parution du numero 10 Inactualite de l’ornement

 - 17 janvier 2013 - 21:32 - 2 Commentaires [English] [PDF] 

SOMMAIRE

Editorial

Deux ans ont été nécessaires à la préparation de ce numéro. Sans doute parce que, parmi les de plus en plus nombreuses publications sur l’ornement qui paraissent depuis quelques temps, l’approche retenue ici, une approche conceptuelle, est tracée sur un chemin de crête étroit. D’un côté on voulait éviter le vaste domaine des arts décoratifs et surtout l’approche stylistique qui y règne ; de l’autre, il fallait aussi éviter de rabattre l’ornement sur des questions iconographiques ou rhétoriques, où sa performativité spécifique est absorbée et diluée. Enfin, on voulait tenter de couvrir une longue durée, un large panel géographique, de façon à poser les bases d’une histoire ornementale de l’art, dont les conséquences épistémologiques, méthodologiques et esthétiques seraient profondes. Bien sûr, un numéro n’y suffit pas, notre histoire ornementale a des lacunes et nous regrettons l’absence d’un certain nombre d’auteurs dont les écrits sur l’ornement nous ont accompagnés mais qui, pour une raison ou une autre, n’ont pu se joindre à nous sur la route d’Images Re-vues. Mais notre compagnie, hétéroclite quant à l’expérience de ses membres et aux domaines de recherche, véritable patchwork – Jean-Claude Bonne, Lizzie Boubli, Massimo Carboni, Guillaume Désanges, Jean-Baptiste Eczet, Laurent Koetz, Bertrand Prévost, Estelle Thibault, Ariane Varela Braga – fournit déjà une cartographie détaillée des principaux territoires de l’ornementalité.

Parallèlement, nous avons organisé à l’INHA en avril 2012 un séminaire consacré à l’ornement dans l’architecture contemporaine, avec deux de nos auteurs, Laurent Koetz et Estelle Thibault, et en mai 2012, une demi-journée d’études sur l’ornement dans l’art contemporain, avec Jacques Soulillou et Jeanne Quéheillard, commissaire de l’exposition Ever Living : Ornement, dont le catalogue venait de paraître.

Signalons pour finir, l’article de Vicki-Marie Petrick sur Giovanni Bellini qui a été placé en varia, mais dont l’interrogation sur la couleur n’est pas sans rapport avec la question ornementale.

Nous remercions Giovanni Careri et le cetha d’avoir rendu possible la rencontre de mai 2012, Emmanuelle Corne des Éditions de la Maison des Sciences de l’Homme pour son soutien, et bien sûr, tous les contributeurs au numéro.

L’ornement aujourd’hui, par Thomas Golsenne

Cette introduction à Inactualité de l’ornement est une tentative de comprendre dans la longue durée pourquoi, en Europe, l’ornement a été problématisé de manière morale, et pourquoi, depuis la seconde moitié du XIXe siècle environ, il a fait l’objet de critiques sans précédent. L’article cherche d’abord dans les sources philosophiques et chrétiennes de la théorie européenne de l’ornement la constitution d’une éthique du décor. Puis il se focalise sur le passage, aux XIXe-XXe siècles, à une moralisation de l’ornement qui l’exclut du domaine de l’art. Enfin, il s’interroge, à partir du post-modernisme, sur les fonctions positives de l’ornement dans le monde contemporain.

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Cosmique cosmétique. Cosmétologie de la parure, par Bertrand Prévost

On interroge ici la dimension cosmique de la parure : qu’y a-t-il de mondain dans une coiffe, un maquillage voire un ornement guerrier ? En quoi le pli d’une robe s’accorde-t-il avec le monde ? Il ne faut pas se méprendre sur la tonalité grecque de cette question. Les Grecs Anciens ont certes formalisé l’articulation du cosmique et du cosmétique, mais cette articulation outrepasse largement ce cadre pour être encore à l’œuvre dans l’esthétique ornementale chrétienne médiévale, dans l’œuvre de Gottfried Semper ou même jusque dans le grand livre de Gombrich sur l’ornement. Plus précisément, on tente de se placer au-delà du principe qui préside toujours à l’ajointement cosmique-cosmétique, à savoir : une analogie d’ordre. Tout l’enjeu est alors de poser les conditions d’un devenir-monde de la parure réel etcontinu. La question de l’adéquation entre corps et parure, ou plutôt de soninadéquation, sert notamment de cheville critique pour penser une impersonnalité de la parure par laquelle le corps se décorpore et devient « anorganiquement » avec le monde.

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Les belles idées de la défigurée : à propos du plateau labial des Mursi (Ethiopie), par Jean-Baptiste Eczet

Le plateau labial porté par les femmes Mursi est communément vu comme un objet archaïque voué à disparaître1. Au-delà des stéréotypes sur ses raisons d’être, l’argument de cet article est que le labret est une forme synthétisant un ensemble de représentations et d’actions. Il faut donc défaire le feuilleté de sens, les enjeux pragmatiques autant que les effets perceptuels que cette forme simple agence. On y découvre une modification posturale comme intériorisation du regard des hommes ; une cicatrice comme initiative engageante dans la condition féminine ; un cercle comme synthèse permanente de formes sociales éphémères ; une dé-figuration révélatrice d’un schème esthétique englobant les humains et le bétail.

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Ornement et Kunstwollen, par Massimo Carboni

Le Kunstwollen, concept inventé par l’historien de l’art autrichien Aloïs Riegl en 1901 dans son livre L’Industrie artistique tardo-romaine, a connu une fortune critique considérable dans la théorie de l’art du XXe siècle. Le présent article est pourtant une réélaboration philosophique du concept complètement novatrice, puisqu’il le met en rapport pour la première fois avec l’ornement. Dans les textes de Riegl et de ses contemporains, l’ornement est en effet souvent considéré comme l’expression la plus claire du Kunstwollen d’une culture. Mieux, cette interprétation ornementale du concept de Riegl permet de l’inscrire dans un courant de pensée qui va de Bergson à Deleuze, en passant par le Focillon de la Vie des formes, où l’ornement n’est plus un simple supplément mais l’expression d’une force vitale. Il est d’ailleurs, dans les Ateliers viennois et la peinture de Klimt contemporains de Riegl, un paramètre artistique déterminant, lié à l’émergence de l’abstraction et de la modernité.

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Les enjeux de la préférence pour les arts extra-européens dans le discours sur l’ornement en Grande-Bretagne au milieu du XIXesiècle, par Ariane Varela Braga

Au milieu du XIXe siècle, alors que les progrès de l’industrialisation et la production en série transforment la vision matérielle et symbolique de l’ornement, des théoriciens, des artistes et des architectes s’interrogent sur son origine et son renouveau dans la culture contemporaine. Le contexte britannique offre une étude de cas intéressante. Au Department of Practical Art et au Museum of Ornamental Art de Marlborough House émerge un discours sur l’ornement où ce dernier apparaît comme l’élément central dans une stratégie de compétition économique et de réforme morale. Les formes stylisées des arts des pays de l’Islam et de l’art tribal sont perçues comme de potentielles sources de renouveau pour l’ornement britannique. Il ne s’agit toutefois pas d’en copier les formes mais de les étudier afin d’en extraire des principes fondamentaux, essentiellement formels et bidimensionnels. Ces ornements apparaissent alors comme la source d’un savoir ancestral de nature rationnelle, pouvant être réemployés dans l’élaboration d’un discours moderne et normatif de l’ornement.

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« tutto quest’ordine con più ornamento » : la pensée ornementale de Michel-Ange, par Lizzie Boubli

La question de l’ornement semble une évidence quand on évoque la figure de Michel-Ange. Il existe pourtant peu d’études sur son rapport à l’ornement, souvent analysé en fonction des changements opérés dans les différents projets. Cet article propose une première révision de la place de l’ornement par le biais de quelques-unes des réalisations les plus représentatives. L’ornement répond aux exigences d’harmonie et de sens en écho avec un ensemble. Il forme un tout inséparable, complète ou éclaire la signification d’une œuvre (par exemple, le Tondo Doni). La fin de la vie est marquée par un amenuisement progressif de l’ornement. A une phase d’équilibre entre ornement et figure succède l’hégémonie de la figure humaine dans une relation transcendante avec le sacré. Mais sans une implication de l’ornement, Michel-Ange serait-il parvenu à représenter la forme humaine avec autant d’intensité ?

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Prisonniers du soleil. La part maudite de la modernité, par Guillaume Désanges et Thomas Golsenne

Le commissaire d’exposition Guillaume Désanges est interrogé par l’historien de l’art Thomas Golsenne sur sa conception de l’ornement comme « face cachée »  ou « revers » du modernisme et son usage analytique par des artistes contemporains comme Corey McCorkle ou Isabelle Cornaro. Un sujet qu’il a abordé de manière libre dans son exposition Prisonniers du Soleil au Plateau à Paris en 2010. L’ornement apparaît ainsi au centre d’un réseau d’enjeux qui interroge et conteste quelques grands modèles historique, épistémologique, politique et moral.

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Ornement architectural et expression constructive : concepts d’hier et débats d’aujourd’hui, par Laurent Koetz et Estelle Thibaut

Si le retour de l’ornement sur la scène architecturale n’est plus tout à fait un phénomène récent, il semble avoir trouvé de nouvelles motivations dans les transformations qui ont infléchi le travail de conception architecturale au cours des deux dernières décennies. Il a également bénéficié d’un riche contexte historiographique, mettant en exergue la fécondité des théories de l’ornement de la seconde moitié du xixe siècle.

L’article développe l’hypothèse selon laquelle ces théories peuvent aider à construire un appareil analytique utile à la compréhension des œuvres contemporaines. Elles suggèrent en effet des outils conceptuels applicables à un vaste spectre de productions. Nourries par des ambitions pédagogiques, motivées par un contexte d’incertitude esthétique, elles interrogent les évolutions technologiques, les changements de matériaux, les interactions entre les déterminations fonctionnelle, technique et symbolique de la forme. En analysant les démarches ornementales de quelques architectes contemporains, il s’agit de souligner le réinvestissement d’une poétique architectonique liée aux motifs constructifs et à leur potentiel mémoriel.

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Art ornemental, art environnemental : au-delà ou en deçà de l’image (art médiéval, art contemporain),  par Jean-Claude Bonne

On propose une manière d’archéologie de certains paradigmes à l’œuvre dans l’art contemporain depuis le milieu du XXe siècle — paradigmes dont le vitalisme ornemental de Matisse a été le grand initiateur. Ils constituent une relance désublimante et an-esthétique des composantes décoratives, rituelles et environnementales des arts traditionnels comme ceux du Moyen Age. Ainsi, au Brésil, dans les années 1960-80, Lygia Clark et Hélio Oiticica ont mené un travail pionnier qui est sorti, au double sens de ce mot, de la peinture de chevalet pour viser la fusion utopique de l’art et de la vie. Leurs pratiques artistiques, marquées par le refus de l’image, se sont orientées vers la fabrication d’objets dont la manipulation est la seule raison d’être ; elles ont proposé des performances participatives à ce qui ne peut plus être un pur spectacle et cherché à concevoir une architecture associée à la couleur pour créer un milieu stimulant pour ceux qui le parcourent mais n’y ont rien à proprement contempler.

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Varia

Unctio : la peinture comme sacrement dans la Pietà de Giovanni Bellini à la Pinacothèque Vaticane, par Vicki-Marie Petrick

Cet article aborde spécifiquement et en profondeur la cimaise du Couronnement de la Vierge toujours conservé à Pesaro duquel elle a été détachée. Nous nous penchons particulièrement sur l’iconographie particulière du panneau qui peut mieux être qualifié de scène d’Onction. Nous nous posons pour but de comprendre le lien entre le choix de sujet de Giovanni Bellini et son choix de pousser plus loin son adoption de l’huile comme médium pour ses vertus propres. Nous pourrons ainsi comprendre sous un autre angle le développement de l’avènement de la peinture à l’huile dans l’art vénitien où le médium serait investi de signification symbolique. L’huile comme liant serait en relation tautologique, au sens russoien, avec la scène représentée. L’argument se développe selon trois axes : les traditions plastiques de l’ordre franciscain, la production de la culture visuelle de Venise, et la “conversation” beltingienne entre le Vénitien, Andrea Mantegna et Antonello da Messina. En examinant bien les pièces du dossier, il semble que Giovanni Bellini veuille peindre sa propre image miraculeuse qui prépare un rite sacramentel de contemplation dans lequel l’artiste serait le sacerdoce.

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2 Reponses à “ parution du numero 10 Inactualite de l’ornement ”

  1. pour info Jean-Louis Flecniakoska a déposé une thèse intéressante sur l’ornemental dans les années 90 à la fac de Strasbourg

  2. [...] Images Re-vues [revue en ligne], 2012, n°10, Inactualité de l’ornement. Disponible sur <http://imagesrevues.revues.org/1787> Compte-rendu et présentation du numéro disponibles sur : <http://culturevisuelle.org/imagesrevues/113>. [...]

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