Séminaire : Appropriations et pratiques historiennes des images

Par Adrien Genoudet - 27 octobre 2013 - 14:53 [English] [PDF] 

Jeudi de 10 h à 12 h (INHA, salle Nicolas-Claude Fabri de Peiresc, 2 rue Vivienne 75002 Paris),

du 14 novembre 2013 au 27 février 2014

Séminaire de Master d’histoire (EHESS) animé par Christian Delage – Lydie Delahaye et Adrien Genoudet


Présentation

La question de l’écriture de l’histoire contemporaine – en particulier dans son rapport au temps présent – a trouvé dans l’appropriation et les pratiques des images contemporaines un terrain particulièrement fertile au renouvellement de sa problématique. Si l’on considère l’image comme un de ses vecteurs fondamentaux, il devient alors primordial de comprendre la performance de ces images et leur rôle dans la perception du temps historique.

À partir des textes fondateurs sur les rapports entre cinéma et histoire et sur les liens entre les images et l’histoire, ce séminaire veut montrer comment ces images, par leurs différentes réappropriations au fil du temps, produisent une certaine visualité du XXe siècle (notion qu’il conviendra d’interroger) et en quoi cette question bouleverse notre rapport au temps historique. Pour cela, on reviendra dans un premier temps sur l’état de l’historiographie du domaine et sur les outils de lecture nécessaires pour comprendre ces images et leurs sources.

Nous nous intéresserons également aux musées en tant qu’institutions culturelles capables de diffuser et produire des images. A partir de cas concrets, nous verrons comment le musée brise l’aporie initiale entre historique et esthétique. En étudiant les pratiques curatoriales des musées d’art moderne ainsi que les pratiques artistiques contemporaines, il s’agira d’envisager le musée comme un vecteur d’écriture historique.

Au fil du séminaire, nous tenterons également de définir ce qu’est une « image d’archive » et ses différents emplois. C’est dans cette perspective que nous nous interrogerons sur la diffusion et l’appropriation des images sur internet, sur l’apport de la télévision dans le débat historique, mais aussi sur la bande dessinée et son rapport formel avec l’écriture de l’histoire.

La question centrale de notre propos sera d’essayer de comprendre et d’analyser comment cette mobilité des images a influencé notre perception et l’écriture de l’histoire du XXe siècle et en quoi les notions de temporalités, de mémoire, d’exposition, de médias et d’interdisciplinarité sont à prendre « en concordance » pour penser cette période historique.

Ce séminaire, ouvert à tous, est conçu comme un espace d’échange pour tenter de dessiner un nouvel espace commun de réflexion sur les pratiques de l’image et de l’histoire. Certaines séances feront probablement l’objet de rencontres avec des artistes et universitaires.

Retrouvez le séminaire sur le site de l’EHESS ici

Libellé et descriptifs des séances

14 novembre :

Présentation générale et enjeux du séminaire

21 novembre :

Regard historiographique sur des noces rebelles : Cinéma et Histoire

28 novembre :

Appropriations des images (I) : Emplois, mésemplois et jeux de contexte, une histoire en contraste.

12 décembre :

Les actualités cinématographiques au musée

19 décembre :

Les expositions du MoMA pendant la seconde guerre mondiale

9 janvier :

Appropriations des images (II) : Potentialités et ouvertures contemporaines.

16 janvier :

L’utilisation de l’archive dans l’art contemporain

23 janvier :

Bande dessinée et histoire, un couple en quête de sens

30 janvier :

Le Style documentaire et les Avant-gardes cinématographiques

6 février :

L’archive filmique au musée: de l’historique vers l’esthétique

13 février :

Cinéma, mémoire, écriture de l’histoire : quelle place pour l’image ?

20 février :

Visualité du siècle et « chrononymes imagés », la périodisation de l’histoire par l’image

SEANCE DU 14 NOVEMBRE

Présentation générale et enjeux du séminaire

SEANCE DU 21 NOVEMBRE 2013

REGARD HISTORIOGRAPHIQUE SUR DES NOCES REBELLES : CINEMA ET HISTOIRE.

Dans cette séance qui viendra prolonger lʼintroduction faite à la première séance, nous nous intéresserons plus particulièrement aux aléas de lʼévolution de lʼalliance disciplinaire et artistique entre le cinéma et lʼHistoire. Nous commencerons par une première analyse chronologique qui nous permettra de voir les différentes évolutions et théories avancées au cours du temps en nous inspirant de textes fondateurs et réflexifs (Christian Delage, Antoine de Baecque, Jacques Rancière etc.). Cʼest en partant de ces premiers pas épistémologiques que nous dessinerons une ouverture sur les enjeux contemporains de ces « noces rebelles » et des débats qui se posent actuellement.

SEANCE DU 28 NOVEMBRE 2013

APPROPRIATIONS DES IMAGES (I) EMPLOIS, MESEMPLOIS ET JEUX DE CONTEXTE, UNE HISTOIRE EN CONTRASTE.

Nous entamerons, à partir de cette séance, une observation et une analyse profonde de la question de lʼappropriation et de la réappropriation des images. Nous nous attacherons, au cours de cette première séance, à comprendre la manière dont les images – les images cinématographiques plus particulièrement – par leurs trajectoires et leurs contextualisations, infèrent sur lʼhistoire et son écriture. En nous intéressant à la manière dont une image est constamment re-mise en « présence », en ce sens quʼelle sʼinscrit dans une double appropriation temporelle – par lʼacteur qui lʼemploie et par le spectateur qui la contemple – nous essaierons de montrer, en nous basant sur plusieurs exemples, le fait que la question de lʼappropriation est aujourdʼhui centrale dans le débat sur les images en histoire.

SEANCE DU 12 DECEMBRE 2013

LES ACTUALITES CINEMATOGRAPHIQUES AU MUSEE

Selon Raymond Borde, les actualités cinématographiques «isolent les rites de la vie collective (…). Nous découvrons dans lʼimage officielle un document extraordinaire sur le climat dʼune époque. La société figée dans ses cérémonies livre lʼessence de son aliénation. » Conçues initialement pour être diffusées dans les salles de cinéma avant les films, les actualités cinématographiques ont eu par ailleurs une existence au musée. De leur diffusion au MoMA dans les programmes de films à leur conservation dans les archives du film, il sʼagira de définir lʼhistoriographie et les enjeux de la présence des actualités cinématographiques au musée. En sʼappuyant sur des textes théoriques (Boleslaw Matuzewski) et des pratiques pionnières (Iris Barry et le Film Library du MOMA), nous nous interrogerons sur les implications de lʼappropriation par le musée du contenu informatif, esthétique et social des documents.

SEANCE DU 19 DECEMBRE 2013 :

LES EXPOSITIONS DU MOMA PENDANT LA SECONDE GUERRE MONDIALE

Durant la Seconde Guerre mondiale, le Museum of Modern Art organisa un certain nombre dʼexpositions afin dʼencourager lʼeffort de guerre et de diffuser lʼimage de lʼAmérique propageant un modèle démocratique. Dès les années 1930, Alfred Barr Jr., directeur du musée, prit personnellement un rôle actif dans la diffusion de ce qui lui semblait être la responsabilité du musée et des artistes. À travers les journaux, les magazines et les institutions artistiques, Barr plaça le Musée au centre dʼun engagement social et politique. En réponse à un désir croissant de participation à lʼeffort de guerre, le conseil dʼadministration du Musée nomma lʼhistorien dʼart James Thrall Soby directeur de son nouveau programme des Forces armées en 1942. Celui-ci devait favoriser les expositions dʼart sur la guerre et aussi la diffusion de films au Musée ainsi que dans le monde. Nous verrons à travers la série dʼexpositions du MoMA participant à lʼeffort de guerre, comment le musée sʼest inscrit dans lʼhistoire et dans la société.

SEANCE DU 9 JANVIER 2014 :

APPROPRIATIONS DES IMAGES (II) POTENTIALITES ET OUVERTURES CONTEMPORAINES.

Lors de cette deuxième séance, qui viendra compléter la première sur lʼappropriation des images, nous nous intéresserons plus particulièrement aux ouvertures quʼoffrent les différents médias et aux avancées intellectuelles pour penser lʼimage et son rapport à lʼhistoire. À partir dʼexemple divers – qui tenteront dʼépouser un panel large des appropriations de lʼimage – tirés de lʼemploi de lʼimage sur Internet, dans les journaux, les publicités, les reportages, les affiches etc. (ce que nous appelons plus largement la « culture visuelle »), nous analyserons les tenants et les aboutissants historiques et anthropologiques de ces nouvelles pratiques de lʼimage, et leur rapport à lʼécriture et à la perception de lʼhistoire. Nous nous interrogerons également, plus directement, sur la place de lʼhistorien dans la société actuelle dès lors quʼil se retrouve face à ces emplois multiples et complexes des images.

SEANCE DU 16 JANVIER 2014

LʼUTILISATION DE LʼARCHIVE DANS LʼART CONTEMPORAIN

En poursuivant la réflexion dʼHal Foster qui constatait en 1995 que « lʼancien désir dʼartiste chez les anthropologues sʼest inversé », nous verrons comment la position de lʼhistorien est devenue à son tour une méthode de travail pour les artistes contemporains. En proposant une réflexion sur les dispositifs narratifs et lʼécriture de lʼhistoire, « lʼartiste historien » met à jour les récits tombés dans lʼoubli, reconstitue les événements historiques, construit dʼautres histoires possibles à partir de narrations spéculatives. Ainsi, cette séance se propose dʼidentifier les tentatives dʼun renouveau historiographique au cœur des pratiques artistiques contemporaines.

SEANCE DU 23 JANVIER 2014

BANDE DESSINEE ET HISTOIRE, UN COUPLE EN QUETE DE SENS.

Dans notre souci dʼexplorer les rapports entre les images et la discipline historique, nous avons choisi de nous intéresser plus précisément à une problématique nouvelle et actuellement discutée, à savoir les rapports entre la bande dessinée et lʼhistoire, son écriture et sa visualité. En partant de réflexions générales sur lʼanalyse de la bande dessinée contemporaine, nous nous montrerons pourquoi lʼanalyse et la problématisation de la bande dessinée en histoire sont fondamentales. Mais nous nous intéresserons avant tout à la forme bédéistique elle-même et la manière dont elle écrit lʼhistoire, par de multiples procédés formels et esthétiques. Au-delà dʼune lecture à partir de lʼangle de lʼhistoire culturelle de la bande dessinée, il sʼagira, lors de cette séance, dʼinterroger pleinement la bande dessinée dans sa dimension médiumnique et de comprendre sa performance propre comme vectrice dʼhistoricité.

SEANCE DU 30 JANVIER 2014

LE STYLE DOCUMENTAIRE ET LES AVANT-GARDES CINEMATOGRAPHIQUES

Dans la mesure où le courant du documentaire pédagogique était plus soucieux de la clarté du propos que de lʼinvention formelle, le cinéma dʼavant-garde ne semble pas à première vue appartenir au domaine du documentaire. Cependant, un cinéaste tel que Dziga Vertov, considéré comme lʼun des pères du documentaire, influença le mouvement cinématographique avant-gardiste et il est incontestable quʼil y a eu entre les pionniers du documentaire et les cinéastes de lʼavant-garde des affinités à la fois visuelles mais aussi théoriques. Cette séance sera dédiée à lʼétude de films documentaires du début du XXe siècle (1895 – 1930). À travers un corpus de films allant des vues fondatrices de Louis Lumière, aux films dʼavant-garde en passant par les films industriels, scientifiques, anthropologiques, etc., il sʼagira dʼexaminer lʼintention descriptive de ce début de siècle et dʼenvisager « le point de vue documenté » (Jean Vigo) comme une véritable esthétique.

SEANCE DU 6 FEVRIER 2014

LʼARCHIVE FILMIQUE AU MUSEE: DE LʼHISTORIQUE VERS LʼESTHETIQUE

Au cours des dernières décennies, en raison des nouvelles possibilités technologiques, et notamment de la numérisation généralisée des collections filmiques, le film se voit de plus en plus représenté dans les expositions. Dès lors, les nouvelles stratégies curatoriales tendent à déplacer le document filmique de son contexte originel pour lʼexposer dans un contexte artistique. Il sʼagira donc dʼétudier les nouvelles stratégies curatoriales qui tendent à déplacer le document filmique de son contexte originel pour lʼexposer dans un contexte artistique. Nous nous interrogerons alors sur les répercussions de ces glissements sur le discours historique que propose le musée.

SEANCE DU 13 FEVRIER 2014

CINEMA, MEMOIRE, ECRITURE DE LʼHISTOIRE : QUELLE PLACE POUR LʼIMAGE ?

Nous nʼavons jamais autant parlé de « mémoire » et nous nʼavons jamais autant essayé dʼen comprendre et dʼen analyser les tenants et les enjeux. Il est extrêmement difficile, aujourdʼhui, de saisir et de comprendre la socialisation de cette notion, construite depuis de nombreuses années et accueillie au sein de la pratique du temps historique. Au regard des derniers ouvrages de François Hartog (Croire en lʼHistoire) et dʼHenry Rousso (La Dernière Catastrophe. LʼHistoire, le présent, le contemporain) et dʼune année 2014 marquée par le centenaire de la Grande Guerre, nous nous intéresserons à la fabrique de cette notion et à la place prépondérante de lʼimage et de ses diverses appropriations dans son élaboration et dans son intégration dans les pratiques contemporaines.

SEANCE DU 20 FEVRIER 2014

VISUALITE DU SIECLE ET « CHRONONYMES IMAGES », LA PERIODISATION DE LʼHISTOIRE PAR LʼIMAGE

Il sʼagira de sʼintéresser, dans cette dernière séance, à la manière dont on aborde anthropologiquement et socialement notre perception du temps historique à travers lʼimage. En saisissant les enjeux dʼune écriture de lʼhistoire périodisée et entièrement construite, nous essaierons de voir comment le XXe siècle est aujourdʼhui un siècle dʼexception pour ce qui est de lʼécriture de son histoire par lʼimage. Nous analyserons, pour cela, la répétition et les remplois dʼimages au cours du siècle pour essayer de comprendre la manière dont ces images ont influencé et caractérisé notre perception de certaines époques précises du XXe siècle. Ainsi, nous essaierons de voir les questions que pose une telle analyse sur notre perception du passé et plus largement sur les différentes influences produites sur notre propre régime dʼhistoricité.

Images ci-dessus : de haut en bas et de gauche à droite : Harun Farocki, Vidéogrammes d’une révolution, 1991 / Attentats du 11 septembre 2001 extrait d’une sélection d’images Google (http://sboisse.free.fr/societe/11_septembre.php) / Séra, Lendemains de cendres, 2007 / Péter Forgács, Free Fall (Private Hungary 10), 1996 / Capture d’écran – recherche Google Image “François Mitterrand et Helmut Kohl” / Stan Vanderbeek, Movie Mural, 1968/2013.

5 Reponses à “ Séminaire : Appropriations et pratiques historiennes des images ”

  1. [...] est la version remaniée de l’introduction faite lors de la première séance du séminaire “Appropriations et pratiques historiennes des images” qui se tient à l’EHESS, tous les jeudis de 10h à [...]

  2. [...] ter : Adrien Genoudet co-organise un séminaire autour des appropriations et pratiques historiennes des images à l’EHESS, le jeudi de 10h à 12h. Avis aux amateurs [...]

  3. [...] ter : Adrien Genoudet co-organise un séminaire autour des appropriations et pratiques historiennes des images à l’EHESS, le jeudi de 10h à 12h. Avis aux amateurs [...]

  4. [...] bis : Adrien Genoudet co-organise un séminaire autour des appropriations et pratiques historiennes des images à l’EHESS, le jeudi de 10h à 12h (jusqu’au 27 février). Avis aux amateurs ! [...]

  5. [...] le cadre du séminaire “Appropriations et pratiques historiennes des images”, nous mènerons une séance sur les questions que posent l’écriture de l’histoire et [...]