Dispositif : Agamben sur Foucault
Qu’est-ce qu’un dispositif ? Traduit de l’italien par Martin Rueff, Paris, Editions Payot & Rivages, 2007.
« 1) Il s’agit d’un ensemble hétérogène qui inclut virtuellement chaque chose, qu’elle soit discursive ou non : discours, institutions, édifices, lois, mesures de police, propositions philosophiques. Le dispositif pris en lui-même est le réseau qui s’établit entre ces éléments.
2) le dispositif a toujours une fonction stratégique concrète et s’inscrit toujours dans une relation de pouvoir.
3) comme tel, il résulte du croisement des relations de pouvoir et de savoir. » p. 10-11
« L’objectif final de Foucault n’est pas, comme chez Hegel, de réconcilier ces deux éléments [cf. billet « Le concept de positivité de Hegel à Hyppolite ] . Il n’est pas davantage d’accuser le conflit qui les oppose. Foucault se propose plutôt d’enquêter sur les modes concrets par lesquels les positivités (ou les dispositfs) agissent à l’intérieur des relations, dans les mécanismes et les jeux de pouvoir. » pp. 16-17
Un dispositif est le « réseau qui existe entre ces éléments » (Foucault, entretien, 1977).


décembre 6th, 2009 at 18:05
C’est justement à la suite de sa “généalogie” oikonomia/dispositio/Gestell qu’Agamben généralise encore la classe des “dispositifs” de Foucault, qui rassemble alors un ensemble hétéroclite allant des prisons aux cigarettes en passant par le langage. Au point d’ailleurs qu’il ne subsiste plus pour lui que deux classes: les êtres vivants et les dispositifs (et au milieu les sujets)[op. cit. pp 30-32].
Personnellement, j’ai beaucoup de mal avec ces concepts attrape-tout. En épistémologie on apprend à se méfier des théories qui expliquent tout (donc rien), je pense qu’en philosophie on doit en faire de même avec les concepts du même métal. J’aime bien ce petit livre d’Agamben mais il ne nous dispense pas d’essayer de préciser ce qu’est un dispositif. Mais je n’ai peut-être rien compris…
décembre 6th, 2009 at 18:19
C’est vrai, il en arrive à faire cette distinction générale “êtres vivants”/”dispositifs” : je crois qu’il fait tomber la réflexion sur une opposition qui n’explique pas du tout la spécificité du dispositif, car il ne suffit pas, à mon avis, de revenir à l’opposition fins/moyens. Est-ce qu’une théorie n’est pas elle-même, un dispositif ? Et comment alors réussir à faire la part des choses quand le corps humain, dans son hybridation technologique, a petit à petit intégré dans sa structure des dispositifs inorganiques – des prothèses à la base inorganiques ? Comment réussir à apercevoir le moment où un être vivant, aujourd’hui, est un sujet et non un dispositif ? Est-ce qu’on n’a pas là une hybridation entre “être vivant” et “dispositif” ? Un corps vivant même peut être le dispositif à travers lequel un pouvoir agit, non ? Il me semble que c’est en partie la question politique ouverte par Foucault qu’il faut travailler aujourd’hui.
octobre 12th, 2012 at 10:58
Have a look also to this! Quite a precise critique of Agamben’s etymologie!
“To Have Done with the Dispositif of God! On the Archeology of Norm in Canguilhem, Foucault and Agamben” by Matteo Pasquinelli
http://bit.ly/RgEsca
octobre 12th, 2012 at 11:46
Thanx Sebastian! I just read Pasquinelli’s text! Cheers, f.