La parole aux images : une thèse visuelle en vingt séquences vidéo…

Par Olivier Beuvelet - 4 novembre 2012 - 23:45 [English] [PDF] 
g

La première image-fente dans Le passage souterrain (1973) K. Kieślowski.

Voici une expérience visuelle que je propose aux lecteurs intéressés. La thèse que j’ai écrite, intitulée “De la finestra à l’image-fente. Ethique et esthétique du cadre à partir du Décalogue de Krzysztof Kieślowski”, présentée à partir des 20 extraits vidéo qui accompagnaient les deux volumes. Ils se présentent dans un ordre qui peut permettre de reconstituer le cheminenement de la thèse et de la comprendre, à condition d’être à l’écoute du propos des images… Dans la mesure où cette thèse était en bonne partie consacrée à la dimension méta-cinématographique du Décalogue et d’autres oeuvres, notamment certains des films dont les extraits sont présentés ici, je laisse la parole aux images, pour en faire un compte-rendu visuel. Je me contenterai d’indiquer, par des titres, les références aux films et les grands axes illustrés. Ce sont les séquences qui ont accompagné et nourri ma réflexion, elles forment peut-être le film qui raconte visuellement l’histoire du concept d’image-fente… Je ne sais pas trop à vrai dire, il s’agit d’une expérience…  voici une citation qui pourra peut-être ouvrir l’appétit… et couvrir de son aura l’ensemble de ce petit dispositif :

« Dans la fente du garde-manger entrouvert ma main s’enfonçait comme un amoureux dans la nuit. Lorsqu’elle était chez elle dans l’obscurité, elle cherchait, en tâtonnant du sucre ou des amandes, des raisins secs ou des fruits en bocaux. Et comme l’amoureux qui, avant de lui donner un baiser, prend sa bien aimée dans ses bras, le sens du toucher avait rendez-vous avec eux avant que la bouche ne savoure leur douceur. »

W. Benjamin, Une enfance berlinoise, Paris, Maurice Nadeau, 2007, p. 51.

N’hésitez pas à écrire en commentaire ce que les images de telle ou telle séquence vous auront dit, merci.

1) Le cadre est instable, il chute à trois reprises dans Le Décalogue 8 (1989) de K. Kieślowski.

Image de prévisualisation YouTube

2) Le montage dans le plan, le montage de plans… dans Premier amour (1974) de K. Kieślowski.

Image de prévisualisation YouTube

3)  Lacrimae rerum, les larmes qui ont conduit K. Kieślowski à abandonner le documentaire au profit le fiction. Dans Premier Amour (1974). De vraies larmes.

Image de prévisualisation YouTube

4) Disparition au coeur de l’image dans Le Décalogue 9 (1989) de K. Kieślowski. Il s’agit d’un couple.

Image de prévisualisation YouTube

5) Jamais ensemble dans la lumière, le hors champ interne dans Le Décalogue 9 (1989) de K. Kieślowski.

Image de prévisualisation YouTube

6) Cadrer, c’est nommer, dans Le Décalogue 1 (1989) de K. Kieślowski. Pawel regarde son père Krzysztof, donnant un cours de linguistique.

Image de prévisualisation YouTube

7) Cadrer, c’est nommer, dans My Father, my Lord (2007), de David Volach. Menahem regarde Rabbi Abraham, son père, donnant une leçon de Talmud.

Image de prévisualisation YouTube

8) L’image-fente comme dispositif visuel dans Le Décalogue 7 et Le Décalogue 9 (1989) de K. Kieślowski.

Image de prévisualisation YouTube

9) L’image-fente comme tremblement du cadre, caméra portée dans Le Décalogue 8 (1989) de K. Kieślowski.

Image de prévisualisation YouTube

10) L’origine de l’image-fente ; le trou dans le guichet, début du Décalogue 6 (1989) de K. Kieślowski.

Image de prévisualisation YouTube

11) Prototype de l’image-fente dans Le passage souterrain (1973) de K. Kieślowski.

Image de prévisualisation YouTube

12) L’image-fente comme passage du corps-regard, générique du Décalogue 6 (1989) de K. Kieślowski.

Image de prévisualisation YouTube

13) L’ultime contact, séduction de Tomek dans Le Décalogue 6 (1989) de K. Kieślowski.

Image de prévisualisation YouTube

14) L’ultime désir. Séquence de L’amant qui rétrécit dans Parle avec elle (2002) de P. Almodovar.


15) Lactations dans Le Décalogue 6 (1989) de K. Kieślowski.

Image de prévisualisation YouTube

16) Séquence de l’écrémeuse dans La ligne générale (1929) de S. M. Eisenstein

Image de prévisualisation YouTube

17) Séquence de la bouteille de lait dans Les 400 coups (1960) de F. Truffaut.

Image de prévisualisation YouTube

18) “Noli me tangere”, incipit de Brève histoire d’amour (1989) de K. Kieślowski.

Image de prévisualisation YouTube

19) L’art de la caresse ou le regard haptique de l’amoureux dans Brève histoire d’amour (1989) de K. Kieślowski.

Image de prévisualisation YouTube

20) Le petit geste éthique du filmeur dans Mondovino (2004) de J. Nossiter.

Image de prévisualisation YouTube



4 Reponses à “ La parole aux images : une thèse visuelle en vingt séquences vidéo… ”

  1. [...] on culturevisuelle.org Share This Page: This entry was posted in News and tagged Draft by troletti. Bookmark the [...]

  2. Il y a aussi toutes sortes d’images-fentes également dans La Double vie de Véronique dont une particulièrement angoissante : celle prise de derrière les rideaux (mais pas derrière la vitre ?!) dans la scène où Weronika fait ses preuves au chant chez la professeure.

    Merci pour le partage.

  3. [...] La thèse se trouve donc à la croisée de ces deux projets : comprendre comment la finestra est hantée par la fente (que je nomme ici fessura lorsque seule sa dimension formelle est en jeu) qui se dévoile progressivement dans les évolutions successives des médiums, de la peinture au cinéma en passant par la photographie qui a ici un rôle essentiel. Et conjointement, observer et analyser la façon dont Kieślowski développe et travaille le motif de la fente pour en faire à la fois un objet de jouissance scopique et une figure réflexive. L’ensemble de la démarche revenant in fine à penser le cadre à partir du Décalogue, considéré à la fois comme un corpus d’illustrations et comme un ouvrage théorique sur la question du cadre. J’ai donné le nom d’image-fente à ce travail du cadre chez Kieślowski et lui ai repéré trois états, trois degrés de réflexivité ; celui du dispositif visuel, celui de la figure métadiscursive et celui du concept heuristique qu’on peut tirer d’une étude des deux premiers tels qu’ils sont mis en jeu dans Le Décalogue. Le concept d’image-fente peut ainsi venir éclairer la question qui est au cœur du décalogue mosaïque (second commandement) comme du Décalogue kieślowskien et qui sera notre fil rouge ; Qu’est-ce que voir ? Qu’est-ce que donner à voir ? [...]