Parution du numero 9 : Parente en images

 - 28 novembre 2011 - 0:49 [English] [PDF] 

General Idea, Ménage à trois, 1978

Nous avons le grand plaisir de vous annoncer la parution du dernier numéro d’Images re-vues, intitulé « Parenté en images », sous la direction de Chloé Maillet.

La parenté comme méthode (des portraits de famille à la génération artistique)

Chloé Maillet

Y aurait-il quelque chose dans les images ou dans l’art qui aurait à voir avec la parenté ? A priori, non. Et pourtant, que faire, par exemple, des images produites par des artistes apparentés, les images qui se sont créées au sein d’un couple, ou d’une fratrie ? Prenons quelques exemples au sein d’un corpus pléthorique : dès la fin du Moyen Âge, alors qu’il est souvent difficile de suivre la trace des artistes anonymes, Richard et Jeanne de Montbaston s’autoreprésentent dans leur atelier d’enluminure dans les marges d’un manuscrit. Parmi les surréalistes, Lucy Schwob (Claude Cahun) et Suzanne Malherbe (Marcel Moore), partagent leur vie et collaborent pour la réalisation de leurs photographies et photomontages. General Idea, au Canada dans les années 1970 dessinent une nouvelle approche de l’art autour d’une triangulation métaphorique et charnelle qui s’incarne dans la triple figure de leur communauté de vie et de travail en « trouple ». Ces travaux sont indissociables du réseau de parenté dans lequel ils se sont construits. Et malgré la multiplicité des cas, l’image de l’artiste solitaire est si prégnante que les historiens de l’art ont débattu et débattent encore pour tenter d’identifier la patte personnelle de l’artiste dans ces cas de création collective.

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Génération Crivelli

Thomas Golsenne

Étudier la peinture et la carrière de Carlo Crivelli du point de vue de la parenté se révèle riche de perspectives. En prenant comme point de départ l’interprétation formulée par Deleuze et Guattari de l’alliance comme forme de création, on cherche à repérer comment Crivelli a effectivement élaboré son style par alliage ou hétérogenèse. Mais Crivelli a lui-même suscité une « famille », celle des crivellesques, ces peintres qui ont imité son style pendant une trentaine d’années. Pour comprendre ce phénomène, un autre modèle s’impose : celui de l’imitation religieuse, de la « parenté hagiographique » ou de la « sainte tribu ».

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La tache d’Auguste. Signes de la parenté et parenté par les signes dans la culture gréco-romaine

Mario Lentano

Tous les descendants du roi Seleucus avaient le signe d’une ancre sur la cuisse ; une lance était imprimée sur les épaules des membres de l’élite thébaine et indiquait leur origine des Spartoi, les « Semés » du mythe ; le premier empereur romain, Auguste, avait sur sa poitrine des taches dont le nombre et la forme ressemblaient à la constellation de la Grande Ourse, tandis que sa mère Atia ne pouvait pas effacer un serpent imprimé sur sa peau par le dieu Apollon. Ce sont quelques-unes des histoires que les Grecs et les Romains racontaient à propos des « marques de naissance », des signes qui marquaient le corps de souverains, aristocrates, héros du mythe etc. et qui signalaient leur statut spécial. Cet article présente une approche anthropologique de ces narrations anciennes et cherche en même temps à découvrir les grandes questions – de la légitimité de la relation entre pères et fils à la construction de l’autorité – qu’ils mettent en jeu.

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Temps de la transmission, écarts de la familiarité. Intervista de Anri Sala

Nadia Fartas

Film dans le film et premier film, Intervista (1998) de Anri Sala qui met en scène l’auteur lui-même et sa mère, ancienne militante (Jeunesses communistes d’Albanie), construit un plan intermédiaire entre histoire, mémoire personnelle et mémoire collective, dans la brèche ouverte par la découverte d’un film de propagande (1977). Il s’agit ainsi de montrer comment les variations de points de vue, de cadres et de places dans les relations de filiation et de parenté s’articulent à de singuliers processus de réflexivité et à des ruptures énonciatives. Nous verrons quelles expériences du temps tous ces rapports de distance et de proximité construisent – entre fidélité et infidélité, familiarité et défamiliarisation – dans ce singulier « film de famille ».

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« L’infamille ». Les violences familiales sur la céramique classique entre monstration et occultation

Aurélie Damet

La représentation des scènes familiales quotidiennes sur la céramique archaïque et classique demeure une thématique difficilement repérable. Les acteurs familiaux, en l’absence de désignation précise, peuvent potentiellement figurer tel ou tel parent. Le cas des violences familiales est cependant différent car les peintres ont choisi certains motifs et mythèmes conflictuels connus du public. Dans ces représentations de la parenté déchirée en images, les peintres ont particulièrement mis en scène les violences des parents envers leurs enfants, notamment les violences maternelles volontaires (Médée, Philomèle et Procnè, Clytemnestre) et les violences paternelles marquées par la folie infanticide (Héraklès, Lycurgue). Certains thèmes sont en revanche beaucoup plus rares, tels que le parricide et le matricide. Il faut enfin noter l’hésitation technique et éthique des peintres entre monstration sanguinolente des meurtres perpétrés par Médée ou suggestion subtile de la violence intrafamiliale dans les images relevant du mythe d’Alcméon.

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La Vierge sans âge. Mythes et rites, images et parentés

Salvatore D’Onofrio

Cet article étudie le statut des images concernant la configuration parentale la plus importante de l’horizon chrétien : le rapport entre la Vierge et son Fils. La tradition iconographique, surtout byzantine, a illustré les différentes facettes de ce rapport, comme celles qui sont engendrées par les croyances en la maternité virginale et en la Trinité. Elle a également contribué à stabiliser les mythes évangéliques (canoniques et apocryphes) qui l’ont mis en place. Strictement mêlées à la parole liturgique et aux rites populaires, les images permettent ainsi de mieux comprendre le travail symbolique sous-jacent à la filiation renversée (visible par exemple dans la Dormitio virginis). La hiérogamie, quant à elle, est représentée par de nombreuses images de l’Assomption et par des rencontres entre les statues de Pâques du Christ ressuscité et de sa mère rajeunie.

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La chèvre ou la femme. Parentés de lait entre animaux et humains au Moyen Âge

Pierre-Olivier Dittmar, Chloé Maillet et Astrée Questiaux

Cet article initie une enquête sur la mise en images de l’allaitement inter-espèces au Moyen âge. Pensée comme une transmission d’humeurs et de caractères, la parenté de lait bénéficie à cette époque d’une valorisation très forte, et souvent mise en question à propos des pratiques de mise en nourrice. L’allaitement des enfants (humains) par des animaux permet donc de repenser à la fois la configuration des relations humain/animal, la définition de la filiation, et leurs possibles transgressions. Motif essentiellement hagiographique, et marque d’élection, l’allaitement par des bêtes sauvages est figuré comme une pratique déviante mais paradoxalement considérée positivement. Au contraire, les séquelles de la pratique de la mise en nourrice auprès des animaux domestiques est régulièrement dénoncée.  Et les femmes allaitant les animaux se présentent souvent comme une justification de l’animalité inhérente à leur genre. Si les figures symboliques de Terra allaitant les animaux sont présentées jusqu’au xiie siècle comme des images positives de fertilité, à partir du xiiie siècle la proximité hommes/animaux par l’allaitement apparaît fortement transgressive. A partir du xive siècle, le goût pour les récits historiques et héroïques de l’Antiquité, associé aux images hagiographiques, fait apparaître l’enfant sauvage allaité par des bêtes comme un modèle de grandeur.

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Jeux de pères. La conversion de paternité dans quelques images médiévales

Jérôme Baschet

Dès lors que la chrétienté médiévale se pense comme un système hiérarchisé de réseaux de parenté (parenté charnelle, parenté spirituelle, parenté divine), la conversion religieuse se doit d’être en même temps une conversion de parenté. Se détourner de la paternité charnelle pour affirmer pleinement la paternité en Dieu (et la fraternité avec les autres chrétiens) : telle est la formule dont on peut suivre les variations historiques, depuis ses fondements évangéliques et patristiques jusqu’au cœur du Moyen Age. Les transformations les plus notables concernent le rôle de l’instance maternelle, ainsi que les degrés d’intensité et les formes du conflit entre les différents registres de la parenté. C’est ce qu’on examine ici à partir du cas de la conversion de François, tout particulièrement dans les fresques de Giotto à Assise, qui offrent une exceptionnelle géométrisation du système médiéval de la parenté. La confrontation des versions iconographiques de la conversion du saint fondateur permet de percevoir combien l’articulation problématique des trois instances paternelles est un enjeu au sein de l’Ordre, pris entre la radicalité de la rupture initiale et l’inscription institutionnalisée dans l’Église.

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Les ancêtres du Christ. Chrétiens et Juifs dans la Chapelle Sixtine

Giovanni Careri

Parmi les milliers de personnages peints dans la Chapelle Sixtine, ceux qui sont représentés dans les lunettes et les cintres de la voûte semblent être sans rapport ni de temps ni de lieu avec le contexte héroïque de l’ensemble. On y voit des familles prises dans leur vie intime, des femmes s’occupant de leurs enfants ou de travaux domestiques, des vieillards mélancoliques endormis, des personnages errants, des hommes et des femmes dans l’attente. Nombre d’entre eux ont les bras et les jambes croisés, comme pour témoigner d’un empêchement à l’action. Leurs figures accablées projettent sur les murs des ombres denses, autant de marques d’une corporéité terrestre et d’une « immersion » dans le temps de la vie de tous les jours. Certaines de ces figures ont des traits sémites stéréotypés, marqués au point de rappeler certaines représentations anti-hébraïques de l’époque. Si l’on se situe dans une perspective d’anthropologie de la parenté et que l’on s’interroge sur les critères qui président au passage du nom et du pouvoir entre père et fils on constate que l’intervention de Dieu dans l’Incarnation et la naissance de Jésus provoquent une rupture, qui annule définitivement la valeur de la transmission par le sang propre à la généalogie charnelle, ainsi que la façon dont elle organise le cours de l’histoire. Ce n’est pas un hasard si la liste des ancêtres du Christ se trouve, au début du livre de Mathieu, précisément à l’endroit où l’auteur doit gérer l’articulation entre l’époque de l’Ancien Testament et celle du Nouveau. Dans cet article j’étudie le lien entre l’étrangeté des Ancêtres situés aux marges de la voûte de la Chapelle Sixtine et la question de la parenté : seule la mise en travail du paradoxe généalogique, qui inclut les juifs dans l’histoire chrétienne tout en les excluant, permet de rendre compte de l’étrangeté comme production de l’alterité. Les juifs sont les ancêtres des chrétiens ; les Ancêtres de la Chapelle Sixtine sont la figure de cette parenté revendiquée et refusée. Voir la figure de l’Ancêtre comme le lieu d’une altération constitutive de l’identité implique alors la reconnaissance de l’exception chrétienne par rapport aux cultures qui valorisent l’ancestralité, fondant leur histoire sur la continuité avec les temps des anciens alors que l’Incarnation introduit, pour les chrétiens une discontinuité fondatrice.

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