Sujets de validation des séminaires 2014

Par André Gunthert - 10 avril 2014 - 15:43 [English]

A. Séminaire “Iconologie des médiacultures” (sujets au choix, 5/6 p., à remettre le 15/05/2014)

  1. Résumez et discutez l’article de Carlo Ginzburg: “Your country needs you. Une étude de cas en iconographie politique”, Peur Révérence Terreur (tr. de l’italien par Martin Rueff), Paris, Presses du réel, 2013, p. 67-108.
  2. Menez l’enquête sur l’iconographie de Che Guevara à partir des ressources en ligne (modalités de recherche, analyse du matériel, organisation documentaire, discussion critique).
  3. Proposez un compte rendu critique de l’un des ouvrages de la liste ci-dessous.

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Hollande et la recherche: sanctuariser le déclin

Par André Gunthert - 9 avril 2014 - 16:54 [English]

Comme on pouvait s’y attendre, malgré la fronde anti-Fioraso, manifestée par une pétition qui a réuni plus de 8000 signatures en quelques jours, l’ex-ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, chaudement soutenue par le président de la République, réintègre le gouvernement au titre de secrétaire d’Etat. Comme son prédécesseur, François Hollande aura répondu aux universitaires par le mépris, et démenti dès le lendemain la déclaration de politique générale de son premier ministre, pour qui “la confiance est la clef de tout“.

Selon un avertissement récent du conseil scientifique du CNRS, «contrairement à ce qu’ont affirmé les gouvernements précédent et actuel, le financement de la recherche en France ne cesse de baisser», générant logiquement «une crise de la vocation scientifique des nouvelles générations». Renforcées par la loi ESR du 22 juillet 2013, la systématisation de la pénurie méthodiquement organisée par la LRU de Valérie Pécresse poursuit son travail de sape du terrain académique. A ceux qui se demandent si la France est ou non entrée en déclin, la reconduction de Fioraso contre tous les avis exprimés fournit une indication précise. L’abandon programmé de la recherche, aiguillon de l’économie, est bien une capitulation, un choix qui trahit l’avenir, et l’aveu d’une politique qui se borne à tenter de préserver les apparences – un exercice de plus en plus acrobatique au-delà de la garde rapprochée du locataire de l’Elysée.

L’image conversationnelle. Les nouveaux usages de la photographie numérique

Par André Gunthert - 8 avril 2014 - 09:29 - 21 Commentaires [English]

Je reproduis ci-dessous mon article paru dans le numéro 31 d’Etudes photographiques (printemps 2014), afin de permettre sa discussion.

Réalisé par Steven Spielberg à partir d’une nouvelle de Philip K. Dick, le film Minority Report, diffusé en 2002, est réputé pour la crédibilité de ses projections technologiques. Dessinant l’univers de 2054 à partir de propositions d’un groupe d’experts, il est célèbre pour son anticipation des interfaces tactiles. Outre la visualisation des images mentales, il prédit la généralisation de l’identification optique à des fins de surveillance ou de profilage publicitaire.

Le sérieux de cet exercice prévisionnel rend d’autant plus remarquable sa myopie face à ce qui est devenu, peu de temps après, l’ordinaire des pratiques visuelles des pays développés. Dans le film, les usages privés de l’image se limitent à la photographie traditionnelle sur papier, au film en relief et à la conversation vidéo interactive.

Fig. 1-4. Extraits de Minority Report (Spielberg, 2002), photogrammes.

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Les nouveaux chemins de l’authenticité photographique

Par André Gunthert - 8 avril 2014 -  [English]

Je reproduis ci-dessous mon éditorial paru dans le numéro 31 d’Etudes photographiques (printemps 2014), afin de permettre sa discussion.

Pendant la majeure partie de son histoire, la photographie a rempli la fonction jadis assurée par les icônes ou les reliques: celle de garantir l’authenticité de la représentation. De nombreuses élaborations ont été proposées pour expliquer que ce caractère provenait de la nature technique de l’enregistrement. En remettant en question la théorie de l’empreinte, le passage aux supports numériques a paru contredire cette légende moderniste. Certains n’ont pas hésité à décréter la fin de la photographie1.

Pourtant, une vingtaine d’années après ce virage, ni la demande d’une image porteuse de vérité ni la photographie n’ont disparu. Bien au contraire, celle-ci a envahi tous les espaces de la sociabilité, et les pratiques montrent que l’authenticité demeure un point de repère indispensable de la culture visuelle.

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  1. Fred Ritchin, In Our Own Image. The Coming Revolution in Photography, New York, Aperture, 1990; William J. Mitchell, The Reconfigured Eye. Visual Truth in the Post- photographic Era, Cambridge, MIT Press, 1992, p. 20. []

Indécidable comme une image?

Par André Gunthert - 24 mars 2014 - 09:21 - 6 Commentaires [English]

Au lendemain de la victoire de François Hollande aux primaires socialistes, Libération ornait sa Une d’une photo laudative de Sébastien Calvet (voir ci-contre) – tout en niant fermement, par la voix de Sylvain Bourmeau, toute orientation politique dans ce choix décrit comme purement esthétique.

Même si le recul permet aujourd’hui de mieux percevoir ce que cette option éditoriale pouvait avoir de propagandiste, le message porté par l’image n’est jamais limpide ni univoque. Comme le montre la discussion développée sous mon billet de l’époque, des lectures divergentes pouvaient s’exprimer sans qu’il soit possible de trancher de manière définitive dans un sens ou un autre.

L’impression délivrée par l’accueil des résultats d’un scrutin électoral est souvent de même nature. Alors que les citoyens se servent de tous les moyens à leur disposition pour adresser des messages au personnel politique, l’élection est comme une image dont on ne verrait nettement qu’un seul point focal – la victoire – tous les autres restant soumis à des interprétations fluctuantes, sans caractère affirmatif. Alors que les responsables de gauche envoyaient en 2008 à la figure de ceux de droite le fort taux d’abstention et la faible mobilisation de leurs électeurs comme des signes évidents d’une sanction politique, les mêmes symptômes sont aujourd’hui niés ou minimisés par les dirigeants en place, qui préfèrent souligner leur signification locale.

Au-delà de l’habillage rhétorique qui accueille traditionnellement le scrutin municipal, il n’en est pas moins intéressant de noter que, comme dans le cas de l’image, la part d’indécidable l’emporte. Comme Sylvain Bourmeau, Najat Vallaud-Belkacem peut nier l’interprétation punitive de l’élection, sans crainte d’être démentie par des arguments formels.

Cette imprécision du dispositif électoral, incapable d’attester autre chose qu’une victoire par convention arithmétique, est un inconvénient sérieux à un moment où le citoyen enrage de ne pas être entendu par ses édiles. Il est dangereux de se servir de cette marge d’indétermination pour encourager le déni. Car les électeurs pourraient alors choisir d’autres moyens pour se faire entendre.

Orsay choisit un accident photographique

Par André Gunthert - 18 mars 2014 - 10:45 [English]

Portraits de Baudelaire par Carjat, 1861. Portrait de M. Arnauldet, acquisition du musée d'Orsay.

Le musée d’Orsay vient d’acquérir, pour une somme que L’Express évalue à 50.000 Euros, non pas une photo, mais une hypothèse érudite, une belle histoire, un jeu photographique. L’histoire, c’est celle imaginée par Serge Plantureux, l’un des grands collectionneurs spécialiste de photographie ancienne, à propos d’une épreuve albuminée dénichée dans un album anonyme, acquis en 2013.

Dans le dos d’un “Mr Arnauldet” (sic), une silhouette s’incline au bord de la toile servant de fond au portrait. Le personnage est flou, mais son allure et son costume rappellent l’une des plus célèbres icônes de l’histoire littéraire: celle de Baudelaire réalisée par Carjat en 1861. Comme dans le cas d’une autre trouvaille récente, où l’on a voulu reconnaître Rimbaud, Plantureux enquête, multiplie les pistes, compare les blouses et les coiffures, et se convainc que cet exemple précoce de photobombing date du même jour que le fameux portrait du poète.
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Getty admet la conversation

Par André Gunthert - 7 mars 2014 - 11:56 - 7 Commentaires [English]

Pour publier mes travaux sans encombre, et parce qu’il n’existe pas d’exception de citation des images,  je suis devenu un expert du Code de la propriété intellectuelle. Peut-on attendre de tout usager du web un tel degré d’investissement dans les arcanes du droit? Alors que le gouvernement français a récemment désigné une mission pour ajouter une nouvelle exception de citation, destinée à codifier les œuvres dites “transformatives”, à l’interminable liste qui délimite l’espace du partage autorisé, Getty Images, plus grosse banque d’images au monde, vient de répondre à cette question par la négative.

En autorisant l’usage gratuit d’une partie de ses collections (35 millions d’images sur 150) dans un contexte non-marchand, l’agence consent à cesser de considérer l’usager à l’instar d’un acteur professionnel prêt à faire face aux subtilités du Code, et admet la spécificité des usages citationnels de la conversation documentée, placés hors droit d’auteur. «Images are the communication medium of today and imagery has become the world’s most spoken language», observe le PDG Jonathan Klein.

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Consommer ou photographier au restaurant, il faut choisir

Par André Gunthert - 1 mars 2014 - 07:41 - 19 Commentaires [English]

Inspiré par une enquête du New York Times, un article des Inrocks revient sur un des nouveaux marronniers de la photographie conversationnelle: la photo de plats au restaurant. Sans nier l’existence du genre, je remarque son absence à peu près complète sur ma propre timeline. Mon groupe d’amis n’a visiblement pas les moyens de fréquenter assidûment les grandes tables: quand on y voit des photos de plats, ce sont plutôt des préparations maison.

Admettons donc a priori le symptôme, tout en notant que l’article “modes de vie” lui confère une forme standardisée, en se plaçant du côté du restaurateur, considéré comme lésé, et en décrivant le consommateur photographe comme un gêneur, sans jamais se demander quels sont les usages de l’image.

Comme la photographie au musée, l’enregistrement visuel au restaurant est présenté comme une rupture de convention dans une structure ternaire composée par 1) un espace fortement ritualisé, 2) un visiteur décrit comme un hôte, toléré par 3) une instance tutélaire, gardienne du rite et disposant de pouvoirs impératifs sur la manière de le faire respecter.

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Etudes photographiques n° 31 en bouclage

Par André Gunthert - 27 février 2014 - 08:56 - 4 Commentaires [English]

Nous bouclons actuellement le numéro 31 d’Etudes photographiques, qui paraîtra fin mars, après une longue interruption (MàJ: référence en ligne).

Editorial: “Les nouveaux chemins de l’authenticité photographique”

Fictions du territoire

  • Raphaële Bertho, “Les grands ensembles. Cinquante ans d’une politique-fiction française”
  • Jordi Ballesta, “La commande, au risque de l’illustration”

Partager l’image

  • André Gunthert, “L’image conversationnelle. Les nouveaux usages de la photographie numérique”
  • Fatima Aziz, “Transactions visuelles. Facebook, ressource de la rencontre amoureuse”

La question documentaire

  • Catherine E. Clark, “‘C’était Paris en 1970′. Histoire visuelle, photographie amateur et urbanisme”
  • Laetitia Barrère, “Dialogues sur la photographie documentaire, Elizabeth McCausland et Beaumont Newhall”

Quand un blogueur scientifique cesse-t-il d’être scientifique?

Par André Gunthert - 24 février 2014 - 11:50 - 10 Commentaires [English]

Le débat est ancien. Un blogueur estampillé “chercheur” peut-il sortir des clous? Aborder des sujets d’actualité, parler politique, donner son avis sur la société? Sur ARHV, j’avais tenté de justifier l’intérêt de se servir de l’outil de publication ouvert qu’est le carnet de recherches pour expérimenter écarts, détours et excursus. Plus récemment, j’expliquais les bénéfices de l’altérité dans le contexte académique.

Une nouvelle occasion se présente de documenter ce débat. Dans un récent billet, l’économiste hétérodoxe Jacques Sapir, directeur d’études à l’EHESS, avait répondu vigoureusement à l’accusation burlesque, formulée par Pierre Moscovici sur une chaîne de télévision publique, selon laquelle le chercheur serait d’extrême-droite – ce qui faisait rire Marine Le Pen elle-même (on peut lire la juste mise au point de Natacha Polony à propos de ce dérapage qui ne grandit pas le ministre).

Trop vigoureusement? Ce fut l’avis du comité scientifique d’OpenEdition, éditeur du carnet RussEurope, qui demanda à l’auteur de modifier la rédaction de son billet, initialement intitulé “Saloperies”, corrigé ensuite pour un plus académique: «Ce que Sartre aurait appelé des “saloperies”…».

Je n’entrerai pas ici dans la discussion sur le style de la réplique de Sapir puisque, celle-ci ayant été modifiée par l’auteur, il n’est plus possible de comparer les deux versions (l’avis que j’ai pour ma part exprimé au sein du conseil scientifique d’Hypothèses, auquel je participe, est qu’on peut être d’accord sur le caractère excessif de certaines formulations sans pour autant admettre que cet aspect légitime une demande impérative de modification). Je retiens en revanche de ce débat l’argument du caractère “non scientifique” dudit billet, utilisé pour justifier l’intervention.

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