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	<title>L&#039;Atelier des icônes &#187; politique</title>
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	<description>Carnet de recherche visuel, par André Gunthert</description>
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		<title>Les années 2000, ou la fin de l&#8217;avenir</title>
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		<pubDate>Fri, 01 Jan 2010 10:24:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>André Gunthert</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Enfance, années 1960-1970. L&#8217;an 2000 est un horizon lointain, cités mirifiques parcourues de voitures volantes, les gens habillés comme dans Star Trek. Avenir technologique et radieux. La peur de la bombe s&#8217;est éloignée. Dans les films, l&#8217;ennemi n&#8217;est plus le communiste des vieux James Bond. Totalitarismes galactiques, aliens, robots. Ennemis lointains qui disent qu&#8217;ici, il [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Enfance, années 1960-1970. L&#8217;an 2000 est un horizon lointain, cités mirifiques parcourues de voitures volantes, les gens habillés comme dans Star Trek. Avenir technologique et radieux. La peur de la bombe s&#8217;est éloignée. Dans les films, l&#8217;ennemi n&#8217;est plus le communiste des vieux James Bond. Totalitarismes galactiques, aliens, robots. Ennemis lointains qui disent qu&#8217;ici, il n&#8217;y a plus rien à craindre. Bien avant la chute du Mur, depuis les premiers pas sur la Lune, le match est gagné. Malgré le choc pétrolier, l&#8217;économie est prospère. La démocratie fonctionne. Giscard est moderne. Alain Duhamel a l&#8217;œil qui pétille. Seule inquiétude: la démographie. Mais le club de Rome veille. L&#8217;Europe est un projet à construire, un espoir contre les égoismes nationaux. On parle déjà de pollution. Je me rejouis d&#8217;être au rendez-vous de l&#8217;an 2000. J&#8217;aurai une voiture électrique. Nous serons plus heureux.</p>
<p>Trente ans après les années 1970, dix ans après l&#8217;an 2000. Tous ces rêves, ruines fumantes. La peur est partout, l&#8217;espoir, nulle part. Mickey 3D chante: &#8220;Moi je ne vois l&#8217;avenir que dans mes souvenirs&#8221;.</p>
<p><span id="more-330"></span>Ca a mal commencé. Dès le 11 septembre 2001, on sait que plus rien ne sera comme avant. Après la fin de la guerre froide, bref intervalle de paix, le monde replonge dans une bataille sans contours et sans fin. Niveaux d&#8217;alerte toujours au rouge, contrôles toujours renforcés, <em>privacy</em> toujours plus réduite: dans une guerre qu&#8217;on ne peut pas gagner, on ne revient jamais en arrière. Epuisante spirale, échec des démocraties plongées dans l&#8217;état d&#8217;exception permanent. Victoire de la terreur.</p>
<p>Un des rêves du XXe siècle: la toute-puissance de la technique et de la science. Un rêve lié à la guerre, qui faisait peur, mais dont la maîtrise paraissait à portée de main. Armées de spécialistes en blouses blanches, construisant des fusées pour la paix. Ici Houston, voici l&#8217;horizon. En recourant à des moyens dérisoires, bricolages de chambres de bonne contre la plus grande puissance technologique, le terrorisme a tué l&#8217;illusion que la science aurait toujours le dernier mot. Les machines cliquetantes de <em>Terminator</em> ont pris un coup de vieux. Celles d&#8217;aujourd&#8217;hui tiennent dans la poche et ont des couleurs vives. Bijoux plutôt qu&#8217;objets techniques. Personne n&#8217;attend qu&#8217;ils nous sauvent du désastre.</p>
<p>Qui croit en la démocratie? Ni Mitterrand, ni Delors, qui décident qu&#8217;il vaut mieux faire l&#8217;Europe contre les peuples. Rien n&#8217;ennuie comme la plèbe. On découvre comment lui faire prendre des vessies pour des lanternes. Confiscation du pouvoir par la technocratie. Fini de jouer, les enfants, laissez ça à ceux qui savent.</p>
<p>Terrain préparé pour les parvenus. Chirac, Bush, Poutine, Berlusconi, Sarkozy, pressés de mettre les rouages de l&#8217;Etat au service de leurs intérêts. Règne du mensonge et de la triche. Guerre d&#8217;Irak, comble de la mystification, comme un crachat à la face du monde. Autrefois, on disait &#8220;langue de bois&#8221;, pour moquer les discours peu crédibles des totalitarismes à l&#8217;Est. Aujourd&#8217;hui, un politique qui ouvre la bouche, c&#8217;est la novlangue d&#8217;Orwell. Blanc pour noir, intégration pour chasse aux étrangers, identité nationale pour xénophobie, réussite pour échec.</p>
<p>Blair-Merkel, même combat. Rhabillé en pragmatisme, le néolibéralisme a tué le politique. Eric Besson, emblème d&#8217;une période de reniement. Le PS est mort sans avoir souffert. Il est juste devenu superflu. A quoi bon des socialistes quand il y a l&#8217;UMP? La fin de l&#8217;espoir en politique s&#8217;appelle Obama, un candidat élu sur le slogan &#8220;Hope&#8221;. Un raccourci qui voulait simplement dire: &#8220;Hope to be president&#8221;.</p>
<p>Démocratie, république, justice. Trois vieux mots. Remplacés par la loi du plus fort. Contrôle au faciès, Guantanamo, apartheid anti-palestinien. Ceux qui ont le pouvoir ont tous les droits, sans restriction, sans frein moral. Les faibles, ceux que l&#8217;institution avait pour mission de protéger, sont glissés sous le tapis. Même les tentes Ikéa font tache dans le paysage, nettoyons la jungle de Calais, passons tout ça au karcher.</p>
<p>L&#8217;économie est une farce. Le chômage de masse, chantage permanent à la modération des salaires et à la docilité des salariés. Le sauvetage des banques, la plus belle leçon de l&#8217;économie mondiale. La prochaine grande puissance économique est une dictature communiste. Pendant ce temps-là, en Occident, on meurt de travailler plus. Certains pensent que la précarité est le propre des métiers du spectacle. Mais le spectacle est partout. On peut faire marcher une économie sans salariés. Suffit d&#8217;avoir des stagiaires.</p>
<p>Casse de l&#8217;impôt et de la redistribution. Des Etats en chaussettes, qui ont tiré toutes leurs cartouches, plus capables d&#8217;assurer le minimum: l&#8217;entretien des infrastructures, l&#8217;éducation, la santé, les retraites. Fonctionnaires à la porte, par ici la concurrence, dégradation des conditions de l&#8217;emploi, dégradation du service, si vous en avez assez, tapez deux.</p>
<p>La dernière grande peur, celle du réchauffement. La planète asphyxiée par les fumées d&#8217;une industrie qui meurt. Fin des glaciers, des ours blancs et de la beauté. Les courbes promettent l&#8217;inéluctable, l&#8217;agonie dans la sécheresse et les ouragans. Pour y échapper: la décroissance. Au poste de pilotage: l&#8217;ONU. Cherchez l&#8217;erreur.</p>
<p>Sous ce ciel bas et lourd, la seule bonne nouvelle s&#8217;appelle internet. On ne l&#8217;attendait pas. Repaire de violeurs et de nazis, refuge pour intellectuels frustrés, disent ceux qui ne craignent pas le ridicule. Les autres ne disent rien, et s&#8217;en servent. Outil de reconquête de la culture et du savoir, lieu de reconfiguration de la visibilité et de l&#8217;échange, espace de jeu et de retrouvailles. Le seul facteur de renouvellement dans un paysage qui crève de ne pas se voir vieillir. Pour combien de temps? Le risque de mise au pas par l&#8217;interdit ou la hiérarchisation des contenus est réel.</p>
<p><em>District 9</em>, <em>Avatar</em>: des films sont arrivés qui disent l&#8217;horreur de l&#8217;humain. La dernière aventure est <a href="http://culturevisuelle.org/icones/305">la fuite hors de l&#8217;humanité</a>. Même si toutes les époques ont leur lot de noirceur, depuis deux siècles au moins, depuis l&#8217;invention du progrès, c&#8217;est cela qui n&#8217;était jamais arrivé: avoir perdu l&#8217;espoir que demain serait meilleur qu&#8217;aujourd&#8217;hui, avoir perdu la foi dans l&#8217;homme. Après la fin de l&#8217;histoire, la fin de l&#8217;avenir. Quand le catastrophisme est devenu la seule méthode de gouvernement, pas de quoi s&#8217;étonner. Telles auront été les années 2000, années du plus désastreux retournement de l&#8217;imaginaire, de la promesse trahie, de la honte d&#8217;être qui nous sommes.</p>
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		<title>Sciences et histoire</title>
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		<pubDate>Mon, 14 Dec 2009 04:20:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hervé Le Crosnier</dc:creator>
				<category><![CDATA[Invités]]></category>
		<category><![CDATA[academic]]></category>
		<category><![CDATA[histoire]]></category>
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		<category><![CDATA[sciences]]></category>

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		<description><![CDATA[Les médias, la rue, l&#8217;éducation nationale bruissent aujourd&#8217;hui de la colère des historiens. La contraction du programme d&#8217;histoire des filières scientifiques sur l&#8217;année de première provoque débats et colère. A juste titre. L&#8217;histoire est, ces derniers temps, manipulée à des fins propagandistes, de la lecture hors-contexte de la «Lettre de Guy Môquet» à la décision [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_259" class="wp-caption alignleft" style="width: 182px"><a href="http://culturevisuelle.org/icones/wp-content/files/2009/12/hine_mechanic_0.jpg"><img class="size-full wp-image-259" src="http://culturevisuelle.org/icones/wp-content/files/2009/12/hine_mechanic_0.jpg" alt="Lewis Hine, Steamfitter, 1921." width="172" height="240" /></a><p class="wp-caption-text">Lewis Hine, Power house mechanic working on steam pump, 1920.</p></div>
<p>Les médias, la rue, l&#8217;éducation nationale bruissent aujourd&#8217;hui de la colère des historiens. La contraction du programme d&#8217;histoire des filières scientifiques sur l&#8217;année de première provoque débats et colère. A juste titre. L&#8217;histoire est, ces derniers temps, manipulée à des fins propagandistes, de la lecture hors-contexte de la «Lettre de Guy Môquet» à la décision prise par Nicolas Sarkozy en janvier 2009 d&#8217;ouvrir un «Musée de l&#8217;Histoire de France», prélude au grand débat national sur «l&#8217;identité» que l&#8217;on sait. La condensation en une année de lycée d&#8217;une matière qui demande au contraire recul et méthode ne peut que modifier l&#8217;enseignement, et finalement la compréhension de l&#8217;histoire et plus encore son impact sur le présent. Elle annonce aussi une vision «rationelle» des lycéens, désireux de capter des points dans la grande chevauchée du baccalauréat et pondérant leurs efforts en fonction des coefficients, comme les caricature Richard Descoing, chargé de mission sur la réforme des lycées, dans Le Monde du 9 décembre. Une vision utilitariste qui cible particulièrement les lycéens scientifiques.</p>
<p>Mais c&#8217;est en réalité «en creux» qu&#8217;il faut interpréter le plus profondément la proposition ministérielle et les positions exprimées dans les grands médias. C&#8217;est derrière l&#8217;écran qu&#8217;il faut chercher; derrière l&#8217;écran de fumée qui masque et derrière celui des petites lucarnes, dont la lumière nous aveugle. C&#8217;est la conception de l&#8217;enseignement des sciences qui est le véritable enjeu&#8230; et derrière lui la conception même des sciences et du travail scientifique.</p>
<p><span id="more-247"></span>Ce qui nous est prétendu à longueur d&#8217;interviews et de messages est que l&#8217;abandon de l&#8217;histoire en terminale scientifique permettra de recentrer les lycéens de la filière scientifique sur l&#8217;enseignement des sciences. Belle tautologie, qui rejoint les préconceptions largement répandues sur la «science», activité des polars, ou des «no-life» comme disent les ados d&#8217;aujourd&#8217;hui, technique culturelle spécifique, faite de répétition et d&#8217;exercices. Malheureusement, cette démagogie laisse dans l&#8217;ombre l&#8217;analyse réelle de ce que représente une carrière scientifique, et la place des sciences et techniques dans l&#8217;organisation sociale.</p>
<p>L&#8217;école a toujours une triple tâche, dont elle s&#8217;acquitte avec des formes différentes et suivant des modalités variables, mais dont on peut toujours repérer l&#8217;articulation: renouveler les élites dirigeantes, augmenter le niveaux global des connaissances de la société pour garantir la compétitivité d&#8217;un pays (ce qui a de larges effets positifs sur la citoyenneté), et enfin préparer les forces de travail adaptées aux conditions de la production. Durant la période de grande démocratisation de l&#8217;école (des années 1950 aux années 1980), les disciplines scientifiques permettaient la sélection des futurs dirigeants quand les formations «professionnelles» (lire «industrielles») nourrissaient les fabriques en ouvriers «spécialisés», (par oxymore, sans affectation précise mais capable de se plier au fonctionnement de l&#8217;usine). Il fallait maîtriser les mathématiques pour réussir le numerus clausus de médecine, et avoir fait ses classes dans la chaudronnerie ou le secrétariat pour lier ses poignets aux mécanismes de sécurité des presses industrielles et accomplir des gestes robotiques sous l&#8217;oeil du chronométreur. Mais avec la mondialisation, d&#8217;autres critères permettent de reproduire les classes dirigeantes, notamment la maîtrise de plusieurs langues vivantes et l&#8217;aptitude aux synthèses. En revanche, la production de la nouvelle force de travail adaptées à la «société de la connaissance» passe par une maîtrise des techniques, notamment des techniques de l&#8217;information et de la communication, et par la spécialisation d&#8217;une large partie des scientifiques dans l&#8217;exécution de tâches de contrôle de processus ou d&#8217;analyse de données, principalement dans les domaines de la chimie et de la biologie. Nombre d&#8217;étudiants des filières scientifiques deviennent ensuite les servants des capteurs et actionneurs informatisés, nourrissant des machines de traitement de l&#8217;information en données brutes.</p>
<p>Cette nouvelle répartition des rôles induit un changement profond de la conception des disciplines scientifiques. Quand les mathématiques pouvaient cumuler les avantages de sélectionner les futurs dominants et de préparer aux carrières spécifiques de la recherche et de l&#8217;ingénierie, elles étaient la discipline reine. Et de vanter la capacité de cette matière à former au «raisonnement logique», à l&#8217;analyse déductive et finalement à produire les personnes capables de traiter avec la même impartialité de méthode les sujets les plus divers. Mais la science a changé. Foin des méthodologies et de l&#8217;argumentation, il s&#8217;agit dorénavant de produire des «innovations», que l&#8217;on va comptabiliser en nombre de brevets, de publications ou de citations. On améliore les méthodes, on transfère à la machine (informatisée) les interprétations et on réduit celui ou celle qui pilote le processus au rôle d&#8217;OS de la société de la connaissance. La science a besoin de petites mains au service des industries du savoir et du traitement de l&#8217;information. C&#8217;est désormais cette limitation dans les outils (à chaque discipline ses techniques) et dans les objectifs (le cumul des applications innovantes) qui définit la place de la science, et donc des filières scolaires et universitaires de production des scientifiques.</p>
<p>Les chercheurs qui ont participé au premier Forum mondial Sciences &amp; Démocratie qui s&#8217;est tenu à Belèm en janvier 2009 ont largement insisté sur ce phénomène de taylorisation de la recherche. Chaque chercheur devient un élément dans une chaîne de production parcellisée. Le «travail scientifique en miettes» tend à déposséder les scientifiques des finalités de leur activité. Ils perdent la conscience du produit (ici les connaissances) qui appartient dès lors à celui qui détient la vision globale de la chaîne de production. Dans les «temps modernes» de l&#8217;ère industrielle de masse il s&#8217;agissait des concepteurs et ingénieurs, avec la complicité de la maîtrise, qui régnait sur la coursive qui courrait le long de la chaîne de production. Dans le capitalisme cognitif, ce sont les financeurs de la recherche, ceux qui peuvent transformer les grains de connaissances (articles, expériences parcellisées, brevets à spectre applicatif très limités&#8230;) en valeurs marchandes (via le marketing des produits, ou la capacité à focaliser l&#8217;attention publique qui va justifier les investissements dans tel ou tel secteur de connaissance). Et la coursive est occupée par les décideurs des politiques scientifiques, ceux qui affectent les crédits, les «contrats de recherche» et les résultats des «appels d&#8217;offre». La transformation de l&#8217;Université en société de service pour les entreprises «innovantes» et les grands groupes industriels, fournissant à faible prix stagiaires, thésards, contractuels de la recherche et, en prime, l&#8217;expertise des directeurs d&#8217;équipes de recherche, participe de ce processus. Le choix des financements de recherche n&#8217;est plus guidé par l&#8217;intérêt général, par la discussion démocratique que cela pourrait signifier, par le «tribunal de la raison» cher aux philosophes des Lumières, mais par l&#8217;intérêt bien compris, appuyé sur l&#8217;opinion. Une opinion peu encline aux méthodes scientifiques, mais formatée par l&#8217;agenda industriel (ne pas prendre de «retard») et abreuvée de projets toujours conjugués au futur, déclinant les «miracles de la science» et vendus par les experts en poudre aux yeux des relations publiques, relayés par les médias avides de sensationnel et de merveilleux.</p>
<p>Ce changement radical de la place de l&#8217;emploi scientifique, de la déqualification progressive des métiers de la recherche et de la soumission des choix scientifiques aux intérêts des conglomérats industriels modifie aussi le contenu même de la science. La tradition scientifique considère la compréhension de la «nature» (un terme utilisé par les physiciens comme par les biologistes) comme un objectif. Les expériences de laboratoire visent à créer des modèles capables d&#8217;aller au plus près du réel, tout en cherchant l&#8217;expérience qui viendrait «falsifier» la théorie pour changer de paradigme et trouver d&#8217;autres modèles explicatifs. Or aujourd&#8217;hui on voit se développer de nombreuses spécialités qui, au contraire, considèrent la nature comme une machine, qui se plierait aux conceptions et aux modèles issus des laboratoires. Des manipulations génétiques incontrôlées et lâchées dans l&#8217;environnement, de la biologie synthétique, aux modèles thérapeutiques ou aux produits chimiques diffusés (vendus !) sans réelle prise en compte des effets adverses et des risques à long terme, la liste est longue des sciences prométhéennes. La caricature étant atteinte par la géo-ingénierie, qui veut réparer la «machine-terre» elle-même, et fait fort de se présenter comme garante du «plan B» pour empêcher le changement climatique global.</p>
<p>Cette transformation de l&#8217;emploi scientifique d&#8217;une part, du projet de la science de l&#8217;autre, cette conception de la recherche comme un cumul d&#8217;innovations qui passe par la parcellisation nécessaire de la réflexion des acteurs de la production scientifique, est le pendant exact de la suppression de l&#8217;histoire en terminale scientifique&#8230; qui n&#8217;est vraisemblablement que le prélude à d&#8217;autres changements, notamment concernant la philosophie.</p>
<p>Nous aurons ainsi des producteurs de science qui pourront travailler sur des sujets aussi sensibles que la vie privée (informatique), le corps humain (génétique, appareillage), l&#8217;alimentation (organismes génétiquement modifiés, agro-chimie), les méthodes de contrôle social (calcul et statistiques), et bien évidemment l&#8217;environnement géo-terrestre (analyse des polluants, géo-engineering) sans avoir jamais eu un enseignement leur permettant de prendre conscience de la place qu&#8217;on leur fait jouer, de mettre en perspective leur rôle social. Car pour comprendre l&#8217;enjeu de l&#8217;arrêt de l&#8217;enseignement de l&#8217;histoire en terminale scientifique, et plus encore le discours ambiant sur la nécessité de focaliser les lycéens scientifiques sur ce qui serait le coeur de leur discipline, et leur permettrait de briller ultérieurement sur l&#8217;arène scientifique mondiale, il faut ajouter qu&#8217;il n&#8217;auront plus jamais dans leur cursus scientifiques à l&#8217;Université d&#8217;enseignement de l&#8217;éthique, ni de l&#8217;épismémologie et l&#8217;histoire des sciences, ni des fondements économiques de l&#8217;industrie de l&#8217;information. Le travail de dépossession des travailleurs scientifiques des finalités sociales et culturelles de leur activité doit simplement commencer de plus en plus tôt, et se poursuivre tout au long de la filière de formation des producteurs de l&#8217; «économie de la connaissance».</p>
<p>Il faudrait avoir étudié l&#8217;histoire pour reconnaître, mutatis mutandis, une image «moderne» du processus dit de «prolétarisation» qui a déjà eu lieu durant l&#8217;ère industrielle. Et donc pour anticiper sur les enjeux des affrontements sociaux qui ne manqueront pas d&#8217;éclater dans le coeur même de la production de connaissances et de la société du même nom. Nouvelles oppositions dont les mouvements des chercheurs des dernières années en France, ou les activités des «lanceurs d&#8217;alerte» au niveau du monde entier sont les premiers prototypes.</p>
<p><em>Hervé Le Crosnier, Caen, le 10 décembre 2009</em></p>
<p><em>Notes</em></p>
<p>Pour en savoir plus sur le Forum mondial Sciences &amp; Démocratie:<a href="http://fm-sciences.org/" target="_blank"> http://fm-sciences.org</a><br />
Une initiative française du FMSD aura lieu le 23 janvier 2010 à Paris:<a href="http://fmsd-france.org/" target="_blank"> http://fmsd-france.org</a><br />
Un livre-dvd retraçant les débats qui ont eu lieu à Belèm lors du premier Forum paraîtra fin décembre chez C&amp;F éditions (<a href="http://cfeditions.com/belem2009" target="_blank">http://cfeditions.com/belem2009</a>)</p>
<p>Les analyses ci-dessus n&#8217;engagent que son auteur. Elle sont exprimées rapidement et souvent de façon abrupte, comme dans tout article d&#8217;opinion lié à l&#8217;actualité. Elles restent évidemment ouvertes au débat.</p>
<p>Le terme «scientifique» dans cet article est pris dans son acception médiatique, désignant les «sciences dures», ou plus précisément les «sciences de la nature». Cela ne préjuge pas d&#8217;un autre débat nécessaire portant sur la reconnaissance du caractère scientifique des méthodes, des outils et des modes de production du savoir des disciplines dépendant des «sciences» humaines et sociales&#8230;. et au premier chef de l&#8217;histoire.</p>
<p>Il va de soi que cette analyse ne vise pas les travailleurs des sciences, mais bien le modèle de relation, de société et de projet collectif autour de la science, tel qu&#8217;il se ré-organise sous nos yeux. Pour ma part, enseignant-chercheur en informatique, spécialité internet, je suis totalement un rouage de ce phénomène. Ma propre complicité est partie prenante de ce basculement lui-même. Il s&#8217;agit pour moi, non pas de dessiner une morale du retour à la science d&#8217;antan, ni une apologie de la science « pure », mais bien de tenter de dessiner le contexte des nouvelles «luttes de classe» dans le cadre de l&#8217;économie de la connaissance. Avec toutes les contradictions que cela implique.</p>
<p><em>Texte diffusé sous licence Creative commons by-nc.</em></p>
<ul>
<li>A lire également sur ce blog: Jacques Sapir, &#8220;<a href="http://culturevisuelle.org/icones/154" target="_blank">Non à la suppression de l&#8217;histoire-géo en terminale S</a>&#8220;, 23 novembre 2009.</li>
</ul>
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		<title>Sous le signe du Donut</title>
		<link>http://culturevisuelle.org/icones/224</link>
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		<pubDate>Fri, 11 Dec 2009 23:00:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>André Gunthert</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Quelle différence entre le pseudo-lipdub d&#8217;Europe Ecologie et celui des Jeunes de l&#8217;UMP1? Si on coupe le son, finalement moins qu&#8217;il n&#8217;y parait. Le premier fait preuve de plus d&#8217;imagination dans le choix des situations, et se distingue par un casting particulièrement large. Plus étriqué, le second a une figuration plus marquée par la présence [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<a href="http://culturevisuelle.org/icones/224"><em>Cliquer ici pour voir la vidéo.</em></a>
<p>Quelle différence entre le pseudo-lipdub d&#8217;<a href="http://www.youtube.com/watch?v=erHRT4eNrLQ">Europe Ecologie</a> et celui des <a href="http://www.youtube.com/watch?v=7pYrXj1Cs6I">Jeunes de l&#8217;UMP</a><sup>1</sup>? Si on coupe le son, finalement moins qu&#8217;il n&#8217;y parait. Le premier fait preuve de plus d&#8217;imagination dans le choix des situations, et se distingue par un casting particulièrement large. Plus étriqué, le second a une figuration plus marquée par la présence des pipolitiques. Les deux clips se rejoignent dans la reproduction de l&#8217;esthétique amateur, le goût du plan fixe et le montage de père tranquille.</p>
<a href="http://culturevisuelle.org/icones/224"><em>Cliquer ici pour voir la vidéo.</em></a>
<p>Le problème apparaît de façon plus nette lorsqu&#8217;on remet la musique. Pour Europe Ecologie, la reprise d&#8217;une chanson du groupe militant <a href="http://www.myspace.com/lhommeparle">L&#8217;Homme parle</a>, intitulé &#8220;<a href="http://www.youtube.com/watch?v=k7OIyTDeEjs">La Crise</a>&#8220;, apparaît comme un choix des plus appropriés sur le plan des paroles comme du style musical.</p>
<p><span id="more-224"></span>On ne peut pas en dire autant de la pénitence discographique de Luc Plamondon, &#8220;Tous ceux qui veulent changer le monde&#8221; (1976), dont <a href="http://www.youtube.com/watch?v=xbgbUEK8JE8">les paroles n&#8217;ont simplement aucun sens</a>. Charitablement oubliée pendant trente ans, la chanson a été exhumée en 2006 à la faveur d&#8217;une compilation, puis remise en circulation à l&#8217;occasion de la dernière édition de la <a href="http://www.youtube.com/watch?v=0pu8ibPbVqg">Star Académie québécoise</a>, au printemps dernier. Que ce soit ce coucou qui ait inspiré le slogan des Jeunes Pop pour leur camp d&#8217;été de Seignosse, où ont été tournées les images du clip, fournit une indication assez précise sur leur faculté de jugement.</p>
<p>Le concept des UMP-juniors n&#8217;avait pas vocation à sortir du cadre militant: &#8220;L’idée de la campagne est simple, <a href="http://www.jeunesump.fr/2009/10/08/nouvelle-campagne-des-jeunes-populaires-militer-ca-change-le-monde/" target="_blank">l’engagement militant des jeunes peut changer le monde</a>: hier militant aux jeunes RPR, Nicolas Sarkozy, président de la République, change le monde à l’ONU, au G20 de Pittsburg et très prochainement à Copenhague&#8221;.</p>
<p>Mais les Jeunes Pop ont été trahis par leur goût du chef. A trop vouloir pimenter leur clip d&#8217;images de ministres, celui-ci a finalement été perçu comme un message gouvernemental. L&#8217;association de l&#8217;hymne bêtifiant de Plamondon avec les principaux responsables de la politique française ne pouvait avoir qu&#8217;un effet explosif.</p>
<p>La punition n&#8217;a pas tardé, sous la forme désormais classique des <a href="http://www.lepost.fr/article/2009/12/12/1836942_lip-dub-ump-2009-remix_1_0_1.html" target="_blank">parodies en ligne</a>, comme la judicieuse &#8220;<a href="http://www.youtube.com/watch?v=7q7S9O-_7_8">UMP Attacks</a>&#8220;, qui met le doigt sur l&#8217;étrangeté du clip et transforme sa choré balbutiante en inquiétante manifestation crypto-raélienne (où Christine Lagarde apparaît enfin sous son vrai jour).</p>
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<p>Après <a href="http://culturevisuelle.org/totem/102">l&#8217;explosion en vol du compte Facebook</a> de Nicolas Princen, maladroitement dissimulé sous le pseudonyme de Sarkozy, ou les tentatives désespérées de quelques ingénus de venir se frotter à Twitter, ce nouveau pas de clerc, &#8220;<a href="http://videos.lefigaro.fr/video/iLyROoafIF2P.html" target="_blank">dégoulinant de bêtise</a>&#8220;, selon Luc Ferry, paraît confirmer la malédiction qui affecte le parti présidentiel lorsque celui-ci tente de se saisir des nouveaux outils de communication.</p>
<p>Ces échecs répétés ne paraitront étranges qu&#8217;à ceux qui ignorent que les effets de mode sont des outils d&#8217;établissement de nouveaux équilibres culturels, au maniement subtil et délicat. Singer une nouvelle coutume n&#8217;a pas pour effet de délivrer un certificat d&#8217;avant-gardisme d&#8217;un coup de baguette magique. Bien au contraire: il suffit qu&#8217;un parti traditionnel mette ses pieds dans les bottes du lipdub pour qu&#8217;immédiatement cette forme se périme et perde tout attrait pour ceux qui font la tendance.</p>
<p>Pour réaliser un bon lipbdub, le premier ingrédient est une chanson adaptée au contexte, le second une bonne dose d&#8217;humour, le troisième un minimum de crédibilité en matière culturelle. Dépourvue de l&#8217;un quelconque de ces atouts, l&#8217;UMP aura beau s&#8217;époumoner, elle ne fera que rejoindre <a href="http://www.infos-du-net.com/actualite/15995-desir-avenir-Royal.html">le site de Ségolène Royal</a> au cimetière des ridicules numériques.</p>
<ol class="footnotes"><li id="footnote_0_224" class="footnote"> Le vrai lipdub est traditionnellement réalisé en un seul plan-séquence.</li></ol>]]></content:encoded>
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		<title>Non à la suppression de l&#8217;histoire-géo en terminale S</title>
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		<pubDate>Mon, 23 Nov 2009 10:31:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jacques Sapir</dc:creator>
				<category><![CDATA[Invités]]></category>
		<category><![CDATA[academic]]></category>
		<category><![CDATA[histoire]]></category>
		<category><![CDATA[politique]]></category>
		<category><![CDATA[sciences]]></category>

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		<description><![CDATA[On vient d’apprendre que le ministre de l’Éducation nationale, M. Luc Chatel, a décidé de supprimer l’histoire et la géographie comme matières obligatoires en terminale scientifique. Il se propose néanmoins de les maintenir dans un cadre optionnel. Ce nouvel épisode de la réformite aiguë de tout ministre de l’Éducation nationale laisse anéanti et scandalisé. Ceci [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>On vient d’apprendre que le ministre de l’Éducation nationale, M. Luc Chatel, a décidé de supprimer l’histoire et la géographie comme matières obligatoires en terminale scientifique. Il se propose néanmoins de les maintenir dans un cadre optionnel. Ce nouvel épisode de la réformite aiguë de tout ministre de l’Éducation nationale laisse anéanti et scandalisé. Ceci d’autant plus que ce n’est pas trahir un secret que de révéler que le ministère avait commencé par reculer et par admettre que sa réforme n’était pas fondée, en rétablissant l’histoire et la géographie dans le cursus des disciplines obligatoires en terminale scientifique.</p>
<p><span id="more-154"></span>On peut supposer que les pressions des associations de mathématiciens et de physiciens qui veulent à tout prix conserver à cette terminale son caractère de &#8220;pureté&#8221; ont dû être très fortes ces derniers jours. Cela aboutit à une décision qui privera plus de la moitié des lycéens de Terminale d’un enseignement tout à fait nécessaire. Cette question ne concerne pas que les historiens et géographes, même si l’on ne doit pas s’étonner que ces derniers protestent très vigoureusement. Ancien élève de ce que l’on appelle une terminale scientifique (une terminale C en l’occurrence), économiste et spécialiste en recherches stratégiques, je me suis senti personnellement interpellé par cette mesure.</p>
<p><strong>Une mesure démagogique et une politique schizophrène</strong></p>
<p>Tout le monde peut comprendre, au vu de ce qu’est un lycéen aujourd’hui, et plus particulièrement dans une section scientifique avec une spécialisation renforcée par la réforme, qu’une telle décision va aboutir à la suppression totale de cet enseignement. Très peu nombreux seront les élèves qui prendront une telle option. Nous ne devons donc nourrir aucune illusion. Le caractère démagogique de la mesure est évident dans la mesure où il fait reposer sur les élèves la décision de prendre ou de ne pas prendre les cours d’histoire et géographie à un moment où la spécialisation de la filière vient d’être réaffirmée.</p>
<p>Alors que, aujourd’hui, plus de 50% des élèves ont choisi la terminale scientifique, ceci revient à enlever l’enseignement d’Histoire et Géographie à cette même proportion d&#8217;élèves. Quand bien même on arriverait dans le cours de la réforme à faire baisser ce nombre vers le 35%, ceci resterait absolument inacceptable. Seul le rétablissement de l’histoire et de la géographie dans le cadre de cours obligatoires peut garantir qu’elles seront suivies par les élèves des terminales scientifiques.</p>
<p>Il faut souligner l’incohérence profonde de cette décision. Elle survient au moment même où, de la commémoration de l’anniversaire de la mort de Guy Môquet au grand débat sur &#8220;l’identité nationale&#8221; en passant par le projet d’un musée de l’Histoire de France, la question de l’histoire, mais aussi de la géographie (car la conscience nationale s’enracine dans des pays et des paysages) occupe une place centrale dans notre pays. Contrairement à d’autres, je ne pense pas que le débat sur l’identité nationale puisse être évité, mais je pense qu’il doit être soigneusement défini pour éviter les dérapages.</p>
<p>On se souvient du livre de Fernand Braudel, <em>L’Identité de la France</em>, et de la place qu’il donnait à la fois aux paysages, à leur construction sociale, et à l’histoire dans la production d’un sentiment national. La définition de ce dernier ne saurait renier ce qu’il doit à ces deux disciplines. Dans l’identité nationale, il y a aussi l’histoire des luttes sociales qui permet de comprendre la spécificité de chaque culture politique. Ce n’est pourtant pas à un homme de gauche que nous devons de nous rappeler de ce que l’histoire du progrès de la civilisation est aussi celle de la lutte des classes. C’est à François Guizot que revient l’honneur de la formule, et Marx lui en avait donné crédit. Que penser d’une histoire qui serait réduite à sa plus simple instantanéité?</p>
<p>Ou alors, mais on n’ose croire que tel soit le projet du gouvernement, cela reviendrait implicitement à faire reposer ce sentiment national, cette &#8220;identité française&#8221; sur une couleur de peau ou une religion. Ceci impliquerait pour le coup une rupture absolument radicale avec ce qui fait l’essence même du sentiment national en France.</p>
<p>On peut alors s’interroger sur la logique d’une telle politique qui prétend faire de la conscience nationale une priorité, qui va même jusqu’à créer à cette fin un Ministère de l’Intégration, et qui projette de la retirer en réalité à la moitié des élèves de Terminale. Ce n’est plus de l’incohérence, c’est de la schizophrénie pure et simple.</p>
<p><strong>Quels citoyens voulons nous pour demain?</strong></p>
<p>Au-delà, les raisons sont nombreuses qui militent pour le maintien d’un enseignement d’histoire et de géographie pour les terminales scientifiques. Dans la formation du citoyen, ces disciplines ont un rôle absolument fondamental. La compréhension du monde contemporain, de ses crises économiques ou géostratégiques, des rapports de force qui se nouent et se dénouent en permanence entre les nations, implique la maîtrise de l’histoire et de la géographie. Est-ce à dire que, pour le ministère de l’Éducation nationale, les élèves des terminales scientifiques sont appelés à être des citoyens de seconde zone? N&#8217;attendrait-on plus d’un mathématicien ou d’un physicien qu’il soit aussi un citoyen?</p>
<p>Ou bien voudrait-on promouvoir une France à deux vitesses, où d’un côté, on aurait de grands décideurs dont la science serait au prix de leur conscience, et de l’autre, le simple citoyen auquel on pourrait laisser ce savoir si nécessaire car devenu sans objet dans la mesure où ledit citoyen ne pourrait plus peser sur les décisions politiques? Il est vrai que l’on peut s’interroger aujourd’hui devant la réduction, sans cesse croissante, de la démocratie à ses simples formes, qui ont elles-mêmes été bafouées comme on l’a vu pour le vote du referendum de 2005.</p>
<p>Par ailleurs, cette décision est en réalité autodestructrice pour notre économie dont on prétend cependant que l’on veut en pousser l’externalisation. Aujourd’hui, dans les formations de pointe, qu’il s’agisse de Polytechnique (chaire de management interculturel), des autres grandes écoles (École des Mines, École des Ponts et Chaussées) ou des écoles de commerce et de gestion (HEC, ESSEC, SupdeCo, etc…), qui toutes impliquent de la part de l’étudiant une terminale scientifique, l’accent est mis sur la compréhension du monde contemporain. Ceci nécessite une formation de base en géographie (humaine, économique et géopolitique) mais aussi une formation en histoire afin de fournir les bases de compréhension des évolutions du monde contemporain.</p>
<p>Ceci correspond à une demande spécifique des entreprises françaises qui sont de plus en plus engagées dans un processus d’internationalisation de leurs activités. Qu’il s’agisse de la question des contrats, ou encore du développement d’activités à l’expatriation, la connaissance des fondements historiques, géographiques et culturels de ces sociétés, qui pour certaines sont très différentes de la nôtre, est absolument indispensable. L’absence de ces disciplines, ou la réduction de leurs horaires à la portion congrue, défavoriseraient considérablement ceux des élèves de terminale scientifique qui ne veulent pas s’orienter vers des activités strictement en liaison avec les sciences de la nature.</p>
<p><strong>L’Histoire, la Géographie et la double nature de la science économique</strong></p>
<p>Moi-même, en tant qu’économiste, je ne cesse de mesurer ce que ma discipline doit à l’histoire (pour l’histoire des crises économiques mais aussi des grandes institutions sociales et politiques dans lesquelles l’activité économique est insérée) mais aussi à la géographie, avec son étude des milieux naturels et humains, des phénomènes de densité tant démographique que sociale. Comment peut-on penser la crise actuelle sans la mémoire des crises précédentes? Comment peut-on penser le développement de l’économie russe hors de tout contexte, comme si ce pays n’avait pas sa spécificité de par son histoire mais aussi de par son territoire? Nous savons bien que les processus économiques ne sont pas les mêmes dans les capitales, à Moscou et à Saint-Pétersbourg, et dans les régions.</p>
<p>Pourtant, j’ai fait ma scolarité dans une Terminale C, et je ne regrette ni les mathématiques ni la physique, qui m’ont été nécessaires justement pour faire de l’économie, pour me frotter à la modélisation, et en mesurer la force mais aussi les limites. Pour dire les choses simplement, si l’on trouve bien en économie des régularités, qui permettent le calcul, ces dernières ne sont que temporaires et en réalité elles n’ont de pertinence que dans un cadre institutionnel précis. Que ce cadre change, et ces régularités changeront aussi. L’économie ne sera jamais une science construite sur le modèle des sciences de la nature, comme les mathématiques ou la physique ou encore la mécanique. La raison fondamentale est que l’économie, activité humaine, dépend par trop de la subjectivité des acteurs et que cette subjectivité change suivant les contextes mais aussi suivant les changements dans la structure de la &#8220;dotation en facteur&#8221; que l’on reconnaît à chaque agent.</p>
<p>Michal Kalecki, un grand économiste polonais qui fut l’égal de Keynes, disait qu’il y avait deux erreurs qu’un économiste pouvait un jour commettre. La première était de ne pas calculer, et la seconde était de croire en ce qu’il avait calculé! Ceci me semble bien résumer la double nature de la science économique. Les calculs que l’on peut faire n’ont de pertinence que temporaire et limité, pour tout dire contextuelle. Mais cela ne veut pas dire que dans un contexte donné ils n’aient pas de pertinence.</p>
<p>On voit donc bien que si l’économie n’est pas bien sûr le simple prolongement de l’histoire et de la géographie, elle perd toute pertinence à ne pas se nourrir à ces deux disciplines, et ceci de plus sans que cela soit exclusif d’autres disciplines comme l’anthropologie ou la sociologie. L’économie est donc fondamentalement une science sociale, mais une science sociale impliquant le recours étendu à des calculs comme instruments et cela sans que jamais on puisse cependant y voir une &#8220;nature&#8221; propre de l’économie. À ce titre, ceux qui prétendent vouloir trouver dans les mathématiques la clé de la scientificité de la science économique errent gravement, à la fois en tant qu’économistes et en tant qu’épistémologues.</p>
<p>Il faut donc retirer cette mesure avant qu’il ne soit trop tard, et pour cela susciter le mouvement de protestation le plus important et le plus large possible. Le ministère doit impérativement réintégrer l’histoire et la géographie parmi les matières obligatoires en terminale scientifique!</p>
<p>Jacques Sapir, directeur d&#8217;études à l&#8217;EHESS.</p>
<p><strong>Signer la <a href="http://spreadsheets.google.com/viewform?formkey=dEpuSnVqaTQzSFJYZllWYmxlZ25KRGc6MA" target="_blank">pétition de l&#8217;Association des Professeurs d’Histoire et de Géographie (APHG)</a></strong></p>
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		<title>CFP colloque &#8220;Images, médias et politique&#8221;</title>
		<link>http://culturevisuelle.org/icones/105</link>
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		<pubDate>Wed, 11 Nov 2009 08:06:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator>André Gunthert</dc:creator>
				<category><![CDATA[Agenda]]></category>
		<category><![CDATA[colloque]]></category>
		<category><![CDATA[journalisme]]></category>
		<category><![CDATA[politique]]></category>

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		<description><![CDATA[Appel à communications pour le colloque international &#8220;Images, médias et politique&#8220;, 18-19 novembre 2010, INA, 83-85 rue de Patay, 75013 Paris.
Laboratoire Communication et Politique, CNRS, Institut de Recherche sur le Cinéma et l’Audiovisuel, Université Paris 3, Institut National de l’Audiovisuel.
Responsables: Isabelle Veyrat-Masson, Jean-Pierre Bertin-Maghit, Sébastien Denis, Sébastien Layerle.
Le premier objectif visé par ce colloque est [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="alignleft" src="http://farm3.static.flickr.com/2642/4095274528_08c2d78e09_o.jpg" alt="" width="228" height="240" />Appel à communications pour le colloque international &#8220;<strong>Images, médias et politique</strong>&#8220;, 18-19 novembre 2010, INA, 83-85 rue de Patay, 75013 Paris.</p>
<p>Laboratoire Communication et Politique, CNRS, Institut de Recherche sur le Cinéma et l’Audiovisuel, Université Paris 3, Institut National de l’Audiovisuel.<br />
Responsables: Isabelle Veyrat-Masson, Jean-Pierre Bertin-Maghit, Sébastien Denis, Sébastien Layerle.</p>
<p>Le premier objectif visé par ce colloque est la création d’un espace de réflexion et d’échanges consacré à l’étude des images analogiques fixes et animées (cinéma, télévision, photos, imprimés, nouveaux médias, arts visuels, jeux vidéo, etc.) dans leurs relations au politique envisagé dans une acception large. Ce colloque veut être l’occasion de faire dialoguer des disciplines (histoire, science politique, sociologie, esthétique, philosophie, information et communication…) travaillant sur des objets communs sans toujours bien se connaître.</p>
<p><span id="more-105"></span>Les interrogations traditionnelles sur les usages politiques de l’image (propagande, communication politique…) ont été récemment renouvelées par l’apparition de nouveaux moyens de communication. On se demandera comment s’opèrent les plus récentes appropriations des nouvelles images et en quoi notre époque est témoin d’une manière de communiquer et de s’informer dans l’espace public d’un type original. La comparaison avec d’autres émergences est encouragée.</p>
<p>Les supports d’analyse choisis pour ce colloque sont ceux ayant une base photographique, le but étant d’analyser la puissance (ou l’impuissance) de l’image analogique à convoquer le spectateur sur un plan politique grâce au phénomène mimétique. De ce fait, le colloque ne s’ouvrira que marginalement aux formes de représentation &#8220;non-réalistes&#8221; (caricature, dessin, peinture, animation…), leur usage devant être analysé au prisme de ce fondement analogique (par exemple Les Guignols de l’info). De ce fait également, le colloque ne s’ouvrira qu’aux images produites depuis l’invention de la photographie, pourtant les comparaisons avec des images antérieures au 19ème siècle seront les bienvenues. De la même manière, les communications portant sur les arts plastiques (notamment la photographie et la vidéo)seront regardées si elles renouvellent les mises en scène du politique.</p>
<p>La dimension internationale (et/ou comparative) sera privilégiée.<br />
La liberté d’interprétation des termes Images, Médias et Politique, ainsi que de leurs interactions est totale. La perspective choisie par le chercheur doit dès lors être explicitée avec rigueur.</p>
<p>Le colloque, ouvert aux interventions de chercheurs français et étrangers, se construira à travers une série de communications et de tables rondes autour de confrontations entre expériences passées et problématiques actuelles. Le colloque entend proposer une synthèse inédite des différents points de vue nationaux ou transnationaux sur la question.<br />
Volontairement très ouverte, &#8211; le postulat étant que cette liberté devrait permettre de donner la parole aux préoccupations les plus novatrices &#8211; l’approche retenue se veut comparative et pluridisciplinaire, convoquant histoire socioculturelle et histoire des représentations, sciences politiques et sciences de l’information et de la communication.</p>
<p>Nous proposons quelques angles, à titre indicatif:</p>
<ul>
<li>valeur politique et idéologique de l’image fixe et animée</li>
<li>modes d’instrumentalisation de l’image animée, sur une période ou une aire géographique précises, par la propagande ou par la contestation</li>
<li>nouvelles représentations de la politique (fiction, non fiction et hybrides)</li>
<li>évolutions technologiques liées aux supports de création et de diffusion : Internet, téléphone portable et retour aux anciens supports (Super 8…)</li>
<li>appropriations politiques d’images enregistrées sur de nouveaux supports.</li>
<li>communication politique (propagande, marketing politique, peopolisation…)</li>
<li>sensibilité des spectateurs et de leur rapport à l’image</li>
<li>nouvelles questions théoriques</li>
<li>réception</li>
</ul>
<p>Date limite pour le dépôt des propositions: <strong>15 février 2010</strong>. Les propositions (1000 signes maximum), accompagnées d’une brève bio-bibliographie de l’auteur, doivent être envoyées à Sébastien Denis (sebastiendenis@free.fr) et Claire Sécail (csecail@gmail.com).</p>
<p>Réponse aux auteurs: 15 mars 2010. Les textes des communications acceptées devront être rendus pour le début du colloque. Les actes seront publiés.</p>
<p>Comité scientifique: Jean-Pierre Bertin-Maghit, Jean-Paul Colleyn, Christian Delporte, Sébastien Denis, Françoise Denoyelle, Sébastien Layerle, Denis Maréchal, Claire Sécail, Danielle Tartakowsky, Isabelle Veyrat-Masson. Organisation: Claire Sécail, Sébastien Denis, administration: Corinne Navelant.</p>
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