Séminaires 2013-2014

Par André Gunthert - 10 mai 2013 - 13:25 - 2 Commentaires [English] [PDF] 

Masterclass Nick Ut, Sciences Po, 27/09/2012.

  • Iconologie des médiacultures

Séminaire de recherche ouvert aux doctorants et masterants, 1er et 3e jeudis du mois de 18 h à 20 h (INHA, salle Walter-Benjamin, 2 rue Vivienne, 75002 Paris), du 7 novembre 2013 au 15 mai 2014 (descriptif sur le site de l’EHESS).

Le projet du séminaire est d’étudier, à travers une série d’études de cas, les mécanismes de sélection des icônes de la culture populaire de la période contemporaine. Du portrait de Rimbaud à l’homme sur la Lune, de Marilyn à Einstein tirant la langue, du Père Noël à la Joconde, autant d’images célèbres aux trajectoires singulières, mais toujours issues de l’espace des médiacultures, et affectées par les circonstances de leur publication d’une valeur d’échelle exceptionnelle. Manifestée par la perte des informations auctoriales autant que par les phénomènes de reprise ou de citation, ces œuvres présentent la particularité d’alimenter une réception dense. Synthèses efficaces de récits sous-jacents, elles entretiennent des relations complexes avec de larges réseaux de contenus, dispersés sur de nombreux supports. A travers l’examen de ces exemples, il s’agit d’interroger les logiques constitutives des dynamiques culturelles et des usages sociaux du visuel.

Blog: http://culturevisuelle.org/icones Lire la suite

De Hitler à Mélenchon. Petite généalogie de la diabolisation visuelle

Le Monde.fr, portrait de Mélenchon par Laurent Hazgui, s. d.

La narration visuelle au service du journalisme fait rarement dans la dentelle. En ce jour de manif du Front de gauche, le Monde.fr a remis en Une le signalement du long article d’analyse politique de Raphaëlle Besse Desmoulières et Vanessa Schneider publié dans “M le magazine”, illustré par une photo noir et blanc d’un Mélenchon vociférant, parfaitement raccord avec les éléments de langage gouvernementaux (voir ci-dessus). Lire la suite

La culture du partage ou la revanche des foules

Boulet, 4e de couv. de Notes, saison 1, Delcourt, 2009 (courtesy: Boulet).

Au cours des années 1920, il devint évident que le cinéma était en train de modifier en profondeur le rapport des contemporains à la culture. L’adaptation des pratiques du théâtre à une nouvelle technologie et le succès mondial d’œuvres originales, notamment les films de Chaplin, furent perçus comme l’installation d’un nouvel art des masses1. Nul mieux que Walter Benjamin, dans son célèbre article “L’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique”, n’a dessiné l’opposition entre l’ancienne culture bourgeoise, appuyée sur le modèle de l’unicité de l’œuvre d’art, et les nouveaux médias d’enregistrement, imposant par la reproductibilité le règne des industries culturelles2. Le cinéma n’a pas fait disparaître l’œuvre d’art. Mais il a doté d’une légitimité inédite les expressions de la culture populaire, contribuant ainsi au renouvellement des formes artistiques et à l’hybridation des cultures.

Au cours des années 2000, il est devenu évident qu’un autre changement de paradigme d’une amplitude équivalente était en cours. Internet, et particulièrement le web interactif, était en train de modifier en profondeur les pratiques culturelles. Alors que la circulation réglée des œuvres de l’esprit permettait d’en préserver le contrôle, la nouvelle fluidité des biens culturels a favorisé leur appropriation en dehors de tout cadre juridique ou commercial. L’acte même du partage est devenu la signature de l’opération culturelle.
Lire la suite

  1. Richard Butch, The Citizen Audience. Crowds, Publics and Individuals, New York, Routledge, 2008; Emmanuel Plasseraud, L’Art des foules. Théories de la réception filmique comme phénomène collectif en France (1908-1930), Villeneuve d’Asq, Presses du Septentrion, 2011. []
  2. Walter Benjamin, “L’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique” (édition de 1939, trad. de l’allemand par M. de Gandillac et R. Rochlitz), Œuvres, t. 3, Paris, Gallimard, 2000, p. 269-316 []

Notes sur la décontextualisation

Par André Gunthert - 28 avril 2013 - 07:59 - 17 Commentaires [English] [PDF] 

1-3. Affichettes de recherche d'animaux perdus.

Les affichettes que l’on aperçoit chez les commerçants pour rechercher un chat ou un chien perdu posent un intéressant problème théorique. Au moment de la réalisation de l’annonce, l’animal étant par définition absent, il faut puiser dans l’archive familiale pour y trouver une photo, qui va changer d’usage. L’image privée devient publique, et son sens se modifie: alors que sa finalité reposait jusque-là dans la réflexivité du portrait, elle est mobilisée dans un but utilitaire d’identification (on peut évidemment appliquer le même raisonnement aux personnes disparues). En d’autres termes, la photo subit une opération de décontextualisation, puis de recontextualisation. Quoiqu’il s’agisse du même contenu, sa lecture est modifiée par le dispositif.

Lire la suite

Man Ray contre Sherlock Holmes

Par André Gunthert - 24 avril 2013 - 08:59 - 8 Commentaires [English] [PDF] 

L’efficacité de la vidéosurveillance repose sur les qualités d’exactitude et d’authenticité attribuées à l’image d’enregistrement. L’enquête menée suite à l’attentat du marathon de Boston permet de vérifier dans quelles conditions celles-ci peuvent être mises en œuvre.

La valeur informationnelle de l’enregistrement ne fonctionne qu’a posteriori, lorsqu’un drame transforme en scène de crime une événementialité jusque-là anodine. Ce n’est que lorsqu’un regard inquisiteur mobilise après coup les images pour y rechercher des indices que ces données deviennent signifiantes.

En d’autres termes, l’indicialité, qui caractérise la photographie comme empreinte (Krauss), est fonction de l’indiciarité, qui définit la transformation en indice d’un phénomène soumis à l’enquête (Ginzburg). Non seulement la trace n’existe que dans le contexte de l’investigation, qui oriente la lecture des données, mais on peut affirmer que sa validité dépend de la pertinence de l’interprétation plutôt que de l’exactitude de l’enregistrement.

Appel à témoins du FBI, 18 avril 2013.

Lire la suite

Génie ou imitation?

Par André Gunthert - 17 avril 2013 - 08:48 - 8 Commentaires [English] [PDF] 

Le moment est proche où il faut annoncer à l’administration les sujets de cours de l’an prochain. Je m’interroge. Faut-il poursuivre le thème choisi pour cette année ou en changer?

Sous le titre “Le génie des images“, le projet était de questionner l’idée d’un “pouvoir” spécifique des formes visuelles. L’enquête a permis de dégager plusieurs points importants, notamment le constat que l’attribution d’un pouvoir provient d’une mauvaise manière de poser la question, en présupposant un isolement des formes visuelles, ce qui est une illusion. A contrario, il existe une puissance de la norme, à laquelle l’image peut participer. On ne croit pas aux images, mais on peut croire avec des images, si on pense qu’elles sont indicatives d’une norme.

Ce programme est loin d’être achevé. Son objectif, qui est de déconstruire un paradigme constitutif des visual studies, suppose un examen historiographique attentif. Nous avons étudié David Freedberg et Tom Mitchell, mais ni l’agency d’Alfred Gell ni la survivance de Georges Didi-Huberman.

Mais l’élaboration d’un programme de cours repose sur la prise en compte d’urgences subjectives. Au moment de reconduire le Génie, réapparaît l’idée d’une iconologie de la culture populaire, dont l’étude de “The Road to Homo Sapiens” avait jeté les bases. Identifier, documenter et analyser les icônes largement reproduites par les industries culturelles, du Bonaparte franchissant les Alpes de David à l’image de la petite vietnamienne en passant par la photo de Buzz Aldrin sur la Lune serait une bonne façon de poursuivre l’enquête sur les dynamiques spécifiques des médiacultures, et simultanément de faire émerger un canon encore peu reconnu.

Historiographie ou iconologie? Je me donne encore quelques jours pour trancher…

Les sciences humaines et sociales peuvent-elles se permettre d’être gratuites?

Par André Gunthert - 15 avril 2013 - 08:20 - 3 Commentaires [English] [PDF] 

Au programme ce midi de La Grande Table, émission animée par Caroline Broué sur France Culture, le débat qui agite actuellement le monde des revues de sciences humaines et sociales, pour ou contre l’Open access, ou publication scientifique directe. Avec Antonio Casilli, Mathieu Potte-Bonneville et moi-même (podcast).

Introduction: En SHS, on avait l’habitude de publier des livres. Les revues, c’était de la “littérature grise” pour spécialistes. Et puis a été instituée l’évaluation des chercheurs, basée sur les articles publiés, sur le modèle des sciences de la nature. D’un coup, les revues sont devenues très importantes, parce que l’évaluation, c’est la clé des financements. Aujourd’hui, quand un labo veut couper des crédits, il va se servir de l’évaluation, pour dire: ce programme est mal noté, donc on le supprime. Lire la suite

La preuve par Nabilla

Par André Gunthert - 12 avril 2013 - 16:06 - 16 Commentaires [English] [PDF] 

On peut être sûr d’une chose: lorsqu’un phénomène de la nouvelle culture arrive jusqu’à Canal Plus, c’est qu’il est mort. En recevant Nabilla Benattia, héroïne des Anges de la télé-réalité, Denisot croyait accrocher les wagons du Grand Journal au train du buzz le plus incompréhensible de ces derniers mois. Les experts du Plus se sont longuement penchés sur la question: comment est-il possible qu’une phrase aussi idiote que “Nan mais allo quoi!”, prononcée par une bimbo à gros seins (et donc à petit cerveau), reçoive un accueil aussi dithyrambique? Toujours raccord avec Canal sur le podium de la clairvoyance, les spécialistes de Libé briquaient leur analyse: cette “sinistre farce” n’était rien d’autre que le point Guy Debord d’une société du spectacle en voie de dégénérescence avancée – rendez-nous Jeanne Moreau et Juliette Gréco!

Lire la suite

“Écrans, agenda, cadrages. Les ‘effets des médias’ dans les classes populaires”

Par André Gunthert - 9 avril 2013 - 06:34 [English] [PDF] 

Vincent Goulet (université de Lorraine), auteur de Médias et classes populaires. Les usages ordinaires des informations (INA, 2010), présentera une intervention intitulée: “Écrans, agenda, cadrages. Notes ethnographiques sur les ‘effets des médias’ dans les classes populaires”, dans le cadre du seminaire “Le génie des images”, jeudi 18 avril, 18h-20h, salle Walter Benjamin, INHA, 2 rue Vivienne, 75002 Paris, entrée libre.

On a retrouvé la soucoupe d’Adamski

Par André Gunthert - 30 mars 2013 - 14:32 - 5 Commentaires [English] [PDF] 

L’information n’a pas été diffusée au-delà des cercles spécialisés, je n’en ai pris connaissance que récemment. Il s’agit pourtant de la confirmation longtemps attendue du caractère factice d’un des principaux motifs de la subculture ufologique: la soucoupe “vénusienne” d’Adamski.

1. Flying Saucers have landed, édition de 1953. 2. Edition de 1957. 3. Traduction française.

En 1953 paraît l’ouvrage Flying Saucers have landed (les soucoupes volantes ont atterri). Cosigné par George Adamski et Desmond Leslie, il raconte pour le première fois, sur le mode du témoignage, la rencontre de terriens avec des extraterrestres. Ce volume qui sera traduit en 18 langues comporte une autre caractéristique frappante: une iconographie où l’on aperçoit pour la première fois les vues distinctes d’une soucoupe volante. Lire la suite