La mort de Bernard Montiel, le journalisme à la remorque du LOL

Par Vincent Glad - 2 janvier 2011 - 20:08 [English] [PDF] 

Capture d'écran de l'émission "Et toi, est-ce que tu buzz?" diffusée le 29 décembre sur France 4.

À l’heure de clore 2010, je ne peux m’empêcher de revenir sur ce qui m’apparaît comme la plus belle réalisation de l’année du «LOL»1 français, la fausse mort de Bernard Montiel.

Tout part d’un simple tweet, qui apparait de prime abord comme une “mauvaise blague”. Le 8 juin, le compte Twitter anonyme @lapin_blanc poste cet hommage à l’ex-animateur de TF1 (RIP= Rest in peace):

La “nouvelle” de la mort de Bernard Montiel, postée par un compte réputé pour sa malice, suscite immédiatement l’hilarité dans la communauté Twitter française. Le tweet de @lapin_blanc devient un “mème”2, c’est à dire une blague virale qui comprend en elle-même sa propre règle du jeu, compréhensible par les initiés: faire semblant de croire à cette fausse mort et pirater les médias qui, par l’effet de masse de ces tweets hommage, doivent finir par mordre à l’hameçon.

Tweets de @humourdedroite, @woumpah, @entoine et @twittpoubelle reprenant le "mème" lancé par @lapin_blanc. En bas à droite, aperçu de la photo "linkée" par @twittpoubelle.

Les journalistes mordent effectivement à l’hameçon. Très présents sur Twitter, les journalistes spécialistes du web ne croient pas une seule seconde à la mort de Bernard Montiel qu’ils savent être une blague de plus. Pourtant, plusieurs d’entre eux vont appeler Bernard Montiel pour s’assurer qu’il est bien vivant, ce qui occasionnera cette discussion surréaliste.

Tweet de Christophe Carron, rédacteur en chef de Voici.fr. Le compte n'est pas en public, mais ce tweet accessible à ses abonnés a été largement repris dans les médias.

Dans le même temps, la blague se poursuit sur Wikipedia où la fiche de Bernard Montiel est modifiée 31 fois en une heure et demie. Le “mème” originel s’est déjà dilué puisqu’il ne s’agit plus de faire semblant que la nouvelle est vraie.

Versions successives (dans le désordre) de la première phrase de la fiche Wikipedia de Bernard Montiel le 8 juin 2010 entre 12h et 13h30.

La modification de la fiche Wikipedia crédibilise un peu plus la non-information aux yeux des journalistes. Sans qu’à aucun moment elle n’était été vraie, ou pu être vraie, le fait qu’elle ait existé sur 2 supports différents chargés de symboliques (Twitter et ses rumeurs non vérifiées comme la relation entre Carla Bruni et Benjamin Biolay, Wikipédia et ses fausses morts comme celle de Philippe Manoeuvre) suffit à justifier un article.

Les nombreux articles du genre “Bernard Montiel n’est pas mort” font mourir une seconde fois Bernard Montiel en donnant une visibilité à ce qui n’était qu’une blague d’initiés. Sur 20minutes.fr, on s’enthousiasme devant le «buzz du jour», chez Voici.fr, on dénonce «un faux buzz» tout en annonçant qu’on va publier sa réaction dans quelques minutes. Le «buzz» en question n’est créé que par les journalistes qui pratiquent là un intéressant travail auto-performatif, comme le relèveront @lapin_blanc, @Crame_ et @Soymalau.

En haut, tweets de @lapin_blanc et @Crame_. En bas, montage publié sur le blog de @Soymalau.

Quand la digue des journalistes web cède, la catastrophe s’étend aux médias dits “traditionnels” qui ne comprennent pas grand chose à Internet mais se reposent assez logiquement sur les articles de leurs jeunes confrères des rédactions web. La fausse fausse mort devient une vraie fausse mort et aura l’honneur d’un reportage entier dans l’émission people 50mn Inside sur TF1 où il est expliqué que les proches de Bernard Montiel se sont fait beaucoup de souci pour lui.

Les journalistes web ont pris la remorque du «LOL», s’appropriant une mauvaise blague pour en faire leur fond de commerce. Quoi de plus intriguant, et donc cliquable, qu’une info démentie: «Non, Bernard Montiel n’est pas mort»? Par son essence même, la non-info crée en plus une polémique, qui suscite un deuxième article et donc un deuxième clic. @Soymalau a dénoncé sur son blog cette alliance contre-nature entre les “loleurs” et les journalistes:

«Nous, on est personne, on discute entre nous, on se fait des blagues, et la teneur de ce qu’on raconte relève bien de la blague par défaut, TOUJOURS. Vous, vous avez une responsabilité. En nous suivant sur Twitter, vous vous tapez l’incruste. Si vous reprenez une info, vous vous l’appropriez que vous le vouliez ou non, vous devenez nos portes voix. Alors certes il nous arrive de vous utiliser comme tels. De vous manipuler. Mais ça aussi il faut que vous en ayez conscience.»

La mort de Bernard Montiel n’a jamais existé, mais tant pis, elle existe puisqu’on en parle. Pour comprendre ce phénomène, il faut reprendre la métaphore de Don De Lillo dans White Noise (1984), un des premiers romans à questionner le phénomène de l’hyper-médiatisation. Le héros Jack Gladney va visiter «une attraction touristique, connue comme la grange la plus photographiée d’Amérique». Cette attraction n’existe que parce que des pancartes dressées sur la route indiquent «LA GRANGE LA PLUS PHOTOGRAPHIÉE D’AMÉRIQUE». Voici ce qu’en dit le personnage de Murray Jay Siskind, professeur d’université spécialiste de l’imagerie populaire3:

«Comment était cette grange avant qu’elle ne soit photographiée ? À quoi ressemblait-elle, en quoi était-elle différente des autres granges, qu’avait-elle de commun avec ses soeurs? Nous ne pouvons répondre à ces questions parce que nous avons vu les pancartes, parce que nous avons vu les gens prendre toutes leurs photographies. Nous ne pouvons échapper au mythe. Nous en faisons partie»

Comment était cette blague Twitter avant que les médias ne la démentent? À quoi ressemblait-elle, en quoi était-elle différentes des autres fausses morts sur Twitter (cf. Michel Sardou)? Nous ne pouvons répondre à ces questions parce que nous avons vu les pancartes des journalistes «BERNARD MONTIEL N’EST PAS MORT». (Bon, en vérité, on peut. Sinon Culture Visuelle n’existerait pas.)

La blague a cette fois pris des proportions impressionnantes parce que le personnage de Bernard Montiel a disparu des écrans, rendant l’information de sa mort quasi-métaphorique. La mort de Bernard Montiel a la qualité d’un bon “mème”, elle crée du lien social, dans le rire et la nostalgie qu’elle provoque (le TF1 poubelle des années 90). En ce sens, Bernard Montiel est un parfait exemple de chat de Schrödinger médiatique, la culture populaire l’ayant placé à l’état physique entre la vie et la mort. En juillet 2008, je m’étais amusé à scanner le web pour savoir si Sim était vivant ou pas. Voilà quelles étaient alors mes conclusions:

«En réalité, jusqu’à nouvel ordre, Sim n’est ni vivant, ni mort. Suspendu dans un entre-deux surnaturel, il est juste un bon mot qu’on se refile à la machine à café, une blague sans fin qui agite les forums, bref, une sorte de “mème” qui s’ignore.»

Le malheureux Sim est depuis mort. Mais il a ouvert la voie à Bernard Montiel. Le génie de @lapin_blanc est d’avoir senti que l’ancien animateur avait ce potentiel de chat de Schrödinger médiatique. Dans une vidéo réalisée pour l’émission Et toi, est-ce que tu buzz?4 diffusée le 29 décembre sur France 4, @lapin_blanc revient sur ses intentions dans une vidéo hilarante5:

Image de prévisualisation YouTube

On voit que le mème “Bernard Montiel est mort” en tant qu’oeuvre n’est toujours pas fini. Il s’enrichit de nouvelles contributions, comme cette vidéo qui poursuit la blague originelle en piratant à nouveau les médias. En présentant visuellement l’affaire comme un drame et en incarnant la figure médiatique du geek désociabilisé (masque de l’anonymat, «je me sens mal dans ma peau, je vis reclus chez moi»), @lapin_blanc rentre dans les habits du mythe pour mieux critiquer le processus médiatique:

«Je n’ai pas à me sentir responsable de ce que les journalistes diffusent sur leur propre support. Néanmoins comme le dit si bien Jean-Pierre Elkabbach quand il a tué Pascal Sevran sur Europe 1: “j’assume personnellement une erreur collective”».

La voix-off de France 4 résume son intervention par cette phrase qui prouve que les médias n’ont pas compris qu’ils avaient eux-même créé cette fausse mort: «Bref, le problème avec les réseaux sociaux, c’est ce que les gens en font.». La victoire du «LOL» est totale, le système médiatique a été parasité de bout en bout. Cela évoque fortement l’hypothèse sur 4chan6 de la chercheuse américaine danah boyd, spécialiste des réseaux sociaux:

«Je dirais que 4chan est le ground zero d’une nouvelle génération de hackers, ceux qui veulent à tout prix hacker l’économie de l’attention. Alors que les hackers traditionnels s’en prenaient à l’économie de la sécurité, c’est-à-dire au centre du pouvoir et de l’autorité avant Internet, ces hackers de l’attention montrent à quel point les flux d’information sont manipulables.»

L’assistant de danah boyd, Alex Leavitt, qui travaille lui directement sur les “mèmes”, explique comment ces blagues sont en fait une nouvelle «grammaire» d’Internet:

«Même si la plupart des mèmes ne rencontrent aucun écho en dehors de leur petite communauté Internet, quelques uns ont un impact sur le monde réél. Bien sûr, beaucoup de mèmes Internet sont simplement de l’humour. Mais la structure évolutive de certains mèmes crée une forte valeur culturelle qui les constituent comme une grammaire pour les réseaux d’information»

La mort de Bernard Montiel était construite contre les médias. Elle révèle les failles, voire l’agenda secret, de ces médias. Et tout ça à partir d’une blague virale, nouvelle «grammaire» des réseaux.

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  1. Monique Dagnaud, De la BOF génération à la LOL génération, Slate.fr, 2010 []
  2. Si tant est qu’on retienne cette définition pour le mot “mème”, dont le sens est toujours discuté. []
  3. Pages 24-25, Don De Lillo, Bruit de Fond, Éditions Babel, 1999 []
  4. L’émission est disponible en VOD sur pluzz.fr pendant encore quelques jours. La vidéo de @lapin_blanc est diffusée à 1h05 []
  5. La vidéo diffusée ici est la version brute de ce qui a été envoyé à France 4 []
  6. Le point névralgique de la culture «LOL». Lire à ce sujet lire les billets de Patrick Peccatte sur Culture Visuelle, Les flux d’images sur 4chan et La fabrique des images sur 4chan []

20 Reponses à “ La mort de Bernard Montiel, le journalisme à la remorque du LOL ”

  1. Voici un assez bon exemple permettant de montrer ce qui distingue une analyse de la construction d’une mythologie. Celle-ci repose sur plusieurs principes, dont le premier est l’absence de mise en perspective. Faire comme si la production de fausses nouvelles était un attribut inédit et avait attendu le web ou Twitter correspond à une démarche d’hypostase et non d’explication d’un phénomène.

    Le recours à l’autorité de la parole scientifique, à travers quelques références bien placées, voire à un modèle métaphorisé (magnifique usage du chat de Schrödinger) dissimule la fragilité de l’élaboration et confère un tour savant à ce qui prend l’aspect d’une démonstration.

    Le vrai problème de ton billet, c’est le refus de questionner les mécanismes sur lesquels repose le phénomène décrit. Le suivisme et l’unanimisme sont des moteurs bien connus de la presse, bien avant le web, que la sociologie des médias a souvent décrit. Il s’agit même à mon avis d’un phénomène culturel beaucoup plus général, car on retrouve ces mécanismes à des niveaux très divers de la propagation de l’information et/ou de l’adoption des culturèmes. Ce qui explique le phénomène de reprise et de répétition d’une information désirable est fondamentalement un système de validation par les pairs, qui n’est autre que celui sur lequel repose la recherche scientifique depuis l’Antiquité, et que je proposerai volontiers d’étendre à l’ensemble des fonctionnements culturels. Ce principe qui postule une parfaite égalité entre les acteurs d’un système se caractérise par l’établissement de la pertinence d’une information par son degré de reprise ou d’usage. Ce principe présente de nombreux avantages, à commencer par son caractère dynamique. A la différence d’un canon établi une fois pour toutes par une autorité ex cathedra, la culture d’un groupe est un système vivant qui fait l’objet d’une validation permanente par ses membres, et qui repose sur la désirabilité des culturèmes. Loin d’être propres à la “grammaire du web”, le partage et la dissémination d’un culturème est une caractéristique fondamentale de la transmission de l’information en régime culturel.

    Même si cette formule choc plaira beaucoup, je ne pense pas que la fausse nouvelle de la mort de B. Montiel révèle “l’agenda secret” des médias (je ne pense d’ailleurs pas qu’un tel “agenda secret” existe). Je pense en revanche que la répétition d’un certain nombre de formules et de références qui font système (le LOL, les mèmes, Jenkins, etc.) participe de la création d’une auto-mythologie du web. Mais ici, on n’est pas sur Slate, et on peut donner un autre angle à l’analyse. Ce cas que tu as pris la peine de documenter peut être utile pour approfondir la question des dysfonctionnements des mécanismes de validation journalistiques, dans un contexte qu’il faut prendre la peine de rappeler et qui se caractérise par l’accélération du marché et l’augmentation de la pression concurrentielle à un moment où les moyens humains et économiques sont en baisse. L’usage de Twitter, dont la caractéristique est d’être aujourd’hui un écosystème où la présence journalistique est forte, pour les raisons mêmes que je viens d’évoquer, devient alors un symptôme effectivement précieux et la mort de Montiel un cas d’école.

    (RIP, c’est plutôt Requiescat in pace, mais c’est un détail…)

  2. Attention, ce commentaire est aussi valable pour le datajournalism…

  3. Je partage une partie des réserves d’André Gunthert mais je placerai ailleurs l’enjeu du travail de recherche qui s’élabore ici. Dans le monde des médias traditionnels ou moléculaires, une puissance physique et technique est à l’origine de l’ampleur de la diffusion (nombre d’imprimeries sur le territoire, nombre de relais hertziens, etc). Dans le monde des médias numériques, il existe certes des positions privilégiées (podcast mis en avant sur iTunes, “suggested user” sur Twitter, etc) mais la puissance de la (re)diffusion dépend beaucoup du nombre des internautes (re)diffuseurs et du réseau que chacun d’entre eux alimente. Hypothèse: les raisons qui nous poussent à relayer une information ont (pour une part) à voir avec les raisons font naître et prospérer les mèmes.

    A noter la captivante étude POWNAR (Power of News and Recommendation http://cnninternational.presslift.com/socialmediaresearch) de CNN qui laisse quelques mystères vierges : en 52 jours, sur 3900 articles, 1600 sont (re)diffusés par les internautes. Lequels ? Pourquoi ? Comment ? Et les 2300 autres articles, ils sentent le paté? Et si l’étude des mèmes pouvait nous aider à répondre…

  4. “Ce qui explique le phénomène de reprise et de répétition d’une information désirable est fondamentalement un système de validation par les pairs, qui n’est autre que celui sur lequel repose la recherche scientifique depuis l’Antiquité, et que je proposerai volontiers d’étendre à l’ensemble des fonctionnements culturels.”
    Avant twitter, plus qu’un système de validation par les pairs, on observait un système de validation par ceux qui parmi les pairs avaient le statut de leader d’opinion.
    Le fait qu’une information circule sur twitter suffit-il à supprimer le passage par les leaders d’opinion pour la valider auprès du groupe? Auquel cas la production de nouvelles (vraies ou fausses d’ailleurs) par twitter serait un attribut inédit. Ou est-ce que la nouvelle n’est reprise par l’ensemble de la communauté que lorsque des leaders d’opinions sur twitter s’en sont faits l’écho?

  5. C’est comme Jean-Baptiste Botul…

    Au départ, c’est limite un “private joke”.

    Ensuite, ça plait à ceux qui le lisent ou l’entendent, et ça devient une plaisanterie entre diverses personnes que ça fait rire ou sourire. Des fois, ça tient même plutôt du “running gag” (la plaisanterie de départ peut ne pas être forcément toujours la plus drôle). La participation à ces variations, ces déclinaisons d’une même plaisanterie est libre et ouverte à tous. Mais surtout, ceux qui y participent ont (en principe) compris qu’il y avait une règle du jeu, un thème central à respecter (qui est implicite, non-écrit, pour ne pas casser la plaisanterie).

    Et enfin, c’est là que ça peut devenir étrange, comme situation : quand quelqu’un participe sans avoir compris (la plaisanterie, les règles, etc.). Un peu une sorte de “diner de cons”… Mais est-ce que c’est le “con” qui s’est incrusté à ce diner, ou est-ce qu’il y a été invité subtilement ? Et, est-ce qu’il détruit complètement la plaisanterie, ou au contraire, la magnifie ?

    Et c’est ça, aussi un peu, le problème. Est-ce que malgré l’évidence (que c’est une plaisanterie), il faudra indiquer quels genres de propos on tient ? Jusqu’à l’absurde ? Est-ce qu’on a atteint ce niveau-là ? Comme pour la littérature, le cinéma, le théâtre, etc. où on indique “roman”, “fiction”, “documentaire”, “réalisé avec trucages”, etc. Et aussi, par exemple, est-ce qu’on dirait d’un acteur, d’un comédien, d’un personnage, etc. qu’il “usurpe l’identité” de quelqu’un d’autre ?

  6. Bonjour à tous.

    En réaction à la fin de l’intervention d’Infowar, il me semble bon de préciser que la vérification de l’info est la condition “sine qua none” de l’exercice de la profession de journaliste. Par conséquent, pour éviter de passer pour “le con” du diner, mieux vaut comprendre ce que l’hôte est entrain de vous servir…Surtout si vous n’avez pas été invité ! Il se peut également que le con ne soit pas celui qu’on croit…( 51 minutes de cerveau disponibles c’est toujours ça de pris… )

    Olivier

  7. Article très intéressant, merci.

    Il faut préciser que Bernard Montiel avait en effet le profil pour devenir un chat de Schrödinger, compte tenu de sa proximité (du point de vue de la représentation médiatique collective) avec de vrais morts comme Patrick Roy ou Alexandre Debanne.

    Ah, justement, on m’indique dans l’oreillette que ce dernier n’est pas encore mort.

    D’où la conclusion suivante : en matière de représentation médiatique, la disparition de l’écran et la mort physique sont pratiquement chargées de la même signification, en particulier pour les starlettes disons de 2e zone.

  8. Pour répondre à André, le propos de l’article n’est pas de faire mine de découvrir que le journalisme peut produire des fausses nouvelles. Ça fait parti du job depuis bien longtemps en effet. Et d’ailleurs, je voulais insérer une comparaison (que je n’ai finalement pas mise) avec les couvertures de France Dimanche qui inventent elles aussi une information en partant d’un battement de cil. En l’occurrence, le battement de cil était une série de tweets moqueurs que les journalistes web ont transformé par cynisme en rumeur méritant une vérification.

    Je ne voulais pas parler spécifiquement de Twitter dans ce billet. Mais puisque tu en parles, cet épisode a montré que la règle de “la pertinence d’une information par son degré de reprise ou d’usage” que tu évoques est complètement biaisée sur Twitter. Des informations (ou des blagues) de ce type peuvent circuler sur des forums, aucun journaliste n’en parlera jamais. De nombreux hoax circulent par mail, ils font rarement l’objet d’articles dans la presse. Tellement peu d’ailleurs que leur traitement est laissé à un site spécialisé, hoaxbuster.com. Mais Twitter est spécifiquement le forum de l’information, là où sont les journalistes et la moindre blague peut faire l’objet d’un article sur Le Post. J’en avais parlé ici (sur Slate, certes…).

    Quand je parle de l’”agenda secret” des journalistes révélé par cette affaire, la formule est effectivement excessive mais j’aurais tendance à la maintenir. Elle est résumée dans la formule de @lapin_blanc, “journalistes web, créateurs de buzz depuis 2001″. A ce propos, il suffit de regarder ma discussion Twitter avec le réd chef de Voici.fr. Cela montre un aspect encore peu étudié du journalisme web, cette capacité à créer de la culture populaire, plus que de l’information. Quand le journalisme radio et télévisuel ont plutôt tendance à créer du lien social autour d’informations marronnières (la neige, les embouteillages…), le web commence à créer de l’information autour de récits fictionnels: la mort de Bernard Montiel, Paul Le Poulpe, la fin du monde en 2012, le monstre de Montauk… L’article le plus lu de l’histoire sur 20minutes.fr (au 22 février 2010) était la mort de Super Nanny, je pense qu’on peut le rapprocher de cette tendance. Et les médias traditionnels commencent à tomber dans ce piège, l’AFP ayant fait un “urgent” pour la mort de Paul Le Poulpe. Une expression circule d’ailleurs dans l’agence pour parler de ce qui est perçu comme une dérive: la “poulpisation” de l’AFP.

    A terme, le journalisme web pourrait finir par ressembler à des groupes Facebook que le lecteur peut liker et auxquels il peut s’identifier. On voit cela dans cet article de Fluctuat qui se demande “à quoi sert l’indien des Black Eyed Pead”. 1/ Il n’est pas du tout indien. 2/ Il sert bien à quelque chose dans le groupe. Mais Fluctuat a privilégié le mythe de l’”indien qui ne sert à rien” lancé par les Guignols et repris par des groupes Facebook. Résultat: 808 partages sur Facebook quand un article moyen de ce blog de Fluctuat tourne plutôt autour de 50. Dans ce genre de cas, le journalisme tend à ne plus se résumer qu’à son titre qui crée le désir de partage, et donc l’audience.

  9. @ Vincent: il me semble que lorsqu’André dit que l’on peut juger “la pertinence d’une information par son degré de reprise ou d’usage”, ça n’engage en rien la “vérité” de cette information mais bel et bien sa capacité à intéresser, sa “proséchogénie”.

  10. Mouais bon d’accord… mais alors finalement il est mort ou il est pas mort ?

    Plaisanterie mise à part, le commentaire d’Alexandre Gunthert est d’une pertinence rare. Pour ce que j’en retiens, c’est vrai que le rapport avec l’”agenda secret” des journalistes est carrément la goutte d’eau qui met le feu aux poudres.

    Un petit conseil de Bourdieu me vient souvient en aide dans ce genre de circonstances : en sciences sociales, il faut toujours faire attention à la double tentation : celle du “jamais vu” et celle du “rien de nouveau sous le soleil”. C’est évident, quand on y réfléchit un peu, mais un aide-mémoire, c’est toujours utile…

  11. Bonjour,

    Nous sommes surpris que notre commentaire “les réseaux sociaux , le problème c’est ce que les gens en font” ait été interpreté dans ce sens.

    Ce commentaire rebondit sur la phrase de Lapin Blanc, qui rappelle qu’il n’est pas responsable de ce que les journalistes en ont fait.
    “ce que les gens en font “vise donc bien sur la responsabilité des journalistes qui piochent dans les réseaux sociaux et consacrent des news à des non- événements, ou des plaisanteries, qui sont censées rester.. des plaisanteries!

    En demandant et en diffusant l’intervention de Lapin Blanc , Nous pensions alors être clairs sur nos intentions.

    Apparemment pas assez .

    Désolés que ceci n’est pas été suffisamment clair.
    L’emission est rediffusée le 5 janvier à 22h30, vous pourrez vous faire une meilleure idée

  12. Et on s’excuse pour la faute . Brouillon parti trop vite. Décidément que d’erreurs!

  13. Relisant une fois encore “simulacres” de Philip K.Dick, je m’étonnais que tant d’outrances aient pu germer dans l’esprit d’un écrivain, fut-il sous l’emprise de drogues diverses: Un président qui n’est qu’une mécanique, une première dame à l’éternelle jeunesse, des parkings qui se déplacent…Et tout un peuple pour y croire dur comme fer! Avec internet et ses blagues, virales à mesure de leur pertinence aux yeux de ceux qui les reprennent, on invente ce monde pseudo-paranoïaque qui permet de comprendre le fonctionnement du réel tel qu’il est fantasmé par les premiers parmi leurs pairs, élite du meilleur des mondes possibles à l’exception de tous les autres. L’ubiquité de ces omniscients détenteurs de la “vérité”, jusqu’au délire, est battue en brèche par la dérision qui s’en inspire: mdr, lol!

  14. Donc entre Paul Le Poulpe et Super Nanny, ce qui différencie le journalisme web du journalisme “classique”, ce serait que le people et les conneries y marcheraient plus que le reste ?
    Ca m’étonnerait. Pour moi les gens sur internet s’intéressent à la même chose que “les gens dans la vraie vie”, et c’est d’autant plus vrai chaque jour à mesure que ces deux groupes deux gens deviennent de plus en plus impossibles à différencier.

    La vraie différence, à mon avis, c’est plutôt que les médias web ont aujourd’hui des outils de mesure d’une précision bien plus grande que ceux dont les journaux papier ont bénéficié depuis toujours. Ils peuvent savoir article par article ce qui marche et ce qui ne marche pas et adapter leur ligne éditoriale en conséquence, au jour le jour. Les lecteurs, eux, n’ont pas vraiment changé.

  15. A signaler le trend très actif RIP JUSTIN BIEBER, où fans et haters s’échangent des arguments pas vraiment bisounours:
    http://twitter.com/search/RIP%20JUSTIN%20BIEBER

  16. [...] affaire de « fake RIP » cette semaine. Quand @lapin_blanc annonce la mort de Bernard Montiel, ou quand @reda imagine la mort de Jean Dujardin, c’est d’abord pour la quintessence du LOL. [...]

  17. [...] nécessairement limités par les préjugés d’une dizaine de cerveaux travaillant à TF1. Les réseaux sociaux ont bel et bien tué Bernard Montiel. YouTube permet l’émergence de vidéos dont la pertinence était niée parce qu’inimaginable [...]

  18. [...] publié par Owni, où ils ont ajouté avec bonheur une source oubliée ici : Vincent Glad sur Bernard Montiel.] Leave a comment | Trackback Oct 24th, 2011 « Révolution twitter, [...]

  19. [...] nécessairement limités par les préjugés d’une dizaine de cerveaux travaillant à TF1. Les réseaux sociaux ont bel et bien tué Bernard Montiel. [à défaut de se débarrasser des chats, c'est un premier progrès] YouTube permet l’émergence [...]

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