Revue de presse n°3 : l’image comme soutien du discours

Troisième revue de presse par Léa Mechineau

L’événement de cette nouvelle semaine tout d’abord, bien que n’étant pas une surprise, est l’annonce de l’entrée en campagne de Nicolas Sarkozy. Quelques jours avant cette annonce, les journaux ont tous mobilisé l’image comme soutien de leur propos.

Ainsi pour Libération (édition du 11-12 février), c’est l’image d’un candidat chancelant, dans le doute d’un positionnement très à droite qui déstabilise ses partisans.

Libération, première page du quotidien du 11 février 2012

Le combat des images se poursuit sur la question des idées et surtout des valeurs, thème central de l’interview donné au Figaro magazine le week-end du 11 et 12 février. Dans l’article « Nicolas Sarkozy joue au gendarme et aux valeurs » paru dans le Libération du vendredi 10 février, la photographie donne l’impression à l’observateur que le Président tombe dans une obscurité, symbolisant l’obscurité de ses idées illustrant tout à fait la thèse du journaliste.

Article du quotidien Libération du 10 février 2012

Inversement, sur le même sujet, Le Figaro nous montre Nicolas Sarkozy dans une stature posé, confiant, une photographie qui pourrait même être une photographie officielle du Chef de l’Etat, montrant la confiance du journal dans la réélection du Président.

Capture d'écran du site internet du Figaro le 12 février 2012



Avec ces exemples, on peut constater le choix des photographies n’est pas anodin,et que pour un même évènement, le choix de l’image illustre l’orientation politique du journal et donc les propos tenu sur les sujets.

Mais est-ce que l’image appuie toujours le discours ?

Capture d'écran du site Internet du Point le 10 février 2012

Pour cet article, Le Point a choisi la photo prise lors du diner très médiatisé du Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France)  la semaine dernière pour la poignée de main entre M. Hollande et M. Sarkozy. Tous les journaux se sont précipités sur ce cliché pour symboliser la bipolarité de la vie politique française. Cependant, le sous-titre d’une image zoomé sur les tête des candidats est ici : «  François Hollande, en tête, et Nicolas Sarkozy augmentent leur avance » ; mais est-ce cohérent avec la photo dans laquelle on constate que Nicolas Sarkozy se trouve devant François Hollande ? Est-ce une manœuvre politique du journal de tendance plus à droite ? En tout cas des interrogations se posent, et l’image ici est en décalage avec le texte.

De même pour cette photographie:

La première fois que j’ai vu cette photo sans lire le texte, j’ai pensé que cette image du candidat PS était utilisée par ses détracteurs pour symboliser un abus de confiance, le représentant la tête haute de manière assez hautaine. Voulant m’assurer que ma volonté de critiquer les images ne m’avait pas floué, j’ai été montrer cette photo (sans le texte) autour de moi  en demandant aux personnes que j’interrogeai  s’il s’agissait pour eux d’une image positive ou négative du candidat. La majorité rejoignait mon analyse.

Or si on remet l’image dans son contexte…

Première de couverture du Monde télévision du 5 février 2012

L’image était en réalité utilisée pour symboliser la maitrise de leur image par les candidats. Assez étonnant comme choix d’image, surtout lorsqu’on sait qu’il y a des photos beaucoup flatteuses de François Hollande si l’on veut le soutenir, comme le montre certaines photos de la première revue de presse.

En conclusion, la photographie est un instrument très puissant pour illustrer ces propos aux lecteurs mais parfois cette force peut se retourner contre le journaliste…

5 Reponses à “ Revue de presse n°3 : l’image comme soutien du discours ”

  1. 1) Qu’est-ce qui vous fait penser que la photo de Sarkozy du Figaro du 12 février (à propos, ça serait utile de numéroter vos illustrations…) pourrait être un portrait officiel du président?

    2) Vous faites une expérience de lecture de l’image de François Hollande sans les éléments d’information textuels, qui montre que son interprétation est modifiée en l’absence de ces éléments. Que faut-il en conclure quant au rapport du texte et de l’image?

  2. Bonjour, merci de votre commentaire et de votre remarque sur la numérotation des images.
    Alors pour répondre à vos questions, dans l’ordre:
    1) L’image de Nicolas Sarkozy est une photographie des plus classiques: un portrait de trois-quart face, souriant, le fond sobre, les attributs d’un homme au service de l’Etat (la légion d’honneur) sans pour autant s’entourer de symboles de la République. En ce sens vous avez raison, cette photographie ne fait non pas penser à un portrait officiel de Président mais plutôt à une image officielle d’un candidat, à l’instar de son affiche de campagne. C’est une photographie qui semble destinée avant tout à mettre en valeur la personne, ses qualités.

    2) Concernant la photographie de Mr Hollande, le but était ici de montrer que l’image et le texte sont liés dans un article de presse, l’un venant en appui de l’autre. Mais dans ce cas, visiblement, l’image choisie par le journal ne met pas en avant les propos de l’article : “des candidats maîtres de leur image” ; or ici, la photo de François Hollande le fait apparaître justement comme quelqu’un qui ne maîtrise pas vraiment son image, celle-ci semble “volée” par le photographe. Ce qu’il faut en conclure? La photographie s’inscrit toujours dans un contexte aidant à l’interprétation dans un sens plus ou moins voulu par le support qui l’émet. Le texte sert l’image, oriente parfois l’interprétation; mais celle-ci étant par définition subjective, elle laisse la part libre au spectateur qui peut la concevoir dans un sens différent que celui initialement voulu.

  3. Merci pour vos réponses. Je vous propose de les prolonger.

    1) Vous avez bien perçu la différence de l’image du Figaro. Contrairement aux autres images reproduites ci-dessus, qui sont toutes des photos de reportage prises sur le vif, il s’agit d’un portrait posé, spécialement commandé pour l’occasion par le journal (cette photo fait la couverture du n° du Fig Mag qui accueille l’interview par laquelle Sarkozy lance sa campagne, et dont le texte a circulé dans toutes les rédactions la semaine dernière).
    Cette image ne peut donc être mise sur le même plan ni interprétée de la même façon que les autres photos, choisies a posteriori. Plutôt que “la confiance du journal dans la réélection du président”, la commande témoigne d’un soutien proprement dit à l’opération de candidature.

    2) Votre expérience à propos de l’interprétation de la photo de Hollande apporte une démonstration plus précise que la simple interrelation entre texte et image. Comme le lecteur n’est pas d’habitude dans le cas que votre vérification a artificiellement créé, mais toujours en présence d’une image accompagnée d’un texte, d’un titre ou d’une légende, votre expérience montre en réalité que c’est toujours le texte qui oriente la lecture de l’illustration. En règle générale, la détermination de la signification d’un article précède en effet la sélection de son iconographie, qui a pour fonction d’appuyer les options retenues a priori.

  4. Je suis tout à fait d’accord avec vous sur les deux points, néanmoins concernant la photo de François Hollande, il était intéressant de faire l’expérience d’une photo de presse hors de son contexte, de voir qu’elle pouvait ne pas avoir la même signification; donc que finalement – et c’est là où je vous rejoins – c’est le contexte dans lequel est placé l’image qui nous pousse à l’interpréter dans un sens particulier.

  5. Il est intéressant de remarquer que la photo de Nicolas Sarkozy et François Hollande lors du dîner du Crif (tirée du site internet du Point) a été utilisée par le même journal pour sa une : http://boutique.lepoint.fr/produit/380/qui-ment-le-plus

Adresser une réponse