Le jeu vidéo “Mass Effect” au cinéma : l’un s’échine quand l’autre s’épuise…

Alors que la crise économique réduit en permanence les budgets des blockbusters américains, voire les repousse ou les annule, la nouvelle du jour concerne l’adaptation du jeu vidéo Mass Effect sur grand écran. Electronic Arts, les producteurs du jeu, ont annoncé la mise en chantier d’un long métrage. Ce ne sont évidemment pas les premiers à s’y risquer. Mass Effect suit le commandant Shepard, un militaire employé à sauver la galaxie contre une invasion extraterrestre. De la science-fiction à grand spectacle, donc, mais qui dit “grand spectacle” dit “(très) gros budget” et d’autres projets du même genre se sont essayés au cinéma et s’y sont cassés les dents.

On peut citer Halo, devant être réalisé par Neill Blomkamp, dont les restes donnèrent naissance au film District 9 (2009). Le budget trop élevé avait mis en quelques mois le projet au placard. L’adaptation de Gears of War était aussi très attendue. Ce jeu vidéo est déjà présent la culture populaire américaine, s’offrant des clins d’œil dans plusieurs long métrages avec des adolescents jouant à la console dans Die Hard 4 – Retour en enfer (2007) ou plus récemment L’Élite de Brooklyn d’Antoine Fuqua (2010). Gears of War au cinéma s’annonçait au départ comme une trilogie, mais fut abandonné. Aujourd’hui, il semble que le projet recouvre peu à peu ses forces, mais aucune date de sortie n’est avancée. Bioshock, pour qui Gore Verbinski avait laissé sa place de réalisateur fétiche sur Pirates des Caraïbes 4, s’est vu stoppé un temps (budget trop élevé, comme toujours) avant d’accorder finalement la mise en scène à Juan Carlos Fresnadillo.

Pourquoi tant de tentatives pour adapter des jeux vidéo ? Ces jeux en ont-ils vraiment besoin ? Le cinéma en a-t-il vraiment besoin ? Voici un élément de réponse avec la bande-annonce Mass Effect 2, que nous avions pu découvrir dans nos salles de cinéma :

Avec cette bande-annonce, on peut très clairement confirmer la présence d’une mise en scène typiquement cinématographique, autant que pourrait l’être un long métrage de science-fiction. On note aussi des références à ce monde, comme l’écran du début assimilable à celui de Tom Cruise dans Minorty Report (2002), ou encore des monstres géants filmés en contre-plongée, très proches des “parasites” de Starship Troopers (1997). D’un côté, le jeu vidéo essaye de ressembler de plus en plus au cinéma, allant demander la contribution de réalisateurs pour leurs cinématiques ou à des compositeurs de bandes originales pour la musique (ce secteur est devenu très poreux, les compositeurs souvent repérés pour leur travail dans les jeux vidéo finissent au cinéma comme Michael Giacchino, oscarisé cette année pour Là-haut). De l’autre, un cinéma populaire en manque d’originalité tente de surfer sur le succès des franchises vidéo-ludiques en les adaptant, malgré un manque de moyens de plus en plus difficile. Pourtant, on refuse encore au jeu vidéo le droit d’être catégorisé officiellement comme un Art au même titre que le cinéma.

Bien que le jeu vidéo s’échine à faire du cinéma en quête de reconnaissance, le cinéma s’épuise à vouloir faire du jeu vidéo alors qu’il ne semble plus en avoir les moyens. Qu’en sera-t-il pour Mass Effect, le film ?

4 Reponses à “ Le jeu vidéo “Mass Effect” au cinéma : l’un s’échine quand l’autre s’épuise… ”

  1. Dommage que les choses aillent dans ce sens (du jeu vidéo vers le cinéma) et trop peu dans l’autre. Je suis convaincu qu’il y a une demande pour des jeux vidéos pour adultes, Bioshock est un exemple intéressant (j’en parle un peu ici). Le réalisateur Mathieu Kassovitz, grand vidéojoueur paraît-il, s’est dit intéressé par la création de jeux (Guillaume Fraissard, “L’émotion derrière les pixels du jeu vidéo ‘Heavy Rain’, Le Monde, 21-22 février 2010). Mathieu, on t’attend manette au poing ;-) Quant à Mass Effect, outre quelques effets visuels, j’ai trouvé le jeu vidéo assez rapidement ennuyeux, alors aller voir le film… mais je suis un vieux, certes.

  2. @Erwan : à noter que tous les créateurs de jeux vidéos ne sont pas favorables à ces transpositions, que ce soit dans un sens ou dans l’autre. Ce qui peut aisément se comprendre quand on voit le massacre de certaines œuvres (“Tomb Raider” par exemple) ou du côté opportuniste de l’exploitation de licence dans le cas d’une transposition cinéma-jeux vidéo (je pense aux nombreux jeux Lucasart issues de de Star Wars, dont certains sont très réussis comme “Dark Forces” et ses suites, et d’autres qui jouent la carte du bon pigeon qui a aimé le film et qui va acheter le jeu : l’épisode 1, et le jeu éponyme, en sont le meilleur exemple).
    Le site Jeuxvideo.com a recensé une intervention d’Eric Viennot (créateur d’”In memoriam”) qui critique justement Kassovitz :
    http://www.jeuxvideo.com/news/2010/00040907-le-jeu-video-est-il-l-avenir-du-cinema.htm

    Kassovitz a aussi répondu sur le blog de Viennot, et apparemment les échanges ont été houleux :
    http://ericviennot.blogs.liberation.fr/ericviennot/2010/02/lettre-ouverte-%C3%A0-trois-v%C3%A9n%C3%A9rables-cin%C3%A9astes.html

  3. Tu fais bien de me rappeler, l’air de rien, qu’il existe de fort nombreux exemples de transpositions de films en jeux vidéo, pour le meilleur et souvent pour le pire… Dommage car — c’est surtout cela que je voulais dire plus haut — cette direction me semble beaucoup plus intéressante que l’autre : le film donne envie de se plonger dans un univers et fournit une trame (à ne pas suivre trop fidèlement tout de même, sinon c’est l’ennui assuré) ; puis le jeu (réussi), quant à lui, exauce en quelque sorte ce souhait d’immersion.

    À l’inverse, passer du jeu au film revient à être privé d’une liberté d’action à laquelle on peut être très attaché. Bien qu’en général le cinéma demeure actuellement — mais temporairement — supérieur au jeu vidéo sur plusieurs plans, les débats en témoignent, j’ai un très mauvais apriori sur cette transposition-là. Par ailleurs, et Bioshock en est une fois encore un bel exemple, un jeu vidéo réussi n’a pas forcément besoin du cinéma comme précédent, ou alors en tant que source d’inspiration non nécessairement liée à un film en particulier.

    J’ai parcouru les débats autour du billet d’EV. Le gameplay est essentiel, c’est indéniable ; étant bien plus jeune, j’ai passé beaucoup de bon temps sur Pong (ou un équivalent), pourtant assez épuré du point de vue des effets visuels et du scenario (!). Pourtant, je ne suis pas d’accord avec EV : en tant que joueur je ne mettrais pas au second plan l’importance du reste, comme le fait EV. Aujourd’hui, et s’agissant de jouer seul ou en coopération, j’attends un jeu réussi sur à peu près tous les plans. Autrement dit le gameplay, c’est un peu la voiture du jeu vidéo ; mais l’intérêt d’un voyage en voiture ne saurait se réduire à la qualité du véhicule. La comparaison vaut ce qu’elle vaut…

  4. Pour reprendre l’idée d’immersion soulignée par Erwan, on peut noter aussi la préférence aujourd’hui de créer des jeux massivement multijoueurs, dits “online” issus de franchises cinématographiques plutôt qu’un jeu de type “plateforme”. Je pense notamment à “Matrix Online”, dont les dernières lignes de “Matrix Revolutions” ouvraient le jeu et où le joueur pouvait interagir avec les personnages principaux des films. On les retrouve sur “Star Wars”, “Star Trek” ou encore “Le Seigneur des Anneaux”. Le succès du MMORPG “Wolrd of Warcraft” y est bien entendu pour quelque chose.

    Quant à l’inverse (les films adaptant les jeux vidéo), c’est surtout une notion de rentabilité qui motive les productions. Les joueurs iront voir le film, les non-initiés découvriront l’univers du jeu par l’intermédiaire du long métrage et investiront peut être dans une console de jeu…

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