L’engagement documentaire d’Ugo Ulive : Uruguay et Venezuela des années 1960

Par Johanna Cappi - 14 décembre 2012 - 3:08 [English] [PDF] 

Séance du 17 décembre

“Né à Montevideo (Uruguay) en 1933, Ugo Ulive est l’auteur d’un petit nombre de documentaires marquants. Dès 1960, son film Como el Uruguay no hay surgit tel un vigoureux pamphlet, un défi lancé à la nation uruguayenne. Celle-ci est dépeinte comme une nation bloquée, une démocratie devenue routinière, fermée à tout changement social. Avec une ironie constante et un ton résolument sarcastique, Ulive se moque de l’image traditionnelle de l’Uruguay, de son côté « Suisse de l’Amérique latine ». Par la suite, Ugo Ulive réside pendant plusieurs années à Cuba, où il dirige le Théâtre National et enseigne la mise en scène dans une école nouvellement créée. Durant son séjour cubain, il réalise un long-métrage, Chronique cubaine (Crónica cubana, 1963) et se lie d’amitié avec le célèbre cinéaste Tomás Gutiérrez Alea. Ainsi, Ugo Ulive participe à une adaptation d’un roman d’Ilf et Petrov (Les douze chaises, Las doce sillas, Tomás Gutiérrez Alea, 1963), où il fait une petite apparition. Ensuite, l’Uruguayen retourne dans son pays d’origine, tourne Elections (Eleciones) avec Mario Handler en 1967, qui suit deux candidats en campagne électorale, avant d’aller s’installer au Venezuela, pays où il réside encore aujourd’hui et dont il a acquis la nationalité.

Durant son parcours vénézuélien, Ugo Ulive s’est surtout consacré au théâtre, à la mise en scène et à l’écriture de pièces. C’est seulement à la fin des années 1960 qu’il tourne quelques documentaires (Basta, Caracas dos o tres cosas et Diamantes) ainsi qu’un perturbant témoignage sur la torture un peu plus tard : TO3Caracas, dos o tres cosas (1969) témoigne d’un sens du collage très affirmé, au niveau des images et des sons. Le film est dépourvu de dialogues, il juxtapose des bruits urbains, des extraits de chansons, d’émissions de radio, des annonces publicitaires qui donnent une impression de morcellement extrême. Diamantes (1969) nous invite à découvrir une petite ville et ses habitants qui surgissent de nulle part, uniquement parce de l’or a été découvert à proximité.

Œuvre radicale et parfois très difficile à regarder, parce qu’elle s’attaque aux tabous humains tels que la mort, la folie et l’aliénation, son célèbre Basta! apparaît toujours comme un documentaire de rupture qui repousse les limites de l’engagement, de la description des conséquences et des effets de la domination impériale. Ugo Ulive précise : « Basta nous confronte à un univers angoissant et cauchemardesque (asile psychiatrique, autopsie dans une morgue, ville dénaturée par la publicité agressive), entrecoupé d’images de guérilla. » C’est un film « éminemment expérimental. Par l’intermédiaire de symboles violents (utilisant librement le concept de cruauté d’Artaud), quelques-unes des conséquences de l’organisation sociale actuelle en Amérique Latine sont exposées : l’aliénation de l’être humain, marginalisé et chosifié, et la présence constante de l’impérialisme vu comme un viol (1)».

Projection intégrale de Como el Uruguay no hay (1960), Caracas dos o tres cosa (1969),  Diamantes (1969) et Basta ! (1969)

Résolument engagé dans les défis et les volontés de changement propres à de larges franges de l’Amérique latine des années 1960 et du Nouveau Cinéma qui se développe dans le sous-continent durant toute cette décennie, le cinéma d’Ugo Ulive est résolument engagé, mais il n’hésite pas à recourir à certaines formes d’humour, parfois très acide et très sarcastique.”

Olivier Hadouchi

1. Traduction des propos du cinéaste par Olivier Hadouchi

  • Cette séance du GRHED présentée par Olivier Hadouchi, docteur en études cinématographiques de l’université Paris 3 Sorbonne Nouvelle, présentera le parcours d’Ugo Ulive et sera consacrée aux 4 courts-métrages documentaires Como el Uruguay no hay (Uruguay, 1960), Caracas dos o tres cosas (1969),Diamantes (1969) et Basta ! (1969) # Attention, certaines séquences du film Basta ! sont susceptibles de heurter les sensibilités…
  • Programmation - Johanna Cappi, Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle, IRCAV avec la collaboration de Catherine Roudé, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, CERHEC –  Contact : grhed@hotmail.fr
  • Lieu/horaires – Cette séance du GRHED se tiendra de 17h30 à 20h, dans la salle AVD 133 (1er étg) de l’Institut National d’histoire de l’art de Paris (INHA) Galerie Colbert, rue Vivienne, 75002  - Entrée libre

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