Les chats persans : note sur la circulation des contenus musicaux
Tourné en 17 jours et sans autorisation, le film Les chats persans (Bahman Ghobadi et Roxana Sabéri, 106′, 2009)1 aborde, à travers le parcours de deux jeunes musiciens la question de la création et de la diffusion des contenus musicaux en Iran, rendues nécessairement clandestines par le contrôle exercé par les autorités sur la production de toute musique jugée impie. La quête d’Ashkan et Negar (Ashkan Koshanejad et Negar Shaghaghi, du groupe d’ “indie rock” Take it easy Hospital ) pour former un groupe, se procurer des papiers afin de pouvoir quitter le pays et se rendre en Grande-Bretagne, est ici un prétexte pour donner à voir la complexité d’un système basé sur la désobéissance et le secret. Le fil conducteur de ce cheminement dans les milieux clandestins de la musique à Téhéran est Nader, personnage qui escorte les deux musiciens et leur fait découvrir la diversité des initiatives existant dans ce domaine.
Bande-annonce du film
Outre cette trame narrative principale, le récit qui semble émerger de ce film est celui de la diffusion des contenus musicaux. En effet, dans la construction même du film et dans sa forme, au caractère très fragmenté, des séquences sont juxtaposées et permettent d’aborder chaque étape de ce processus, de la composition à la répétition et du concert clandestin à la diffusion internationale. On assiste à la révélation du mécanisme de la circulation des idées et de la musique, ainsi qu’à la mise en valeur des différents groupes, styles et musiciens (rap, heavy metal, mais aussi musique électronique, traditionnelle ou world music) présentés au sein de clips directement exploitables, comme le montre leur appropriation et leur diffusion sur Youtube par différents utilisateurs de la plate-forme.
Exemple de diffusion d’un extrait du film sous forme de clip sur Youtube : le morceau du rappeur iranien Hich-Kas
Le discours promotionnel qui a accompagné la sortie du film en France (décembre 2009) se situe dans le prolongement de cette logique en utilisant les ressources du web 2.0, telles que l’utilisation des réseaux sociaux (Facebook, MySpace, etc.), mais aussi en mettant à disposition du public un lecteur exportable diffusant plusieurs titres de la bande originale du film, permettant ainsi à chacun d’intégrer ces contenus à son site internet ou à son blog.

Capture d’écran (http://www.leschatspersans-lefilm.com/)
Lecteur exportable : bande originale du film
- Les chats persans a obtenu le prix Un certain regard au Festival de Cannes 2009. Lire une critique du film sur le site Critikat. [↩]