Rimbaud, la photo infidèle à l’icône

Samedi 15 mai 2010
Par André Gunthert

Il y a un mois était publiée une image inédite, supposée dévoiler pour la première fois le visage de Rimbaud adulte. Info ou intox? Je l’avoue: j’ai longtemps penché pour la seconde option. Parce que ce Rimbaud-là ne me paraissait tout simplement pas ressemblant, et parce que cette histoire de photo retrouvée avait l’odeur d’encens des légendes et des cultes. J’y voyais l’acharnement des adeptes du suaire de Turin qui, ayant une fois pour toutes décidé du caractère surnaturel du drap, accumulent les preuves les plus étranges, en dépit d’un évident défaut de méthode.

(1) "Sur le perron de l'hôtel de l'Univers", Aden, 9,6 x 13,6 cm, v. 1885. Tirage découvert par Alban Caussé et Jacques Desse en 2008.

Les libraires Alban Caussé et Jacques Desse ont raconté l’histoire de la découverte du portrait. En 2008, dans un carton de livres et de documents, un lot d’une trentaine de photos est identifié comme issu d’un album appartenant à Jules Suel, propriétaire de l’hôtel de l’Univers à Aden. Leur relation tout comme l’article cosigné avec Jean-Jacques Lefrère, spécialiste de Rimbaud, expose une accumulation de recherches confirmant qu’ils ont en main «des photos représentant des lieux fréquentés par Rimbaud, provenant de chez quelqu’un qui l’a connu» (Desse), mais aucune preuve décisive de l’identité du personnage.

Surtout, deux ans après la trouvaille, le document qui a désormais été vendu à un collectionneur n’a toujours pas fait l’objet d’une expertise par un spécialiste de photographie historique. Ce qui peut faire sourire, sachant que la fourchette temporelle proposée par les découvreurs pour dater l’image est la période 1880-1890. Cette décade étant très précisément coupée en deux par l’introduction d’une nouvelle technologie, le gélatino-bromure d’argent ou plaque sèche, il suffit d’identifier le procédé pour situer la prise de vue avant ou après 1885, et refermer ainsi de moitié la fourchette.

L’absence d’un regard exercé se fait particulièrement sentir dans les interprétations de l’attitude du personnage: «l’allure de Rimbaud est elle d’un homme fatigué et un peu égaré, dont quelques traits — l’expression de lassitude, l’enfoncement des yeux — semblent porter la marque d’un passé difficile. Manifestement, et malheureusement, il a bougé pendant la prise de vue, ce qui donne deux bords à son visage, et ce tremblé contribue à donner un aspect lisse à ses traits et une apparence un peu fantomatique à son regard (…) Il fait semblant d’être là et bien comme il faut, mais ça ne prend pas. Son expression reflète-t-elle un certain malaise social? (…) Sur l’image du perron de l’Hôtel de l’Univers, il est assis mais semble sur le point de se lever. Tout son être paraît protester contre son intégration à ce rituel bourgeois de la séance du portrait de groupe, auquel, pourtant, il n’échappe pas» (Lefrère/Desse).

Comment mieux illustrer la focalisation du regard sur le sujet désigné par avance que par la surinterprétation du flou qui l’affecte? Car un examen même superficiel de l’image montre qu’aucun des personnages présents n’est véritablement net. Mieux: à part les vêtements blancs, dont l’actinisme a fortement impressionné la plaque, ce sont tous les objets représentés sur la photo dont les bords sont marqués par un léger tremblement, plus ou moins distinct en fonction du contraste des zones (voir ci-dessous). Les pieds des fauteuils par exemple – dont il est difficile de penser qu’ils ont pu bouger pendant la prise de vue – témoignent du même déplacement que celui qu’on aperçoit sur le visage du candidat-Rimbaud.

(2-7) Détails montrant l'ébranlement de l'obturateur (cliquer pour agrandir).

Pour le spécialiste, ce bougé qui affecte également toutes les parties de l’image correspond à une signature très précise: celle de l’ébranlement de l’appareil au moment de la prise de vue, provoqué par le mouvement d’un obturateur défectueux ou mal ajusté – un symptôme typique des premiers essais d’instantanés au gélatino-bromure d’argent. Avec le petit format, le tirage albuminé ou la surexposition manifeste du cliché (trop clair par excès de pose, la plaque sèche étant beaucoup plus sensible que le collodion), cette indication suggère une datation nettement plus serrée, probablement entre 1884 et 1886.

Non, Rimbaud n’a pas bougé. Il est accoudé sur la table, non moins solidement calé que ses camarades, comme l’a requis le photographe qui s’essaie à la plaque sèche, mais qui connaît son métier et qui a soigneusement composé le groupe, comme à son habitude avec le procédé au collodion. Quant à fantasmer sur ce qu’on peut lire ou non dans l’expression du personnage, outre que le bougé n’y encourage guère, il faut un goût particulier de l’anachronisme pour y céder. Il m’est arrivé de participer à la reconstitution de portraits de groupe aux procédés anciens. Une telle circonstance est plus proche d’un tournage de film que d’un instantané moderne. L’installation du matériel, la composition et le choix des attitudes, la procédure d’essai occupent aisément une bonne demi-heure, pendant laquelle les sujets de l’expérience attendent patiemment le moment fatidique, dans une scénographie constamment contrôlée par l’opérateur. Un visage impassible et un regard fixe sont les résultats les plus constants d’un exercice qui devient vite fatigant, et qui ne prête guère à l’exubérance.

Il y avait donc de nombreux éléments qui laissaient à désirer dans l’analyse de l’épreuve, et qui pouvaient faire douter du sérieux de l’identification. Il m’a fallu procéder moi-même à quelques vérifications, comparer l’iconographie existante, les autoportraits du Harar (11) et surtout le dessin tardif par Isabelle Rimbaud, sa sœur (13), pour admettre finalement que la photo d’Aden s’insérait parfaitement dans la série des images de Rimbaud adulte (voir ci-dessous). Oui, c’est incroyable, mais ce portrait de groupe de mauvaise qualité, trouvé par hasard, sans tradition ni légende, porte bel et bien l’empreinte du visage de l’auteur des Illuminations.

Portraits de Rimbaud. Ligne supérieure: (8-9) Carjat, 1871; (10) Fantin-Latour, 1872. Ligne inférieure: (11) autoportrait, 1883; (12) anon., v. 1885; (13) Isabelle Rimbaud, 1891.

Et c’est ici que la véritable discussion commence. Car les nombreuses réactions d’incrédulité qui ont accueilli la publication de cette image – à commencer par la mienne – témoignent d’un problème curieux: l’image de Rimbaud adulte ne ressemble pas à celle du poète adolescent qui nous est familière.

La perception de la ressemblance est un phénomène complexe. Vrais jumeaux, mes fils m’ont donné maintes fois l’occasion de vérifier à quel point l’expression était susceptible de modifier ou de brouiller la physionomie (ce que la police reconnaît lorsqu’elle nous demande de nous abstenir de sourire pour nos photos d’identité). Mais j’ai aussi pu constater que l’exercice de la reconnaissance dépend de compétences culturelles qui ne sont pas également réparties. Alors que de nombreuses personnes sont capables de distinguer mes enfants malgré leur forte ressemblance, plusieurs n’y arrivent pas, y compris dans le proche entourage familial, ce qui signifie que nous n’avons pas tous les mêmes stratégies d’identification. Ces divergences montrent que la ressemblance ne peut pas être décrite comme un phénomène objectif, et qu’il faut rester prudent dans des appréciations qui conservent un caractère relatif.

Face au portrait d’Aden, de nombreux lecteurs ont exprimé leur déception: «En fait, rien de plus décevant que cette photo d’une affligeante banalité où apparaît un homme tout à fait ordinaire.» Les découvreurs eux-mêmes n’hésitent pas à qualifier d’«un peu minable» sa petite moustache et sa coupe de cheveux «de garçon de café». Sur cette image, Arthur ne nous apparaît pas fidèle à lui-même. Les traits de ce visage sont peut-être cohérents avec la série des portraits de Rimbaud adulte, mais cet homme-là n’a plus rien à voir avec le héros échevelé d’Une saison en enfer. «Ce portrait, peut-on lire sur Rimbaldissimo, symbolise le plus justement possible la triste réalité. Oui, cela signifie que, désormais, Rimbaud le poète est bien mort. Lui succède l’adulte aventurier, le marchand d’armes et commerçant qui ne se distingue pas dans son comportement des autres profiteurs du système colonial.»

Rimbaud adolescent vs Rimbaud adulte? Pourquoi pas. Cette césure a l’avantage de paraître cohérente avec les deux séries iconographiques. Mais il y a peut-être une autre façon de poser le problème. Parmi les images de Rimbaud jeune, ce n’est pas au célébrissime médaillon de Carjat (ci-dessus, ill. 9) que Desse et Lefrère font appel pour comparer la photo d’Aden, mais à une photo-carte de visite moins connue (également attribuée à Carjat, ci-dessus, ill. 8), «que Georges Izambard, son professeur de rhétorique, trouvait la plus ressemblante» (Lefrère/Desse).

Cette image d’apparence plus banale, qui présente en effet plusieurs traits compatibles avec la série des Rimbaud adultes, comporte une différence d’expression sensible avec l’illustre portrait du «Casanova gosse» que décrivait Verlaine. Et si c’était cette photographie du Rimbaud standard qui faussait les pistes? Et si c’était Carjat, génial portraitiste, créateur du Baudelaire mélancolique et de bien d’autres icônes des écrivains de la fin du XIXe siècle (voir ci-dessous), qui, par un éclairage habile, un coup de crayon discret, avait créé une image plus fidèle à l’idée reçue du poète qu’à la physionomie de Rimbaud?

(14) Charles Baudelaire, (15) Alexandre Dumas, (16) Jules Verne, (17) Emile Zola, Galerie contemporaine, littéraire, artistique, éd. Goupil, photos Carjat, v. 1884.

Je ne me hâterai pas de répondre à cette question, qui interroge tout notre imaginaire de la littérature, en ses aspects les plus secrets et les plus dérangeants. Comment admettre que notre admiration pour les plus grands auteurs s’alimente aussi de la séduction des images, et cela depuis fort longtemps? Précisément depuis la Galerie contemporaine, littéraire, artistique, éditée par Goupil en 15 volumes in-folio entre 1876 et 1885, qui associe à la biographie des grands hommes leur photographie, mais aussi volontiers leur signature ou une reproduction d’un manuscrit, faisant jouer à ces traces fétiches le même rôle de preuves d’un culte que les reliques d’un saint (voir ci-dessus).

La Galerie contemporaine, dont Etienne Carjat fut l’un des plus fidèles collaborateurs, ne comprend pas le célèbre portrait de Rimbaud. Celui-ci servira de modèle à une gravure de Luque illustrant l’édition de 1888 des Poètes maudits de Verlaine, avant d’être publié en 1922 en frontispice du second volume des Oeuvres complètes (éditions de la Banderole). Mesurer l’impact de cette icône sur notre perception de l’œuvre demanderait une thèse. On se contentera ici d’une recherche sur Google images, qui atteste de sa fécondité (voir ci-dessous). Rimbaud ne se résume certainement pas à une icône – mais il n’existe pas sans elle. L’emprise d’une image peut-elle devenir une tyrannie? C’est toute la question que pose le portrait d’Aden – la photo infidèle à l’icône.

(18-37) Diverses versions du portrait de Rimbaud par Carjat, source: Google Images.

Références

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80 Reponses à “ Rimbaud, la photo infidèle à l’icône ”

  1. André Gunthert sur 05/06/2010 à 17:50

    «Si nous avons évoqué la présence de ce Révoil à Aden, en ce mois d’août 1880, c’est parce que, le 28 du même mois, il écrivait de là à Henri Duveyrier, secrétaire de la Société de géographie de Paris, qu’il “se félicit[ait] beaucoup de l’emploi du gélatino-bromure de M. Rigault [sic], de Marseille”.»

    Jean-Jacques Lefrère publie aujourd’hui une authentification définitive de la photo d’Aden, avec des informations qui confirment les hypothèses que je formulais ci-dessus à partir de l’examen visuel du scan : “Aden, août 1880. Arthur Rimbaud et ses compagnons de L’Univers”:
    http://bibliobs.nouvelobs.com/20100605/19914/aden-aout-1880-arthur-rimbaud-et-ses-compagnons-de-lunivers

  2. Jacques Bienvenu sur 05/06/2010 à 22:42

    “cette indication suggère une datation nettement plus serrée, probablement entre 1884 et 1886.”
    André Gunthert

    Cela confirme en effet.

  3. André Gunthert sur 05/06/2010 à 23:48

    Je vois que vous n’avez pas compris ma démonstration, puisque vous n’en retenez que le millésime. La proposition que je fais est de se servir des informations techniques pour préciser la datation de l’image (au moment où ce billet est publié, le 15 mai, la fourchette proposée par les découvreurs est encore de 1880-1890). Ce type de datation ne peut pas être précis au mois près, comme celle qu’a permis d’établir les comparaisons d’agenda des protagonistes. La photo d’Aden constitue un exemple remarquablement précoce du procédé, ce qui explique l’écart avec ma fourchette, qui correspond à la probabilité moyenne. Il est vraisemblable qu’un examen de l’original m’aurait permis d’être plus précis. Toutes choses égales, il est plutôt remarquable d’avoir fourni une indication aussi proche de la bonne date sans avoir eu l’original entre les mains.

    Je vais peut-être vous surprendre, mais il n’y a pas toujours sur une photographie un personnage qui décède dans l’année – ce qui est évidemment une coïncidence pratique pour dater un document. Dans les autres cas, l’analyse par les caractéristiques techniques est une approche recommandée, que je n’ai fait qu’appliquer de la façon la plus classique. Je suis heureux de voir que mes conjectures ont pu contribuer à l’authentification d’un document aussi intéressant.

  4. Charles Martin sur 06/06/2010 à 12:44

    Une authentification définitive pas si définitive !

    Monsieur Lefrère vient de publier un article « Aden, août 1880: Arthur Rimbaud et ses compagnons de «L’Univers » » dans le Nouvels Obs

    Voila enfin une enquête sérieuse, beaucoup plus en tout cas que l’article originel d’Histoires Littéraires (Monsieur Lefrère s’est calmé sur la surinterprétation des postures).

    La démonstration est convaincante, et je suis bien personnellement convaincu qu’il s’agit bien de Rimbaud, mais cela n’empêche qu’à nouveau il n’y ait plusieurs faiblesses et erreurs de raisonnement (sans conséquence sur le résultat, mais quand même) : pour un esprit scientifique comme le mien, ces erreurs de logiques sont pénibles. Etudions-les.

    Lorsque que Lefrère écrit « L’identification de Lucereau sur la photographie est une grande chance, car elle permet de dater la photographie, de manière absolue, de 1880 » il se trompe, puisque quelques lignes plus haut il écrit que Lucereau arrive a Aden en 1879 ; la phrase correcte serait donc, à ce moment là de l’article « L’identification de Lucereau sur la photographie est une grande chance, car elle permet de dater la photographie, de manière absolue, entre Octobre 1879 à Aout 1880 ».

    De même, il manque ici le rappel de la date de l’invention du gélatino-bromure d’argent. La partie sur le cliché trop clair n’est pas convaincante : de toute façon on peut rater des clichés même avec une technique mature, combien de photographes amateurs n’ont –ils pas surexposés un jour ou l’autre une de leur photos ? Pour que ce point fasse sens, il faudrait trouver un ensemble de photo de la même séance pour pouvoir en déduire quelque chose de plus affirmatif. Quelques lignes plus bas on apprend qu’à cette époque les marchands de province vantaient déjà leurs plaques au gélatino-bromure dans leurs réclames…Tout cela n’empêche pas, effectivement, que Revoil soit un (très) bon candidat pour l’auteur du cliché, mais c’est, à ce stade, de la pure spéculation.

    En incidente je note ici un point qui m’épate : on ne sait quasiment rien des autres photos d’Aden trouvées par Desse dans le même lot, ces autres photos n’auraient-elles pas permis d’apporter quelques précisons ? Que représentent-elles ? Est-ce un ensemble cohérent ? Sont-elles datables ? Sont-elles aussi surexposées ?…

    [Question : pourquoi nulle part on ne compare avec la photo anciennement dans la collection Pierre Leroy ?]

    Il y a aussi le paragraphe qui débute par « Revenons aux personnages figurant sur la photographie » et dont l’objet est précisément de nous entretenir de Alfred Bardey, qui n’y figure pas…pas très grave, mais drôle de logique (pas un mot sur les archives Bardey qui vont êtres dévoilées le 11 juin..). Par contre, nous ne savons pas où en est l’identification formelle des Bidault de Glatigné par leurs descendants (même si tout colle parfaitement) – en fait des lignes semblent avoir sauté, ou au minimum une phrase avoir été coupée, à la composition. On apprend que Bidault s’était lancé dans la photographie dés son arrivée à Aden quelques années plus tôt : ne serait-il pas lui aussi un bon candidat auteur de cette photo ci ? Hypothèse absolument non étudiée, même pour la réfuter…

    Il semble y avoir une pique envers Bienvenu (« qui a étudié attentivement, et sur un tirage original, la célèbre photographie prise par Étienne Carjat ? »), faut-il en déduire qu’il y a bien un tirage original de Carjat en circulation ? Si oui, Monsieur Lefrère, précipitez-vous, faites-nous une fiche !

    Enfin, à ma grande surprise, je note qu’il n’y a RIEN dans cet article qui vienne renforcer la thèse Rimbaud : sur ce sujet précis, nous n’apprenons absolument rien, et je suis très surpris du commentaire d’André Gunthert (que j’espérais plus rigoureux) annonçant que « Jean-Jacques Lefrère publie aujourd’hui une authentification définitive de la photo d’Aden » : c’est, à mon avis, loin d’être le cas ! C’est une avancée importante dans la bonne direction, ce sont des hypothèses séduisantes et qui s’emboitent, mais absolument rien qui ne prouve plus qu’avant que le personnage assis à la droite soit bien notre Arthur. Sur ce point précis, Lefrère nous renvoi à…l’article d’Histoires Littéraires !

    Ce que fait Lefrère dans son article c’est vérifier que son hypothèse est plausible, que tous les éléments connus ou probables cadrent avec (ce qui est vrai). Mais pour être définitif, pour clore le « procès » de cette photographie, il manque (totalement) l’autre partie : montrer, prouver, que les autres hypothèses envisageables ne tiennent pas.

    [Bizarrement, au dernier moment, il se tire une balle dans le pied en écrivant « nous remarquons que le portrait retrouvé présente bien plus de similitude avec les portraits de jeunesse qu'avec les autres photographies connues de l'adulte »... hou là ! Lefrère veut utiliser ça pour montrer que l’authentification est souvent subjective (sous-entendant que personne n’aurait accepté les photos du Harar comme représentant Rimbaud si on n’était certain de leur authenticité) mais ce faisant il ouvre grand la porte à une autre explication : il y avait peut-être bien d’autres explorateurs que Rimbaud de passage à Aden entre octobre 1879 et Aout 1880, qui auraient pût tout aussi bien figurer sur cette photo…)]

    [On notera, sans insister – le droit à l’erreur existe – que Lefrère termine son article en nous expliquant maintenant « qu’on ne peut en vouloir à Rimbaud, (…) de n'avoir pas posé devant le photographe comme un poète, ni même comme un ancien poète » alors qu’il nous expliquait dans Histoires Littéraires que Rimbaud avait posé « en refusant son intégration à ce groupe »… mon but ici n’est pas de tirer sur une ambulance, Lefrère sera poursuivi toute sa vie par ses phrases malheureuses qu’il doit déjà fort regretter, mais simplement de montrer que la subjectivité existe et qu’on peut faire dire ce que l’on veut à cette photographie en fonction de ses préjugés....]

    Prenez le temps de relire calmement l’article de Lefrère : vous verrez que dans sa construction, dans son déroulé, tout part du présupposé qu’il s’agit bien de Rimbaud à droite (d’ailleurs Lefrère écrit « En définitive, seuls deux personnages de la photographie s’obstinent encore à garder pleinement le mystère de leur identité » ce qui signifie clairement que pour lui le mystère de l’homme de droite est déjà résolu). C’est là une faille sidérale dans le raisonnement (à moins de reconnaître, d’assumer, sa propre subjectivité).

    Et, le serpent se mordant la queue, Lefrère termine par « Avant de connaître la date exacte de la photographie du coin de table d’Aden »…Moi personnellement, de tout son article, je retiens que si on ne fait pas à priori l’hypothèse que Rimbaud figure sur la photo, la date exacte se situe entre octobre 1879 et aout 1880, et que si l’authentification Bidault de Glatigné se confirme, alors nous sommes bien quelque part en été 1880. De là à dire date exacte…qu’est-ce qui empêche, avec tous les arguments développés plus haut, que cette photo n’ait été faites quelque jours avant l’arrivée de Rimbaud à Aden et qu’un autre explorateur européen n’y figure ?

    Et cela me fait penser qu’il n’existe pas, dans les revues grand public comme le Nouvel Obs, de comité de lecture comme il en existe pour les revues scientifiques comme Nature, où les contributions sont normalement sévèrement relues avant publication, et que c’est bien dommage.

    Charles Martin.

  5. Charles Martin sur 07/06/2010 à 23:50

    Il se passe une chose bizarre : l’article de Lefrère titré “« Aden, août 1880: Arthur Rimbaud et ses compagnons de «L’Univers » »” et publié dans le Nouvel Obs est maintenant dans l’ Express sous le titre “La photographie de Rimbaud authentifiée”, et le lien donné plus haut par André Gunthert (et pointant bien vers le Nouvel Obs) ne fonctionne plus !?! Faut-il en déduire que le Nouvel Obs avait quelque temps piraté son confrère et retitré l’ article ???!!!?? Ou que Lefrère avait envoyé l’article aux deux journaux avant de se mettre d’accord sur les aspects financiers ???

    On pourra au passage lire avec profit les commentaires des lecteurs de l’Express sur cet article : on verra le gouffre qui sépare les réactions d’un public facile avec celles publiées par divers commentateurs sur le présent blog : dans l’ Express on a des réactions du type “j ai adoré”, “c’était sublime” et autres du même acabit mais, à l’heure ou j’écris ces lignes, absolument aucune, aucune critique constructive ni demande de précision ou ajout d’information…On pouvait s’en douter, mais je ne croyais pas que le segmentation des publics était à ce point caricaturale. (ce pourrait être un sujet de sociologie : les réactions face a l’histoire de la photo d’ Aden selon le média considéré..).

    Charles Martin.

  6. Jacques Desse sur 10/06/2010 à 18:35

    Pour ceux que la suite de cette aventure intéresse, le dernier article de Jean-Jacques Lefrère est bien sur le site du Nouvel Obs :

    http://bibliobs.nouvelobs.com/20100605/19914/aden-aout-1880-arthur-rimbaud-et-ses-compagnons-de-lunivers

    et une nouvelle piste est présentée sur notre blog :

    http//chezleslibrairesassocies.blogspot.com

    Cordialement,
    Jacques Desse

  7. Maria Rinaldi sur 12/06/2010 à 01:10

    Cette photographie a été prise en mai 1880 par le photographe Bidault de Glatigné qui figure sur celle-ci à côté de sa femme. Une photo similaire avec les mêmes personnages est en possession des héritiers de M. César Tian. Les noms des personnages et la date du document sont donnés au crayon au dos de cette autre photographie.

  8. Marie Rinaldi sur 12/06/2010 à 02:00

    Les Bidault de Glatigné se sont mariés le 19 mai 1878. Cette photographie célèbre leurs deux ans de mariage. Alfred Bardey et Daniel Pinchard sont-ils sur la photo?

  9. Jacques Desse sur 12/06/2010 à 08:46

    Ces “nouvelles informations” sont distillées sur différents sites et sous des pseudonymes divers depuis ce matin, samedi, 5 h.

    L’homme à côté de Mme Bidault de Glatigné n’est pas son mari.

    S’il s’agit là d’une nouvelle tentative de désinformation, elle recevra de notre part la suite qui convient.

    Jacques Desse, libraire

  10. Carloman sur 12/06/2010 à 10:27

    Je me permets de rappeler à certaines personnes ici présentes que l’atteinte aux intérêts financiers d’une personne n’est en aucun cas une diffamation.

    Par ailleurs, pour qu’il y ait une diffamation, il faut une imputation, à une personne identifiée ou identifiable, d’un fait précis susceptible de faire l’objet d’une preuve contraire. C’est ce qui distingue fondamentalement la diffamation de la simple opinion et du jugement de valeur (par exemple, un jugement sur les compétences d’une personne).

    Que les informations “distillées” sur Internet concernant cette photographie soient vraies ou non, elles relèvent d’un débat sur une photographie dont nul n’a la maîtrise et/ou le monopole. Au passage, la désinformation n’est, en soi, pas un délit. C’est seulement lorsque cette désinformation comporte un abus (injure, diffamation, atteinte à la vie privée) qu’elle devient condamnable.

    Les pressions exercées par certaines personnes à des fins purement financières sont tout simplement inadmissibles.

    Que cela soit sû.

  11. Charles Martin sur 12/06/2010 à 11:38

    Hum…anniversaire de mariage des Bidault, celui-ci étant à coté de sa femme ? Disons que ca ne cadre pas vraiment avec la “psychologie” de cette photographie : pour l’anniversaire de leur mariage les époux auraient été relégués respectivement sur le coté et au deuxième plan du cliché ? Curieux, (mais pas impossible – ce en serait alors pas une photo de l’anniversaire de mariage, mais une photo prise a l’occasion de ce rassemblement).

    On devrait vite savoir, ne reste qu’a publier la photo des héritiers Tian si elle existe (et a s’assurer qu’il ne s’agit pas d’un faux forgé dans l’urgence, ce que personne n’espère mais sera immanquablement soulevé).

    Par ailleurs, le ton de Mr Desse est inacceptable : je me permettrai de lui rappeler qu’une grande partie des informations qu’il a publiées dans Histoires Littéraires sont aujourd’hui mises en défaut (ah Rimbaud qui pose en refusant son intégration à ce groupe..) ou beaucoup plus précisées (Lucereau qui permet de dater en 1880, et non pas « entre 1880 et 1890 »)) et qu’il n’ aucune légitimité a essayé d’interrompre le débat sur cette photo tant qu’il n’est pas capable d’apporter lui-même une preuve définitive de la présence de Rimbaud. S’il a des arguments solides pour détruire l’idée de l’anniversaire de mariage, qu’il les donne, ca clôturera le débat sur ce point. Mais pas d’intimidation.

    Charles Martin.

  12. Charles Martin sur 12/06/2010 à 11:43

    Carloman fait erreur : la désinformation, notamment financière (rumeurs infondées lancées sur une place de marché pour faire chuter une action), peut être punie par la loi, même en l’ absence d’injures, de diffamation, ou d’ atteinte à la vie privée.

    Cela dit, jusqu’à présent ici il n’ s’ agit pas de désinformation (à condition qu’on puisse exhiber la photo Tian dont on fait état) mais de recherches ; si l’existence de cette photo s’ avérait imaginaire, alors oui la situation serait plus délicate.

    Ce qui n’enlève rien au fait qu’on attend de voir (avec un intérêt réel) comment Desse/Lefrère vont réfuter cette nouvelle hypothèse.

    Charles Martin.

  13. Jacques Desse sur 12/06/2010 à 11:44

    La rosée du matin a fait naître une forêt de pseudonymes. C’est étonnant le nombre de gens qui ont l’air de très bien connaître ce dossier et ses multiples rebondissements depuis deux mois, et ne s’étaient jamais exprimés jusqu’ici. “Carloman” pour sa part ne semble pas avoir tout suivi, je le rassure : les limites légales du débat intellectuel ont déjà été franchies à plusieurs reprises, et sur un plan juridique il y a eu bel et bien atteinte à la réputation professionnelle de personnes. S’il s’agit réellement de nouvelles informations nous les considèrerons et accepterons leur éventuel apport (encore faudrait-il que nous en ayons connaissance). En attendant, les messages envoyés depuis ce matin, incluant celui de “Carloman” (posté sur différents sites, lui aussi), ne sont pas autre chose, juridiquement, que des lettres anonymes.

  14. Carloman sur 12/06/2010 à 11:53

    Une nouvelle fois, l’atteinte à la réputation professionnelle ne peut constituer le délit de diffamation que lorsqu’elle renferme l’imputation d’un fait précis susceptible de faire l’objet d’une preuve contraire. Dans le cas contraire, il s’agit d’un jugement de valeur et d’une simple opinion entrant dans le cadre de la liberté d’expression.

    Les messages envoyés depuis ce matin ne sont, ni plus ni moins, que des apports visant à découvrir la vérité sur la présence, ou non, de Rimbaud sur cette photographie. Ils sont anonymes, certes, ce qui n’exclut en rien leur crédibilité. Il me semble que sur Internet, il est tout à fait légal d’utiliser un pseudonyme.

    En revanche, je le répète, les pressions exercées pour entraver la liberté d’expression à seules fins de préserver ses intérêts financiers, est tout simplement inadmissible ! Les menaces de poursuites judiciaires sont risibles, ce d’autant que de telles poursuites mèneront leurs auteurs droit dans le mur !

  15. Carloman sur 12/06/2010 à 11:59

    Charles Martin, nous ne sommes pas dans le cadre d’une désinformation financière.

  16. Carloman sur 12/06/2010 à 12:02

    laquelle désinformation financière fait surtout référence à l’article 1382 du Code civil, disposition générale condamnant notamment les actes de concurrence déloyale et le dénigrement à l’égard des personnes MORALES (c’est-à-dire les sociétés).

    au passage, en matière de presse, l’article 1382 n’est pas applicable.

  17. Charles Martin sur 12/06/2010 à 12:06

    Oui Desse est (malheureusement, parce que je l’aime bien) risible ce matin, mais on mettra cela sur le ton de l’ émotion qu’il doit ressentir depuis minuit.

    (Au passage, dans son message de 11:44 il vient tout simplement de reconnaitre qu’il ne sait rien sur ces nouvelles informations !! ce qui ne l’empêche pas de dégainer illico !! Du calme, du calme…)

    Carloman écrit : “Il me semble que sur Internet, il est tout à fait légal d’utiliser un pseudonyme.” C’est tellement vrai que le sénateur Jean-Louis Masson vient juste de déposer une proposition de loi en sens contraire : c’était dans toute la presse il y a …deux jours !

  18. Charles Martin sur 12/06/2010 à 12:07

    Je voulais dire “sur le compte” et non pas “sur le ton”, évidemment !

  19. Carloman sur 12/06/2010 à 12:07

    Oui Charles Martin :-) Et une telle proposition de loi n’a strictement aucune chance d’aboutir !

  20. André Gunthert sur 12/06/2010 à 12:27

    Il me semble qu’il est un peu tôt pour passer directement au volet juridique du débat. Attendons les précisions promises, puis nous en tirerons les conclusions, voilà tout. Pour l’historien, jusque dans ses derniers rebondissements, cette affaire est passionnante, unique et pleine d’enseignements!

  21. butterfly sur 12/06/2010 à 13:51

    Attendons d’avoir plus de renseignements sur cette autre photo, nous ne sommes pas à l’abri d’un gros canular vu la multiplicité des pseudonymes utilisés (une copie récente de l’original étant du domaine du possible, il faudra comparer de très près les deux exemplaires).

  22. Carloman sur 12/06/2010 à 15:08

    Oui André, cette affaire est passionnante, et j’ai hâte de connaitre le fin mot de l’histoire !!

    Je suis juste choqué de constater que Monsieur Desse n’a aucun scrupule à exercer une pression sur l’expression de tous ceux qui sont susceptibles de remettre en cause ce pour quoi il a empoché des dizaines de milliers d’euros. Je pense, en particulier, à tous ceux qui brûlaient la liberté d’expression sur le bûcher pour assurer la continuité de leur pensée unique.

    Quelle que soit l’issue de cette “affaire”, il y a un doute sur la présence de Rimbaud sur cette photographie, doute corroboré par des nombreuses interventions de rimbaldiens sur divers sites internet. C’est justement parce qu’il y a un doute que Monsieur Desse s’inquiète pour son porte-monnaie ! Du coup, il menace toute personne qui s’aviserait à révéler une information remettant en cause la présence de Rimbaud sur cette photographie et, partant, la vente de la photographie. Pathétique.

    Mais bon, Monsieur Desse n’est pas, à ma connaissance, un spécialiste de Rimbaud. Je ne doute pas de sa bonne foi au moment de la vente de la photographie. C’est son acharnement inadmissible à empêcher toute révélation portant atteinte à ses intérêts financiers que je dénonce : autrement dit, à soulever le spectre de l’action judiciaire devant des propos / révélations / informations qui entrent pleinement dans le cadre d’un débat historique et scientifique !!

    En effet, par qui a été conseillé Monsieur Desse ? Par Monsieur Jean-Jacques Lefrère. Or, même s’il s’avère que Rimbaud est bien sur cette photographie, Monsieur Jean-Jacques Lefrère aura gravement manqué de prudence en affirmant que Rimbaud est sur cette photographie (alors même qu’il y a débat sur ce sujet) et en faisant publier en avril dernier son dernier ouvrage “Sur Arthur Rimbaud, Correspondance Posthume” avec la photographie présumée d’Arthur Rimbaud en page de couverture. Sa crédibilité de spécialiste rimbaldien est donc, de ce fait et me concernant, pleinement atteinte, mais chacun doit se forger sa propre opinion après avoir lu les arguments et articles des uns et des autres.

    Inutile de fonctionner avec les menaces d’action judiciaire, ça ne prend pas avec moi, je connais mes droits. J’assume la pleine responsabilité de mes propos, lesquels sont formulés dans l’indépendance d’esprit la plus totale et en l’absence de la moindre animosité personnelle envers quiconque.

  23. Charles Martin sur 12/06/2010 à 15:48

    Oui le manque de prudence est avérée – je crois qu’une fois qu’on aura tout compris de cette photographie, on relira avec délectation l’ article originel d’Histoire Littéraire…il n’en restera pas grand-chose.

    Concernant les réactions de Mr Desse, oui, son ton est désagréable, mais je pense qu’il réagit ainsi face à ce qu’il sait être un canular (j’ai dit plus haut que l’ “anniversaire de mariage” ne cadre pas avec ce cliché là)- peut-être n’aurait-il pas exactement la même attitude face à quelqu’un qui lui soumettrait, dans un bon esprit, de nouvelles hypothèses.

    Sinon, c’est vraiment le bal des guignols : sur un autre site, celui qui annonçait hier soir une conférence de presse avec “du lourd” en est maintenant à expliquer qu’il n’a pas encore LA preuve ! ! Misère…

    Pour couper court a toute polémique, je précise que je suis de ceux qui, à l’instant présent, croient a Rimbaud sur la photo. Mais cela ne m’empêche pas d’être déçus par ceux qui défende le même point de vue mais avec si peu de méthode.

    Charles Martin.

  24. Carloman sur 12/06/2010 à 15:52

    Une nouvelle fois Charles Martin, nous sommes pleinement d’accord. Je pense aussi qu’il s’agit bien de Rimbaud sur la photographie. Mais je reconnais qu’il s’agit seulement d’une intuition :)

    Ensuite, il s’agit sûrement d’un canular (miséricorde, que l’auteur du canular soit pendu sur le bûcher !!). Mais ce que je pense être un canular a au moins le mérite de montrer à quel point certaines personnes, sûres d’elles au départ, le sont beaucoup moins aujourd’hui…

  25. David Ducoffre sur 12/06/2010 à 16:38

    Si la découverte dont parle le forum Rimbaud doit passer directement dans le 20 heures, c’est qu’elle émane de quelqu’un d’important. Hier, il y avait une réunion à Charleville-Mézières autour du don, à titre gracieux, qui a été fait au Musée Rimbaud des documents rimbaldiens de la famille Bardey. J’ai été invité aussi, en tant qu’ayant participé au dernier numéro de la revue Rimbaud vivant, pour une plaque commémorative qui sera inaugurée ces jours-ci, mais je ne me rappelle plus la date et je ne pourrai pas m’y rendre.
    Si la photo a été prise à une occasion spéciale le 8 août 1880 rendant naturelle la présence de deux photographes, il me semble que l’occasion spéciale serait la rencontre entre Révoil et Bidault de Glatigné. Révoil aurait communiqué du matériel à Bidault de Glatigné.
    Je maintiens que l’article de monsieur Gunthert me dérange en affirmant que la photo date de 1884-1886 et en maintenant la comparaison avec un dessin non fiable d’Isabelle Rimbaud, comme je maintiens qu’il faudra se lever tôt pour expliquer quand, comment Rimbaud a posé pour les tableaux de Forain et de certains Garnier et Rosman.
    Mais bref. Selon Lefrère, Révoil est débarqué avec des plaques utiles à la nouvelle méthode au gélatino-bromure d’argent. Cette technique a connu d’importants progrès notamment en termes de temps d’exposition vers 1878 et elle semble liée à l’idée aussi de quasi saisir le mouvement. Enfin, je me pose la question du retardateur. De quand date précisément cette invention, puisque la photo daterait du 8 août 1880?
    Autre point à éclairer. Où logeait tout ce monde? A l’hôtel de l’univers ou à Aden-camp. Il y a 4 à 6 kilomètres d’écart selon les sources. Rimbaud aurait fait tous les jours le trajet à partir du 16 août, matin et soir. Son courrier ne se serait pas arrêté à l’hôtel de l’univers, mais il aurait été directement communiqué à Aden-camp. Rimbaud aurait logé à l’hôtel de l’univers, alors qu’il est sans emploi depuis près de deux mois.
    Révoil est-il demeuré à l’hôtel de l’univers ou n’y a-t-il passé qu’une nuit, sinon deux? Si la photo est du 8 août 1880 et qu’on prétend le prouver, voilà qui me semble supposer l’existence d’un document datant la durée et l’époque du passage de Révoil à l’hôtel de l’univers. Il arrive le 7, demeure jusqu’au 8 ou 9 à Steamer point avant de se rendre à Aden. C’est possible.
    Les Bidault de Glatigné sont-ils venus l’accueillir et l’emmener?

    Maintenant, pour ceux qui ont l’intuition que ça peut être Rimbaud sur cette photographie, rappelons que la pointe des cheveux sur le front gêne depuis le début l’identification. La superposition des regards des photos Carjat et de l’inconnu ne colle pas non plus et on compense péniblement par l’argument du regard blanc, ce qui n’est pas très clair comme contre-argument.
    On sait que la photo Carjat 1 a été retouchée par Berrichon pour ce qui est des ombres et que cela a deux conséquences. Ces ombres donnent une fausse impression du visage, premier point, ces ombres donnaient l’impression d’une différence d’âge entre les deux photos Carjat, ce qui n’a plus lieu d’être avec l’état Carjat proposé par Delahaye, deuxième point.
    La nouvelle photo daterait du 8 août 1880 et la présence de Lucereau montre qu’elle ne peut guère être plus tardive.
    Or, dans de telles conditions, la comparaison initiale qui avait déjà choqué de nombreux intervenants, y compris des non rimbaldiens Yann Moix ou Alain Korkos, est plus problématique que jamais. Une photo Rimbaud a 17 ans (il arrive à Paris le 15 septembre 1871 et a 17 ans le 20 octobre), sur l’autre même s’il n’est pas sur la photo, la photo est prise quand il a 25 ans et dix mois.
    Cette histoire de ressemblance et de quasi sosie n’est pas convaincante du tout.

  26. Jérémie Lucereau sur 12/06/2010 à 22:41

    Il semblerait que la société de géographie se soit trompée. Elle aurait confondu une photo de jeunesse du colonel François-Aimable Dubar avec Alfred Bardey qui était le patron de monsieur Dubar. Sur la photographie avec Rimbaud, l’employé de commerce Dubar, le barbu tout à gauche, a les cinquante ans bien sonnés. Il a conservé la même structure de barbe, mais il commençait à perdre ses cheveux. Dubar a accueilli Rimbaud à Aden lui laissant le temps de se remettre d’une grave maladie et l’a embauché. La présence de Dubar remplace avantageusement l’absence de Bardey et nous explique la compagnie de Rimbaud sur cette photo. Une nouvelle énigme vient d’être résolue.

  27. David Ducoffre sur 13/06/2010 à 09:14

    L’oreille de Rimbaud pour les deux photos Carjat présente à chaque fois un lobe supérieur bien arrondi, à s’en fier aux reproductions classiques. L’état de la première photo Carjat proposé dans une revue en 1906 par Delahaye révèle une oreille moins arrondie, ce qui rend peu crédible l’idée que finalement Berrichon n’ait pas retouché la première photo. Mais ce qui soulève aussi un étonnant contraste si on compare l’oreille particulière de Rimbaud avec l’oreille de l’inconnu qui, elle, est bien arrondie et bien décollée comme si c’était une nageoire de poisson-volant.

  28. A. Caussé et J. Desse sur 13/06/2010 à 19:35

    Nous sommes au regret de diffuser le communiqué suivant :

    Des messages diffusant de fausses informations sur la photo de Rimbaud ont été postés sur différents sites, sous les noms de Lara, Marie Rinaldi, Maria Rinaldi, Cédric Verbeckmoes, Jérémie, Jérémie Lucereau, Jérémie Lepetit, etc. Une partie de ces messages a été bloquée par des webmasters, pressentant la manipulation.

    Ces messages proviennent d’une même personne. Ce personnage et une poignée d’autres, n’ayant pas réussi à trouver le moindre élément qui contredise la présence de Rimbaud sur ce cliché, en viennent, de manière totalement irrationnelle et irresponsable, à pratiquer la tactique de la terre brulée, par la désinformation et le harcèlement.

    Précisons que cela fait deux mois que durent ces attaques, dont ce qui apparaît sur le Net n’est que la partie visible.

    Par ailleurs, une nouvelle vague de messages, de même facture, a été mise en ligne ce matin 13 juin vers 5 heures sur de nombreux forums (France 2, Etudes littéraires, Grain de sel, Partagelecture, Discutons.org…). Ces messages donnent un lien renvoyant en apparence vers le site de la revue Histoires littéraires.

    L’auteur de ces manipulations aura très bientôt à rendre compte de ses actes.

    Pour notre part, nous publierons prochainement un important dossier faisant le point sur l’histoire de cette photographie de Rimbaud, donnant des informations toutes récentes, ainsi que les pistes nouvelles qu’ouvre cette recherche.

    Alban Caussé & Jacques Desse

  29. Carloman sur 13/06/2010 à 23:32

    COMMUNIQUE OFFICIEL

    Vous croyez que la tentative d’intimidation va opérer ?

    Ah que je n’aime pas ces manières… Les rimbaldiens sont aussi risibles les uns que les autres !

    FIN DU COMMUNIQUE OFFICIEL

    Carloman

  30. André Gunthert sur 14/06/2010 à 17:35

    Vérification faite, il s’avère que les soupçons d’Alban Caussé et Jacques Desse sont parfaitement fondés: les commentaires ci-dessus signés Marie Rinaldi, Jérémie Lucereau et …David Ducoffre n’ont qu’une seule et même adresse IP! La rimbaldologie n’exclut donc pas l’humour – à moins que ce ne soit cette spécialité qui confine à la blague. Quoiqu’il en soit, remerçions Ducoffre de nous avoir diverti en revêtant son costume de garçon de bain. On pourra désormais apprécier à leur juste valeur les comparaisons d’oreilles et autres démonstrations amusantes d’esthètes qui s’ennuient le dimanche. Ces jeux ont également l’avantage de montrer qu’on a fait le tour de la question. S’il ne reste que la plaisanterie pour nourrir l’objection, les découvreurs n’ont plus qu’à déboucher le champagne ;-)