Boucherie. No-B Day, 5 décembre 2009.

Franca Rame et Dario Fo parlent sur l'estrade montée à piazza San Giovanni à Rome, à l'occasion de la grande manifestation "No-B Day"
« Naître femme, c’est déjà une profession; mais, pardieu, c’est vraiment une profession de mer.. Pas “de merde” mais “DE TROTTOIR”. Tous les jours il faut entendre de femmes BATTUES, femmes VIOLEES, mais aussi assassinées. Les hommes, en masse, se déclarent “indignés” et quelques uns ajoutent : “espérons que ce ne soit qu’un marocain”, “un nègre”, “un rom”. Mais tout le monde sait que le 80% des violences subies par les femmes sont des violences domestiques. Le violeur a les clés de l’appartement : maris, beaux-frères, grands-parents, oncles et amis de passage. “C’est horrible !” Il faut dénoncer ça !” Ils crient : “Du calme : femmes, ne bougez pas ! Vous gacheriez la réputation de votre famille : pensez à vos enfants.. ! ….Au scandale ! Ecoutez un peu : restez en silence ! Taisez-vous, femmes ! La première censure, c’est nous-même, les femmes, qui la faisons : la meilleure chose – mais c’est bien comme ça – : la famille, la famille sacrée on ne peut pas la couler dans la fange : que chacun lave son linge sale chez soi ! … comme disait Andreotti il y a soixante ans. Rien n’a changé depuis lors : au contraire, ça s’est empiré. Il suffit d’allumer la télévision : on dirait qu’on rentre dans une boucherie ! Quarts de fesses, seins au vent, ventres fouettés, cuisses découpées et tout ça, soldé. Eclatent les commentaires de la part des hommes comme il faut : “quelle honte…”. Quelle obscénité : un’orgie de carrefour ! Et les évêques et les cardinaux font le contre-chant : ils stigmatisent toute la société de consommation, ils dénoncent le comportement des politiciens avec leurs histoires obscènes, cachées, à partir de notre Président Berlusconi. Lui – l’accusent les journaux de la Curie – est le premier à manquer de moralité. Il exhibe amantes, festins à base de “veline” [un genre obscène de soubrette télévisuelle, ndt], concurrentes du Big Brother, des naufragées de l’Ile des VIP et puis après il parle de la sacralité de la famille et fait des câlins à ses neveux. Il promeut des lois ad personam en rafales, en s’en foutant des entreprises qui ferment, des milions d’ouvriers fichés à la rue et, naturellement, des femmes. Nous aussi : nous sommes les premières à payer la crise ! Juste pour nous faire un peu remaquer. Et le jeu précipite vers les chantages sexuels des partis. Un tel a un amant, lequel est un travesti : et toi, alors, qui n’a pas besoin de Trans, pourquoi est-ce que tu te travestis tout seul ? ”Tais-toi, gay de quat’sous ! On connaît tous tes débauches avec le cocaïnomane”. Et la députée qui flirte avec son collègue ? ” Ce n’est pas vrai ! C’est tout un chantage, ça suffit ! Je vais dans un monastère ! ” Oui, d’accord, monsieur le député, bonne prière. C’est bien vrai : les meilleures partouzes se font au temps de la peste et de la crise… Nous sommes en train de vivre l’un des plus grands désastres économiques et sociaux des derniers siècles : escroquerie bancaires, prêts gonflés, à piège ! Les responsables : des hommes excellents de la grande économie….. sous procès.
“Quelle merveille ! Avec le ”procès court” ils iront enfin en prison….!
“Mais que dis-tu !? En prison ?!! Il y a la prescription !
“Mais dis-moi donc, quel pot… meno male che Silvio c’è ! ["Heureusement que Silvio est là" : le titre de la chanson de propagande du parti de Forza Italia, ndt.] ”
Voir la vidéo du discours sur You Tube Dario Fo et Franca Rame : discours au No B Day, 5 décembre 2009
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