Bonjour tout le monde !
Bonjour à tous. Et tout d’abord merci André Gunthert pour son invitation à créer un blog sur le site Culture Visuelle.
Commençons par le commencement: pourquoi Pulp Sciences? Je propose l’expression Pulp Sciences pour remplacer les termes de pseudoscience, parascience et autres “fausses sciences”. Ces termes sont en effet trop connotés, ils ne décrivent pas une situation – celle de la marginalité scientifique – mais la créent. L’expression Pulp Sciences désigne donc les savoirs/discours/pratiques qui se trouvent marginalisés par rapport aux savoirs scientifiques “normaux”. L’expression désigne donc des disciplines comme la parapsychologie, l’astrologie, l’ufologie (de UFO, unidentified flying objects, ovni) etc. Par extension, elle désigne tous les propos ou pratiques – rumeurs, “croyances”, controverses scientifiques extraordinaires, etc – qui déploient des objets, des êtres et des arguments remis en question par les porte-parole du savoir.
Soyons clair: il ne s’agit pas de remplacer le terme pseudoscience par un terme plus “tendance” (on pense à Pulp Fiction bien sûr) mais de susciter une discussion plus intéressante. En effet, le mot pulp désigne le type de papier utilisé pour imprimer les magazines populaires de science-fiction, et par extension les magazines populaires, dans les années 1920-40. En passant des pseudosciences aux pulp sciences, je voudrai donc proposer de modifier le regard que l’on porte sur ces disciplines en passant des dénonciations rationalistes sur la place de la crédulité, la montée de l’irrationnel etc, aux arguments développés par des anthropologues comme Jack Goody (dans La Raison graphique, 1979) pour mettre fin à l’idéologie du Grand Partage. L’expression Grand Partage renvoie à la prétendue division entre esprit scientifique et esprit préscientifique (Bruno Latour, “Comment redistribuer le grand partage?”, Revue de Synthèse, 1983, p. 203-236). Goody propose de déplacer son regard de ce grand partage vers les causes matérielles qui sont à l’origine de nos différences, notamment l’écriture. La différence entre science et magie, savoir et croyance ne s’explique par par des esprits différents, mais par des outillages différents. L’introduction de l’écriture, des listes, a produit les bouleversements qu’on a attribué après coup à la pensée rationnelle. On passe donc de grandes causes intellectuelles à de petites causes matérielles.
L’idée est d’appliquer aux “parasciences” le genre d’analyse que Goody a appliqué à l’invention des premières formes de pensée scientifique dans l’Antiquité. De même, les parasciences s’expliquent-elles par des formes de pensées différentes ou par des pratiques différentes? Outre l’idée d’éviter l’aspect polémique de ces termes, qui ne désignent que ce qui est rejeté, exclu, et non ce qui présenterait des caractéristiques communes, il s’agit de tenter de décrire ce qui distingue vraiment des pratiques. Qu’est-ce que les ufologues ou les parapsychologues font de différent, non seulement par rapport aux sciences “normales”, mais aussi par rapport aux autres prétendus “parascientifiques”? Pour continuer sur cet exemple, l’ufologie et la parapsychologie fonctionnent-elles de la même façon? Parapsychologie, ufologie etc, sont des disciplines qui ont pour trait commun d’être rejetées mais rien ne garantit que le terme de parascience permette de dégager des caractéristiques communes.
Il me semble donc que ce terme de Pulp Science peut contribuer à remettre le débat dans un cadre plus rigoureux et plus serein.
Dans le prochain billet, j’essaierai de répondre à la question: pourquoi témoigner de l’intérêt pour ces pulp sciences? Quel intérêt y a-t-il à étudier ces sujets? Tout n’a-t-il pas déjà été dit?

Bonsoir,
je voulais revenir sur ce premier billet car l’absence de commentaire en ce lieu me laisse perplexe. En effet, je pense que les termes “parascience” et “pulpscience” sont loin d’être synonymes et qu’il est primordial de comprendre leur distinction.
La question est de savoir ce que signifie le terme de parascience et les raisons pour lesquelles il existe. Avant de pouvoir réfléchir sur le contenu (astrologie, ufologie,…), il faut prendre le temps d’analyser le contenant (l’étiquette “parascience”). Car ce n’est pas le sens qui précéde le discours. Bien au contraire, il commence à y avoir du sens seulement là où il y a du discours : le sens des concepts n’est pas affranchi des contraintes de discursivité. Ainsi, le terme “parascience” requalifie des pratiques dans le but de les hiérarchiser. Une fois que les comités scientifiques créent le concept de parascience, ce dernier est subordonné à la science. Le terme “pulpscience”, quant à lui, rend compte de cette hiérarchisation mais ne la produit pas. En somme, dans un cas on crée un terme pour engendrer une situation tandis que dans l’autre, on part de la situation puis on invente un terme afin de la décrire. Avec le terme de pulpscience, on ne part plus d’un son pour donner un sens mais on part du sens pour donner un son. Le sens à créé le son. Le son n’est donc pas dépréciatif, il est le résultat de la dépréciation. Il n’est pas cause mais conséquence et ça fait toute la différence!
@Elise Merci pour cet éclairage linguistique auquel je n’avais pas prêté attention. Mais j’ai toujours autant de mal à substituer pulpscience à parascience car la connotation dépréciative du premier terme ne me semble pas moindre que celle du second. Comme le dit Pierre Lagrange dans son billet, le mot pulp renvoie aux « magazines populaires de science-fiction, et par extension [aux] magazines populaires, dans les années 1920-40 ». Cela veut dire d’emblée que l’on oppose une forme d’expression populaire aux discours qui s’expriment dans les revues et livres “savants”. C’est une manière de hiérarchisation qui n’est pas moins abrupte que dans le couple parascience/science, et la requalification ne marche pas vraiment bien lorsque l’on s’intéresse à l’histoire des disciplines (pulp, l’arithmologie pythagoricienne ou l’astrologie selon Ptolémée, vraiment ?). Et il ne fonctionne pas bien mieux sur des exemples contemporains de la période envisagée, comme l’hermétisme ou l’alchimie façon Canseliet, qui étaient à peu près tout sauf populaires.
Chère Elise, Cher Patrick,
Merci pour ces interventions. En fait, il y a surtout un argument qui fait que je propose (encore une fois sans prétendre faire école, il s’agissait plus de trouver un titre pour ce blog au départ) l’expression pulp science à la place de para/pseudoscience. Les termes parascience et pseudoscience renvoient au débat sur la démarcation et à l’idée de distinguer des esprits rationnels et des esprits irrationnels. Pendant des décennies, les épistémologues, anthropologues etc ont butté sur ce partage. Même quand ils ont voulu le combler comme Claude Lévi-Strauss dans La Pensée sauvage, ils se retrouvent pris dans des séries de contradictions. Claude Lévi-Strauss accorde la curiosité et tout ce qui fait la démarche scientifique aux “primitifs” mais il se retrouve pourtant à l’arrivée avec des mondes profondément différents. Même avec les meilleurs sentiments du monde, le partage qu’il essaie d’enlever resurgit. Et il doit réintroduire une nuance entre les primitifs et nous. Le problème venait toujours du fait qu’on cherchait une différence entre des esprits. La véritable révolution dans ce domaine a été introduite par Jack Goody qui a déplacé la question des différences entre des formes de pensée, entre des esprits rationnels et irrationnels, vers les outils matériels qui ont permis l’apparition de ces différences. Goody ne cherche pas de grandes causes intellectuelles, mais de petites causes matérielles. Bruno Latour a repris les idées de Goody pour les appliquer aux sciences. Au lieu de chercher un esprit scientifique, regardons de quels outils les scientifiques peuplent leur univers, on pourra sans doute ainsi mieux comprendre ce qui caractérise la pensée scientifique. En proposant Pulp Science, il s’agit de surfer sur la même idée: on suppose toujours que pour obtenir un partage intellectuel qui nous semble aussi énorme, il faut au départ des causes colossales. Pas du tout, les causes de ce partage peuvent être très petites. Donc au lieu de supposer des différences énormes entre des esprits, essayons de décrire les multiples petites différences matérielles qui ont produit cette différence intellectuelle. Jack Goody avait insisté sur l’importance de l’écrit pour rendre compte de l’apparition de la pensée scientifique il y a 6000 ans. Dans le cadre des parasciences, je propose de suivre son exemple et de porter notre regard non pas sur la pensée irrationnelle des ufologues ou des astrologues, mais sur les causes matérielles qui aboutissent au partage entre science et parascience. Or une de ces causes matérielles se trouve dans le type de papier, donc de magazine, donc de domaine culturel et finalement d’univers intellectuel. L’ufologie, comme la science-fiction, s’est souvent retrouvée dans les magazines populaires, pas dans les revues savantes, elle a été étudiée par des amateurs dotés de moyens restreints, pas par des scientifiques disposant de laboratoires et de moyens techniques, etc. Ce genre de distinction matérielle et sociale me semble permettre une description et une explication plus convaincante que la recherche de différences intellectuelles. Donc je ne réintroduit pas une hiérarchie, je propose seulement de passer d’une grande différence intellectuelle à de petites différences matérielles. Il s’agit juste de déplacer notre regard des cerveaux vers les opérations matérielles qui produisent les sciences d’un côté, les parasciences de l’autre.
Cher Pierre,
merci beaucoup pour ces précisions. Je vous soumets quelques questions : qui a introduit le terme de parascience? Qui parle de parascience et qui parle de pseudoscience? Pourquoi inventer des termes concurrents ? Auriez-vous de la littérature à me conseiller afin d’approfondir ce sujet ?
Bonjour Pierre,
Petite anecdote au passage.
Vous portez très bien vôtre nom ! Comme vous le savez en astronomie/astrophysique,
ceux sont des points de libration.
Mieux, la seule jusqu’à ce jour et première initiative visant à rechercher (D < 1 UA) la présence d'exosondes dans notre système solaire s'est faite en ces points et à proximité : http://www.rfreitas.com/Astro/SearchIcarus1983.htm
Cordialement,
Buck
Bonjour Pierre,
Pour info :
http://pangolia.com/blog/?p=630
http://scepticismescientifique.blogspot.com/2011/03/episode-96-contre-lapproche.html
Cordialement,
Buck
Bonsoir tout le monde,
Je vais poster içi ce que je viens de faire savoir à JMA, suite à ce que j’ai entendu dans l’épisode de son balado. Je n’ai pas émis une critique sur le fond mais sur la forme. Je me suis simplement attaché à faire remarquer certaines choses, d’une manière que j’espère être subtile mais qui devrait faire émerger quelques questions. La voilà :
“Je ne suis pas sociologue mais j’ai fait un peu de sociologie en 12th grade (high-school) et par la suite j’ai pris une classe de socio’ (101 : Intro’ à la sociologie) à SBCC, ce qui d’ailleurs était encouragé par mon conseiller et par le “dean” du dpt de Biologie. Au final, j’ai “dropé” par la suite quand cela était encore possible.
J’ai quand même eu le temps d’apprendre quelques bases et principes fondamentaux. Bon, durant mon “senior year” en h.s, vu que je venais d’un autre état (transfer), j’ai pris le train en marche au printemps et je me rapl que le sujet de clôture était la notion de “self-esteem” (très important). Ensuite au Collège (fac US), là on a commencé par aborder la notion de neutralité et d’objectivité propre aux sciences sociales. On nous a d’ailleurs conseillé des lectures (non obligatoires) pour approfondir le sujet. De Weber et Sombart (axiologic neutrality) mais aussi les thèses de Boudon et d’Aron (Cocorico) et même Nietzsche, etc… Je suis donc assez surpris que tu n’aies pas abordé le sujet des principes fondamentaux de la sociologie et des tiraillements incessents entre les différentes méthodologies, voir même les différentes “écoles de pensée”. Dommage car je pense que pour les néophytes (ou pas) et donc dans une optique pédagogique, il fallait commencer par là.
Mr Lagrange va sûrement réagir et j’espère que suite à sa réaction, tu feras un autre balado, car à mon sens, le débat ne fait que commencer et il peut devenir passionant, même pour des néophytes comme moi.
ps : le mieux serait un débat entre vous deux, tu en penses quoi ?”
Cordialement,
Christophe