notamment dans l’un de vos articles parus dans le Numéro 2 de la revue Trouble en 2002 : « Questions pour un champion (100 milliards de propositions pour faire parler un artiste) ». Je voudrais aujourd’hui tester la validité de ce questionnaire sur le commissaire d’expositions que vous êtes, de façon à pouvoir « adapter la forme de l’entretien à l’œuvre interrogée » et ici, en l’occurrence, à l’exposition. Parmi les propositions suggérées dans ce « formulaire à compléter », j’ai choisi en premier lieu :

L’apophtegme : proposer à un artiste [commissaire d’exposition] de résumer son œuvre en trois mots (cf. “résumer à une phrase 35 ans de travail” par François Morellet).
[...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><span style="color: #000000">Commissaire d’expositions, <a href="http://guillaumedesanges.com/">Guillaume Désanges</a> a créé la structure de production WORK METHOD pour défendre les valeurs de rigueur et d’organisation mises au service de projets originaux. Rencontre avec un iconophile exigeant selon qui « <strong>rien n&#8217;est impossible quand on a envie d&#8217;un projet </strong><strong>»</strong>.</span></p>
<p><a href="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/01/SOUDAIN-DEJA.png"><img class="alignleft size-medium wp-image-1005" title="SOUDAIN DEJA" src="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/01/SOUDAIN-DEJA-244x300.png" alt="" width="244" height="300" /></a><span style="color: #0000ff">M. B. L’une de vos récentes expositions intitulées « 2001-2011 : Soudain, déjà » qui se tient jusqu’au  08 janvier à l’<a href="http://www.ensba.fr/expositions/soudain_deja/doc/DP_2001_2011soudaind%C3%A9j%C3%A0.pdf">Ensba</a>, propose un retour rétrospectif sur une génération de diplômés issus de cette école. Le parti-pris curatorial consiste à créer des liens entre ces artistes et l’actualité de façon à tisser des réseaux de correspondances. Ce projet a nécessité un important travail de synthèse pour compiler les évènements marquants d’une décennie. Afin de préparer cette rencontre, je me suis moi-même plongée dans vos archives et notamment dans l’un de vos articles parus dans le Numéro 2 de la revue <em><em>Trouble</em></em> en 2002 : <a href="http://guillaumedesanges.com/spip.php?article27">« Questions pour un champion (100 milliards de propositions pour faire parler un artiste) »</a>. Je voudrais aujourd’hui tester la validité de ce questionnaire sur le commissaire d’expositions que vous êtes, de façon à pouvoir « adapter la forme de l’entretien à l’œuvre interrogée » et ici, en l’occurrence, à l’exposition. Parmi les propositions suggérées dans ce « formulaire à compléter », j’ai choisi en premier lieu :</span></p>
<p><em><em><span style="color: #0000ff">L’apophtegme : proposer à un artiste [commissaire d’exposition] de résumer son œuvre en trois mots (cf. “résumer à une phrase 35 ans de travail” par François Morellet).</span></em></em></p>
<p><em><span style="color: #0000ff">Pouvez-vous résumer votre exposition à l’Ensba en trois mots ?</span></em></p>
<p>G. D. Le premier mot qui me vient à l’esprit est celui de RISQUE. Il y avait pour moi un vrai défi à confronter aussi crûment l’art et l’actualité. On peut le faire de façon théorique, dans des textes, mais cette fois, il s’agissait de manifester ces liens de manière visuelle, dans l&#8217;espace d&#8217;exposition. D&#8217;habitude, je répugne à contextualiser l&#8217;art, dans son époque ou dans un réseau admis de déterminations idéelles ou formelles. Mais ici, puisqu&#8217;on me demandait de faire une exposition sur la dernière décennie, j&#8217;ai décidé que cette tranche temporelle imposée ne serait pas une contrainte mais le sujet même de l’exposition. Confronter des œuvres d’artistes qui n’avaient rien demandé avec une frise chronologique d&#8217;articles de presse reprenant des événements de la décennie, c’était tenter de provoquer un choc, sans en maîtriser par avance les conséquences en termes de forme ni de signification.</p>
<p>Le deuxième mot serait le ZEITGEIST, ce fameux esprit du temps, qui est lié à l&#8217;idée de &#8220;génération&#8221;. Le <em>Zeitgeist</em>, c’est ce que chacun voudrait saisir sans jamais y parvenir. L’Histoire s’écrit toujours <em>a posteriori</em>, et je crois que les années 2000 sont trop proches pour qu’on puisse en saisir les spécificités. Par ailleurs, ce qu’on peut saisir d&#8217;une époque relève toujours partiellement d’une fiction et cela est également vrai pour l’histoire de l’art. Dans cette exposition, il s’agissait moins de saisir ce <em>Zeitgeist</em> que de lui tendre un piège, en multipliant les liens plus ou moins explicites entre les faits et les objets pour épouser en creux la forme de cet esprit du temps..</p>
<p>Comme troisième mot, je dirais le CHAOS qui détermine assez bien cette décennie qui a, je crois, contesté l&#8217;idée d&#8217;un développement uniforme et linéaire de l’Histoire. Les perspectives sont éclatées. Je pense que c’est un phénomène profond qui crée de l’incertitude mais aussi beaucoup de curiosité pour le présent. La coexistence de mondes compossibles me paraît très intéressante à observer, y compris dans l’art, où il n&#8217;y a pas qu&#8217;une vision moderniste et post-duchampienne, mais plusieurs histoires qui peuvent avoir des connexions inattendues, que le médium exposition peut parfois révéler.</p>
<p><span style="color: #0000ff"> </span></p>
<div id="attachment_1007" class="wp-caption alignright" style="width: 310px"><a href="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/01/SOUDAIN-DEJA.jpg"><img class="size-medium wp-image-1007 " title="SOUDAIN DEJA" src="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/01/SOUDAIN-DEJA-300x199.jpg" alt="" width="300" height="199" /></a><p class="wp-caption-text">Vue de l&#39;exposition. Copyright ENSBA (1er plan :  Adam Vackar, onomatopoeia, 2011)</p></div>
<p><span style="color: #0000ff">M.B. Risque, <em>Zeitgeist</em><em> </em>et chaos : seraient-ce des valeurs propres à la contemporanéité ? Est-ce que l’exposition en donne une définition possible ?</span></p>
<p>G.D. Il s’agit plutôt de faire ressentir. La question que je me suis posé au départ, comme n&#8217;importe quel curateur je crois, c’est : « Je suis invité par l’école nationale des beaux arts de Paris à faire une exposition bilan de ses dix dernières années.  Premièrement, quelle sélection opérer parmi tous ces artistes qui ont fréquenté l&#8217;école ? Et deuxièmement, comment trouver des liens entre ces artistes ? » La facilité aurait été de prendre les quarante plus reconnus, puis tirer des lignes, par médiums, ou de manière plus abstraite par thématiques larges, avec un titre indéterminé comme « théâtre du réel ». Mais je n’ai accepté cette exposition qu’à la seule condition de trouver un propos spécifique à tenir à l&#8217;occasion de cette commande. Sinon, il était clair que je ne l’aurais pas faite.  Le corpus était à la fois large (plus de mille élèves sortis de l’école dans la décennie) et restreint puisque l’Ensba n’est pas représentative de l’art dans le monde. Dès lors, la colonne vertébrale de l’exposition consistant à s’interroger sur l’art et ses relations synchroniques avec le monde, la question de la sélection était beaucoup moins essentielle au projet, même si ce choix a été une démarche à la fois complexe et passionnante.</p>
<p><span style="color: #0000ff">M.B. C’est une exposition paradoxale puisqu’elle allie un point de vue subjectif sur des œuvres et une forme qui se voudrait plus objective à la base.</span></p>
<p>G. D. J’espère que toute exposition est un minimum paradoxale, ce qui ne veut pas dire contradictoire dans son ensemble.</p>
<p><span style="color: #0000ff"> </span></p>
<div id="attachment_1008" class="wp-caption alignleft" style="width: 147px"><a href="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/01/yassef_20b_detecteur_det.jpg"><img class="size-medium wp-image-1008 " title="yassef_20b_detecteur_det" src="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/01/yassef_20b_detecteur_det-196x300.jpg" alt="" width="137" height="210" /></a><p class="wp-caption-text">Virginie Yassef, Détecteur d&#39;oubli (détail), 2004</p></div>
<p><span style="color: #0000ff">M.B. Envisagez-vous l’œuvre d’art elle-même comme un objet autonome pouvant fonctionner indépendamment de sa réalisation et être compris librement par le spectateur ?</span></p>
<p>G. D. Absolument, et heureusement. L’exposition de l&#8217;ensba met en place des liens avec un contexte, mais de façon désynchronisée. L&#8217;œuvre d&#8217;art en tant que phénomène reste autonome et indéterminé, tout comme l&#8217;événement historique d&#8217;ailleurs. Pour cette exposition, il y eu un grand travail en amont pour réunir les quatre cents articles de journaux. C’était un processus long et laborieux consistant à faire des tableaux chronologiques, des recherches dans la presse, etc&#8230; Et à cette occasion, je me suis aperçu que contrairement à ce que j&#8217;imaginais,  un événement n’a pas de date fixe. L&#8217;événement est un point grésillant, incertain, mobile. Dès lors, confronter un choix d&#8217;oeuvres d&#8217;art et une ligne d&#8217;événements, c&#8217;était confronter deux chaos.</p>
<p><span style="color: #0000ff">M. B. Je vous propose de poursuivre avec la forme d’un autre entretien que vous aviez imaginé :</span></p>
<p><em><em><span style="color: #0000ff"> Tabou : prendre les dix mots les plus utilisés par l’artiste dans ses entretiens précédents et lui interdire de répondre avec. [Je choisirai la] VARIANTE : donner uniquement ces mots à commenter [en m’appuyant sur le texte du catalogue de l’exposition « 2001-2011 : Soudain, déjà »].</span></em></em><em> </em></p>
<p><span style="color: #0000ff">GENERATION</span></p>
<p>G.D. L’histoire de l&#8217;art est faite de ruptures artificielles, qui sont elles aussi indatables. Donc ce terme est plus quelque chose de pratique que de défini.</p>
<p><span style="color: #0000ff"> </span></p>
<div id="attachment_1009" class="wp-caption alignright" style="width: 310px"><a href="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/01/SOUDAIN-DEJA-2.jpg"><img class="size-medium wp-image-1009" title="SOUDAIN DEJA 2" src="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/01/SOUDAIN-DEJA-2-300x199.jpg" alt="" width="300" height="199" /></a><p class="wp-caption-text">Vue d&#39;exposition. 1er plan Virginie Yassef, Billy Montana (version brun foncé), 2004-2008 2nd plan : ligne du temps de l’exposition. Copyright ENSBA</p></div>
<p>LIENS</p>
<p>G.D. C&#8217;est la base du travail de commissaire d’expositions. Opérer des articulations, faire des liens entre l’art et le public, et entre l’art et le monde.</p>
<p><span style="color: #0000ff">TIME LINE</span></p>
<p>G.D. C’est une idée simple pour représenter la course de l&#8217;histoire. Je l&#8217;ai adoptée pour l&#8217;exposition de l&#8217;ensba en ayant quelques exemples en tête : une exposition de la Tate Modern qui s’appelait « Century City », la frise de l&#8217;escalier du MHKA à Anvers ou les magnifiques expositions de <em>Group Material</em>.</p>
<p><span style="color: #0000ff">Après la ligne du temps, les LIGNES DE FORCE</span></p>
<p>G.D. Les lignes de force renvoient à des flux invisibles et souterrains qui pourraient dessiner quelques grandes tendances de l&#8217;époque, en déterminant plus ou moins secrètement des comportements ou des manières de penser. Un exemple simple : Internet. Les cogniticiens s’intéressent aux changements de comportements physiologiques ou psychologiques qu&#8217;il implique. Parallèlement, un intérêt pour le passé, l&#8217;objet-livre, et certaines images surannées, que l&#8217;on a vu beaucoup dans des expositions récemment, est peut-être une réaction à ce savoir dématérialisé. Ce sont ces perspectives divergentes qui trament le présent, proche de l&#8217;idée de &#8220;meshwork&#8221; dont parle le penseur américain Manuel De Landa, ou comment ce monde chaotique produit une relative stabilité.</p>
<p><span style="color: #0000ff">HETEROGENEITE</span></p>
<p>G.D. Quand je travaille une exposition, je me méfie de la cohérence et l’homogénéité. Une exposition intéressante, c&#8217;est selon moi le contraire : des tensions, des chocs, une aventure, une expérience.</p>
<p><span style="color: #0000ff">SUBJECTIVITE</span></p>
<p>G.D. Elle est présente dans toute prise de décision. Mais la subjectivité doit être partageable et partagée. Elle ne relève pas de l’autobiographie.</p>
<a href="http://culturevisuelle.org/regard/archives/1004"><em>Cliquer ici pour voir la vidéo.</em></a>
<p><span style="color: #0000ff">M.B. Autre type d’entretien, toujours en référence à vos propositions issues de l’article :</span></p>
<p><em><em><span style="color: #0000ff"> Entretien d’embauche : à partir du C.V. (présentez-vous en quelques mots, pourquoi avez-vous choisi cette voie ?, parmi tout ce que vous avez fait, où avez-vous le mieux réussi ?, quels sont vos principaux défauts / qualités ?, que pouvez-vous apporter de nouveau ?), on pourra confier cette tâche à un véritable cabinet de recrutement.</span></em></em></p>
<p><em><span style="color: #0000ff">Présentez-vous en quelques mots.</span></em></p>
<p>G.D. Je m’appelle Guillaume Désanges. Je suis commissaire d’expositions et critique d&#8217;art. J’ai fait ma première exposition, <em>Pick-Up</em>, en 2004 dans un lieu qui s’appelait Public, à Paris . Ensuite, j’ai fait plusieurs projets à différentes échelles dans des centres d’art et des musées, en France et à l’étranger. Depuis quatre ans, je travaille en freelance. Dernièrement, j&#8217;ai développé au centre d&#8217;art le Plateau à Paris un programme intitulé « Erudition concrète » où il s’agissait d&#8217;aborder les relations entre art contemporain et connaissance, et au Centre Pompidou Metz, je suis le co-commissaire de « Erre », une exposition sur la perte, l’errance, qui est d&#8217;ailleurs une autre manière d&#8217;aborder la notion de chaos.</p>
<p><em><span style="color: #0000ff"><a href="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/01/erre-variations-labyrinthiques-au-centre-pompidou-metz-5365.gif"><img class="size-medium wp-image-1006 alignleft" title="erre--variations-labyrinthiques-au-centre-pompidou-metz-5365" src="http://culturevisuelle.org/regard/files/2012/01/erre-variations-labyrinthiques-au-centre-pompidou-metz-5365-288x300.jpg" alt="" width="288" height="300" /></a>M.B. Au sujet de <a href="http://www.centrepompidou-metz.fr/erre-variations-labyrinthiques">l’exposition <em>Erre</em></a>, je voudrais cette fois vous soumettre à l’entretien « Stimuli ».</span></em></p>
<p><em><span style="color: #0000ff">Entretien stimuli : soumettre l’artiste à un certain nombre de stimuli (visuels, sonores : images, extraits de films, musiques, citations, etc.) et recueillir ses réactions .</span></em></p>
<p><em><span style="color: #0000ff">J’ai choisi la forme de la citation :</span></em></p>
<p><em><span style="color: #0000ff">- « Même quand on erre, on ne se dirige pas au hasard » (<em>Sur le Jadis</em>, P. Quignard, p. 15).</span></em></p>
<p>G.D. C’est une jolie phrase, mais ne sachant pas de quel contexte elle est sortie, il m&#8217;est difficile de la commenter. En tout cas, il est évident que l&#8217;errance est une forme particulière de parcours, d&#8217;évolution mentale autant que physique. Et c’est l’un des aspects de cette exposition au Centre Pompidou Metz dans laquelle il s&#8217;agit d&#8217;actualiser le motif du labyrinthe, à travers l&#8217;idée de la perte comme méthode pour appréhender le monde. Avec Hélène Guénin, la co-curatrice, nous avons pensé cette exposition comme une sorte de dépliage métaphorique qui privilégie l’errance aux chemins linéaires, la ligne de traverse à la ligne droite, l’inconnaissance à la connaissance, la complexité à la simplicité. A ce sujet, j&#8217;ai réalisé <em>a posteriori </em>que peu de lecteurs ont pu comprendre l&#8217;allusion que j’ai faite dans le titre de mon texte du catalogue, à savoir remplacer la « méthode PERT » par &#8220;la méthode PERTE&#8221;. La méthode PERT est utilisée dans le management comme une forme d’optimisation des conditions pour réaliser un projet. Et la « méthode perte » dont je parle, consisterait à aller à l’encontre de ce principe en imaginant que la perte et l’errance, loin d’être une dépense inutile, produisent quelque chose. Le vrai vide, la vraie vanité réside peut-être dans une volonté de balisage et d’optimisation, et le progrès linéaire peut être vu comme une fiction moderniste.</p>
<p><span style="color: #0000ff">M.B. Lorsque vous concevez ce type d’expositions, pensez-vous d’abord à la place du spectateur et à la déambulation dans l’espace ?</span></p>
<p>G.D.  Oui, c’est essentiel. Je pense une exposition en termes d’arpentage, de scénario, de rythme, de façon à créer une progression, mais aussi des ruptures, des chocs. Je ne réussis pas toujours, mais ce qui m’importe, c’est de lutter contre l’ennui et l&#8217;indifférence.</p>
<p><span style="color: #0000ff">M.B. Qu’est-ce qui détermine qu’une œuvre est active plus que réactive, selon vous ?</span></p>
<p>G. D. Les œuvres que j’aime, je les considère comme actives même s&#8217;il n’y a pas de critères précis qui définit cela. Être actif signifie être dans une relation non fonctionnelle et non déterminée par rapport à un contexte. Une œuvre active est une alternative aux formes dominantes, qui ne se soucie pas de ses propres coordonnées dans l’histoire de l’art.</p>
<p><span style="color: #0000ff">M.B. Avez-vous des protocoles spécifiques ?</span></p>
<p>G.D. Chaque exposition est une situation nouvelle. Je me méfie des protocoles en amont. Pour l’Ensba, par exemple, l’idée consistait à mettre de manière volontariste l’art au centre d’un réseau de faits d&#8217;actualité. C’était l’intention, mais la décision de mettre des fils dans l&#8217;espace est venue très tard. C’est une décision qui s&#8217;impose à la fin d’un processus de réflexion. Donc aucun protocole d&#8217;exposition n&#8217;est <em>a priori</em>.</p>
<p><em><span style="color: #0000ff">M.B. S’agit-il d’inventer de nouveaux formats d’exposition ?</span></em></p>
<p>G.D. Je suis venu à l’art par les expositions. J’aime les expositions. Mon but n&#8217;est donc pas de défier ou de contester cette forme, mais en revanche, je crois qu&#8217;il ne faut pas s’interdire de modifier les formats, d’être créatif, si cela s&#8217;avère nécessaire pour renforcer un propos. L’intention principale, c’est partager l’amour de l’art, raconter des histoires qui nous paraissent intéressantes pour tous. Donner à ressentir et à penser, sans choisir entre intelligence et sensualité : voilà la façon dont j’envisage l&#8217;horizon du métier de commissaire. Et pour cela, à certains moments, j’ai eu recours à des protocoles d’expositions qui n&#8217;ont pas pris une forme absolument classique.</p>
<p><span style="color: #0000ff">M.B. Enfin, un autre type d’entretien :</span></p>
<p><span style="color: #0000ff"><em><em>-</em><em> Le transfert : préparer des questions pour</em></em><em> un artiste, les poser à un autre. VARIANTE : voler des questions à des entretiens existants (paraphrasant Douglas Huebler : les entretiens d’art sont remplis de questions plus ou moins intéressantes, pour avoir envie d’en rajouter même une seule).</em></span></p>
<p><strong><span style="color: #0000ff">Selon la variante, je reprendrai la question d&#8217; Elisa Fedeli : Quels sont vos projets à venir? </span></strong></p>
<p><strong>G.D. J&#8217;ai plusieurs projets d&#8217;expositions que je suis en train de développer, l&#8217;un autour de la « relation » au sens littéraire du terme de « relater », l&#8217;autre qui part de la pornographie militante, ainsi qu&#8217;un projet d&#8217;écriture d&#8217;une pièce de théâtre, que je considère comme  un travail curatorial.</strong></p>
<p><strong><br />
</strong></p>
<p style="text-align: right">Propos recueillis par Muriel Berthou Crestey, décembre 2011.</p>
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		<title>&#8220;Edvard Munch, L&#8217;Oeil moderne&#8221; : entretien avec Clément Chéroux</title>
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		<pubDate>Thu, 13 Oct 2011 15:45:38 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Muriel Berthou Crestey</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Edvard Munch, L’œil moderne (Centre Pompidou, 21 septembre-9 janvier 2012) est l’un des évènements marquants de la rentrée. En proposant un cadrage inédit sur ce maître de l’art norvégien tout aussi inspiré par la lumière des fjords que par celle qui émane des visages, l’exposition suggère un nouveau cadrage sur les obsessions de l’artiste, nous faisant entrer dans les arcanes de sa vision du monde. Par quels moyens les commissaires Angela Lampe et Clément Chéroux sont-ils parvenus à transformer l’image du peintre du XIXème siècle en artiste moderne ? En quoi la vision intérieure et tourmentée de Munch s’éclaire-t-elle au contact de ses intérêts sociétaux ? Comment détourne-t-il la photographie de sa fonction d’illustration pour en faire une prise de notes visuelles de ses états d’âme consignés en temps réel ? Pour répondre à ces questions, j’ai rencontré Clément Chéroux qui nous présente une promenade imaginaire au fil des douze sections de l’exposition.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<address><em>Edvard Munch, L’œil moderne</em> (Centre Pompidou, 21 septembre-9 janvier 2012) est l’un des évènements marquants de la rentrée. En proposant un cadrage inédit sur ce maître de l’art norvégien tout aussi inspiré par la lumière des fjords que par celle qui émane des visages, l’exposition suggère un nouveau point de vue sur les obsessions de l’artiste, nous faisant entrer dans les arcanes de sa vision du monde. Par quels moyens les commissaires Angela Lampe et Clément Chéroux sont-ils parvenus à transformer l’image du peintre du XIXème siècle en artiste moderne ? En quoi la vision intérieure et tourmentée de Munch s’éclaire-t-elle au contact de ses intérêts sociétaux ? Comment détourne-t-il la photographie de sa fonction d’illustration pour en faire une prise de notes visuelles de ses états d’âme consignés en temps réel ? Pour répondre à ces questions, j’ai rencontré Clément Chéroux qui nous présente une promenade imaginaire au fil des douze sections de l’exposition.</address>
<a href="http://culturevisuelle.org/regard/archives/967"><em>Cliquer ici pour voir la vidéo.</em></a>
<p><strong>Clément Chéroux. </strong>L’exposition <a href="http://www.centrepompidou.fr/Pompidou/Manifs.nsf/AllExpositions/B7B16198B955CF3BC1257824003508B8?OpenDocument&amp;sessionM=2.2.1&amp;L=1"><em>Edvard Munch</em> <em>L’œil moderne</em></a> prend le parti de présenter le peintre norvégien sous un jour que l’on ne lui connaissait pas jusqu’à présent. C’est vrai que les histoires de l’art considèrent Munch comme un peintre du XIXème siècle, que l’on classe habituellement plutôt du côté de Gauguin, de Van Gogh, comme un peintre symboliste voire pré-expressionniste. L’exposition entend montrer que Munch est aussi un peintre du XXème siècle. Sans oublier sa production de la fin du XIXème siècle notamment organisée autour du cycle que Munch nomme « la frise de la vie », il s’agit de montrer qu’elle ne s’y restreint pas. Il y a autre chose : c’est un Munch du XXème siècle. Il faut rappeler que Munch est décédé en 1944, la même année que Mondrian et Kandinsky ; les trois quarts de sa production picturale se situent dans le XXème siècle. C’est cette période qui a déterminé <a href="http://www.franceculture.com/evenement-edvard-munch-l-oeil-moderne.html">le projet de l’exposition</a>.</p>
<h3><strong>Munch, un peintre pleinement inscrit dans la modernité. </strong></h3>
<p><strong> </strong></p>
<div id="attachment_969" class="wp-caption alignright" style="width: 310px"><a href="http://culturevisuelle.org/regard/files/2011/10/MUNCH.jpg"><img class="size-medium wp-image-969" title="MUNCH" src="http://culturevisuelle.org/regard/files/2011/10/MUNCH-300x287.jpg" alt="" width="300" height="287" /></a><p class="wp-caption-text">Edvard Munch, Autoportrait à la Marat, clinique du Dr Jacobson, Copenhague, 1908-1909, épreuve gélatino-argentique.</p></div>
<p>En intégrant des éléments venus des médias modernes comme la photographie, le cinéma ou la scène théâtrale telle qu’elle est envisagée par Reinhardt, Munch se pose des questions qui appartiennent résolument à l’art de son siècle. Ses interrogations portent sur la répétition, l’autobiographie, l’intermédialité, les modes de narrations&#8230; Ce n’est pas une rétrospective classique qui enchaînerait les chefs d’œuvres comme on enfilerait les perles sur un collier mais c’est résolument une exposition à thème et à thèse qui cherche à montrer cette modernité de Munch à travers un ensemble de nœuds. Chacune des douze sections étant conçue comme une micro-exposition. Dans la première salle d’introduction, où l’on présente six chefs d’œuvre de la fin du XIXème siècle, il s’agit de présenter les œuvres d’un Munch angoissé, mélancolique, que le public attend. Dès la seconde salle, nous avons choisi de refaire exactement la même configuration spatiale en proposant des œuvres présentant les mêmes motifs à plusieurs années d’intervalle. Au fil de ses œuvres, Munch fait apparaître des répétitions, se livrant à un travail de mise à jour. Il peint grâce à un système de frise. Le motif acquiert ainsi une autonomie et se déplace d’œuvres en œuvres. La répétition du geste artistique est une figure majeure de la modernité. Son intérêt pour la photographie en est également un des marqueurs importants. Munch appartient à cette génération de peintres (Bonnard, Vuillard, Mucha) qui est l’une des premières à s’être emparé de la photographie amateur. Cependant, Munch en fait un usage très différent axé sur la pratique de l’autoportrait. Munch écrit sa vie à travers ses propres images. Si cette utilisation est rare chez les peintres, elle est plus développée chez les écrivains (Zola, Strindberg, Loti….). C’était très important pour nous de ne pas être dans un rapport de filiation entre la peinture et la photographie, de ne pas être dans une relation de servilité mais bien d’intermédialité. Il s’agissait de présenter la photographie dans son autonomie, en la séparant notamment des salles dévolues à la peinture.</p>
<h3><strong>Munch, inventeur d’un geste photographique. </strong></h3>
<p><strong> </strong></p>
<p><a href="http://culturevisuelle.org/regard/files/2011/10/MUNCH-3.jpg"><img class="size-medium wp-image-973 alignleft" title="MUNCH 3" src="http://culturevisuelle.org/regard/files/2011/10/MUNCH-3-219x300.jpg" alt="" width="92" height="126" /></a>Munch invente la pratique de l’autoportrait «  à bout de bras » qui consiste à s’emparer de la caméra, à tendre son bras et à retourner l’appareil vers lui, comme on le fait aujourd’hui avec les téléphones portables. Il est donc très moderne. Sa pratique photographique a son autonomie. Cela ne veut pas dire que sa peinture ne soit pas imprégnée par la photographie. Un certain nombre d’éléments qu’il découvre dans sa pratique photographique ou dans la presse illustrée se retrouvent dans ses tableaux. C’est ce que nous montrons dans la quatrième salle sur « l’espace optique » où les thèmes sont très inspirés par le cinéma (notamment les chevaux au galop, stéréotypes filmiques, ou encore les travailleurs sortant de l’usine, filmés par beaucoup d’opérateurs). Dans ses peintures, il y a non seulement des motifs cinématographiques mais plus encore une manière de peindre très cinématographique dans son utilisation de personnages qui semblent avancer vers le spectateur. C’est cet impact des technologies modernes (photographie et cinéma) qui nous intéressait beaucoup de montrer à partir de la peinture de Munch.</p>
<div id="attachment_968" class="wp-caption alignright" style="width: 255px"><a href="http://culturevisuelle.org/regard/files/2011/10/jpg_munch-1.jpg"><img class="size-medium wp-image-968 " title="jpg_munch-1" src="http://culturevisuelle.org/regard/files/2011/10/jpg_munch-1-245x300.jpg" alt="" width="245" height="300" /></a><p class="wp-caption-text">Edvard Munch, Cheval au galop, 1910-1912, Huile sur toile</p></div>
<p>Ce lien est également présent avec le théâtre puisque Munch est ami avec Strindberg et travaille en 1906 avec Max Reinhardt sur un théâtre intime où le spectateur est en prise directe avec la scène, contrairement au XIXème siècle où il y avait une distance consciemment organisée entre le spectateur et la scène. En 1907, la série <em>La Chambre verte</em> met en application les préceptes de Reinhardt avec un espace pictural très cloisonné, un plafond très bas, des murs des trois côtés, comme si l’on avait enlevé la séparation entre le spectateur et la scène qui se déroule dans le tableau. Munch a beaucoup réfléchi sur la place du spectateur. Dans la section sur l’espace optique, on voit à quel point les obliques creusent l’espace comme pour aspirer le spectateur et en même temps, il place un personnage qui le repousse, au contraire. Nous montrons également d’autres formes de répétition. Dans la section <em>Compulsion</em>, on voit une scène peinte six fois en l’espace seulement de quelques mois, mais aussi gravée, dessinée, photographiée. C’est comme si Munch avait tenté de représenter ce sujet qui l’obsédait profondément à travers tous les outils à sa disposition à ce moment là. S’agit-il d’une scène primitive, d’enfance, un souvenir érotique, une scène de bordel, une sorte d’archétype de la lamentation féminine ? Ce motif était d’une telle importance qu’il a décidé de transformer ce motif  en pierre tombale.</p>
<h3><strong>Rayonnements intérieurs</strong></h3>
<div id="attachment_972" class="wp-caption alignleft" style="width: 310px"><a href="http://culturevisuelle.org/regard/files/2011/10/MUNCH-2.jpg"><img class="size-medium wp-image-972" title="MUNCH 2" src="http://culturevisuelle.org/regard/files/2011/10/MUNCH-2-300x237.jpg" alt="" width="300" height="237" /></a><p class="wp-caption-text">Edvard Munch, Le Soleil, 1910-1913, Huile sur toile.</p></div>
<p>Munch était influencé par toute une culture du mesmérisme et du rayonnement animal, par la radio, les ondes sonores, les rayons x, les rayons solaires (héliothérapie). La façon dont il a transcrit dans sa peinture cette manière d’exprimer les rayonnements consiste à dissoudre complètement les formes ; sans tomber dans l’abstraction, Munch s’intéresse à cette faculté d’ondulation de la lumière et de l’ombre. Le film devient une façon de prendre des notes visuelles. Evidemment, il ne s’agit pas de transformer Munch en un Eisenstein ou Vertov mais bien de comprendre comment il regarde le monde. Car Munch n’était pas uniquement le peintre reclus occupé par la transcription de son monde intérieur et de ses angoisses mais il était aussi très intéressé par les fait d’actualités : Munch est en phase avec son temps.</p>
<p>Il n’y a pas de volonté narcissique chez Munch. Il s’agit davantage de fixer un moment particulier de sa vie, marquer une inscription dans le temps d’un moment important (entrée dans une clinique, maladie, anniversaire…)</p>
<p>On termine l’exposition avec une salle particulièrement importante d’une série d’esquisses extrêmement précises où il s’agit pour lui d’enregistrer l’évolution de sa maladie (vaisseau ayant éclaté dans son œil suite à un accident vasculaire cérébral). Il suit toutes les étapes de son atteinte, comme pour peindre ce que Max Ernst nomme « l’intérieur de la vue ». Les contours de ce vaisseau évoluent et se superposent à ce qu’il observe, produisant des images qui flirtent avec l’abstraction. Pourtant, cela reste toujours des images issues de son observation. On voulait vraiment montrer qu’au-delà du peintre du <em>Cri</em>, de la mélancolie et des angoisses de Munch, il s’est continuellement posé des questions de visions et s’est perpétuellement regardé en train de regarder.</p>
<p style="text-align: right">[Propos recueillis le 12. 10. 11]</p>
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		<title>Patrick Bailly-Maître-Grand &amp; Laurence Demaison à la Filature, le 02. 11.11</title>
		<link>http://culturevisuelle.org/regard/archives/956</link>
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		<pubDate>Wed, 21 Sep 2011 15:58:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Muriel Berthou Crestey</dc:creator>
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		<description><![CDATA[En préambule de l’exposition de Patrick Bailly-Maître-Grand &#38; Laurence Demaison, j’aurai le plaisir de donner une conférence le 2 novembre 2011, à 18 h. à la Filature (Scène nationale de Mulhouse) sur l’invitation de Anne Immelé (école supérieure Le quai / Université de Mulhouse).


Le temps d’une rencontre inédite, les œuvres photographiques de Patrick Bailly-Maître-Grand &#38; Laurence Demaison font d’abord apparaître des points de vue divergents. Un examen plus approfondi fait pourtant émerger des connivences qui ne demandent qu’à être mises en lumière. L’union de ces deux artistes produit une charade visuelle nous faisant pénétrer dans une réalité mystérieuse parcourue d’illusions sans retouche.

Mon premier est un physicien du regard élaborant, depuis les années 1980, d’ingénieux stratagèmes optiques comme pour « retrouve[r] le sérieux qu’enfant, on mettait dans ses jeux » selon les mots de Nietzsche. Adepte des tours de passe-passe visuels, il réalise quantité d’expérimentations autour de la transparence et des effets de transfiguration, prônant une esthétique spectaculaire par nature. Alors que ses œuvres sont présentes dans les plus grandes collections internationales (Moma, Museet for Fotokunst, Centre Pompidou entre autres) l’artiste joue avec les réminiscences de l’histoire de l’art, puisant parfois également son inspiration dans la brocante de sa mémoire.

Mon deuxième fonde sa pratique sur l’examen sensible de ses états d’âme, faisant de l’autoportrait un support de réflexion depuis les années 1990. Son corps paraît soumis à des forces et des attractions variées, la menant à explorer ses zones les plus intimes.


Mon tout explore une sublimation possible du quotidien. En prenant à bras le corps une physique des sensations, Patrick Bailly-Maître-Grand &#38; Laurence Demaison nous donnent accès à une part invisible de notre environnement. L’être se dissocie en pièces de puzzles. La cercle d’un CD se mue en astre lunaire. L’apparence des objets et des corps varie au contact d’étranges ondes qui les métamorphosent ou les masquent. Une brèche s’ouvre dans la poésie de leurs univers. Si l’art et l’amour réveillent l’exaltation de la vie, alors l’amour de l’art produit chez eux un précipité de la vie qu’ils partagent. Faire l’expérience de pratiques différenciées qui, pourtant, finissent par se rejoindre, c’est révéler la richesse expérimentale qui émane de leurs deux pratiques.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>En préambule de l’exposition de <a href="http://www.baillymaitregrand.com/">Patrick Bailly-Maître-Grand</a> &amp; <a href="http://www.laurencedemaison.com/">Laurence Demaison</a>, j’aurai le plaisir de donner une conférence le 2 novembre 2011, à 18 h. à <a href="http://www.lafilature.org/fr/spectacles/patrick-bailly-maitre-grand-et-laurence-demaison1.html">la Filature</a> (Scène nationale de Mulhouse) sur l’invitation de <a href="http://www.anneimmele.fr/Site/site-officiel-anne-immele.html">Anne Immelé</a> (école supérieure Le quai / Université de Mulhouse).</p>
<p style="text-align: center"><strong>Patrick Bailly-Maître-Grand &amp; Laurence Demaison : regards dans la même direction, vers l’invisible</strong></p>
<div id="attachment_958" class="wp-caption alignleft" style="width: 155px"><a href="http://culturevisuelle.org/regard/files/2011/09/1-W.jpg"><img class="size-medium wp-image-958 " title="1 W" src="http://culturevisuelle.org/regard/files/2011/09/1-W-181x300.jpg" alt="" width="145" height="240" /></a><p class="wp-caption-text">Laurence Demaison, Saute d&#39;humeur, 2004</p></div>
<p>Le temps d’une rencontre inédite, les œuvres photographiques de Patrick Bailly-Maître-Grand &amp; Laurence Demaison font d’abord apparaître des points de vue divergents. Un examen plus approfondi fait pourtant émerger des connivences qui ne demandent qu’à être mises en lumière. L’union de ces deux artistes produit une charade visuelle nous faisant pénétrer dans une réalité mystérieuse parcourue d’illusions sans retouche.</p>
<p>Mon premier est un physicien du regard élaborant, depuis les années 1980, d’ingénieux stratagèmes optiques comme pour « retrouve[r] le sérieux qu’enfant, on mettait dans ses jeux » selon les mots de Nietzsche. Adepte des tours de passe-passe visuels, il réalise quantité d’expérimentations autour de la transparence et des effets de transfiguration, prônant une esthétique spectaculaire par nature. Alors que ses œuvres sont présentes dans les plus grandes collections internationales (Moma, Museet for Fotokunst, Centre Pompidou entre autres) l’artiste joue avec les réminiscences de l’histoire de l’art, puisant parfois également son inspiration dans la brocante de sa mémoire.</p>
<p>Mon deuxième fonde sa pratique sur l’examen sensible de ses états d’âme, faisant de l’autoportrait un support de réflexion depuis les années 1990. Son corps paraît soumis à des forces et des attractions variées, la menant à explorer ses zones les plus intimes.</p>
<div id="attachment_957" class="wp-caption alignright" style="width: 250px"><a href="http://culturevisuelle.org/regard/files/2011/09/artwork_images_424187413_336773_patrick-bailly-maitre-grand.jpg"><img class="size-medium wp-image-957 " title="artwork_images_424187413_336773_patrick-bailly-maitre-grand" src="http://culturevisuelle.org/regard/files/2011/09/artwork_images_424187413_336773_patrick-bailly-maitre-grand-300x172.jpg" alt="" width="240" height="138" /></a><p class="wp-caption-text">Patrick Bailly-Maître-Grand, Poussières d&#39;eau, 1994</p></div>
<p>Mon tout explore une sublimation possible du quotidien. En prenant à bras le corps une physique des sensations, Patrick Bailly-Maître-Grand &amp; Laurence Demaison nous donnent accès à une part invisible de notre environnement. L’être se dissocie en pièces de puzzles. La cercle d’un CD se mue en astre lunaire. L’apparence des objets et des corps varie au contact d’étranges ondes qui les métamorphosent ou les masquent. Une brèche s’ouvre dans la poésie de leurs univers. Si l’art et l’amour réveillent l’exaltation de la vie, alors l’amour de l’art produit chez eux un précipité de la vie qu’ils partagent. Faire l’expérience de pratiques différenciées qui, pourtant, finissent par se rejoindre, c’est révéler la richesse expérimentale qui émane de leurs deux pratiques.</p>
<p style="text-align: right">
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		<title>Melik Ohanian sur le territoire des images conceptuelles</title>
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		<pubDate>Fri, 16 Sep 2011 21:13:28 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Muriel Berthou Crestey</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Avec sa vidéo « Days, I see what I saw and what I will see » projetée pour la première fois à la galerie Chantal Crousel, Melik Ohanian parvient à faire de l’écran une sculpture puisque la perception varie en fonction du point de vue du spectateur. Côté face, l’œuvre présente la scène de jour. Simultanément, au dos de l’écran, c’est la nuit. Le temps s’étire sur une période de 11 jours pendant lesquels Melik Ohanian a filmé le camp de travailleurs de Sajaa, à l’occasion de la 10ème Biennale de Sharjah où la vidéo n’a pourtant pas été diffusée. Le plan est fixe et l’égrènement du temps intervient chaque fois comme une microcoupure infligée à une progression monotone. La ligne de mire reste inchangée. Le spectateur avance lentement à mesure que le travelling chemine et s’interrompt. Des murs délimitent le champ de vision, de part et d’autres des rails qui sont installés au fur et à mesure par l’artiste, puis démontés, réinstallés... Le territoire spatial est clairement délimité. Mais paradoxalement, la mise en évidence du temps engendre une perte des repères. Melik Ohanian explore moins une contrée lointaine qu’un paysage mental, nous faisant ressentir le lieu d’une diffraction temporelle.
[...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://culturevisuelle.org/regard/files/2011/09/Melik_Ohanian.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-946" title="Melik_Ohanian" src="http://culturevisuelle.org/regard/files/2011/09/Melik_Ohanian-300x198.jpg" alt="" width="300" height="198" /></a>Avec sa vidéo « Days, I see what I saw and what I will see » projetée pour la première fois à la galerie Chantal Crousel, Melik Ohanian parvient à faire de l’écran une sculpture puisque la perception varie en fonction du point de vue du spectateur. Côté face, l’œuvre présente la scène de jour. Simultanément, au dos de l’écran, c’est la nuit. Le temps s’étire sur une période de 11 jours pendant lesquels Melik Ohanian a filmé le camp de travailleurs de Sajaa, à l’occasion de la 10<sup>ème</sup> Biennale de Sharjah où la vidéo n’a pourtant pas été diffusée. Le plan est fixe et l’égrènement du temps intervient chaque fois comme une microcoupure infligée à une progression monotone. La ligne de mire reste inchangée. Le spectateur avance lentement à mesure que le travelling chemine et s’interrompt. Des murs délimitent le champ de vision, de part et d’autres des rails qui sont installés au fur et à mesure par l’artiste, puis démontés, réinstallés&#8230; Le territoire spatial est clairement délimité. Mais paradoxalement, la mise en évidence du temps engendre une perte des repères. Melik Ohanian explore moins une contrée lointaine qu’un paysage mental, nous faisant ressentir le lieu d’une diffraction temporelle.</p>
<p><a href="http://culturevisuelle.org/regard/files/2011/09/002.jpg"><img class="size-medium wp-image-948 alignright" title="002" src="http://culturevisuelle.org/regard/files/2011/09/002-300x225.jpg" alt="" width="206" height="156" /></a>La vidéo acquiert une densité équivalente à la sculpture de verre formant une mappemonde installée dans la pièce adjacente. Un miroir posé horizontalement fait office de socle en la reflétant.</p>
<p>Melik Ohanian inverse les qualités inhérentes à chaque objet : la transparence de la boule de verre annule sa fonction de repère. A moins de disposer de capacité de catoptromancie, impossible d’y voir apparaître une délimitation. Le regard la traverse. Dans la vidéo, l’artiste n’est plus derrière la camera mais il la devance en installant les conditions de sa progression (les rails). Le spectateur devient un cameraman passif, dépendant de l’emplacement des rails. Le dispositif technique du cinéma devient le lieu d’une recherche plastique. L’espace et les sujets semblent s’adapter à la vidéo et non l’inverse. Tour à tour, les travailleurs se tournent vers elle ou l’ignorent. Le bleu indigo des combinaisons parsème de touches contrastées l’environnement blanchâtre. Le champ de la vision est exigu parce que l’espace où la caméra se faufile ne laisse pas d’autre échappatoire. Pourtant, des phares de voiture se détachent dans la profondeur de la nuit. <a href="http://culturevisuelle.org/regard/files/2011/09/1315401648b.jpg"><img class="size-medium wp-image-947 alignleft" title="1315401648b" src="http://culturevisuelle.org/regard/files/2011/09/1315401648b-300x199.jpg" alt="" width="210" height="139" /></a>S’approcher du lointain suppose, pour l’artiste, de continuer à poser des rails, en progressant chaque jour de 100 mètres. Dans cette course sans arrivée, la situation initiale semble se prolonger tel un mouvement perpétuel.  Des gants posés plus loin sur une des sept « photographies uniques » de <em>Selected Recordings</em>, condensent la marque d’un effort répété.</p>
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