Culture Visuelle, un média social au service de la recherche

02/09/2010
André Gunthert

Moins de dix mois après le lancement de la plate-forme Culture Visuelle, celle-ci accueille déjà son 1001e billet! Appuyé sur une cinquantaine de blogs actifs et plus de 180 utilisateurs inscrits, le format original du média social d’enseignement et de recherche attaque sa première vraie rentrée, avec un outil bien rôdé, plusieurs expérimentations en cours et de nombreux projets.

A la disposition des chercheurs, le support de dialogue constitué par la ferme de blogs a déjà démontré une enviable efficacité, par la constitution spontanée de questionnements thématiques en réseau, qui forment autant de dynamiques de recherche collective (voir notamment les tags “illustration“, “retouche” ou “index“).

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Colloque “Livre, imprimé et photographie”

24/08/2010
André Gunthert

Les 10 et 11 septembre 2010, GwinZegal, Centre d’Art et de Recherche, organise un colloque sur le thème: “Livre, imprimé et photographie”, autour d’éditeurs, de responsables d’institutions photographiques, d’artistes et de chercheurs de différents pays européens. Le colloque se tiendra au théâtre du Champ au Roy à Guingamp.

Le livre et l’imprimé occupent une place majeure dans l’histoire de la photographie. Pour nombre de photographes et d’artistes le livre est partie intégrante de leur œuvre. Parler du photographe Robert Franck c’est inévitablement faire référence à son livre Les Américains. En France, dans l’entre-deux-guerres, André Kertesz, Brassaï, Germaine Krull, Robert Capa… ont contribué à l’émergence d’une nouvelle culture visuelle à travers l’hebdomadaire Vu qui donne à la photographie une place singulière, tant formelle que rédactionnelle, dans le travail d’information. Depuis quelques années, à l’instar des festivals, des lieux d’expositions, la production éditoriale a connu une véritable inflation: des dizaines, voire des centaines de livres qui revendiquent l’appellation de livres de photographie avec, à côté de véritables best-sellers, une production plus confidentielle qui peine à trouver le chemin du public des amateurs. Dans cette production se mêlent tous les genres dans une grande confusion, du livre conçu par les artistes, au catalogue d’exposition en passant par les ouvrages qui traitent d’une thématique en empilant les travaux de photographes…

Ce colloque a pour objet de poser la question de la place actuelle du livre photographique, comme partie intégrante du travail artistique et donc de sa présentation, du rapport artiste/éditeur, de l’importance du livre dans le travail des institutions photographiques, de la fonction du texte dans le livre photographique et enfin de son économie.

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Comme Godwin en France

18/08/2010
André Gunthert

Tout comme l’éditorial du New York Times dénonçant la politique «xénophobe» du gouvernement français, le titre de Une du Times mentionnant les «souvenirs de la Gestapo» à propos des évacuations de Roms, n’est pas passé inaperçu (voir ci-contre). Après Stéphane Hessel ou Michel Rocard évoquant Vichy ou les nazis, le rappel des «rafles pendant la guerre» par le  député UMP Jean-Pierre Grand montrait que le vénérable journal britannique n’était pas le seul à avoir la mémoire chatouillée par certains rapprochements.

Outre les protestations de quelques ministres et porte-paroles du parti au pouvoir, la multiplication de ces réactions a suscité des interrogations sur le bon usage des comparaisons historiques. Sur Rue89, Pierre Haski parle d’«analogies indignes», tandis que sur Médiapart, l’historien Henry Rousso, dans une réflexion plus nuancée, juge que si certaines comparaisons ne sont pas «sans objet», leur pertinence paraît néanmoins «fragile».

Qui peut disconvenir que tracer un signe “égal” entre passé et présent, Hitler et Sarkozy, les juifs et les Roms, serait un geste excessif et vain? Aussi bien n’est-ce pas de cela qu’il s’agit. Le rôle de l’analogie historique, faut-il le rappeler, n’est pas de postuler l’identité de deux périodes, mais plutôt de faire apparaître la signification d’un événement contemporain par la mobilisation d’un point de comparaison historique. Il s’agit, pour le dire simplement, d’une image, c’est à dire d’un procédé rhétorique aussi vieux que l’histoire, en l’absence duquel l’œuvre d’auteurs aussi négligeables que Racine, Voltaire ou Victor Hugo se trouverait sensiblement allégé.

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Lepénisation visuelle

11/08/2010
André Gunthert

Le photojournalisme est peut-être mort (dixit Neil Burgess), mais le journalisme visuel, lui, se porte comme un charme. Sur Culture Visuelle, nous sommes quelques-uns à tenir la chronique de ce récit en images, véritable construction d’un énoncé parallèle au texte, qui s’appuie sur l’instrumentalisation de l’illustration photographique.

Les récentes déclarations liant immigration et insécurité par le chef de l’Etat et quelques autres membres de la majorité ont été suivies par une inflexion sensible de l’expression visuelle dans les colonnes du Monde. Journal connu pour son respect d’une étiquette parfois surannée, le quotidien n’est pas coutumier de la caricature photographique – un choix iconographique plus fréquent dans les organes d’opinion, qui consiste à sélectionner, parmi les portraits du personnel politique, une expression peu agréable, une grimace ou un rictus, de façon à ridiculiser ou à souligner l’inconvenance de telle ou telle prise de position.

(1) Portrait de Nicolas Sarkozy publié par le Monde, 10/08/2010 (image LeMonde.fr). (2) Portrait de Frédéric Lefebvre publié par Le Monde, 09/08/2010 (Jacques Demarthon/AFP, 2009).

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Une image pour la guerre

06/08/2010
André Gunthert

Comme en réponse aux fuites massives sur le conflit afghan publiées par Wikileaks, une image. En couverture du Time de cette semaine (édition du 9/08/2010), le portrait d’Aisha, beau visage creusé en son centre d’une blessure atroce – le nez coupé. Une punition infligée l’an dernier par sa propre famille à l’issue d’un procès par les talibans pour avoir fui un mariage forcé. Le titre choisi par le magazine américain ne laisse pas de doute sur l’interprétation de cette torture barbare: “What happens if we leave Afghanistan” (“Ce qui se passera si nous quittons l’Afghanistan”).

Alors qu’on apprend que la jeune femme a rejoint les Etats-Unis pour une opération de chirurgie reconstructrice, le débat fait rage entre faucons et colombes, qui qualifient la publication de l’image de “pornographie de guerre” (“war porn”). Terrible constat de l’échec de 9 ans d’occupation, le message de cette photo peut en effet se retourner comme un boomerang contre ses émetteurs. Certains décryptent le choix de cette image-choc comme le signe d’une escalade désespérée de la part des partisans d’un conflit de plus en plus impopulaire.

Si l’image de la souffrance d’Aisha semble rejoindre la courte liste des icônes qui, de Kim Phuc à Neda, s’inscrivent dans la mise en scène médiatique des guerres, il faut souligner deux caractéristiques qui l’isolent de la série. Alors que l’image de la victime féminine est habituellement utilisée comme symbole pour dénoncer le conflit, celle-ci sert à l’inverse à légitimer la poursuite de l’occupation.

Ce retournement du schéma explique l’autre différence essentielle de cette icône: au lieu d’une photographie de reportage prise sur le vif, il s’agit d’un portrait soigneusement posé (réalisé par Jodi Bieber pour le magazine), comme celui d’un mannequin ou d’une célébrité, qui rend plus affreux encore le contraste entre la mise en scène de la beauté et la blessure ouverte.

On peut voir dans cette photographie un écho paradoxal à l’un des plus célèbres portraits du XXe siècle, celui de la jeune afghane par Steve McCurry, publié en 1985 par le National Geographic. Au-delà de la victimographie de guerre, façon gueules cassées, la couverture du Time raconte que le comble de la barbarie est l’agression contre la beauté. Dans le cas d’Aisha, on peut redouter que le magazine ne nous inflige dans quelques mois l’épreuve de comparaison après reconstruction, qui fournira l’attestation définitive du bien-fondé de l’invasion américaine (avec mes remerciements à Pascal Kober).

Culture populaire, culture involontaire?

04/08/2010
André Gunthert

Pour égayer les longues soirées d’été, Rémy Besson s’est lancé sur Culture Visuelle dans une vaste série de notes historiographiques, consacrée notamment aux rapports toujours houleux du cinéma et de l’histoire.

Parmi les historiens – trop peu nombreux – qui ont témoigné de leur intérêt pour le 7e art, une explication revient de façon régulière. Si le cinéma peut avoir une signification pour l’histoire, c’est parce qu’il recèle une richesse cachée: une information involontaire, un contenu inconscient, l’empreinte d’une époque, qui serait tout particulièrement délivrée par l’image.

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Eric Woerth, ou la fabrique de l’image rêvée

07/07/2010
André Gunthert

On le dit, on le répète: nous vivons dans un trop-plein d’images. Une abondance qui a notamment pour effet de mettre en difficulté le photojournalisme, concurrencé par la profusion des photos amateurs ou des banques d’images.

Mais si l’on examine de plus près un cas particulier, on a la surprise de constater que ce schéma général est loin de correspondre à la réalité. Avec l’affaire Woerth-Bettencourt, on voit les rédactions faire tous leurs efforts pour remédier à ce qui apparaît clairement comme une insuffisance du matériel disponible.

Liliane Bettencourt et Eric Woerth ne sont pas des inconnus. Pourtant, lorsque Médiapart lance l’affaire le 16 juin dernier, on voit bien que l’accompagnement iconographique n’est pas à la hauteur. Côté Bettencourt, journaux et sites reproduisent d’abord un seul et même portrait de la milliardaire, déjà relativement ancien, réalisé par Patrick Kovarik pour l’AFP le 18 avril 2005 à l’Elysée, à l’occasion d’une remise collective de décorations (voir ci-dessous, fig. 1-2).

(1) Liliane Bettencourt, photo Kovarik/AFP 2005 (2) Site Libération.fr, "Bettencourt, une affaire d'Etat". (3) Couverture Le Point 01/07/2010.

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Séminaire 2009-2010, un grand cru!

25/06/2010
André Gunthert

De gauche à droite et de haut en bas:Métamorphoses de l’évolution“, 26 novembre 2009. “Pour une histoire de l’imaginaire“, 14 janvier 2010. Audrey Leblanc, “L’image de mai 68″, 2 janvier 2010. Raphaële Bertho, “Paysages sur commande”, 4 février 2010. Pierre-Olivier Dittmar, “Le débat sur la Bible des illettrés”, 11 février 2010. “Le Dinosaure, figure des pouvoirs de la science“, 8 avril 2010. Matthias Bruhn, “The Age of the photo Agency“, 20 mai 2010. Alexie Geers, “Publicité et contenu éditorial dans la presse féminine“, 27 mai 2010. “La mutation des soucoupes volantes”, 10 juin 2010. Merci à toutes et tous!

Pour l’an prochain, j’ai créé un blog par séminaire (Mythes, images, monstres; Esthétique de l’image numérique). Ces outils, qui archivent une partie du travail effectué cette année, offriront dès la rentrée un point de repère simple et un outil de dialogue pratique pour les participants tout au long de l’année. On peut s’y inscrire dès à présent.

Images pieuses

19/06/2010
André Gunthert

Scandale! Cette semaine, un article du Daily Mail révèle qu’une affiche représentant Winston Churchill au fronton du musée “Britain at War” a été retouchée, ôtant son célèbre cigare de la bouche du vainqueur de la barbarie nazie.

La retouche est un mensonge. La photographie dit la vérité. Dans un cas comme celui-là, les éditorialistes ou les censeurs n’ont aucun mal à faire la part des choses, et à rapprocher cette image de la série déjà longue des méfaits du politiquement correct, qui a affligé les portraits de Sartre, Tati ou Gainsbourg de corrections anachroniques.

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La première chaire “visual studies” française s’installe à Lille 3

16/06/2010
André Gunthert

réunion de la commission de spécialistes pour la chaire mixte Visual Studies, université Lille 3, 20 mai 2010.

J’ai eu la chance de participer à la commission de spécialistes chargée de la création de la première chaire française “Cultures Visuelles/Visual Studies” à l’université Lille 3. Créé dans le cadre de l’Institut de recherches historiques du Septentrion (Irhis), dirigé par Daniel Dubuisson, ce poste appartient au dispositif des chaires dites “mixtes”, qui porte le label CNRS et offre au titulaire, pour une durée de cinq ans, une charge d’enseignement allégée (64h) et des moyens budgétaires pour mener à bien ses recherches.

Composée d’Olivier Bonfait (Aix-Marseille), Sophie Chauvin (Lille 3), Yann Coello (Lille 3), Michel Crubellier (Lille 3), Alain Deremetz (Lille 3), Martial Guedron (Strasbourg), Charlotte Guichard (CNRS), Laurent Grisoni (Lille 1), André Gunthert (EHESS), Anne Kerlan (CNRS), Sophie Raux (Lille 3), François Ruggiu (CNRS), Solange Vernois (Poitiers), sous la direction de Daniel Dubuisson, la commission a sélectionné 7 candidats sur 48 dossiers reçus. Au terme des auditions, c’est Gil Bartholeyns, docteur en histoire de l’EHESS et de l’université libre de Bruxelles, qui a été classé premier (2e: Denis Ribouillaud, 3e: Katia Schneller, 4e: Itay Sapir).

(MàJ: Billet modifié à la demande des instances de Lille 3.)