L’imaginaire d’Iron Sky
Un film intitulé Iron Sky, réalisé par Timo Vuorensola, devrait bientôt sortir sur les écrans et en DVD. Comme pour les précédentes analyses de films publiées sur ce blog, il ne s’agit pas pour moi de jouer les critiques cinématographiques (d’autant plus que je n’ai pas vu ce film), mais plutôt d’essayer d’en éclairer le contexte, la façon dont ses thèmes s’insèrent dans notre histoire commune, et notamment de montrer comment tout un genre cinématographique exploite des thèmes venus des « bas-fonds » de la culture occidentale.
Iron Sky, dont la rumeur est portée par Internet depuis quelques temps déjà, s’inspire de la mythologie des soucoupes volantes nazies. Les Nazis seraient, depuis 1944, les véritables inventeurs des soucoupes volantes et, avec leur aide, ils auraient décidé de repartir à l’assaut du monde pour y installer le 4e Reich. D’après les photos de promotion que l’on peut voir sur Internet, l’histoire semble être la suivante : pendant la guerre, les nazis ont construit leurs premières soucoupes volantes (dans la foulée des V-1 et des V-2). Après leur défaite face aux alliés, une partie d’entre eux est allée se réfugier en Antarctique. De là, ils ont perfectionné leur technologie et sont partis à la conquête de la face cachée de la Lune où ils ont installé en secret une colonie et où la génération des prochains conquérants à tête blonde a été formée (nous dirions plutôt : endoctrinés). Et aujourd’hui, ou dans un futur proche, les armadas de soucoupes à croix gammées déboulent sur la Terre pour y fonder le 4e Reich. Un épisode semble s’intercaler dans ce scénario, celui de la conquête de la Lune par les Américains (qui a bien eu lieu, elle ! n’en déplaise à quelques amateurs d’expertise photographique), un astronaute noir américain semble être capturé par les nazis. Sans doute s’est-il aventuré sur la face cachée de la Lune au cours d’une prochaine mission de la Nasa. Une courte scène diffusée sur Internet nous montre cet astronaute exhibant son I-Pod ou un autre petit ordinateur portable face à un savant nazi qui lui répond : « Non, çaaa c’est ein oortinateur » en désignant derrière lui un mur entier occupé par un vieil ordinateur à lampe datant de la fin de la guerre. Le film se présente comme une vision humoristique de ce qui serait sans cela un méga 11 septembre contre lequel il faudrait mobiliser tous les super-héros du cinéma US.
L’une des bandes annonce du film Iron Sky
L’annonce de la préparation, puis de la sortie du film (la Première aura lieu à Berlin le 11 février pour l’ouverture de la Berlinale ; n’essayez pas, c’est complet) a été suivie par beaucoup d’internautes qui ont même participé à son financement (voir la page Facebook du film). Pourquoi un tel engouement ? Quel est l’éventuel lien entre le film et une quelconque réalité ? C’est ce que la suite de ce texte va tenter de résumer.
Tout d’abord, le thème des soucoupes nazies, c’est à dire l’idée que les soucoupes auraient en fait été construites par les nazis pendant la guerre sous le nom de V-7 n’est pas une invention de cinéaste déjanté et n’est même pas nouvelle — ce qui n’enlève rien au talent des scénaristes et réalisateurs de ce film, bien au contraire — ; c’est une idée qui circule dans la presse et la littérature soucoupique depuis le début des années 1950 et dont Internet s’est bien sûr emparé. Essayons d’éclairer le contexte qui a nourri l’imaginaire des scénaristes et du réalisateur de ce film.
Commençons par les faits qui se sont déroulés à l’époque (notamment pendant la guerre).
Premier fait. Les « soucoupes volantes » (en anglais : flying saucer et flying disk) n’ont jamais été évoquées pendant la guerre, et encore moins par les nazis qui n’avaient jamais pu en entendre parler. Pour cause : ces termes n’apparaissent qu’à partir du 25 juin 1947 à partir d’une information lancée depuis la petite ville de Pendleton, dans l’Oregon. L’expression flying saucer a vraisemblablement été forgée par un journaliste de Portland (je vous dirais un de ces jours son nom si vous êtes sages [1]) dans un effort pour trouver une formule capable de synthétiser les informations envoyées par son confrère Bill Bequette depuis Pendleton. Bequette avait rencontré un peu plus tôt un jeune pilote privé du nom de Kenneth Arnold, témoin la veille du passage de neuf engins volants étranges au-dessus du Mont Rainier dans l’Etat de Washington. Bequette avait rédigé une dépêche évoquant des « saucer like objects flying at incredible speed » (confondant ainsi le mouvement décrit par Arnold, « like a saucer if you skipped it accross the water », avec la forme des engins, qui n’avaient rien de soucoupes). A Portland, son confrère a retenu les deux mots importants de la phrase : flying et saucer. Le reste est de l’histoire [2].
Les « soucoupes volantes » ont donc été « inventées » le 25 juin 1947 à la suite de l’observation de Kenneth Arnold [3]. Les nazis n’ont joué aucun rôle dans cette histoire !
Passons sur la polémique qui s’en suit, sur la création d’une commission militaire début juillet 1947 destinée à explorer l’énigme (qui deviendra le Project Sign puis le Project Blue Book) et sur les premiers livres qui sont publiés début 1950. Une mythologie populaire est née [4]. Donc, pas de soucoupes pendant la guerre.
Pourtant, dès cette période, l’idée d’armes secrètes révolutionnaires s’installe dans l’imaginaire des deux camps.
Les historiens, deuxième fait, ont décrit comment Hitler lui-même espérait l’achèvement d’une arme révolutionnaire capable de renverser le cours de la guerre en 1944. Une partie des dignitaires nazis s’était forgée leur propre mythologie à propos de la formidable arme secrète qui allait mettre la pâtée aux alliés. Cette arme, capable de frapper les Américains sur leur propre territoire, n’est jamais venue.
Au même moment, troisième fait, du côté des alliés, on a cru à plusieurs reprises à l’invention de nouvelles armes secrètes par les nazis. La presse a rapporté plusieurs fois les évolutions de petites boules de lumière, les Foo Fighters, qui venaient se positionner au bout des ailes des avions alliés au cours de raids au-dessus de l’Allemagne, phénomènes présentés comme une invention des nazis.
A la fin de la guerre, quatrième fait, des prisonniers de guerre ou des militaires alliés décriront parfois d’étranges appareils qu’ils auraient pu voir dans certaines bases où ils auraient pénétré ou auraient été retenus prisonniers. On trouve notamment certaines de ces descriptions dans des documents militaires américains de l’immédiate après-guerre.
Cinquième fait, après la guerre, en 1946, de nombreuses observations de ghost rockets ont été rapportées au-dessus de l’Europe du Nord et prises très au sérieux par les autorités et les médias occidentaux pendant plusieurs mois. Selon le scénario généralement accepté, les Soviétiques avaient récupéré et amélioré les V-2 de Von Braun et entamaient une guerre psychologique au-dessus de la Baltique. On oublie souvent qu’en 1946, une bonne partie de l’Europe était persuadée qu’une autre guerre se préparait, contre l’URSS. Le Secret de l’Espadon, la célèbre BD d’Edgar P. Jacobs, sortie pendant cette période, met en scène une destruction de l’Europe par les fusées envoyées par les « Jaunes » (les prochains conquérants du monde opéraient alors depuis le Tibet, avec l’aide de l’infâme Olrik bien entendu). Ces fusées sont directement inspirées par les ghost rockets.
Ce n’est pas tout. Sixième fait : juste après le début des apparitions de flying saucers au-dessus du territoire US au cours de l’été 1947, l’armée de l’air (Army Air Force, qui allait devenir en septembre US Air Force) lance une enquête pour déterminer si ces engins ont pu être construits avec l’aide de certains ingénieurs aéronautiques allemands. Les soupçons se dirigent non pas vers Von Braun, qui a déjà été transféré sur le sol américain dans le cadre du Project Paperclip, mais vers les frères Horten dont les Américains ont perdu la trace. A l’instar de l’ingénieur américain Jack Northrop, constructeur des aîles volantes (qui aboutiront bien plus tard au fameux et coûteux B-2), les frères Horten croyaient à la filière de l’aile volante et en avaient construit plusieurs en Allemagne. Interrogés par les Anglais à la fin de la guerre, ils ont peu après disparu dans la nature. L’hypothèse des soucoupes Horten sera rapidement abandonnée.
Ces histoires de foo-fighters, de ghost rockets et d’ailes volantes Horten, ont bien été décrites à l’époque ; elles montrent que les nazis ont été suspectés de prouesses technologiques dès la guerre. Mais il est très important de distinguer ces histoires d’autres histoires — que nous pourrions qualifier, faute d’un terme plus pertinent, de rumeurs, pour marquer leur caractère anachronique — qui ont été rapportées après la guerre, et surtout après les premiers débats sur les « soucoupes volantes », et qui ont contribué à récrire, a posteriori, une partie des événements. Ce sont ces rumeurs qui alimentent l’imaginaire d’Iron Sky.
Première rumeur. En 1950, un ingénieur italien, Giuseppte Belluzzo, ancien ministre de l’Armement de Mussolini, affirme être l’inventeur du concept de soucoupe volante qu’il aurait communiqué aux Allemands pendant la guerre.
Deuxième rumeur. La même année, un ingénieur allemand, Rudolf Schriever, affirme lui aussi être l’inventeur des soucoupes. Il aurait commencé à travailler sur ces engins en 1942, en s’inspirant du concept de l’hélicoptère. Le 16 avril 1945, ses calculs achevés, il voulut communiquer les plans à Goering mais la progression des troupes soviétiques l’en empêcha. Schriever s’enfuit. Comme il avait confié ces plans à un ingénieur tchèque, il pense que celui-ci a développé son idée avec laide d’une puissance étrangère. Deux ans plus tard, une nouvelle version, très différente, fait surface. Schriever affirme qu’une première soucoupe a bien été construite mais qu’elle n’a jamais volé. Face à l’arrivée des troupes alliées, les ingénieurs auraient fait sauter l’appareil.
En 1951, troisième rumeur, dans un livre intitulé L’Age de la réaction, le journaliste scientifique bien connu Albert Ducrocq explique que les Allemands auraient construit un disque volant. Il ne l’attribue pas à Schriever mais à Lippish, un ingénieur connu lui aussi pour ses ailes volantes.
Quatrième rumeur. En 1952, un autre Allemand, Richard Miethe, affirme au quotidien français France-Soir que les soucoupes volantes sont en fait des armes secrètes soviétiques dérivées d’engins — les V-7, c’est la première fois que le terme apparaît — dont il a conçu les plans dans les arsenaux souterrains de Breslau avec six collègues ingénieurs. Contrairement à Schriever, il prétend avoir fait voler le V-7 au-dessus de la Baltique. Après que Patton ait franchi le Rhin, Hitler décide de faire fabriquer le V-7 en série. Mais la progression des troupes alliées les en empêche. Deux des moteurs du V-7 et trois de ses confrères sont capturés par les Soviétiques. Miethe se réfugie en Egypte.
A la mi-juin 1952, cinquième rumeur, on signale qu’un disque volant s’est écrasé au Spitzberg. Il s’agirait d’un engin russe dérivé des V-7 construite par les Soviétéiques.
En 1953, sixième rumeur, un autre ingénieur allemand, Georg Klein, affirme avoir assisté au vol d’un prototype à Prague le 14 février 1945, celui de Schriever. Il aurait atteint en trois minutes l’altitude de 12400 mètres et une vitesse de 2200 km/h. Les recherches débutèrent en 1941, dans deux directions ; à la fin de 1944 les Allemands disposaient de trois appareils différents. Klein explique que le premier engin était celui construit par Miethe, le second était dû à Habermol et Schriever. Face à l’avancée des Russes, le prototype de Schriever aurait été détruit ainsi que ses plans. Celui de Miethe aurait été récupéré par les Soviétiques. Klein cite aussi l’ingénieur italien Belluzzo. Il précise que la soucoupe écrasée au Spitzberg est en fait un prototype construit à Peenemunde et lancé pendant la guerre.
En 1953, on apprend que les Américains et les Canadiens sont en train de construire une soucoupe. C’est la firme AV Roe qui est chargée de sa fabrication. A partir de 1954, une septième rumeur se développe selon quoi ce disque baptisé AVRO serait basé sur les recherches de Miethe. C’est ce que laisse entendre le journaliste Charles Garreau dans un livre paru en 1956 (Alerte dans le ciel) et l’ingénieur Rudolf Lusar dans un autre livre publié en 1957 sur les armes secrètes allemandes.
En 1966, huitième rumeur, un certain Hermann Klaas affirme avoir participé à la mise au point de deux modèles d’engins soucoupiques. Un premier de 2,40 de diamètre en 1941 inspiré de l’hélicoptère supersonique de Miethe ; un deuxième utilisant l’effet Coanda. Il affirme qu’ils sont aujourd’hui fabriqués en série tant par les Etats-Unis que par l’URSS.
En 1968, neuvième rumeur, un ufologue italien, Renato Vesco publie un livre intitulé Intercettateli Senza Sparare (traduit en anglais sous le titre Intercept But Don’t Shoot !). Il prétend que les foo-fighters décrits par certains pilotes alliés ont réellement été des armes secrètes allemandes, dénommées Kugelblitz (foudre en boule).
Arrêtons de compter car à partir des années 1970, les « rumeurs » ne se succèdent plus, elles foisonnent et se diffusent tous azimuts. Certaines sont propagées notamment par un Américain auteur de publications relativement confidentielles nommé Michael Barton (qui signe souvent Michael X). Au début des années 1970, et en marge des rumeurs autour du V-7, un Français, Henry Durrant, affirme que les nazis se seraient intéressés aux phénomènes aériens étranges au point de fonder un Sonder Burö 13 dédié à leur étude. Mais ce bureau d’étude nazi n’a jamais existé, il a été entièrement inventé par l’auteur. En 1978, un magazine consacré aux ovnis publie la photo de la prétendue soucoupe nazie, d’une taille respectable, dans un hangar, posée sur trois pieds équipés de roues. Malheureusement, ceux qui ont une bonne vue et un peu de mémoire se rendent compte que ce qu’on présente comme soucoupe nazie n’est qu’une des photos de la maquette de soucoupe construite par l’ingénieur aéronautique René Couzinet en 1956 et qui ont été publiées par Paris-Match à l’époque.
Les différentes rumeurs à propos du V-7 vont aussi être récupérées par des auteurs néo-nazis vivants au Canada, notamment un certain Christof Friedrich qui dirige Samisdat Publications. Friedrich affirme que la thèse de l’origine extraterrestre des ovnis est une conspiration ourdie par la CIA et le KGB, que le Reich n’a pas disparu, que de hauts dignitaires nazis se sont réfugiés en Amérique du Sud et peut-être en Antarctique (une idée dont le réalisateur d’Iron Sky semble s’être inspiré), voire à l’intérieur de la Terre (qui est creuse comme chacun sait et dotée de vastes ouvertures aux pôles, ne cherchez pas sur les photos satellites, on nous cache tout…) [5]. Dans un courrier adressé à ses correspondants à la fin des années 1970, Christof Friedrich lance même le projet d’organiser une expédition à la recherche des bases nazies en Antarctique et au centre de la Terre. « Samisdat’s Antarctic Expedition in Search of Hitler’s Flying Saucers Bases and the South Polar Openings into Inner Earth will be the unique event of a lifetime, » peut-on lire dans ce courrier qui enjoint ses correspondants à se transformer en généreux donateurs (tout en leur demandant de préciser leur origine ethnique sur le bulletin de commande !). Il faut croire que les dignitaires du Reich n’ont pas jugé bon de tenir leur plus fidèle discipline au courant de leurs projets. Depuis leur base secrète, les nazis et leurs descendants prépareraient la conquête du monde. Trêve de plaisanterie : Christof Friedrich n’est autre que le négationniste Ernst Zündel. Ces histoires seront reprises par de nombreux auteurs qui verront des soucoupes nazies un peu partout. Elles ont aussi été récupérées à la fin des années 1980 dans un livre publié par un fanatique d’extrême-droite qui signe sous le pseudonyme de Jan van Helsing.
Aujourd’hui, après l’arrivée d’Internet, toute une clique d’allumés s’est mise à spéculer sur ces thèmes. On trouve une brochette de sites tous plus délirants les uns que les autres. Dans le même temps, les pulps consacrés au paranormal font leur retour dans les kiosques. Certains sont consacrés aux mystères nazis et reviennent bien sûr sur les soucoupes nazies et la terre creuse.
Iron Sky n’est pas la première œuvre de fiction inspirée par le mythe des soucoupes nazies. Le roman d’un auteur américain, W.A. Harbinson, Genesis, réinterprète toute l’histoire de l’ufologie en se servant de cette légende. Dans une veine humoristique, une BD consacrée aux conspirations les plus délirantes, The Big Book of Conspiracies, s’inspire aussi de cette histoire.
Un détail qui mérite d’être mentionné. Les soucoupes d’Iron sky sont inspirées par les différentes descriptions qui ont été publiées des soucoupes nazies. Certains documents promotionnels représentent notamment ces soucoupes sous la forme de celle photographiée par le contacté américain George Adamski en 1952 (dont le livre, Flying Saucers Have Landed, fut à l’époque un best-seller): la fameuse soucoupe avec les trois boules sur la surface inférieure. Dans les versions nazies de cette soucoupe, et dans Iron Sky, ces boules, qui sont censées être à l’origine des sphères d’atterrissage, sont devenues des cockpits rotatifs équipés de mitrailleuses, comme il en existait dans les bombardiers de la seconde guerre mondiale.
Iron Sky s’inspire donc de tout un folklore qui s’est construit depuis le début des années 1950 autour du V-7 nazi. Il ne reste plus maintenant qu’à découvrir le film pour voir s’il mérite toute cette effervescence.
Notes
Deux chercheurs, un Français et un Italien, ont beaucoup travaillé sur l’histoire du mythe des soucoupes nazies. Il s’agit de Joseph Altairac, qui a publié un très long article dans une revue disparue, mais toujours disponible, Scientifictions (éditée par Encrage); et de Maurizio Verga. Sur le site “naziufos”. L’Américain Walter Kafton-Minkel a évoqué ce thème dans son livre Subterranean Worlds (Lompanics, 1989, chapitre 12 : The Nazis and the Inner World), ainsi que Joscelyn Godwyn dans Arktos : The Polar Myth in Science, Symbolism, and Nazi Survival (Phanes Press, 1993 ; tr. fr. : Archè, 2000). L’historien Nicholas Goodrick-Clarke a consacré un chapitre à cette histoire dans son livre Black Sun (New York University Press, 2002).
[1] J’ai déjà eu l’occasion de faire connaître le nom de Bill Bequette, le journaliste de Pendleton qui a diffusé la nouvelle en 1947 et que j’ai retrouvé et interviewé en 1988 (son nom est apparu dans divers textes que j’ai publiés et dans un article rédigé par Hervé Ponchelet dans Le Point en 1990 ainsi que dans un chapitre écrit pour un livre en anglais sur les ovnis et repris par l’historien des ovnis Jerome Clark dans sa formidable encyclopédie sur les ovnis). Voir: « E[ast] O[regonian] Journalist Broke First ‘Flying Saucer’ Story », East Oregonian, 24 juin 1997, p. 1, 5.
[2] Histoire dont j’ai décrit et analysé différents aspects dans une série d’articles : « “ It Seems Impossible, but There It Is ” », in John Spencer & Hilary Evans (eds.), Phenomenon: From Flying Saucers to UFOs – Forty Years of Facts and Research. London: Futura Publications, 1988, pp. 26-45 ; « L’affaire Kenneth Arnold. Note sur l’art de construire et de déconstruire quelques soucoupes volantes », Communications n° 52, novembre 1990, pp. 283-309 ; « Enquêtes sur les soucoupes volantes. La construction d’un fait aux États-Unis (1947) et en France (1951-54) », Terrain, Carnets du Patrimoine Ethnologique n° 14, mars 1990, pp. 92-112 ; « L’affaire Kenneth Arnold », in Thierry Pinvidic (ed), Ovni, vers une anthropologie d’un mythe contemporain, Bayeux, Editions Heimdal, 1993, p. 47-67 ; ; « Le jour où les soucoupes volantes ont débarqué », Science & Vie Junior n° 94, juillet 1997, p. 36-39 ; « Soucoupes volantes : la première fois » [avec Kim L. Arnold], Science & Vie Edition spéciale 50 ans d’ovnis, juin 1997, p. 16-21. « Birthplace of the UFO Era », East Oregonian, 24 juin 1997, p. 1, 5 ; « 1947, la saga des soucoupes. Comment tout a commencé », Anomalies n°3, 2e trimestre 1998, p. 26-39 ; « Kenneth Arnold and the Invention of Flying Saucers », in James Lewis (ed.), UFOs and Popular Culture : An Encyclopedia of Contemporary Myth, Santa Barbara, ABC Clio, 2001, p. 31-36 ; « La soucoupe volante est née le 25 juin 1947 », Entretien avec Aline Kiner, Science et Avenir, n° 714, août 2006, p. 44-48 ; « “Les soucoupes volantes existent-elles ?” Comment la science se sépare de l’opinion. », in Gérard Azoulay (éd.), L’Espace habité, Paris, CNES/Observatoire de l’Espace, 2008, p. 25-30 ; « Les soucoupes volantes sont-elles un sous-produit de la guerre froide ? », Le Monde Diplomatique, juillet 2009; « The Ghost in the Machine. How Sociology Tried to Explain (Away) American Flying Saucers and European Ghost Rockets, 1946-1947 », in Alexander Geppert (ed.), Imagining Outer Space, European Astroculture in the Twentieth Century, New York, Macmillan, p. 224-244. En attendant mon livre L’Invention des soucoupes volantes (à paraître aux éditions La Découverte).
[3] Quand les journalistes vont-ils cesser de mettre l’affaire de Roswell en avant, l’affaire de Roswell date de 1980, pas avant !
[4] Mythologie dénoncée comme telle. En effet, contrairement à ce que certains, comme Roland Barthes, ont pu écrire, l’opinion ne croit pas que les soucoupes sont d’origine soviétique. Cette hypothèse n’est évoquée que pour mieux souligner la crédulité du public censé y adhérer. Tout comme l’hypothèse des Men from Mars, des Martiens évoqués par la presse dans les jours qui suivent la diffusion de l’observation d’Arnold. Le vrai débat qui se manifeste sur les soucoupes ne porte par sur la croyance du public, mais sur les croyances attribuées à ce public par la presse et une partie de l’opinion, exactement comme on avait pu le voir en 1938 après la fameuse émission d’Orson Welles. Cette émission n’a véritablement paniqué que les commentateurs qui y ont vu une manifestation inquiétante de la crédulité des foules (Hitler n’était-il pas en train de les manipuler ces foules ?).
[5] Selon la théorie de la Terre creuse, la Terre disposerait de vastes ouvertures aux deux pôles. Les nazis se seraient réfugiés à l’intérieur et construiraient des armadas de soucoupes prêtes à débouler à la surface. Cette théorie de la terre creuse renvoie à la théorie imaginée en 1819 par un militaire américain nommé John Cleves Symmes et qui inspira Edgar Poe. Mais une autre théorie de la terre creuse existe et cette théorie, née aux Etats-Unis à la fin du 19e siècle, a surtout été diffusée en Allemagne dans les années 1930. Deux auteurs, Karl Neupert et Johannes Lang ont publié plusieurs ouvrages, et au moins un ensemble, dans lesquels ils prétendent non seulement que la Terre est creuse, mais que nous sommes à l’intérieur. Ces livres méritent le détour. Certains ont lu les ouvrages publiés par des auteurs de langue anglaise, comme Cyrus Teed (Koresh). Ou plus récemment Ray Palmer ou Raymond Bernard. Ce n’est rien à côté des ouvrages allemands. Dans ces derniers, les auteurs poussent le soucis de la démonstration très loin : des pages et des pages remplies de calculs, de diagrammes, de démonstrations. Ils ne publient pas un livre mais cinq ou six pour démontrer chaque nuance de leur théorie.
Contrairement à ce qui a été affirmé par divers auteurs, et notamment par Louis Pauwels et Jacques Bergier, dans le Matin des magiciens en 1960 — qui n’avaient certainement jamais consulté un seul de ces livres et se servaient de sources de seconde main — Hitler n’a jamais cru à la théorie de la terre creuse de Neupert et Lang. Il était plus intéressé par une autre théorie excentrique, celle de Hans Hörbiger et de sa glazial-cosmogonie. Développée notamment avec l’aide d’un astronome amateur allemand nommé Philip Fauth (qui a un cratère à son nom sur la Lune, mais il se trouve sur la face visible de la Lune, n’y cherchez donc pas la base secrète d’Iron Sky), cette théorie explique que les astres sont composés de glace, notamment la Lune qui est la cinquième du genre, les autres s’étant peu à peu rapprochées de la Terre au point de s’y écraser successivement. Le grand historien George L. Mosse nous apprend que : « Les idées mystiques et occultes influencèrent la vision du monde du national-socialisme à ses débuts et en particulier celles d’Adolf Hitler qui crut, jusqu’à la fin de sa vie, dans les “sciences secrètes” et les forces occultes. » (George L. Mosse, « Les origines occultes du national-socialisme » in La Révolution fasciste. Vers une théorie générale du fascisme, Paris, Seuil, 2003, p. 159-182 (ici p. 159). L’ouvrage de base sur ces questions est celui de Nicholas Goodrick-Clarke, The Occult Roots of Nazism. The Ariosophists of Austria and Germany, 1890-1935, Wellingborough, The Aquarian Press, 1985, cité par George L. Mosse, mais malheureusement traduit en français chez des éditeurs peu recommandables.
