Les phares mis en lumière au Musée de la Marine

“Une passionnante exposition au musée de la Marine, à Paris, retrace jusqu’au mois de novembre l’histoire de ces «bateaux de pierre» que sont les phares. Depuis celui d’Alexandrie, disparu dans un tremblement de terre en 1303, jusqu’à l’évacuation des deux derniers gardiens en 2004 à Kéréon en mer d’Iroise, en passant par le premier phare français, Cordouan, bâti dans l’estuaire de la Gironde et allumé en 1611….” Lire la suite

“Après le siècle des Lumières, le XIXème siècle sera le siècle des phares. Des milliers de feux s’allument sur toutes les côtes du monde. Cette expansion est bien sûr liée à une formidable augmentation des échanges de biens et de capitaux, aux migrations humaines et aux conquêtes coloniales. Certains auteurs parlent d’une première mondialisation. L’acier et la vapeur remplacent le bois et les voiles dans l’achitecture navale.”

V. Guigueno, Les phares Gardiens des côtes de France, Paris, Gallimard, 2011, p. 41

“Construits pour la sécurité des marins, les phares signalent désormais la mer aux terriens.”

V. Guigueno, ibidem, p. 95

De Hollywood à Nuremberg

Projection en avant-première, Jeudi 3 mai 2012, 18h30, Auditorium de l’INHA, 2 rue Vivienne 75002.

De Hollywood à Nuremberg : John Ford, Samuel Fuller, George Stevens
Un film écrit et réalisé par Christian Delage,
produit par Mélisande Films.
2012, 53 minutes.

Pour assister à la projection, merci de prévenir : melisande.films@orange.fr

John Ford, Samuel Fuller, George Stevens : l’histoire de l’engagement de ces cinéastes dans la Deuxième Guerre mondiale est déjà connue. Ce qui ne l’était pas jusqu’à présent, c’est leur aventure commune, de 1942 à 1945, de Hollywood au procès de Nuremberg. Grâce à des documents inédits et à des images rares que nous avons restaurées, le film retrace leur parcours, leur implication dans les combats, leur confrontation aux violences de guerre et aux atrocités, et leur participation au jugement des criminels nazis.

George Stevens était célèbre à Hollywood pour ses comédies et la mise en scène du couple formé à l’écran par Fred Astaire et Ginger Rodgers, avant de diriger, pendant la guerre, une équipe spéciale de cameramen, la Special Coverage Unit (SPECOU), qui va filmer la libération de Paris et l’ouverture du camp de Dachau.

Samuel Fuller s’était fait connaître par son talent de « crime reporter » dans la presse tabloïd, puis de scénariste, avant de rejoindre, en 1942, la première division d’infanterie de l’armée américaine, la fameuse « Big Red One » et de filmer les derniers combats en Allemagne et la cérémonie funéraire organisée par l’armée américaine après la libération du camp de Falkenau, en Tchécoslovaquie.

En 1945, les images de Dachau prises par l’équipe de Stevens sont insérées dans un documentaire montré d’abord aux États-Unis avant d’être projeté, à titre de preuve des crimes nazis, devant le Tribunal Militaire International de Nuremberg. Cette expérience, inédite, a été préparée par John Ford, qui dirigeait lui-même une unité spéciale, la Field Photographic Branch, chargée de couvrir les combats dans le Pacifique, en Afrique du nord et en Europe, puis de réaliser entre autres le film montré à Nuremberg, Les Camps de concentration nazis, et de mettre en place le filmage du procès.

Loin de répondre passivement à une demande officielle de propagande, Ford, Fuller et Stevens ont mis leur talent et leur courage (Ford a été blessé deux fois, Fuller a vu plus de la moitié de se camarades périr sur la plage d’Omaha Beach lors du débarquement) au service de la cause des Alliés qui, très tôt, ont lié la défaite militaire des Allemands au jugement de leurs crimes, dont l’ampleur était inédite.

Avant de quitter les États-Unis, Ford et Stevens avaient reçu des consignes très précises sur leur mission, en raison de la dénonciation officielle des crimes commis par les nazis faite par les Alliés en octobre 1943. L’État-major les avertit qu’ils risquent de découvrir des « atrocités » et des « crimes de guerre ». Mais, si une telle situation se présente, leurs réactions suivront le cours ordinaire de leur mission. Car c’est de façon permanente que leurs images, parfois accompagnées de témoignages, doivent être prises, de manière à ce qu’elles soient « recevables, à titre de preuve, par des tribunaux civils ou militaires » : une première dans l’histoire.

Fuller, qui est d’abord un combattant, et qui filme la fin de la guerre sans instructions précises, procède exactement de la même manière que Ford et Stevens. Tous portent attention portée à la place des spectateurs. À plusieurs reprises, ils s’astreignent à de larges panoramiques, pour montrer l’entièreté du décor et de l’action qui s’y déroule, en suggérant que la valeur brute de leurs plans est garante de leur vérité. Pourtant, pour des raisons techniques (il disposent de très peu de pellicule et veulent tourner « utile »), ils tournent en tentant de donner un sens narratif à la succession des plans, en les « montant » en direct et en protégeant ainsi leurs futurs spectateurs de la violence qu’ils ont subie en premier.

Eux-mêmes, bouleversés par la guerre et les camps, ont vu leur carrière transformée (Ford, Stevens) ou démarrer (Fuller) avec une conscience renforcée de l’éthique de leur profession, et du rôle nouveau de témoignage historique et de preuve judiciaire confié aux images. Sans doute pour la première fois, ils ont été conduits à réfléchir sur le pouvoir de la fiction quand elle se collète à des événements vécus personnellement et filmés sur un mode documentaire.

Ce film n’aurait pu se faire sans la collaboration précieuse de Dan Ford, Christa et Samantha Fuller, Jerry Rudes et George Stevens Jr. et l’aide de l’Academy of Motion Pictures, Arts and Sciences, de la Library of Congress, de la Lilly Library (Université de Bloomington, Indiana), des National Archives and Records Administration (NARA), et du Mémorial de la Shoah.

De Hollywood à Nuremberg a permis de contribuer à la sauvegarde et à la restauration sur un support numérique des images tournées en 1945 par Samuel Fuller. Dan Ford vient d’annoncer qu’il va en faire de même pour les « Home Movies » de son grand-père.

Fiche technique

Titre du film De Hollywood à Nuremberg. John Ford, Samuel Fuller, George Stevens. Réalisateur Christian Delage                                                                                                          Commentaire dit par Armelle Protte Textes d’Ivan Moffat Mathieu Amalric Montage Isabelle Poudevigne Montage son Amélie Canini Conformation Graziella Zanoni Étalonnage Éric Salleron Moyens techniques Mémoire magnétique et Avidia Productrice exécutive Sophie Faudel Un film produit par Mélisande films Coproduit par Ciné+ et Histoire Avec le concours du Centre national du cinéma et de l’image animée Avec le soutien de La Procirep et L’Angoa, La Fondation Annenberg, Le Mémorial de la Shoah. Durée 53 minutes

Diffusion


La dette imaginaire de Pierre Schoendorffer, par Sophie Delaporte

Le nom de Pierre Schoendoerffer demeure lié à la guerre d’Indochine. Cette guerre  avait été pour lui le lieu d’une seconde naissance. Arrivé en Indochine au début de l’été 1952, sa première mission au sein du SCA consiste à suivre les opérations dirigées par le prince Sihanouk, au Cambodge. Pierre Schoendoerffer filmera sur place les opérations de la fin de l’année 1952, en particulier celle de Na San, et l’essentiel de celles qui précèdent l’affrontement final de Dien Bien Phu. De la grande bataille, en revanche, ne restent que les films trouvés avant le déclenchement des combats, le 13 mars 1954. On relève plus spécialement le film intitulé « Attaque sur le piton de la côte 781 », réalisé le 8 mars 1954, au cours d’une opération menée par le 1er BEP.

Ce jour-là, Pierre Schoendoerffer est blessé par balle et évacué sur Hanoï. Dix jours plus tard, il est parachuté sur Dien Bien Phu, en remplacement de son confrère André Lebon, blessé et amputé d’une jambe. En fait, les dernières images filmées à Dien Bien Phu avant la reddition de l’armée française sont le fait de l’opérateur Lucien Millet qui, le 27 mars, montre, vu d’en haut, un « Bombardement sur Dien Bien Phu » dans un document filmique [1].

C’est pendant la guerre et au sein du SCA que Schoendoerffer a forgé son style : « Je l’ai improvisé sur le terrain, puisque je n’avais pas de formation de cinéaste, je ne savais rien, mais je l’ai instinctivement trouvé là-bas »[2]. Un style que l’on retrouve dans tous ses films et qu’il explicite ainsi : « Pour tourner La 317e section, par exemple, je m’étais posé la question : qu’est-ce que la caméra ? Et ma réponse fut : la caméra est un soldat anonyme, elle est là où sont les soldats, au milieu d’eux. Un jour, quand j’ai fait L’honneur d’un capitaine, j’ai confronté certaines choses que je venais de tourner avec des documents que j’avais filmés trente ans auparavant, et je me suis rendu compte que mes plans de fiction et mes plans de documents étaient de la même famille[3]». Ce qui frappe d’emblée dans le style singulier du réalisateur français, c’est qu’il filme en effet à hauteur d’hommes, au plus près des visages et des corps. Au cœur du « groupe primaire » combattant.

Sa sortie de guerre fut difficile. Rappelons qu’à la défaite s’était ajoutée l’humiliation de la captivité. Schoendoerffer a passé trois mois dans les camps vietminh, de la chute de Dien Bien Phu le 7 mai jusqu’au 15 août 1954, jour de sa libération. Un grand silence pèse sur cette expérience. Le réalisateur ne s’y attarde pas davantage dans la fiction consacrée à la grande bataille.

De retour en métropole en juin 1955 [4], il travaille à nouveau pour les actualités, cette fois comme reporter au Maroc, il retrouve Kessel à Paris qui lui propose de faire des films avec lui. Mais ce n’était pas le genre de film qu’il voulait faire et Pierre Schoendoerffer n’a plus donné suite aux diverses propositions qui lui ont alors été faites.

A partir de cette date, Schoendoerffer s’attache à l’écriture d’un synopsis, celui de La 317e section. On peut d’ailleurs considérer ce texte comme son premier travail de représentation de l’expérience indochinoise. Il intervient près de dix ans après la fin de la guerre. Dans l’œuvre de Pierre Schoendoerffer, il est intéressant de noter que l’écriture précède toujours l’image. L’acte premier de la représentation est d’ordre scriptural. Pendant cinq ans donc, Pierre Schoendoerffer s’est attaché à l’écriture de La 317e section qui, à sa sortie en 1963, remporte un vrai succès littéraire. Le livre est dédié à son ami, Jean Péraud. Le film, tourné grâce au soutien du roi Sihanouk, sur les terres cambodgiennes, est présenté au  Festival du Film à Cannes en 1965 où il remporte le Prix du meilleur scénario. Il rapporte la retraite d’une section de combat entre le 3 et le 10 mai 1954 : une semaine décisive pour l’Indochine, qui marque la dernière semaine de la bataille de Dien Bien Phu et le début, à Genève, des négociations entre les deux camps.

Ce premier film sur les combattants de la guerre d’Indochine est la matrice de l’œuvre de Schoendoerffer : il montre des hommes livrés à eux-mêmes, dans un conflit éloigné de la métropole, et qui pourtant consentent à la mort. L’héroïsme, l’honneur, la dignité des hommes du corps expéditionnaire répondent à l’abandon des politiques et de l’opinion métropolitaine.

Ainsi, depuis les films tournés en septembre 1952-mars 1954, toute la vie de Pierre Schoendoerffer a été consacrée à l’expérience indochinoise. D’autres cinéastes se sont appliqués à représenter leur expérience de guerre, mais seul Pierre Schoendoerffer lui a consacré toute son œuvre. En Indochine, il s’est appliqué à saisir au plus près ceux qui faisaient la guerre, dans leurs émotions, leur courage, leurs souffrances, leurs corps. Sa caméra fut d’instinct posée sur les hommes. Mais l’opérateur Schoendoerffer fut aussi inscrit dans l’événement, sa caméra ne fut pas une barrière protectrice. Ainsi s’est-il exposé aux moments les plus durs de la guerre : corps blessés, corps carbonisés, cadavres amis ou ennemis. Il a aussi beaucoup insisté sur la population civile, femmes et enfants, sur les paysages du Vietnam, clamant ainsi par l’image son amour d’un pays. Un paradoxe pour quelqu’un qui y fait la guerre.

Cette expérience vécue sur les terres indochinoises constitue le socle de son œuvre et semble animée par une culpabilité (celle d’avoir survécu à l’événement) qui a probablement constitué un moteur essentiel du travail de re-présentation. Une « re-présentation » faite d’écriture et d’images. En ce sens, Pierre Schoendoerffer est à la fois un œil et une plume. Dans son travail de re-présentation, il s’est alors attaché à re-présenter les combattants, afin de montrer de quelle manière ils avaient fait la guerre en Indochine, et qui étaient ces hommes. Aux valeurs humaines nées de l’épreuve de la guerre, Pierre Schoendoerffer place au premier rang la fraternité. Aux temps des combats se trouvent aussi associées l’innocence et la jeunesse, dans leur beauté et leur générosité. Pierre Schoendoerffer montre le consentement à mourir, à accepter le sacrifice suprême. Il parle de l’honneur, de la dignité attachée au temps de la guerre, plus fort que  l’abandon, que la trahison, que l’isolement, que l’indifférence. Il dit son amour pour ces hommes. Son goût pour le fait guerrier, peut-être aussi.

Mais Pierre Schoendoerffer s’est attardé aussi sur l’épreuve de la vie après la guerre insistant sur les difficultés du retour à l’existence de paix. Des hommes alors confrontés à la déchéance de leurs corps, à leurs souvenirs, souvent terribles, marqués par la mort. Confrontés à leur déchéance sociale aussi, souvent. C’est le versant en fait le plus sombre, le plus désespéré de son œuvre.

Sous ses personnages ou à côté des personnages qu’il s’emploie à décrire, souvent en se dissimulant derrière eux, Pierre Schoendoerffer s’applique à dire ses propres souffrances apaisées ou atténuées par l’alcool. Apprivoisement des réminiscences, d’une culpabilité issue du seul fait d’avoir survécu à l’épreuve de la guerre et de la captivité alors que tant d’autres y ont laissé la vie. « Vivre, c’est combattre » a écrit Pierre Schoendoerffer. C’est bien là le paradoxe de l’écrivain-réalisateur écartelé en permanence entre la force vitale qui l’anime, qui le porte, chaque jour, et son « horreur » d’une vie faite de culpabilité, d’une nostalgie de la jeunesse perdue et sacrifiée.

Pourtant à la question posée par la parabole des talents : « Qu’as-tu fait de ton talent ? », il est permis de répondre que Pierre Schoendoerffer a fait beaucoup et longtemps (cinq romans, huit films) pour tenter de rembourser sa dette imaginaire envers ses anciens camarades, qu’il rejoint aujourd’hui, mercredi 14 mars 2012.


[1] Lucien Millet, « Bombardement sur Dien Bien Phu », 7mn50s, ACT2592, ECPAD.

[2] Pierre Schoendoerffer, Dien Bien Phu, de la bataille au film, Paris, Fixot, 1994, 160 p., cité p.121.

[3] Ibid, p.122.

[4] Chronologie précisée dans la thèse de Bénédicte Chéron et fondée sur les entretiens de l’auteur avec Schoendoerffer. Bénédicte Chéron, « Le cinéma de Pierre Schoendoerffer, entre fiction et histoire », Université de Paris IV, juin 2010,  789 p., citée p.72.

Visualizing 9/11


Ten years ago, on September 11, occurred a series of coordinated suicide attacks upon the United States. In Manhattan, the Twin Towers collapsed under the incredulous eyes of New Yorkers and television viewers around the world. The first images of the attacks were taken by two French filmmakers, Jules and Gedeon Naudet.

On the occasion of the commemoration of the tenth anniversary of the attacks, and the inauguration of the 9/11 Memorial, a symposium is organized at the Cardozo Law School.

How were the events of September 11 filmed and photographed, during the day of the attacks? How were these images broadcast on the media, especially in the press and on TV that same day? What kind of visual memory did they produce or reactivate? Can photographs and films capture the magnitude of such an event? Do they help frame the event as a new form of evil, or do they trivialise?

To address these questions, the symposium will welcome on Thursday, September 8, scholars as well as film directors and photographers. For the first time in New York City, Jules Naudet will discuss the film he directed with his brother and that CBS produced, 9/11. It was aired in 2002 on CBS, and was seen by more than 40 million viewers. On Saturday, September 10, the Lincoln Center will organize a special screening of the movie, followed by a Q&A with Christian Delage and Peter Goodrich.

Master Class n°3, Lou YE

Figurations cinématographiques et régimes d’historicité
le 08 avril 2011 15h30 – 17h30
Auditorium, Jeu de Paume, 1 place de la Concorde, 75008 Paris

Pour l’historien, un film ne s’inscrit presque jamais dans un univers déconnecté de toute référence. Il possède même de nombreuses marques d’historicité, signes, entre autres, du caractère collectif de sa production, de sa mise en œuvre et de ses usages. Les efforts effectués, ici ou là pour favoriser une approche méthodique de lecture des films, ont contribué à leur appropriation par les chercheurs. Leur usage se répand désormais dans des travaux dont ils ne sont pas la source principale, tout en privilégiant, dans leur lecture, les exigences d’une analyse scientifique.
Les Masterclass procèdent de deux principes : inviter des artistes et des professionnels ; trouver une forme adaptée à l’exposé, la projection d’images et la discussion qui, tout en se situant à un niveau d’exigence universitaire, offre un espace de rencontre informel. Il s’agira de montrer, à partir de ce dispositif, la manière dont le cinéma peut donner une place au spectateur, sans pour autant opposer démarches documentaires et créations fictionnelles, et comment, en retour, nous pouvons exercer une activité réflexive sur les régimes d’historicité des films.

Lou Ye - Nuit d'ivresse printanière

> Séance 3 : “Poétique des images, censure cinématographique et liberté de création dans la Chine contemporaine”
Rencontre avec Lou Ye, présentaion par Anne Kerlan, chercheuse à l’Institut d’Histoire du Temps Présent (CNRS)

Lou Ye (né en 1965 à Shanghai) est un réalisateur à part dans la production cinématographique contemporaine, tant par les thèmes abordés dans ses films que par ses choix esthétiques. C’est ainsi que Suzhou River (2000) ou Purple Butterfly (2003) investissent le genre du film noir tout en explorant de façon très personnelle la relation entre la réalité et les images qui la restituent, images numériques pour Suzhou River, images d’archives pour Purple Butterfly, qui se passe durant la guerre sino-japonaise. Cette exploration des possibilités esthétiques du cinéma se poursuit avec Nuit d’ivresse printanière (2009), film construit autour d’un poème chinois ancien qui lui donne son titre. La relation de l’image à la poésie et son mode particulier d’évocation des émotions constitue une proposition formelle tout à fait passionnante.
Lou Ye est un des jeunes cinéastes chinois qui a rencontré le plus de problème avec la censure cinématographique de son pays. Celle-ci s’est manifestée dès son premier film mais a pris une tournure particulièrement sévère avec Une jeunesse chinoise (2006), seul film chinois à oser évoquer les événements de Tiananmen et la façon dont ceux-ci ont marqué à jamais le destin d’une génération de jeunes. Le film a valu au réalisateur une interdiction de tourner de cinq années et son film suivant, Nuit d’ivresse printanière a été tourné clandestinement. Toujours sous le coup de cette interdiction, Lou Ye tourne actuellement en France un long métrage avec Tahar Rahim, une adaptation de Bitch, célèbre roman chinois de Jie Liu-Falin, interdit en Chine mais largement diffusé sur Internet.

Master Class n°2, Vasco PIMENTEL

Figurations cinématographiques et régimes d’historicité
le 04 mars 2011 16h00 – 18h00
Auditorium, Jeu de Paume, 1 place de la Concorde, 75008 Paris

Pour l’historien, un film ne s’inscrit presque jamais dans un univers déconnecté de toute référence. Il possède même de nombreuses marques d’historicité, signes, entre autres, du caractère collectif de sa production, de sa mise en œuvre et de ses usages. Les efforts effectués, ici ou là pour favoriser une approche méthodique de lecture des films, ont contribué à leur appropriation par les chercheurs. Leur usage se répand désormais dans des travaux dont ils ne sont pas la source principale, tout en privilégiant, dans leur lecture, les exigences d’une analyse scientifique.

Les Masterclass procèdent de deux principes : inviter des artistes et des professionnels ; trouver une forme adaptée à l’exposé, la projection d’images et la discussion qui, tout en se situant à un niveau d’exigence universitaire, offre un espace de rencontre informel. Il s’agira de montrer, à partir de ce dispositif, la manière dont le cinéma peut donner une place au spectateur, sans pour autant opposer démarches documentaires et créations fictionnelles, et comment, en retour, nous pouvons exercer une activité réflexive sur les régimes d’historicité des films.

Masterclass Séance n°2

Capture d’écran issu du DVD de Ce Cher mois d’août, M. Gomes et al.

> Séance 2 : “Entre fiction et documentaire. Autour de Ce cher mois d’août de Miguel Gomes”
Avec Vasco Pimentel, ingénieur du son
Modératrices : Constance Ortuzar et Simone Paterman

Le deuxième long-métrage du réalisateur portugais Miguel Gomes, Ce cher mois d’août (2008), est un film hybride, articulé autour d’une fiction mélodramatique, qui mélange les genres du documentaire et de la fiction en jouant avec leurs codes respectifs et les dispositifs cinématographiques qui les caractérisent. À la fois réflexion sur la narrativité et exploration de l’ambiguïté des genres en cinéma, Ce cher mois d’août est une proposition cinématographique inhabituelle écrite et tournée en deux étés distincts, suite à des contraintes matérielles et financières. Vasco Pimentel, ingénieur du son, reviendra sur les conditions d’écriture et de tournage du film, qui mettent en perspective la manière dont l’équipe de réalisation a travaillé à l’effacement des frontières entre fiction et documentaire.

En attendant la séance, vous pouvez lire ou relire sur Critikat l’article portant sur le film.

>”Figurations cinématographiques et régimes d’historicité : séminaire organisé, sous la direction de Christian Delage, historien et professeur à l’université Paris 8, par les étudiants-chercheurs Rémy Besson, Stéphanie Louis, Constance Ortuzar, Aurélien Rigaud et Pier-Alexis Vial.

Ce cycle de 5 séances est réalisé en partenariat avec EHESS, Paris 8, IHTP-CNRS, Culture visuelle, Cinémadoc.

Master Class n° 1, Luciano TOVOLI

Figurations cinématographiques et régimes d’historicité
le 04 février 2011 16h00 – 18h00
Auditorium, Jeu de Paume, 1 place de la Concorde, 75008 Paris

Pour l’historien, un film ne s’inscrit presque jamais dans un univers déconnecté de toute référence. Il possède même de nombreuses marques d’historicité, signes, entre autres, du caractère collectif de sa production, de sa mise en œuvre et de ses usages. Les efforts effectués, ici ou là pour favoriser une approche méthodique de lecture des films, ont contribué à leur appropriation par les chercheurs. Leur usage se répand désormais dans des travaux dont ils ne sont pas la source principale, tout en privilégiant, dans leur lecture, les exigences d’une analyse scientifique.

Les Masterclass procèdent de deux principes : inviter des artistes et des professionnels ; trouver une forme adaptée à l’exposé, la projection d’images et la discussion qui, tout en se situant à un niveau d’exigence universitaire, offre un espace de rencontre informel. Il s’agira de montrer, à partir de ce dispositif, la manière dont le cinéma peut donner une place au spectateur, sans pour autant opposer démarches documentaires et créations fictionnelles, et comment, en retour, nous pouvons exercer une activité réflexive sur les régimes d’historicité des films.

Masterclass Séance n°1

> Séance 1 : “Entre fiction et documentaire. Du reportage au long-métrage de fiction : variation de la prise de vues”
Avec Luciano Tovoli, directeur de la photographie.
Coordination : Chun-Chun Wang, avec Valentina Grossi, Andrea Marcolini et Sophie Moreau (étudiants-chercheurs).

Comment la prise de vues intervient-elle dans la création d’un documentaire et d’une fiction ? L’approche technique et artistique varie-t-elle dans les deux cas ? La collaboration entre Luciano Tovoli et Michelangelo Antonioni peut nous éclairer sur ces questions. Né en 1936 en Toscane, Luciano Tovoli a signé la photographie de deux films d’Antonioni : le documentaire Chung Kuo, Cina (1972) et la fiction Profession : reporter (1975). Le premier est l’un des rares films étrangers réalisé en Chine continentale dans les années soixante-dix. Il fait montre d’une grande beauté esthétique et humaine. Le deuxième est qualifié par le cinéaste lui-même comme étant l’un de ses films les plus aboutis en termes esthétiques, alors qu’il a constamment recours à la technique du reportage. Le revers du procédé habituel serait-il une porte ouverte à l’innovation artistique ? Les échanges réciproques entre Tovoli et de grands cinéastes italiens tels que Dino Risi, Dario Argento, Marco Ferreri, Ettore Scola, Luigi Comencini, ainsi que ses multiples expériences documentaires peuvent enrichir la discussion sur l’approche de la photographie dans un cinéma sans frontière entre les genres.

>”Figurations cinématographiques et régimes d’historicité : séminaire organisé, sous la direction de Christian Delage, historien et professeur à l’université Paris 8, par les étudiants-chercheurs Rémy Besson, Stéphanie Louis, Constance Ortuzar, Aurélien Rigaud et Pier-Alexis Vial.

Ce cycle de 5 séances est réalisé en partenariat avec EHESS, Paris 8, IHTP-CNRS, Culture visuelle, Cinémadoc.

Shoah: la caméra explore les camps

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L’horreur plein cadre

Expo. Au Mémorial de la Shoah, «Filmer les camps» montre les image tournées par John Ford, Sam Fuller et George Stevens lors de la libération de Dachau et Falkenau, en 1945.

Par gérard LEFORT

Dès l’entrée, l’intelligence nous accueille. Une tendre mélopée s’échappant d’un moniteur vidéo où l’on reconnaît, en noir et blanc, Ginger Rogers et Fred Astaire. Pourquoi cette introduction dans une exposition intitulée «Filmer les camps» ?

Lire la suite : http://www.liberation.fr/culture/0101623807-l-horreur-plein-cadre

10 mars: ouverture de l’exposition Filmer les camps

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L’exposition “Filmer les camps. John Ford, Samuel Fuller, George  Stevens, de Hollywood à Nuremberg” ouvre ce mercredi 10 mars à Paris, au Mémorial de la Shoah.

Retrouvez Christian Delage, le commissaire de l’exposition :

Lundi 8 mars 2010, France Culture, 12h, “Tout arrive”, émission d’Arnaud Laporte.
Mardi 9 mars 2010 (daté 10 mars),  Le Monde, entretien accordé à Thomas Sotinel
Mercredi 10 mars 2010, Libération, entretien accordé à Gérard Lefort ;  LCI, 17h-18h, “Le Ring”, émission de Michel Field.
Vendredi 12 mars 2010 (daté 13 mars), Le Monde magazine, dossier spécial.
Mercredi 17 mars 2010, France Culture, 19h, “Le Rendez-vous”, émission de Laurent Goumarre

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Il y a soixante-cinq ans, le monde découvrait les films tournés par les Alliés dans les camps de concentration et d’extermination nazis. De ces images qui nous sont parvenues, nous ne connaissons peu ou pas les auteurs et encore moins les conditions de réalisation. Le Mémorial a choisi de suivre le parcours de trois des producteurs de ces images, des cinéastes venus de Hollywood : John Ford, Samuel Fuller, George Stevens.

En 1945, les images de Dachau prises par l’équipe de Stevens sont insérées dans un documentaire montré d’abord aux États-Unis avant d’être projeté, à titre de preuve des crimes nazis, devant le Tribunal Militaire International de Nuremberg. Cette expérience, inédite, a été préparée par John Ford, qui dirigeait lui-même une unité spéciale, la Field Photographic Branch, chargée de réaliser entre autres ce film, Les Camps de concentration nazis, et de mettre en place le filmage du procès.

Si l’exposition se limite aux deux camps de Dachau et de Falkenau (satellite de Flossenbürg), elle est néanmoins de nature à faire comprendre au public les conditions dans lesquelles les opérateurs américains ont travaillé. Les équipes mises en place par John Ford et George Stevens étaient composées d’opérateurs professionnels, reconnus et expérimentés, ou formés spécialement à cette occasion.

L’exposition retrace l’histoire de ces trois grands cinéastes dont le parcours a été bouleversé par les violences de la Seconde Guerre mondiale et la mise en présence des victimes des « atrocités nazies ». En complément des images, des textes de John Ford et de Joseph Kessel sont lus par Jean-François Stévenin.

Pour la première fois, les images du camp de Dachau sont présentées dans l’ordre chronologique dans lequel elles ont été tournées. Elles sont accompagnées des fiches que les opérateurs remplissaient et des comptes rendus rédigés par l’un des écrivains embauchés par Stevens. Des extraits de ces récits, lus par Mathieu Amalric, ont été placés en commentaire des images. Cet ensemble documentaire permet de donner une place aux spectateurs d’aujourd’hui, à l’abri des opérateurs, dont les gestes de médiation sont ainsi revitalisés.

Grâce à la collaboration de l’Academy of Motion Pictures, Arts and Sciences et de la Lilly Library (Université de Bloomington, Indiana), et la participation de Christa Fuller, George Stevens Jr. et Jerry Rudes, le Mémorial est en mesure de montrer pour la première fois en France un montage de documents d’archives, de films et de photographies, souvent inédits, qui permettent de retracer, presque au jour le jour, une expérience vécue à la première personne, en même temps que transmise en héritage aux générations d’après.

Toute la mémoire du monde

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La prochaine Master class du séminaire EHESS Pratiques  historiennes des images animées, organisée en partenariat avec l’association Paroles d’images, aura lieu ce vendredi, 12 février 2010, de 13h30 à 17h30, au Centquatre, (104 rue d’Aubervilliers, 75020 Paris, Atelier 7).

La séance s’articulera autour d’une intervention d’Emmanuel Hoog, président de l’Institut national de l’audiovisuel, à propos de son livre Mémoire, année zéro (Seuil, 2009).

Après une courte présentation de la séance, les conditions de la réforme du dépôt légal de 1992 seront rappelées, en présence du responsable du rapport remis l’époque au Ministre de la Culture, Antoine Lefébure, consultant sur le rôle des nouvelles technologies dans l’urbanisme.

Suivra une étude de cas, autour du travail de recherche de Vincent Auzas, doctorant à l’Université Laval (Québec) et à Paris Ouest Nanterre La Défense, et son expérience de l’usage de la base audiovisuelle de l’INA.

Une Table ronde permettra à Emmanuel Hoog de dialoguer avec André Gunthert, responsable de l’agrégateur de blogs “Culture visuelle”, de Johan Hufnagel, rédacteur en chef de SLATE.fr, et d’Antoine Lefébure.

Références :
1. Billet de Christian Delage, “Une fenêtre sur les archives de l’INA“.
2. Page personnelle d’Antoine Lefébure sur “Le 11ème Blog”.
3. Entretien avec Emmanuel Hoog.

Un compte rendu détaillé de la séance sera publié dans les jours qui suivent la séance.