La 3-D et les super-héros sont-ils encore des valeurs sûres pour Hollywood?

Alors que sort le huitième et dernier volet de la saga Harry Potter, battant tous les records d’entrées dans le monde entier, cette remise en cause des super-héros et de l’usage de la stéréoscopie par Hollywood semble quelque peu déplacée. Pourtant, journalistes, spécialistes et spectateurs n’ont jamais été aussi critiques envers ces deux valeurs phares du cinéma à grand spectacle de ces dernières années. Cette désaffection est, par ailleurs, allée crescendo depuis l’introduction de projections stéréoscopiques dans les salles conventionnelles à la fin de 2008 (sortie du film d’animation Volt des studios Disney). Trois ans plus tard, le récent échec cuisant sur le sol américain de la super production 3-D Green Lantern de la Warner a poussé certains journalistes à jouer les Cassandre sur l’avenir des super-héros au cinéma1 et de la stéréoscopie, en retraçant le parcours des deux poules aux œufs d’or dont jouissent actuellement les toutes puissantes majors américaines.

Avec cet article, je compte faire le point sur la situation actuelle, sachant que de nombreux films rassemblant ces deux thèmes ne sont pas encore sortis et que d’autres sont encore à l’étude.

Il y a une dizaine d’années, Bryan Singer, reconnu pour son Usual Suspects, fut le premier de sa génération à convaincre Hollywood de revenir à l’adaptation de comic-book sur le grand écran avec la franchise X-Men. À cette époque, le pari était risqué sachant que durant la décennie précédente, seuls Batman et Superman détenaient une aura suffisante pour bénéficier chacun d’une série de quatre longs métrages. D’ailleurs, les deux derniers films de chaque série ont longtemps été décriés par la critique, le public et les fans. Les autres adaptations dont on peut se souvenir seraient The Shadow avec Alec Baldwin (1994) ou encore Sylvester Stallone en Judge Dredd (1995), des antihéros dépeints dans des films vite qualifiés de séries B à gros budget. Précédée deux ans auparavant d’un discret Blade de qualité, la sortie en 2000 de X-Men fut suivie d’une bonne réception de la part du public comme de la critique et ouvrit pleinement la voie à la production massive de films de super-héros.

Comme je l’avais marqué dans un article précédent, les années 1990 étaient avant tout marquées par les films catastrophes où les effets spéciaux étaient essentiellement utilisés pour détruire de la façon la plus spectaculaire possible les grandes agglomérations américaines. Au début des années 2000, la tendance s’inverse en quelque sorte et le public ne cherche plus le contexte qui révèlera un héros humain, mais un héros surhumain qui les sauvera quelque soit le contexte. On peut associer ce changement radical de mentalité au traumatisme collectif suivant le 11 septembre 2001. Les Américains en eurent assez des destructions fictives de leurs villes après en avoir subit une terrible dans la dure réalité. À la recherche de héros pour les sauver de ce monde devenu très menaçant, le Spider-man de Sam Raimi virevoltant au milieu des gratte-ciels de la grosse pomme rencontra un succès retentissant en 2002. La première bande-annonce de Spider-man qui mettait en avant les Twin Towers du World Trade Center avait été rapidement supprimée du Net peu après les évènements, tout comme les plans larges de New York ou les reflets où apparaissaient les bâtiments dans le long métrage.

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Les années 2000 furent alors rythmées d’adaptations et de suites avec une trilogie pour les X-Men (2000, 2003, 2006) et une pour Spider-man (2002, 2004, 2007) et de nombreuses autres franchises ont aussi fait leur trou au box office comme Les 4 fantastiques, Ghost Rider, Hulk, Iron Man, Hellboy… 2005 marque le retour de l’homme chauve-souris au cinéma avec Batman Begins, premier blockbuster mis entre les mains (à l’époque) auteuristes de Christopher Nolan. Cet épisode prenait le risque de revenir aux origines du héros et de retracer son ascension dans une Gotham City contemporaine et réaliste. Le succès rencontré rassura les studios qui avaient investi dans des franchises et avaient enfin la possibilité de les réhabiliter en les faisant repartir de zéro, lançant la tendance assumée des reboots2 (James Bond en fera les frais l’année d’après avec Casino Royale). De plus, la saga X-Men profita de la popularité du personnage de Wolverine pour lui accorder un volet spinoff3 qui lui a été spécialement consacré en 2009.

Fait inédit, lors de la production de L’Incroyable Hulk, le réalisateur français Louis Leterrier proposa d’accorder son récit avec celui du film Iron Man en y combinant des éléments communs afin de créer une mythologie globale de ces franchises Marvel4. Très bien accueilli, ce choix créa une émulsion chez les studios hollywoodiens qui voyaient le moyen de légitimer l’adaptation de nombreux héros Marvel restés encore dans les cartons et d’aboutir à un film évènement rassemblant tous ces personnages. Ce dernier est celui des Avengers, actuellement en production, alors qu’un Iron Man 2, Thor, Captain America auront préparé le terrain jusqu’à l’été 2012. Il faut aussi souligner qu’en premier lieu, ce type de projet échoua. Après le retour de Batman et Superman au cinéma, la Warner, détentrice des franchise DC comics, proposa de lancer La Ligue des justiciers, rassemblant les héros de DC comics autour de Bruce Wayne et Clark Kent (Kal’El pour les connaisseurs). Réalisé par George Miller (Mad Max, Happy Feet), le film devait rassembler les casting de Batman Begins et Superman Returns, mais le projet avorta avant même le début du tournage, n’entravant en rien l’énorme succès de The Dark Knight en 2008.

L'équipe au complet des Avengers présentée au Comic Con de San Diego de 2010

The Dark Knight, Watchmen, Hancock, ces films sortis à la fin des années 2000 se sont engagés dans une réflexion plus nuancée du super-héros. Ce dernier n’est plus blanc comme neige, mais avec sa part d’ombre, comme n’importe qui. Outre cette mouvance moins glorifiante, l’offre de ces films et de leurs déclinaisons multiples semble être arrivée à une certaine saturation pour le public. Le réalisateur Matthew Vaughn (Kick-Ass, X-Men: First Class) avait déclaré lors d’une interview que l’industrie hollywoodienne menaçait les films de super-héros5). En 2011, on compte cinq de ces sperproductions : The Green Hornet, Thor, X-Men: First Class, Captian America: First Avenger et Green Lantern (dont quatre sont convertis en 3-D). Les recettes modérées des trois premiers et le crash américain du dernier ont laissé penser que le succès des super-héros au cinéma n’était plus aussi systématique.

Un article du site The Wrap expliquait en cinq points le pourquoi de cette désaffection du public6. Un problème lié à la réception de la 3-D est effectivement souligné, mais c’est avant tout la désertion des salles des hommes de moins de 25ans, public cible des films de super-héros. L’article précise que pour la première semaine d’exploitation de Green Lantern, les hommes représentaient 64% des entrées, mais que seulement 37% du public avait moins de 25ans. Pour X-Men: First Class, les moins de 25 représentaient 46% alors que pour Thor ils n’étaient que 28%. L’une des raisons de cette situation se résumerait au casting (artistique comme technique), insinuant que les studios parient sur le seul nom des auteurs-réalisateurs recrutés (Gavin Hood pour Wolverine, Kenneth Branagh pour Thor, Martin Campbell pour Green Lantern) tout en interférant avec leurs choix artistiques en imposant des acteurs potentiellement bankables. Le critique Yannick Dahan soulignait lors d’une émission le choix de Chris Hemworth par les studios pour interpréter l’impétueux Thor, pensant que son “look de surfeur australien” correspondrait “au public californien de base, aux bouffeurs de pop corn”7.

Affiche officielle de "The Dark Knight Rises"

The Wrap et Dahan insistent aussi sur l’aspect de ces films, produits formatés pour un public adolescent dont les clichés et conventions usés jusqu’à la corde reviennent encore et toujours. Le site satirique The Onions avait diffusé peu de temps avant la sortie de Green Lantern un faux reportage qui le présentait comme un pastiche assumé de film de super-héros8. Mais bien que Green Lantern ait bénéficié de la campagne de promotion la plus chère à ce jour n’empêcha son échec commercial (annoncé), car son héros ne bénéficie pas de la popularité d’un Batman ou d’un Superman. Les studios auront du mal à créer des franchises aux bases solides en lançant des super-héros presque inconnus avec des films déjà vus. Pourtant, Hollywood ne semble pas s’effrayer de cette situation et poursuit son chemin avec de nombreuses autres superproductions à venir avec les Avengers ou les reboots de Spider-man et de Superman. La première bande-annonce de The Dark Knight Rises diffusée aux États-Unis en avant programme de Harry Potter et les Reliques de la mort – partie 2, annonce aussi un paradoxe liée à la popularité des auteurs. À la question fatidique de savoir si son troisième Batman serait tourné en 3-D, Christopher Nolan, répondit qu’il n’en serait rien9). Ce choix fut ensuite salué sur la toile pour le recul que prenait le réalisateur d’Inception par rapport à cette technologie.

Depuis l’engouement accompagnant l’Avatar de James Cameron fin 2009, la 3-D ne semble plus elle aussi en odeur de sainteté dans les salles obscures. De nombreuses critiques et attaques ont fleuries peu à peu contre la 3-D au cinéma, atteignant un certain “ras le bol”10 pour la sortie du quatrième Pirates des Caraïbes en mai dernier. Pour la première fois, la majorité du public américain à opté pour une séance classique 2-D plutôt que 3-D pour le blockbuster made in Disney. La tendance s’est d’ailleurs confirmée avec Kung-Fu Panda 2 quelques semaines après. La question du supplément sur le prix du billet est au cœur du débat. Pour la première semaine du huitième Harry Potter sur les 27 cinémas le diffusant sur Paris intramuros, 22 proposaient une projection 3-D, mais 7 d’entre eux n’offraient pas la possibilité de le voir aussi en 2-D11. De plus, les films d’animation créés par ordinateurs se retrouvent tout naturellement projetés en 3-D, attirant les familles au cinéma, mais le prix de la location des lunettes s’ajoutant au tarif de la place, sans oublier que le port de ces lunettes devient rapidement gênant pour les enfants en bas âge.

Du point de vue artistique, l’emploi de la stéréoscopie s’est révélé très limité. Le succès d’Avatar a engendré bien plus de conversions que de réalisations en 3-D. Afin de surfer sur la popularité du film de James Cameron, les majors se sont vite empressées de convertir leurs blockbusters déjà tournés, faisant exploser le budget accordé habituellement en postproduction. Les studios espéraient alors récolter des bénéfices supplémentaires en attirant plus de monde avec les deux caractères “3″ et “D” estampillés un peu partout sur leurs affiches et insistaient lourdement à la fin de chaque bande-annonce. Mais cette “fausse 3-D” s’est faite rapidement pointée du doigt pour de nombreux défauts imputables au procédé. Jeffrey Katzenberg, responsable du département animation chez Dreamworks, constata le désamour du public américain pour la 3-D, expliquant que les studios avaient floué ces derniers en leur proposant des conversions bas de gamme pour un tarif plus élevé12.

Affiche officielle d'Avatar

Tout d’abord, tous ces films convertis n’ont pas été pensés en trois dimensions. Or, les rares cinéastes ayant travaillé en réelle stéréoscopie ont tous noté que cette technologie imposait certaines limites, en terme de montage notamment. En dehors des films d’animations, seuls cinq films 3-D l’ont été pensés dès le départ : Avatar, Alice au pays des merveilles, Tron: l’héritage, Sanctum et Transformers 3. À l’inverse de la qualité irréprochable de la stéréoscopie présentée, leur scénario n’a pas été leur point fort, et c’est sur cette faiblesse que ces ambassadeurs de la 3-D au cinéma ont été le plus souvent attaqué. Le public a aussi sa propre image de la 3-D, certains espérant que des objets sortiront de l’écran. La stéréoscopie est avant tout une façon de donner une profondeur à l’image. Autant la numérisation du son a permis de créer une profondeur dans laquelle placer le spectateur, avec plusieurs canaux autour de lui, autant la numérisation de l’image a permis de transformer l’écran plat en une fenêtre ouverte sur un autre monde, en donnant une profondeur à l’image filmée.

Un autre gros souci, cette fois-ci d’ordre technique, décrié par le public fut la faible luminosité de l’image 3-D par rapport à celle en 2-D. Cette différence s’explique simplement du fait que l’obturation alternée des images pour rendre l’effet stéréoscopique entraine une baisse de la luminosité globale de l’image projetée. Mais ce problème ne fut jamais pris en compte par les studios qui convertissaient leurs films a posteriori, trahissant la vision originelle de leurs réalisateurs. Je me rappelle qu’à la sortie en France du Choc des titans, le film n’avait été diffusé qu’en 2-D au Grand Rex à Paris, tant les tests de projection en 3-D étaient décevants. Ryan Greenfield, analyste pour la BTIG, a organisé une étude sur le rejet de la 3-D par le public américain, suite à une étude réalisée par le Boston Globe pointant les évidentes mauvaises qualités de projection13). “Faites moins de films en 3-D en 2012″ conseilla Greenfield à Hollywood14.

Il faut aussi préciser qu’au début de cette nouvelle vague stéréoscopique, deux systèmes s’affrontent : Dolby 3D et Real D. Les premières salles françaises se sont équipées en Dolby 3D avec des lunettes dites actives (grosses lunettes rouges Xpand, ça vous dit quelques chose ?) alors que les Américains se sont finalement accordés sur le Real-D (lunettes légères dites passives, avec des verres polarisés). Et quand les Américains choisissent, il faut emboiter le pas, et ce n’est que cette année que les salles françaises on toutes abandonnées leur équipement Dolby 3D pour le Real-D. Mais ce n’est qu’en 2011 que le problème de la faible luminosité a été à moitié résolu avec Transformers 3. La luminosité des copies 3-D a été augmentée en postproduction afin de correspondre à celles en 2-D15. Bien que son film ne restera pas dans les plus grands chefs d’œuvres du Septième art, Michael Bay avait été invité à une conférence avec James Cameron pour discuter la façon d’appréhender pleinement la 3-D16. C’est d’ailleurs le tournant crucial de l’usage de la stéréoscopie : que les auteurs s’en empare. Les projets 3-D les plus attendus des spectateurs ne sont pas forcément les plus spectaculaires, mais ceux réalisés par des noms connus. Dans cette liste, arrive en première position le Tintin de Steven Spielberg, ainsi que les deux parties de The Hobbit de Peter Jackson, mais aussi L’Invention de Hugo Capret de Martin Scorsese ou les deux derniers volets de la trilogie Avatar, car la mise en scène de la 3-D doit être pensée dès le départ par son réalisateur.

Le réalisateur Peter Jackson posant devant des écrans 3-D, sur le tournage de The Hobbit

Il serait idiot de jouer aujourd’hui les prophètes sur la fin de la 3-D ou des super-héros. Cependant, les signes de faiblesses de ces deux juteux business de ces derniers temps devraient pousser les studios à revoir leur façon d’aborder le problème. De plus, les conversions 3-D se feront de plus en plus rares, étant donné que chaque retour pour un film converti (même pour l’ultime Harry Potter) est toujours mitigé ou négatif. L’emploi de la 3-D restera quoi qu’il en soit une entreprise très coûteuse à chaque phase de la réalisation d’un film, mais le développement actuel des équipement home cinéma 3-D laisse à penser que la stéréoscopie à encore un long chemin devant elle avant de s’éteindre à nouveau. Il en est de même en ce qui concerne nos héros costumés. Le futur succès de The Dark Knight Rises et du reboot de la franchise Spider-man, produisant une véritable effervescence à chaque image ou information filtrée, ainsi que la présence des autres projets de suites encore en préparation confortent Hollywood à continuer encore un moment dans cette voie, sans pour autant savoir quelle sera la tendance des blockbusters des années 2020.

  1. “Box office : la débâcle des films de super-héros” par Romain Blondeau – Les Inrocks []
  2. Le terme anglais “reboot” désigne un redémarrage d’une franchise. Cette tendance poursuit l’idée de remake, tout en y incluant l’idée d’en réaliser des suites. []
  3. Plus souvent employé à la télévision, le terme anglais “spinoff” signifie la réalisation d’une œuvre souvent sur l’un des personnages d’une première histoire. []
  4. En plus de personnages secondaires ou d’éléments matériels en commun, comme des appareils militaires Stark ou l’agence gouvernementale secrète du S.H.E.I.L.D., les productions Marvel. On retrouve dans celle de L’Incroyable Hulk Robert Downey Jr. qui y interpréte le Tony Stark d’Iron Man. []
  5. “‘Mined to death?’ ‘X-Men’ director says Hollywood is killing the superhero movie” par Goeff Boucher – Hero Complex (Los Angeles Times []
  6. “Too many men in tights? 5 reasons the superhero summer has been a bust” par Daniel Frankel – The Wrap []
  7. À partir de 3:27 – http://www.dailymotion.com/video/xiut62_yannick-dahan-meme-pas-t-h-o-r_webcam []
  8. http://www.theonion.com/video/green-lantern-to-fulfill-americas-wish-to-see-lant,20741/ []
  9. “Nolan: ‘Dark Knight Rises’ finds future in IMAX, not 3-D” par Goeff Boucher – Hero Complex (Los Angeles Times []
  10. http://www.reactionbuzz.com/pirates-des-caraibes-en-3d-ras-le-bol-529/ []
  11. Source Allociné.com []
  12. “Jeffrey Katzenberg on the ‘Heartbreaking’ decline of 3D” par Pamela McClintock – The Hollywood Reporter []
  13. “A movie lover’s plea: let there be light” par Ty Burr – Boston.com (The Boston Globe []
  14. http://www.glgroup.com/News/Mark-Twain-Richard-Greenfield-and-the–Death–of-3D-54176.html []
  15. “Paramount releasing ultra-bright digital prints of ‘Transformers: The Dark of the Moon’ to combat poor 3D projection” par Russ Fischer – Slashfilm []
  16. http://www.youtube.com/watch?v=LsbpyDlz25k []

5 Reponses à “ La 3-D et les super-héros sont-ils encore des valeurs sûres pour Hollywood? ”

  1. Je trouve ton résumé un peu cavalier, il faudrait maintenant reprendre chaque affirmation et se demander : est-ce que c’est exact ? :-)
    D’abord quand tu dis que Bryan Singer ou Louis Leterrier ont convaincu les studios de se lancer dans telle ou telle aventure, c’est comme si tu disais qu’un ouvrier de Renault a convaincu sa direction de lancer la Twingo : ce n’est pas du tout comme ça que ça se passe, il y a très peu de réalisateurs qui aient les moyens d’exiger ou même de proposer quoi que ce soit d’un quelconque studio, hors ceux qui sont eux-mêmes producteurs exécutifs voire directeurs se studio : Cameron, Spielberg, Lucas. On le voit parfaitement dès qu’un véritable auteur est réquisitionné : il redevient un ouvrier spécialisé et le film colle assez mal dans sa carrière. Et quand les studios communiquent sur l’apport des réalisateurs, c’est du pur storytelling en général, à mon humble avis – mais peut-être que c’est moi qui peint le tableau en noir ?
    Sur les années 1990 (le début 1990), elles sont celle du film catastrophe si tu veux (mais il y en a eu bien d’autres avant, et souvent marquants) mais aussi et surtout celle des films catastrophiques (les grands succès sont Ghost, Point Break, Hot Gun,…), des armes à feu (la découverte du Kung fu par les US à la suite de Tigres et Dragon ou de Matrix a été un bol d’air frais dans les films d’action). Je ne suis pas certain qu’il existe une relation directe entre 11/09/2001 et production de films catastrophe, si ce n’est qu’il y a eu un petit arrêt de la production de ce genre de films pendant quelques années, une manière de respecter le deuil quoi, mais ça n’a pas du tout duré.
    Sur les super-héros, j’aurais tendance à voir trois dates importantes :
    - Début des années 1980, Hollywood met de l’argent dans Superman, mais aussi dans Flash Gordon, Popye (Robert Altman), Annie (John Huston !), et un peu plus tard Dick Tracy et Le Fantôme du Bengale – des grands classiques du daily-strip. Des efforts énormes de vraisemblance visuelle mais aussi de fidélité sont faits, avec les moyens de l’époque bien sûr, mais ça changeait de ce qui s’était fait jusque lors.
    - fin des années 1980 début 1990, gros choc avec les deux Batman de Tim Burton qui pour la première fois explorent (à la suite des BDs de Miller-Mazzuchielli et Moore-Bolland) la face sombre d’un personnage de comic-book. On en disait à l’époque exactement ce qu’on a dit ensuite des deux films de Christopher Nolan. La suite de la série fera retomber le soufflé (et la suite de l’oeuvre de Tim Burton le fera bruler mais c’est une autre histoire). C’est à la fois le début de quelque chose et la fin des harricots car on s’est alors aperçu que le super héros pouvait rapporter énormément d’argent, et peu de réalisateurs ultérieurs auront autant de liberté artistique à mon avis.
    - autour de 2000, la technologie permet enfin de tout imaginer, ou presque, et on connaît la réussite de X-Men et de Spiderman. L’adaptation Marvel devient une industrie et les films sortent les uns après les autres, pas toujours avec succès (les affreux Catwoman et Elektra auront l’insuccès mérité, mais d’autres films plus réussis comme le correct Daredevil et le Hulk d’Ang Lee – premier et unique vrai film de la franchise Marvel pour moi, même si ce n’est pas le meilleur Ang Lee loin de là – souffriront pas mal).
    Pour moi, il y a beaucouup trop d’argent dans les films adaptés de comic-books, et l’argent rend trop prudent pour être vraiment novateur, les bons films adaptés récemment sont les “petits films” comme Kick Ass ou Mystery Men. Bon j’ai bien aimé Green Hornet mais c’est un cas très singulier : pas de comic-book de référence, un réalisateur et un scénariste extrèmement fûtés et habitués à détourner les contraintes.
    Bon on pourrait en causer longtemps mais j’ai du boulot :-)

  2. - Pour les réalisateurs comme Singer ou Leterrier, c’est plus l’idée de proposisition d’un concept plutôt que son exigence auprès des studios, sinon Singer aurait demandé beaucoup plus d’argent pour le premier X-Men pour éviter de se retrouver avec un film d’1h30. J’avais pu assister à une masterclass de Leterrier pour L’Incroyable Hulk où il avait précisé le processus d’inclure dans le film des références multiples à l’univers Marvel.
    - Les films catastrophes des années 2000 sont clairement plus pessimistes que leurs prédécesseurs des années 1990 en commençant ou terminant par la destruction d’une partie voire la totalité de l’humanité et leurs personnages principaux ne sauvent plus le monde, mais désormais leurs proches.
    - J’ai volontairement mis à part les films d’actions à la Die Hard ou Arme fatale qui ont pullulé dans les années 80 à 90 car c’est un genre qui n’a pas vraiment de connexion avec les films de super-héros (en dehors du succès sérial au box office), mais plutôt sur les films d’espionnage par exemple (James Bond, Jason Bourne…).
    - Il faudra qu’on en rediscute pour Hulk, car il y a quand même X-Men et Spider-man juste avant dont les réalisateurs ne sont pas connus pour être des Yes Men. Je pense qu’après Green Lantern, les studios réfléchiront à deux fois sur le formatage du produit pour être sûr de récupérer leur investissement. Je ne dis pas qu’il y aura plus de films formatés, mais le crash Green Lantern a été bénéfique pour les adaptations de comic-book.
    - Il faut aussi dire que le Batman de Burton est le premier à être officiellement qualifié de blockbuster, c’est à dire répondant aux critères nécessaires pour faire un carton au box office. Bien que Burton fut assez libre sur le film (et encore plus sur le second) Batman reste au final un produit commercial parfaitement étudié.
    - J’ai aussi bien aimé Green Hornet où Gondry a vraiment su laisser sa patte sur la mise en scène. Mystery Men est un véritable ovni cinématographique pour lequel je garde un vraie sympathie. Il serait intéressant de revenir sur sa production savoir ce qui n’a pas fonctionné. Kick-Ass est un projet à part car le film et le comic-book ont été réalisés en parallèle. Et je n’ai pas trouvé Kick-Ass bon car formaté malgré lui, et cela a brisé les espoirs que j’y avais placé. Il faut surtout citer Watchmen (pour le film sa director’s cut) qui reste une pièce maîtresse dans le monde des comic-books comme des adaptations sur grand écran.

  3. Watchmen pour moi c’est un peu une limite : adaptation quasi-impeccablement fidèle, et donc parfaitement inutile : le “live” n’apporte pas grand chose finalement. À un moment on a adapté les romans pour éviter aux collégiens de lire les livres ; avec Watchmen on évite de lire la bande dessinée :-)
    Pour Bryan Singer et Sam Raimi, ok, ce sont des cinéastes qui ne manquent pas de talent, mais leur adaptation est avant tout fidèle à l’esprit des comics, qu’ils respectent visiblement beaucoup et peut-être même beaucoup trop (mais ayant lu les mêmes Spiderman que Sam Raimi au moment de leur publication, j’ai du mal à être vraiment contre sa fidélité). Ang Lee est quand même d’une classe au dessus, et il cherche dans les comics des choses que les gens n’y voient pas tout de suite, comme la question de la famille dans Les 4 fantastiques (cf. Ice Storm), et donc, il fait du cinéma et pas uniquement de l’illustration.
    Je pense que le Superman de 1980 est le premier blockbuster de super héros, mais il est sûr que Batman par Burton a relancé la chose, d’autant que pour la première fois il y avait des noms importants au générique : Nicholson, Bassinger, Pfeiffer, De Vito, et même Prince.
    Green Hornet n’est pas vraiment un film de Gondry et lui-même ne cache pas qu’il a été embauché comme technicien. En revanche c’est vraiment un film de Seth Rogen, et en ce sens, c’est un film d’auteur.
    Que Green Lantern ait foiré est logique malgré tout : la mythologie DC est un peu moins riches en grands thèmes que la mythologie Marvel et Green Lantern est vraiment un héros difficile à rendre intéressant. Je pense que ça fera plutôt réfléchir ceux qui voudraient adapter du DC hors Batman.
    Je citais Mystery Men et Kick Ass mais il y a d’autres super héros non liés à DC ou Marvel qui ont été adaptés ou inventés et qui méritent d’être inclus à la réflexion, comme Hanckock, Ma super ex, MIB (ok, très à part, mais bon film !), ou encore le médiocre Jumper, qui s’intéresse à l’envie de puissance adolescente (un des moteurs du superhéros hein) mais oublie totalement le volet moral de la question.

  4. Tiens, ça peut t’intéresser, j’ai fait un diaporama sur l’histoire des super héros pour un workshop. C’est au format Java et il y a un petit temps de chargement des images : just clic here

  5. Il y a aussi un problème technique inconnu des grands pays (là ou le dubbling du film est rentable), mais présent dans de nombreux petits-pays:

    quand les films sont sous-titrés, la lecture de dialogues en 2D sur fond 3D est tuante pour les yeux…

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