Elysée.fr ; images saintes d’un Sarkozy en campagne…

Le nouveau site de l’Elysée qui a essuyé des moqueries d’internautes pour sa grande ressemblance avec le site de la maison blanche se distingue nettement de son modèle américain en ce qu’il est un véritable site de campagne pour la réélection de Nicolas Sarkozy et pas seulement un site institutionnel mis à la page du web 2.0. Alors que le site de la maison blanche nous montre en une quelques images institutionnelles et flatteuses du président et de sa femme, celui de l’Elysée nous offre en cinémascope dix images d’un Sarkozy en campagne, mettant en scène le président sur  les thèmes où il est en position délicate (stature, social, agriculture, sécurité). Ainsi, les moyens de l’Etat et la puissance symbolique de l’institution Elyséenne sont-ils une fois de plus “personnalisés” c’est-à-dire instrumentalisés pour servir les besoins “en terme d’images” du président lancé à la reconquête de son pouvoir vacillant…

Certes,  la limite entre communication institutionnelle et propagande politique n’est pas épaisse. Et il n’est pas le premier à profiter de sa place à l’Elysée pour préparer sa réélection, un autre Narcisse inénarrable l’a précédé maladroitement au milieu des années soixante-dix, certes Mitterrand comme Chirac, en Narcisses éduqués,  ont su utiliser leur image et leur influence médiatique pour se maintenir au pouvoir et obtenir l’assentiment du peuple à leur second mandat, Mitterrand avait lancé une campagne de pub sur le thème de La génération Mitterrand, Chirac a su laisser TF1 et ses suiveurs attaquer Jospin sur le thème de l’insécurité, il a ainsi réussi à se retrouver face au seul candidat qu’il était en mesure de battre au second tour… mais ces actions relevaient de tactiques  politiques qui n’engageaient pas directement les moyens ni les symboles de l’Etat et ces démarches machiavéliques se situaient à l’extérieur de l’Elysée, sur un autre terrain… au moins sur le plan symbolique, le président candidat savait alors séparer les fonctions. Ici, reprenant la tendance au “story telling” qui a fait les beaux jours d’Obama, le site de l’Elysée la dépasse franchement et oriente tout le site institutionnel vers l’image salvatrice de Nicolas Sarkozy le thaumaturge, proposant des clichés qui appartiennent à l’iconographie mystico-démagogique de la campagne électorale plus qu’à celle de la présidence de la république française…

Bref, l’insipide site de l’Elysée est devenu une plate-forme de campagne pour un candidat qui, une fois de plus, mise gros sur l’image. L’image du président déjà candidat vient ainsi vampyriser l’institution, elle tire vers sa candidature les symboles qu’il est censé incarner en notre nom… Il apparaît ainsi sur des photographies que l’actualité ne justifient pas, dans un bandeau large (plus large que celui de la White House) au fronton du site, souvent accompagné d’une citation présidentielle qui ressemble plus à un slogan qu’à une profonde pensée susceptible d’orienter le pays…  A y regarder de près, ces images sont choisies en fonction de leur thème, elles viennent mettre un baume parfumé, une image d’Epinal, sur les plaies ouvertes du sarkozysme, elles viennent cacher un échec ou une faiblesse sous les illusions d’une pancarte enjouée, comme au pays du général Alcazar …  C’est un des grands principes de cette communication là, remplacer les mauvaises impressions par de bonnes images… Travailler l’imaginaire des électeurs, imposer des clichés…

On peut ainsi voir en dix images les plaies que Sarkozy va devoir soigner par l’application réitérée de sa sainte face sur la chair blessée de son beau pays, pour prolonger son séjour dans un des plus beaux lieux de la capitale… (et ça le site nous le fait comprendre en trois D et à 360 °)

Rendez-vous sur le site et laissez défiler les images…

En 1 c’est le malade des campagnes qui va être content, l’accès à la médecine, partout… “Un meilleur accès à la médecine pour chacun”… Pour qui n’a pas vu un urgentiste du Samu chercher désespérément, pendant une bonne heure, une place en hôpital pour une personne en grand danger, c’est peut-être crédible… mais pas pour ceux qui voient les hôpitaux passer sous la coupe des gestionnaires et entrer dans la culture du résultat qu’incarne justement le candidat Sarkozy…

En 2 c’est le chômeur qui doit se sentir pris en considération : “Nous ne laisserons personne sur le bord du chemin”, le chef de file de la Révolution libérale à la française se donne une image de protecteur des chômeurs dont les contingents ne sont plus ceux de 2007, après avoir stigmatisé les assistés et les paresseux, il les cajole… C’est qu’en ce moment, il ne faut pas dire n’importe quoi sur les chômeurs… alors une photographie au milieu de jeunes beautés d’un pôle emploi, choisies pour certaines de leurs caractéristiques dans le domaine de la verticalité…

En 3 c’est l’écologiste pacifique, celui qui a été abandonné en rase campagne avec sa taxe carbonne sous le bras qui est rassuré par la part que prend notre chef au processus de réduction des armes nucléaires initié par Obama… mais pas trop de Sarkozy sur la photographie, celle-ci est presque la copie de celle de la maison blanche sur le sujet où on ne voit pas Obama… ambiguïté totale de la démarche, pas de personnalisation… surtout pour vendeur français de nucléaire civil.

En 4, l’agriculteur est protégé ;  il est jeune, simple et humble, les mains jointes comme un Saint Jean sous la croix… “je veux protéger notre agriculture” dit le thaumaturge en jetant sur notre morne campagne un regard qui se souvient que la terre, elle, ne ment pas… surtout à l’heure de l’angélus où la photo semble avoir été prise.

En 5, “l’homme qui rit dans les cimetières” est photographié en Weston dans la neige, quittant momentanément les plateaux de fruits de mer du Fouquet’s  et ceux de Jean-Pierre Pernault, il vient se ressourcer sur celui des Glières, sa silhouette noire, d’homme de la ville, recueillie dans le froid, fait face à deux chasseurs alpins et se détache sur le fond blanc des Alpes… Partageant, les pieds dans les glaces, la souffrance qui fut celle des maquisards, honorant leur mémoire quel que soit le temps, il fait oublier qu’il massacre méthodiquement les avancées issues du programme politique du Conseil National de la Résistance où l’on peut lire ceci :

  • la pleine liberté de pensée, de conscience et d’expression; la liberté de la presse, son honneur et son indépendance à l’égard de l’État, des puissances d’argent et des influences étrangères
  • l’instauration d’une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie.

En 6, Nicolas mène le monde, avec l’allant qui le caractérise, il prend la tête de l’univers et guide les chefs d’Etats de l’OTAN sur la passerelle qui enjambe le Rhin… L’intention narcissique est si limpide qu’elle en devient touchante, et l’on repense à la réflexion sur la puérilité du chef qui a coûté son poste à Poivre d’Arvor… La place de la photo en une est justifiée par l’anniversaire du retour de la France dans l’OTAN… Il aurait été dommage de ne pas la montrer… (précisons au passage que cette photographie a été au moins retournée de manière à placer le président français en tête à gauche, au point d’entrée du regard dans l’image, alors que la video de ce moment disponible aussi sur le site de l’Elysée nous montre que l’avance de Sarkozy n’est pas si grande et qu’il est sur la gauche de la passerelle… question : y-a-t-il eu retouche pour accentuer l’avance de Sarkozy sur ses suiveurs ?)

En 7, Obama se penche vers lui pour le saluer, ensemble ils vont changer le monde comme le chantaient les jeunes pousses de son grand parti dans un clip mémorable… C’est Obama qui s’incline le plus, qui vient vers lui…

En 8, ce sont les obsèques de Jean-Serge Nerin, tué dans une fusillade avec des membres de l’ETA, c’est la sécurité, le drapeau, la police… les bases de son image médiatique…

En 9, c’est l’ami des ouvriers, tout sourire, qui tend une main franche et virile, mise en évidence, à des travailleurs d’Eurocopter prêts à décoller avec lui pour une mission périlleuse. La main sort et arrive vers le spectateur, faisant oublier les nombreux refus de la serrer manifestés par des gens rencontrés au cours de ces “visites thématiques”… qui rappellent celles de sa campagne de 2007.

En 10, enfin, l’heure est grave, c’est l’imposition de la main sur le front d’un enfant pour sauver le territoire rural… Retour sur le terroir, au milieu des élus locaux et des familles modestes qui espèrent qu’un peu de la magie du Fouquet’s transfigurera leur quotidien…

A ceux qui se demandent encore si Sarkozy va replonger et en redemander, le site de l’Elysée apporte donc la réponse la plus claire, le président est en campagne… au sens propre comme au sens figuré puisqu’une belle image d’un Sarkozy proche de la terre et des gens humbles qu’il aime tant, apparaît vite.

Selon le Figaro.fr, le site a coûté 100 000 euros… sur les 6,5 Millions du budget com’, ce n’est pas énorme… mais ce n’est qu’une offensive latérale, ils croient sûrement que la cible principale est encore devant TF1… et France 2 où devrait arriver un bon disciple…

On voit au passage la différence entre Obama et Sarkozy. Grand communiquant, Obama possède un certain sens de sa fonction et de l’équilibre, son narcissisme est mesuré et l’institution n’est pas asservie à son besoin d’image… Sarkozy, lui, en l’imitant, ne fait pas preuve de la même discrétion, comme le philosophe scythe de la fable de La Fontaine, il répète sans nuance les gestes du sage grec mais, avec l’excès du barbare, il laisse son image-vampyre vider l’institution de sa substance républicaine… Nous y sommes habitués, mais là… la petite planète qui tourne avec des photos de Sarkozy plantées partout sur le monde… ça fait frissonner…

La reconquête nous promet de beaux moments…

Illustration : Capture d’écran du site Elysée.fr.

Olivier Beuvelet

16 Reponses à “ Elysée.fr ; images saintes d’un Sarkozy en campagne… ”

  1. C’est malin, maintenant j’ai envie d’aller voir elysee.fr que j’avais évité jusqu’alors. Sinon, il manque une illustration d’une pancarte au pays du général Alcazar ;)

  2. Olivier Beuvelet le 16 avril 2010 à 23:39

    Passer une soirée entre amis sur le site Elysée.fr, ça vaut le déplacement… Pour Alcazar, j’ai à peine osé écrire son nom… et puis la copie est plus parlante… ;-)

  3. En publicité, l’annonceur commence par définir les points sur lesquels son produit a un déficit d’image et les cibles qu’il doit viser pour développer ses ventes. Ca ne sert à rien d’investir de l’argent pour convaincre des convaincus.

    Je veux bien que Sarkozy se représente en 2012, mais si j’en juge par son site, c’est pas gagné :~)

    Par ailleurs, un autre principe de la publicité, c’est que l’on n’essaie jamais de s’adresser simultanément à toutes ses cibles, sur tous les thèmes, car alors le message est brouillé. Ce qui explique somme toute assez bien les problèmes dont souffre la com de Sarkozy. La seule chose dont tout le monde se rappelle aujourd’hui, ce sont les premières semaines bling bling et les amis du Fouquets. Un thème simple, immédiatement compréhensible (l’argent), un message clair (fuck you), des actes et un discours synchrones. Si Sarkozy continue à ne nous envoyer que des messages confus, contradictoires, mal ciblés, il n’arrivera pas à effacer la communication initiale. Il restera à jamais dans l’esprit des français le Président bling-bling.

  4. Et si cette communication enchantée avait finalement pour but essentiel de rassurer l’hôte de l’Elysée, assommé par les mauvais sondages, les trahisons et les rumeurs? Imaginons: une soirée entre amis, Nicolas, Claude et Henri rassemblés dans le bureau de Princen (qui a le seul ordi de l’Elysée connecté à internet), trois têtes blondes devant l’écran qui s’esclaffent et s’esbaudissent: oh, la belle bleue! Tu as vu comme je suis mignon sur celle-là? Tu ne crois pas qu’on devrait aussi mettre des photos de Carla? Ca serait quand même plus sexy que Bachelot!

  5. @ André,

    c’est sûr, à part lui, personne ne doit y croire…

  6. “Imaginons: une soirée entre amis, Nicolas, Claude et Henri rassemblés dans le bureau de Princen (qui a le seul ordi de l’Elysée connecté à internet), trois têtes blondes devant l’écran qui s’esclaffent et s’esbaudissent: oh, la belle bleue! Tu as vu comme je suis mignon sur celle-là? Tu ne crois pas qu’on devrait aussi mettre des photos de Carla? Ca serait quand même plus sexy que Bachelot!”
    Ca colle avec ce que l’on sait de Sarkozy. Après tout c’est aussi une façon, plus fun, de mouiller sa chemise. Et puis ça va avec l’omni président qui sait tout, qui décide de tout, qui fait tout.
    Mais je serais curieux de connaître le coût de la cellule de communication de l’Elysée. Surtout que pour ce prix, manifestement personne n’ose donner son opinion. J’ai du mal à croire que des professionnels de la com aient pu approuver ce truc.

  7. Ou alors est-ce parce que Internet est encore considéré comme un registre mineur de la communication ? Un support qui ne suppose pas de faire appel à des pros en raison de la faiblesse de l’enjeu ? Ou alors est-ce un domaine qui ne supposerait pas d’expertise particulière ? Un peu comme Bourdieu avait montré que tout le monde pouvait avoir une opinion sur une photographie, ne serait-ce qu’en se prononçant sur ce qui était représenté. Internet est-il devenu l’art moyen du XXIème siècle?

  8. @ El Gato,

    Il y a en tout cas une certaine vision d’internet derrière ce site qui cherche à donner l’impression d’une transparence totale…
    et qui panache base de données républicaine et propagande personnelle.

    Sinon, d’après Le Figaro.fr, le budget com’ de l’Elysée est de 6,5 Millions d’Euros, ce qui relativise la somme pourtant importante consacrée à la reconquête sur le net…

  9. Pour ce que j’en sais, l’addition pour le nouveau site n’est pas si salée que ça. Les tarifs des développeurs sont très élevés en ce moment, tout le monde veut des sites, et il n’y a pas assez de bras. Du point de vue technique, le nouveau site représente un gros travail, et le résultat est impeccable. Disons que ça ressemble à un prix français non négocié – c’est probablement mieux comme ça…

  10. “Sinon, d’après Le Figaro.fr, le budget com’ de l’Elysée est de 6,5 Millions d’Euros,”
    Je rapprocherais ce chiffre de l’article de Slate.fr qui demande que soit mis en place des “benchemarking” pour évaluer les administrations.
    http://www.slate.fr/story/19903/benchmarking-services-publics
    Mais bon, en tant que contribuable, je trouve scandaleux qu’avec un budget de cette importance le Sarkozy soit à ce point dévalué, alors qu’en tant qu’électeur passé et futur, j’y vois plutôt un motif de satisfaction. :~)

  11. J’ai été photographe d’un service de com (Ville de Pessac), donc deux réflexions personnelles.
    -la com est légitime si il s’agit d’informer les citoyens sur les actions menés par une administration, une collectivité, un gouvernement. Elle complète le coté critique de la presse ou ses manques.
    -la ou cela dérive un peu trop à mon sens, c’est que les services de com, sont bien trop souvent dévoyés dans un but de “propagande” politicienne et électoraliste. Si cette “propagande est légitime lorsqu’elle est financée par un Parti Politique, on peut douter de sa légitimité lorsqu’elle est financée par le contribuable, ce qui constitue je le craint un détournement de fonds publics et une dissonance démocratique, du fait que l’opposition dispose pas elle de ses fonds et opportunités pour remplir son rôle.

    Il conviendrais donc plutôt que de s’offusquer sur des chiffres, de définir un cadre précis dans lequel cette com nécessaire à l’information des citoyens puisse s’exercer, sans que cela dérive dans de la propagande électoraliste illégitime.

    La com c’est aussi potentiellement beaucoup d’emplois pour des Photographes et des journalistes…

  12. Cécile Bédeumil le 18 avril 2010 à 08:12

    “mettant en scène le président sur les thèmes où il est en position délicate”

    Pourquoi, y’aurait des thèmes où il serait pas en position délicate?

  13. Olivier Beuvelet le 18 avril 2010 à 09:41

    @ Alexandre Cometti,

    Vous avez bien compris le problème… je ne m’offusque pas de la somme en soi, qui est raisonnable comme nous l’indique André Gunthert qui connaît les conditions du marché… (il y a un créneau pour ceux qui ont la fibre…) mais de ce que de l’argent public serve à la propagande… Tout service de com’ institutionnelle est bien sûr ambigu ; on appelle com’ ce qui est généralement de la promotion ou de la publicité… mais en général, les institutions publiques gardent une certaine mesure. C’était le cas de l’ancien site de l’Elysée, qui restait mesuré dans la mise en avant de la personne même du président. Maintenant, inspiré (voire copié) du site de la maison blanche (et d’une autre tradition en matière de com’ politique) le site officiel mélange les genres. La partie sur les ressources documentaires concernant l’institution et les discours officiels est très solide et bien faite : un historique de la présidence et des archives de l’INA… On peut aussi ajouter la visite en 3D et à 360 °, à la limite c’est une mise en valeur du patrimoine de la République…

    Le problème, c’est ce bandeau de photographies qui défilent et sont censées illustrer l’actualité de la présidence (comme c’est le cas sur le site de la maison blanche) alors qu’elles correspondent à trois niveaux à du matériel de campagne électoral…
    1) Les thèmes sont choisis en fonction des “points faibles” du produit, comme le souligne El Gato, c’est un principe de base de la pub que de substituer une illusion alléchante à une réalité défaillante… Après sa prestation catadtrophique au salon de l’agriculture où il s’est coupé des paysans (qui ont acclamé Villepin) et des écolos (qui n’ont pas aimé sa petite phrase sur les contraintes écologiques), il lui faut poser à côté de paysans et dire “je vais protéger l’agriculture”.
    2) L’iconographie, sourire, mains tendues sur le terrain, angélus partagé avec des paysans, mise en avant du leader, est celle d’un tract de campagne plus que celle d’une vie officielle.
    3) enfin, un certain nombre de ces images correspondent à des sorties thématiques ressemblant à s’y méprendre à celles de la campagne électorale de 2007… Sorties qui visaient à faire le vingt heures, c’est à dire quelques images d’Epinal… Franck Louvrier était déjà à la manoeuvre, il est très habile en ce domaine. Où est la frontière ici entre la mise en avant de mesures réelles et efficaces et promesses photogéniques ? Je crois que, secteur par secteur, les premiers intéressés le savent…
    Nous avons donc un président en campagne sur un site institutionnel par ailleurs bien conçu…
    Un mélange des genres qui heurte le principe de neutralité des institutions et surtout de la présidence qui, avec tous les moyens et les pouvoirs qu’elle a aujourd’hui, peut s’approprier l’espace médiatique de masse (télé, presse quotidienne, radios nationales…) La campagne va se jouer, j’en ai l’impression, dans un rapport de force entre, non pas le net et les mass médias (dont l’influence ne devrait plus être celle de 2007…) mais entre les réseaux et la communication verticale, d’un côté une circulation réticulaire des opinions libres (réseaux sociaux, blogs, journaux indépendants…) et de l’autre un contrôle à l’ancienne qui fera peut-être Pschitt…
    La campagne qui commence déjà va être longue et personne ne sait encore quelle part y prendra internet… le site de l’Elysée est un élément du dispositif de campagne, sous couvert de “pédagogie” sur l’action du pouvoir en place, il fait la promotion à l’ancienne d’un homme politique en campagne pour sa réélection, au mépris des principes de la République et peut-être aussi de ceux du net.
    @ Cécil B2000,
    Il est heureux en amour, tout de même… c’est pour cela qu’on n’en entend pas parler ;-)

  14. Bonjour,
    Je suis largement d’accord avec le contenu de ce billet. Et en même temps, au-delà de la mise en scène excessive du président, comment être surpris par la tournure que prend la communication présidentielle sur le site de l’Élysée ? J’y vois en premier lieu une inévitable conséquence du passage du septennat au quinquennat (voté en 2000, entré en vigueur en 2002) ; à présent, le président est toujours un peu en campagne… Et le Web devenant toujours un peu plus stratégique, il est sinon normal, du moins compréhensible qu’on trouve la transposition de ce fait sur le site de l’Élysée.
    Je m’étais pour ma part intéressé aux changements entre le site de la fin de l’ère Chirac et le premier site Elysee.fr de l’ère Sarkozy (http://www.iconique.net/disparitions-au-sommet-de-lelysee-fr/) ; j’y constatais déjà la part croissante de l’image, entre autres choses…

  15. Olivier Beuvelet le 19 avril 2010 à 23:03

    Bonjour Erwan,

    En effet le quinquennat incite le chef de l’Etat à entrer en campagne pour sa réélection plus tôt que le septennat… ce qui lui laisse moins de temps pour penser au reste… Je ne suis pas surpris non plus par cette démarche chez les spin doctors de Sarkozy… La question est double :
    Jusqu’où la communication politique peut-elle aller dans la manipulation des images sans sortir du champ de la pratique démocratique ?
    Jusqu’où un homme politique peut-il utiliser les moyens de sa fonction pour faire campagne ?
    On se souvient que Sarkozy avait lâché son poste de ministre de l’intérieur le plus tard possible en 2007, et que certains déplacements du ministre était des déplacements du candidat, des déplacements d’image… Jospin ne s’est pas comporté de cette manière en 2002…
    Je sais bien qu’éthique et politique sont deux choses différentes, mais justement, le grand homme politique est celui qui arrive à les rapprocher le plus possible… de manière à oeuvrer pour le bien du plus grand nombre…

    Aujourd’hui, ce ne sont plus les fusils qui tiennent le peuple en respect mais les images qui le leurrent… Or nous ne savons jamais ce qui reste de ces campagnes de battage médiatique, de ces reportages grossiers, de ces images d’Epinal qui miment l’angélus, la marche héroïque ou la sonnerie aux morts…
    Je crois qu’il est important à chaque fois de pointer la supercherie ou le ridicule, ne serait-ce que pour garder son regard de toute abdication…
    Ici, c’est la confusion entre le genre institutionnel supposé neutre et le genre prospectus de boîte aux lettres supposé racoleur, qui pose le plus grand problème… Je crois que c’est à l’image de ce quinquennat… “(tout) le pouvoir c’est moi!” et “je suis comme je suis”… le site de l’Elysée va loin dans la satisfaction du narcissisme présidentiel… et c’est cet enfermement qui lui coûtera peut-être son second mandat…
    Refaire un site “Sarkozy.fr” aurait été plus républicain… ou même utiliser le site de l’UMP pour vanter les mérites du produit, d’accord. Mais le site de l’Elysée mérite mieux que se voir transformé partiellement en tract… Mais comme le montre ton article, le site de l’Elysée ne cesse de revenir à sa matrice initiale (Sarkozy.fr) en embarquant les symboles républicains au passage.
    Merci pour le lien vers ton excellent article.;-)

  16. De rien Olivier, my pleasure. Tu écris : “Je crois qu’il est important à chaque fois de pointer la supercherie ou le ridicule, ne serait-ce que pour garder son regard de toute abdication…”. Complètement d’accord, mon propos ne visait aucunement à mettre en cause la pertinence de ton billet.

    Très peu de temps avant que tu le publies, l’attention attirée par un autre billet de blogueur sur cette nouvelle mouture d’Elysee.fr, j’étais allé y faire un tour. Et j’avais été frappé moi aussi par cette fameuse photo n° 6 : Sarkozy guidant le monde ! Qu’il s’agisse d’un montage ou pas est presque secondaire ; renverser ainsi la lecture de l’histoire — la France revient, toute penaude, dans le giron de l’Otan — par l’image est assez hallucinant.

Adresser une réponse