Colloque “Visual Culture Studies in Europe”

Colloque "Visual Culture Studies in Europe", Londres, 05/02/2010. Marq Smith, Iain Chambers, Anna Maria Guasch, Joaquin Barriendos, Almira Ousmanova (photo André Gunthert).
Invité par Marquard Smith, directeur de l’Institute for Modern and Contemporary Culture à l’université de Westminster et rédacteur en chef de la revue Journal of Visual Culture, le Lhivic s’est rendu en petit comité (André Gunthert, Gaby David et moi-même) au colloque londonien “Visual Culture Studies in Europe” les 5 et 6 février, avec beaucoup d’espoir. L’initiative lancée par Marq vise à constituer un réseau européen de praticiens et enseignants de la culture visuelle, afin de travailler ensemble, partager nos ressources et conjuguer nos efforts pour faire émerger et reconnaître cette nouvelle discipline en Europe. La conférence n’était au fond qu’un prétexte à se rencontrer, se connaître en présentant tour à tour nos projets/visions/perspectives, et dresser un plan de bataille lors d’une réunion du groupe qui a eu lieu le lendemain – formule très appropriée, qui a permis de prolonger entre nous le débat entamé la veille et d’aboutir à des résolutions concrètes.
Le groupe, qui a finalement décidé de s’intituler Visual Culture in Europe, est composé d’une brochette d’universitaires tous très actifs et engagés dans divers projets autour de la culture visuelle dont voici les sites pour aller y jeter un coup d’œil (ce qui me permet ici de nommer les participants):
-Kresimir Purgar en Croatie
-Oyvind Vagnes en Norvège
-Nina Lager Vestberg en Norvège également
-Almira Ousmanova en Lituanie/Biélorussie
-Oliver Grau en Autriche
-Joaquin Barriendos & Anna Maria Guash en Espagne
-Iain Chambers en Italie
Plutôt que de récapituler chacune des interventions, je préfère évoquer ici les points qui m’ont semblé récurrents et importants:
- La langue et la question de la dissémination: oui, nous sommes handicapés sans l’anglais! Il est important de s’y mettre pour communiquer, partager ce que nous faisons, même si en soi, cela pose de nombreuses questions souvent évoquées (ne serions-nous pas également handicapés par l’anglais?), notamment autour du premier thème du colloque, “Cartographies of power”, où ont été évoqués les problèmes politiques et idéologiques rencontrés lors du développement de ce champ d’étude (par exemple: les concepts peuvent-ils voyager? Une culture donnée n’est-elle pas indissociable de sa langue d’origine? Choisir de publier en anglais plutôt que dans la langue locale -ou inversement- est nécessairement un geste politique! Etc.)
- L’institution et la reconnaissance: dans l’ensemble, le sentiment des participants est d’être chacun relativement isolé, peu ou pas reconnus par l’institution, à des niveaux différents pour chacun (les Norvégiens et les Espagnols semblent bénéficier d’un soutien à la fois institutionel et financier assez solide, tandis que les Français ou les Croates suivent une voie plus solitaire. Cela fait presque partie intégrante de la définition du champ d’étude que d’être en marge – position qui n’est pas dénuée de certains avantages: une certaine liberté de penser et de faire!
- Pas de limites: l’accord est de ne pas chercher à définir précisément ce qu’est l’étude de la culture visuelle, pour ne pas l’enfermer dans un carcan qui ne serait culturellement pas transposable. Le consensus est le suivant: il s’agit d’un courant académique dont la préoccupation majeure est la redéfinition du rapport mot-image à la faveur de cette dernière. Le visuel en tant qu’objet d’étude est aussi important et intéressant que le textuel (tout en étant très différent).
- L’image réinventée: il faut donc repenser l’image, peut-être comme un moment de subjectivation (toute image est contemporaine, disait Michel Foucault) ou bien comme un processus, comparable au savoir qui nait, grandit, vit et meurt; se pose alors le probleme de l’archive ou celui de la perspective historique…
- Education: là encore nous n’en sommes souvent qu’aux balbutiements, mais comment enseigner la culture visuelle? Comment parler des images? Et si l’image (historique, intellectuelle, mentale, etc.) était utilisée comme force narrative ou relationelle qui viendrait interrompre et déranger la rigueur de l’histoire de l’art telle qu’elle est enseignée traditionnellement? Et si créer une certaine perplexité (chez les étudiants) devenait un objectif principal du cours? (ces deux propositions ont été formulées, lors de la conférence, par Adrian Rifkin, que je n’ai pas mentionné ci-dessus puisqu’il n’appartient pas à un projet particulier concernant la culture visuelle, mais il est un pionnier de l’enseignement des Cultural & Visual Studies en Angleterre, cf. sa bio et son site).
- Interdisciplinarité: question méthode(s), c’est la grande pioche – beaucoup de disciplines différentes sont sollicitées, chacun sa petite cuisine, au final ce n’est pas ça qui compte – néanmoins, nous nous sommes entendus sur la nécessité de partager nos ressources et d’en faire, en soi, un outil méthodologique.
Finalement, nous nous sommes quittés avec deux projets principaux: celui de garder le contact et de travailler ensemble par le biais d’un site internet qui, dans un premier temps, rassemblera les differentes initiatives individuelles, avant de devenir lui-même un lieu de reflexion générateur d’initiatives (avec notamment celle d’un questionnaire à la October “Qu’est-ce que la culture visuelle?” diffusé à l’échelle européenne, histoire de prendre la température…). L’autre projet est de se réunir à nouveau dans un an pour faire le point des avancées, probablement à Barcelone.
Je dois avouer que cette escapade fut une vraie bouffée d’air frais, à la fois de se rendre compte que le Lhivic n’est pas du tout à la traîne, même si encore peu visible (au niveau français comme au niveau européen): son activité est d’un niveau et d’une énergie comparable aux différents projets présentés; mais aussi de se sentir moins seul pour enfin dialoguer d’égal à égal. Vive l’Europe de la culture visuelle!

hyper intéressant
[...] make this report in English or in French? Well, here the answer was quite easy; because Lorraine Audric had formerly done a report in French… it was my turn to do so in English. But bilingual [...]