Bibliographie BD à l’usage des études visuelles

Par Alain François - 21 janvier 2012 - 10:10 [English] [PDF] 

Tentative de bibliographie BD évolutive orientée “études visuelles”… Cet article ne s’adresse pas aux gros lecteurs de BD, mais propose une sélection très arbitraire, puisque toute publication BD peut parfaitement prétendre à être sujet de recherche…

Version 10 / 8 février 2012

• Théorie et histoire •

Une liste sur Wikipédia

En attendant de faire un sort aux vieux théoriciens, comme Thierry Groensteen et Benoît Peeters, je commence par un livre d’un auteur moins connu :

(JPEG)• Principes des littératures dessinées

par Harry Morgan
2003 éditions de l’An 2
ISBN 2-84856
J’ai un très bon souvenir de ce livre. Une très bonne introduction à la théorie de la BD, et au passage un chapitre passionnant sur la censure… C’est un gros pavé, presque 400 pages, organisé en trois livres :

Livre I “Le territoire des littératures dessinées”

Livre II “Le supplice des littératures dessinées”

Livre III “Anatomie d’un genre, l’analyse sémio-struturaliste du récit en images”

• “Système de la bande dessinée”

Le classique de la théorie de la BD, par l’un des grands historiens du genre, Thierry Groensteen (qui pour l’anecdote m’a offert le livre d’Harry Morgan dont il est l’éditeur). La bande dessinée est une empêcheuse de signifier en rond, et à ce titre, est un objet d’étude particulièrement stimulant. Sur “Système de la bande dessinée”, il y a une très bon article sur Fabula.org.

- Système de la bande dessinée, PUF, coll. « Formes sémiotiques » 1999 rééd. 2011

Du même auteur :

- La Construction de La Cage, autoposie d’un roman visuel, Les Impressions Nouvelles, 2002.
- Un objet culturel non identifié, Éditions de l’An 2, coll. « Essais », 2006.
- Bande dessinée et narration, PUF, 2011.
- Etc.

• la revue “neuvième art”

La revue “neuvième artest l’enfant sérieuse des “vrais” fanzines des années 70. Ses fondateurs ont débuté dans le fanzina, mais en grandissant, ils ont ouvert la voie aux études universitaires sur la bande dessinée.

C’est une revue scientifique de haute tenue, qui a déjà eu une vie mouvementée et subit dernièrement un gros changement de format. C’était originellement une luxueuse revue de très grand format. Elle a ensuite adopté un format “Gekiga“, ou “graphic novel” conforme à une esthétique “auteur”. Depuis 2010 c’est une revue en ligne. Il est décidément difficile de faire vivre une revue ambitieuse…

Sommaire :

- Neuvième Art n°01 – janvier 1996 – Alain Saint-Ogan – Rodolphe Töpffer – Gotlib – Bud Fisher – l’autobiographie en bande dessinée. etc.

- Neuvième Art n°02 – janvier 1997 – George Herriman – André Juillard – Chris Ware – Calvin & Hobbes – la bande dessinée muette. etc.

- Neuvième Art n°03 – janvier 1998 
– Gustave Doré – Daniel Goossens – la bande dessinée muette (2) – Muñoz et Sampayo – portfolio Breccia. etc.

- Neuvième Art n°04 – janvier 1999 – 
Marc-Antoine Mathieu – Patrick Cothias – Henri de Sta – la loi du 16 juillet 1949 – genres et séries. etc.

- Neuvième Art n°05 – janvier 2000
 – un bilan complet des années 90 – Moebius – Van Hamme – Masse. etc.

- Neuvième Art n°06 – janvier 2001 – 
Alechinsky – la bande dessinée des filles – le minimalisme – Joann Sfar – Alan Moore. etc.

- Neuvième Art n°07 – janvier 2002
 – Will Eisner – brouillons et crayonnés – A.B. Frost – le reportage dessiné – Caran d’Ache. etc.

- Neuvième Art n°08 – janvier 2003
 – Emmanuel Guibert – histoires d’atelier – la bande dessinée sur le net – J.-C. Forest – peplum, western, pirates. etc.

- Neuvième Art n°09 – octobre 2003
 – Carl Barks – les faux dessins d’enfants – Lorenzo Mattotti – Frits Van den Berghe – Fabrice Neaud. etc.

- Neuvième Art n°10 – janvier 2004 – 
le manga d’auteur – Art Spiegelman – l’oubapo – Saul Steinberg – Lyonel Feininger. etc.

- Neuvième Art n°11 – octobre 2004
 – David B. – histoire de Linus – Musset – Ever Meulen – nouvelles stratégies éditoriales. etc.

- Neuvième Art n°12 – janvier 2006
 – Wolinski – Métal hurlant – le noir – Burns – Baudoin – McGuire – la bande dessinée animalière. etc.

- Neuvième Art n°13 – janvier 2007
 – Trondheim – Pétillon – bande dessinée et philosophie – l’école du New Yorker – Druillet – questions de mise en page. etc.

- Neuvième Art n°14 – janvier 2008 – 
Blutch – José Muñoz – Francis Masse – Futuropolis par Florence Cestac. etc.

- Neuvième Art n°15 – janvier 2009
 – Dupuy & Berberian – nouvelles formes de la bande dessinée populaire – retour à Fred – bande dessinée et animation. etc.

• La revue “L’Éprouvette”

3 numéros 2006/2007 édités par l’Association

revue critique qui devait donner la parole aux auteurs. Avec une indéniable dimension polémiste, cette revue éphémère restera le témoin des questionnements qui traversaient le milieu de la bande dessinée au début de ce siècle. En particulier, un phénomène éditorial important : la guerre “de position” entre grands éditeurs et éditeurs indépendants, qu’on peut résumer ainsi :

1. Début des années 90, les grands journaux de prépublication sont morts, les auteurs n’ont plus d’autres choix que se conformer aux exigences purement commerciales pour accéder à la publication en album.

2. Apparait “L’Association”, qui créé et impose un nouveau modèle, à la fois formel et éditorial.

3. Sur ce modèle, une constellation de nouveaux éditeurs apparait, laissant une plus grande liberté éditoriale aux auteurs : récit court, exploration graphique, autobiographie.

4. Ce nouveau modèle décentralisé trouve son public et son économie…

5. Autour de la charnière du siècle, les grands éditeurs lorgnent sur ce nouveau terreau

6. Ils créent des collections qui recouvrent progressivement les lignes éditoriales des éditeurs indépendants

7. Les petits éditeurs qui ont créé le phénomène éditorial ne trouvent plus d’auteur…

Évidemment, l’Éprouvette, éditée par l’Association, milite pour la liberté et la variété éditoriale des éditeurs indépendants.

L’Art invisible” (Understanding Comics).

Une curiosité du monde de la bande dessinée : la théorie de la BD en BD…   de 1993, par l’auteur américain Scott McCloud.

L’Art invisible” en français :

- édition Vertige Graphic, 1999

- Delcourt, 2007

• “la bande dessinée, son histoire et ses maîtres”

(Catalogue du Musée de la Bande dessinée)

Skira-Flammarion / Cité internationale de la bande dessinée et de l’image 2009

À la fois beau livre très richement illustré et véritable histoire de la BD, voilà un très gros pavé qui pourrait servir à caler un meuble si les reproductions n’étaient pas si belles ! L’auteur, Thierry Groensteen et le Musée de la bande dessinée ont produit ici un ouvrage de référence.

Au sommaire  :

- Histoire de la bande dessinée franco-belge

- Histoire de la bande dessinée américaine

- Les maîtres du trait

- L’atelier du dessinateur

Composition de la bande dessinée

Je viens à l’instant de feuilleter un gros livre format à l’italienne uniquement consacré à l’analyse de la composition de la page  : 

- Composition de la bande dessinée” de Renaud Chavanne
PLG Éditeur 2010

• Les cahiers du CIRCAV, N° 19 : La bande dessinée à l’épreuve du réel

“Depuis une trentaine d’années, la bande dessinée a considérablement élargi son champ d’investigation et s’est mise à explorer, parfois assez massivement, des domaines qui lui paraissaient jusqu’alors inaccessibles ou interdits, comme l’autobiographie, le journal, le témoignage, l’histoire, le carnet de voyage, l’enquête documentaire ou le reportage journalistique…”

• Le processus créatif, un regard anthropologique

“Une approche du geste créateur dans l’intimité d’auteurs de Bande Dessinée”. Morgane Parisi. Mémoire de M1 d’anthropologie mai 2010

J’ai failli oublier de noter ici le mémoire que Morgane Parisi avait eu l’amabilité de m’envoyer après sa soutenance.

Trois chapitres :

- 1 / Faire de la bande dessinée
- 2 / des contraintes créatrices
- 3 / le processus d’élaboration

• “De Lariflette à Janique Aimée”

Une compilation de strips en danger de disparition

C’est un livre fragile (mon exemplaire tombe en lambeau) comme les œuvres qu’il rassemble, un bloc format “strip” qui recense 960 pages de merveilles qui agrémentaient le bas des pages des quotidiens français. Le lieu de prédilection de la BD est pourtant celui qu’on oublie le plus facilement. C’est un patrimoine largement méconnu ou se côtoient pourtant les plus grands auteurs !

- “De Lariflette à Janique Aimée, d’Alain Beyrand chez Préssibus et le Syndicat de la Presse Quotidienne Régionale 1995

• “Rapport sur la promotion et la conservation du dessin de presse”

Mission Wolinski / Georges Wolinski / Jean-claude Simoën / Rapporteur Pierre Duvernois MARS 2007

Pour aborder le phénomène des littératures dessinées, il est difficile de s’en tenir à une bibliographie spécialisée, qui s’écartera peu de l’histoire du genre ou de l’étude de sa sémiologie. Il faut donc aller chercher à la périphérie des références qui soit n’abordent le sujet qu’à la marge, ou soit ne l’abordent pas, mais dont les outils conceptuels ou les analyses pourront être détournés et utilisés :

• “Iconologie”

De W.J.T. Mitchell. Les prairies ordinaires 2009

• “De superman au surhomme”

d’Umberto Ecco.  Grasset 1993

• “La culture du pauvre”

de Richard Hoggart. Les éditions de Minuit 2004

• “Jeux, modes et masses”

de Paul Yonnet. NRF Gallimard 1985

• Imaginaires •

• “Hillbilly, a cultural history of an American Icon”

d’Anthony Harkins. Oxford University Press 2004

Puisqu’il y a une Histoire, et une Histoire très récente, il y a une pré-Histoire :

• “Caricature and other Comic Art”

de James Parton. Haper & Brothers 1877

• “Histoire de la caricature et du grotesque dans la littérature et dans l’art”

de Thomas Wright. Adolphe Delahays éditeur 1875. On trouve les livres de Thomas Wright en téléchargement légal sur le Web…

• “Histoire de l’imagerie populaire…”

À la fin du XIXe siècle, Champfleury, avant l’existence même des études visuelles, entreprend une première contre « Histoire de l’Art » en explorant la tout aussi grande Histoire des dessins jugé « vulgaires » en plusieurs livres thématiques : « Histoire de la Caricature sous la Réforme et la Ligue » « Histoire de la caricature antique » ou encore « Le musée secret de la caricature », etc. Ces livres sont libres de droit, et donc téléchargeables sur Gallica ou ailleurs…

• Secret Identity : The Fetish Art Of Superman’s Co-creator Joe Shuster

Chez Harry N. Abrams, Inc. 2009. L’envers ou l’endroit de la psyché du dessinateur originel de Superman…

• Sémiologie de l’image •

Plutôt que renvoyer sur les “vrais” sémiologues, tenter une collection de bandes dessinées qui explorent d’elle-même l’envergure sémiotique du médium.
Ce qu’on retrouve chez ces auteurs se retrouver aussi chez de nombreux autres, mais ponctuellement, comme un gag isolé ou une folie passagère.

Ceux-là ont tendance à exagérer !

Marc-Antoine Mathieu

Bon, on commence par le “sémiologue conscient”, Marc-Antoine Mathieu, celui qui le fait exprès, sans vergogne et systématiquement.

Du coup, je ne trouve pas que ce soit le plus amusant, histoires et personnages ne servant que de prétexte au jeu sur le médium, jusqu’au jeu sur l’objet livre lui-même.

C’est intelligent, malin même, et parfois surprenant, mais au bout du compte assez froid. Je n’y retrouve pas la poésie de son prédécesseur : Fred

Chez Delcourt:

L’Origine — 1990 (ISBN 2906187798)
La Qu… 1991— (ISBN 2906187690)
Le Processus — 1993 (ISBN 2840550113)
Le Début de la fin — 1995 (ISBN 2840550563)
La 2,333e Dimension — 2004 (ISBN 2847891609)

etc.

• Mattioli

M le Magicien

Mattioli (l’auteur du jubilatoire pastiche “squeak the mouse“)
2003 chez L’association

M le Magicien, était à l’origine une planche de gag hebdomadaire dessinée pour le Journal Pif. L’ensemble a été sauvé de l’oubli par l’Association. Ce gros livre est une explosion, un must, une compilation de la plus dense concentration d’expérience des limites du médium. Loin des ennuyeux oubapos (version BD de l’Oulipo), pas d’exercice froid ici, mais une exploration des possibles du médium à des fins d’expression, ou plutôt, de gag et de poésie ! Un sommet ! Combien de thèses pourrait-on écrire sur M le Magicien ?
Au passage, remarquer les quelques planches qui lorgnent sur le maître de Mattioli : l’immense Herriman encore plus indispensable.

Bon, aller, du coup…

Herriman

Si vous pensez que votre bibliothèque est belle et qu’il n’y a pas un Krazy Kat dans un coin, c’est raté !
Cherchez le cactus métamorphe qui change à chaque case d’une planche, et regardez Herriman inventer le dispositif de “l’Homme qui ment” de Robbe-Grillet 40 ans avant !
Pas besoin de renvoyer sur une édition particulière. Tout est génial (et sublimement beau). Donc, en général, on prend ce qu’on trouve en français, mais le must, c’est la collection US… chez Fantagraphics évidemment.

Fred

Toujours chez les repousseurs de limite de la case, Fred, avec son célèbre Philémon. Réédité dernièrement chez Dargaud en trois volumes.

L’un des grands dispositifs de Fred, c’est le jeu sur les 2 dimensions de la page, ou plutôt le jeu dialectique entre la simulation d’un espace en 3 dimensions par le dessin et la “réalité” plate de la page.

L’autre “grand jeu” est celui sur les limites des cases, et sur l’existence même de cases qui de simples limites de l’image, peuvent devenir “autre chose”, comme chez Mattioli dans M le Magicien et quelques autres.

- Philémon, Intégrale trois volumes chez DARGAUD  2011

Shintaro Kago

Et pour passer par le Japon, un auteur “limite”, inédit en France. Bon, pour ne pas mentir, dernièrement, un livre plutôt soft est parût en français : “Carnets de massacre, 13 contes cruels du Grand Edô” 2010 chez Imho.

Mais les choses innommables de cet amateur de chair malade restent inédites, et parmi ces innommables, les explorations graphiques de la mise en abime du grillage des cases. Et tout un jeu sur la séquentialité graphique qui devient pixellisation. La version moderne des jeux de Fred et Mattioli…

Cet auteur s’appelle Shintaro Kago, et c’est un pape très actuel de l’Ero Guro, version trash du Manga.

Si vous êtes un peu sensible, Shintaro Kago n’est pas pour vous, et tout l’Ero Guro non plus…

Chris Ware

Je me rends compte, en lisant le billet d’Andrien Genoudet, que j’ai proprement omis de noter ici Chris Ware, lui préférant un total marginal comme Shintaro Kago. Il faut y voir l’indice de mon profond snobisme qui me fait souvent fuir les évidences, et donc éviter de passer par les gloires obligatoires du moment. Il y a pourtant, chez Chris Ware, un jeu total sur le médium, et même sur l’ensemble de la tradition éditoriale, puisque ce jeu d’évocation post-moderne se décline à tous les niveaux de perception de l’œuvre, débordant la planche pour envahir tous les interstices paratextuels de l’objet livre.

- Jimmy Corrigan, Delcourt 2003

Lewis Trondheim et J.C. Menu

Je suis obligé de parler des expériences de l’Oubapo, version BD de l’Oulipo. Je ne suis pas friand du côté arbitraire des jeux littéraires, préférant toujours ceux qui réussissent à fondre le jeu dans une œuvre d’ambition plus large. Mais les jeux pour le jeu existent, et les fondateurs de l’Association ont largement participé à la création et l’animation de cet “Ouvroir de Bande-dessinée Potentielle”.

- “Moins d’un quart de seconde pour vivre” de Lewis Trondheim et J.C. Menu, L’association 1991

À partir de 4 cases de J.C. Menu, Lewis Trondheim décline des strips

• Métal Hurlant N°49 bis

Il n’y a pas que dans les cases qu’il peut se passer quelque chose, comme le montre Marc-Antoine Mathieu. Mais j’avais envie de noter ici une parution malicieuse qui se planque dans ma bibliothèque depuis mon adolescence : Le hors série Métal Hurlant tête-bêche “Spécial bizarre” / “Spécial classique”. Métal Hurlant reste pour moi « la revue que je préférais », même si en vieillissant, j’ai plus de plaisir à refeuilleter les numéros de la première série de l’Écho des Savannes, qui avait inventé un concept étrange : le fanzine de pro.
Mais Métal Hurlant reste une sublime revue, dont les 30 ou 40 premiers numéros sont hautement recommandables. Et en particulier ses numéros « spéciaux » à dos carré, qui sont d’une richesse graphique incroyable. Et donc, parmi ces numéros spéciaux, ce véritable « livre objet » double, qui présente deux couvertures et tête-bêche deux sujets considérés comme antagoniste : une anthologie du « Bizarre » et une autre du « Classique », comme une version moderne de la querelle des anciens et des modernes. Aujourd’hui, reste u  livre qui doit se retourner quand on arrive au milieu, et que je suis très heureux de retrouver de temps en temps…

• Le rapport au réel •

1. Le rapport au réel : l’actualité / l’Histoire

Parmi les littératures graphiques, le comics US a par tradition l’habitude de coller à l’actualité du monde en général, et de la politique américaine en particulier.

• 2e guerre mondiale -> Captain América / Submariner / Wonder Woman

Vaste sujet ! Bientôt ?

• Guerre du Vietnam -> Dardevil

Dardevil est un avocat aveugle le jour, et un justicier toujours aveugle (comme la justice) la nuit… Sa particularité, pour un super héros, c’est son côté très “local” : c’est le super héros de son quartier (de New York). En effet, si Spider-Man n’aime pas sortir de New York… On le comprend, car en rase campagne il rampe, Dardevil fait pire en ne sortant pas de son quartier. Mais j’ai un souvenir lointain d’un épisode sur le Vietnam. Et bien j’ai retrouvé une page qui évoque la chose !

- Dardevil N°47 décembre 1968

• Le féminisme 70′ -> Wonder Woman (un aller-retour fiction-réel)

En 1968, Wonder Woman perd ses pouvoirs !

Grâce à une mobilisation menée par Gloria Steinem, une féministe américaine, elle finit par les récupérer. La perte des pouvoirs surnaturels de cette icône féministe maintenant chaperonnée par un “vieux chinois” fût vécue comme un camouflet insupportable par les mouvements d’émancipation de la femme. C’est un exemple rare de manifestations pour changer l’histoire d’une bande dessinée… Quand le militantisme influence une production de BD semi-industrielle.

- Ms. magazine, janvier 1972

- Wonder Woman N°178 septembre-octobre 1968

• Election d’Obama -> Spiderman

- Amazing Spider-Man #583 Marvel Comics 2008

Une page de BDTrash sur l’exploitation de l’image d’Obama dans le comics

Spiderman a une particularité, il se sert de ses périodes “en costume” pour exercer son activité alimentaire : photographe de presse. En effet, il paye ses études de chimie en profitant de ses pouvoirs pour faire des photos sur le vif des vilains qu’il combat. Dans le N° 583, il doit sauver Obama, et en profite pour le photographier… Bien sûr, son employeur toujours bluffé par ses clichés ne se demande jamais comment il obtient ses improbables angles de vu !

- “Drawn and Dangerous: Italian Comics of the 1970s and 1980s” de Simone Castaldi. University Press of Mississippi 2010

Une décennie noire de la politique italienne revisitée à travers la production BD

- “Drawing France: French Comics and the Republic” de Joel E. Vessels. University Press of Mississippi 2010

• Mafalda l’Intégrale tome 0

Édition des strips N/B  de Quino commentés et contextualisés, avec une préface d’Umberto Eco. Une manière de replonger dans l’actualité politique du monde et de l’Argentine de la fin des années 60 aux années 70. Tous les grands thèmes de ces années-là traversent ces strips, tous les accidents de l’histoire sont commenté en temps réel par Mafalda. Ce sont les errances politiques de l’Argentine qui finissent par composer le petit monde de Mafalda, mais on y trouve aussi régulièrement de fortes charges féministes à travers la critique de la condition de sa mère, femme au foyer d’une famille de la classe moyenne. mafalda est logique et froide comme l’esprit, et déshabille la bêtise ordinaire d’une répartie géniale pratiquement à chaque strip.
— Mafalda l’intégrale chez Glénat 1999

• Ashita no Joe

Notoirement le « manga préféré des Japonais » (je ne sais pas jusqu’à quel point c’est vrai…), Ashita No Joe est dessiné comme du Tezuka, mais n’est pas du Tezuka. C’est tout aussi beau et lisible, mais c’est dessiné par l’un de ses nombreux « enfants spirituels ». Ce manga symbole de résistance, d’insoumission, aurait été arrêté sur ordre des autorités Japonaises, car utilisé comme étendard par les manifestants anti « armée rouge japonaise ». C’est aujourd’hui une référence souvent citée dans le manga contemporain (Bakuman, ou encore Coq de Combat qu’on pourrait considérer comme une variation « déviante »), et donc l’une de ces bandes dessinées qui ont eu une influence immense sur l’histoire du médium, et relative mais certaine sur l’actualité de leur pays…

— Ashima No Joe dessiné par Tetsuya Chiba, scénario de Asao Takamori. Est édité aujourd’hui chez Glénat dans sa collection “vintage”.

• Astro Boy (ATOM)

Impossible de ne pas marquer ici l’une des bandes dessinées qui a eu le plus d’influence sur son pays d’origine. Atom, le robot enfant, concept improbable (comment un robot peut-il être un enfant ?), variation futuriste de Pinocchio, est un pur phénomène dont on pourrait remplir des livres. Que fallait-il avoir à l’esprit pour inventer un personnage totalement positif s’appelant “ATOM” (“l’enfant de l’atome” littéralement, vous rendez-vous compte !) dans le pays qui venait de subir le feu nucléaire ? Atom conjure le sort, apprivoise dans son abdomen la puissance atomique, et invente un avenir possible à un pays doublement meurtri, d’avoir perdu une guerre, et d’avoir été du “mauvais côté”. Atom, c’est le sourire de Tezuka, qui refuse la guerre, la destruction et le manichéisme. Des dires mêmes des intéressés, le Japon technologique est né dans le cerveau des jeunes lecteurs d’Atom. C’est un destin unique pour un dessinateur de BD, mais c’est assez cohérent pour Tezuka, le « vrai médecin », qui va soigner les plaies de son pays tout en l’ouvrant au monde. C’est aussi celui qui va prendre la revanche douce, pacifique, sur le vainqueur américain. Mais il y aurait trop à dire et trop à décrypter. Pour conclure, y a-t-il un autre dessinateur de bande dessinée qui aura une telle influence sur son pays ? Disney, son modèle ? D’une certaine manière. Mais même si l’on considère Disney comme participant de la diplomatie américaine, voire comme le bras armé de son impérialisme, on tombe profond du côté obscur de la force… Le Docteur Tezuka est un djedaï (avec un béret, ok…).

—Astro Boy en anthologie actuellement chez Kana

2. Le rapport au réel : le reportage, le documentaire en bande dessinée

C’est un genre rare. Il existe surtout une exceptionnelle réussite du genre, par Jean Teulé, édité à la fin des années 80, mais qui se trouve aujourd’hui compilé en un seul gros volume aux éditions Ego Comme X :

• GENS DE FRANCE ET D’AILLEURS

2005 Ego Comme X

J’avais publié un article sur ce livre à sa sortie

extrait (je fais dans l’auto-citation maintenant…) :

“Une BD-reportage de Teulé, c’est tout simplement du plaisir, parfois pervers, voir malsain, mais du plaisir. Teulé l’antimoraliste étale les faits, la matière de l’histoire, et il faut parfois faire un effort pour y croire tellement c’est gros, à l’histoire. Mais alors que tout pourrait parfaitement être inventé, manipulé, la cohabitation du récit dessiné avec les photographies créé un phénomène de “pièce à conviction” qui ramène toujours la lecture dans la sphère du réel, du témoignage. On est choqué par l’anecdote, étrange, sordide ou violente, mais la photographie, la photocopie d’un document vient affirmer simplement “c’est vrai” et on ne peut plus y échapper, on ne peut plus échapper à ce qui a fasciné Teulé dans cette histoire-là, qu’il a choisi de rendre en BD et qui l’a poussé à se déplacer bien loin parfois. La morale, parce qu’il y en a une souvent cruelle d’ailleurs, suinte de l’histoire même. Sa position amorale, immorale peut-être, nous laisse approcher des personnages. Et cette proximité n’est pas sans implication. Seuls certains cinéastes réussissent ça, nous faire côtoyer nos frères en vilenie, en bassesse, en compromission. ”

Le carnet de voyage est-il un sous-genre du documentaire ? Je ne sais pas, mais ce qu’on peut dire, c’est qu’il fleurit en bande dessinée depuis quelques années. Il suffit d’évoquer le prix du meilleur album du Festival d’Angoulême gagné cette année 2012 par “chroniques de Jérusalem » de Guy Delisle aux éditions Delcourt… Je ne l’ai pas lu, donc je n’en parlerais pas, mais je vais noter ici celui que j’ai préféré, parmi mes quelques lectures du genre : « Palace », de Simon Hureau. Ce Simon Hureau, hasard amusant, qui a gagné un prix cette année pour un autre livre. C’est pour moi l’une des plus belles réussites en matière de carnet de voyage, avec de véritables morceaux de bravoure en BD, pour arriver à rendre des atmosphères Cambodgiennes très diverses. On voyage avec l’auteur, on ressent avec l’auteur, et c’est quand même le principal !

• “Palace” et sa suite “Bureau des prolongations”

De Simon Hureau aux éditions Ego Comme X

• “Palestine”, “Gaza 1956 – En marge de l’histoire”, etc.

Le pape du reportage en immersion, c’est l’américain Joe Sacco… Avec un style pas si loin de Robert Crumb, underground donc, il plonge dans l’underground de la politique mondiale.

De Joe Sacco chez Rackham, chez Futuropolis, etc.

Pour rester dans la même veine, un livre qui n’est pas tout à fait de la bande dessinée, mais plutôt un roman graphique, qui évoque un épisode peu connu de l’histoire de la 2e guerre mondiale : le sort réservé aux gens d’origine japonaise résidant sur le sol américain après Pearl Harbor :

• “Citoyenne 13 660″

De Miné Okubo, aux éditions de l’An 2 2006

Il y eut des camps, aux États-Unis, pour garder sous surveillance les gens d’origines japonaises qui y résidaient parfois depuis très longtemps. Mais la guerre déclarée, le gouvernement américain considéra ces Américains comme des ennemis potentiels dont il ne savait trop quoi faire. Ce roman graphique évoque et raconte le sort de ces oubliés de l’Histoire d’abord retenu en Californie, puis au fin fond du Nevada… C’est en témoin que Miné Okubo dessine et raconte cette étrange histoire.

• “La BD s’en va t-en guerre” (Film)

Je cite :

“de Mark Daniels, avec Joe Sacco, Ted Rall, Patrick Chappatte, Keiji Nakazawa, Marjane Satrapi, Joe Kubert, Emmanuel Guibert, Zeina Abirached, Steve Mumford, Greg Cook, David Axe.

La BD s’en va t-en guerre s’attache à décrire en profondeur comment des auteurs novateurs comme Joe Sacco, Art Spiegelman, Joe Kubert et Marjane Satrapi transposent des récits douloureux et violents en mots et en dessins. Le film explique non seulement l’approche des nouvelles BD documentaires, mais restitue leur impact via un style visuel accrocheur qui alterne entre le monde « réel » – photographique – et celui – recréé – des bandes dessinées des reporters de guerre.”

3. Le rapport au réel : la biographie

En général, la biographie est mise à mal pas la bande dessinée… mais s’il ne fallait qu’en citer une :

• Maus

Ce n’est pas à proprement parler “qu’une biographie”. Le si célèbre livre d’Art Spielgelman contient une partie autobiographique et se présente globalement comme une biographie de son père, mais cet ouvrage transcende les genres.

- L’Intégrale, “Maus” : un survivant raconte” Flammarion 1998

4. Le rapport au réel : l’autobiographie

L’autobiographie est aujourd’hui courante. Mais c’est une conquête récente dans ce cadre qui est passé par l’underground américain des années 60 et l’égo hypertrophié d’Osamu Tezuka… avant de se concrétiser dans sa plus grande pureté dans le “Journal” de Fabrice Neaud à la fin du XXe siècle.

• Robert Crumb

Bientôt…

• Osamu Tezuka

- “Ma vie manga”, Kana 2011.

- “Histoires pour tous”, Delcourt 2006

Alors qu’il était encore adolescent, Tezuka terminant son premier manga qui le rendra célèbre, avait marqué dans la marge quelque chose comme « ceci n’est pas un manga,  mais un roman en dessin »… Il tiendra à cette qualité romanesque jusqu’à la fin de sa vie, s’opposant au réalisme du Gekiga lorsque celui-ci est créé par Tatsumi à la fin des années 50, alors même qu’il a toujours eu un paradoxal désir d’exister au sein même de son œuvre. Il va donc très vite apparaitre timidement dans « Astro Boy », se servir de ses propres enfants et de sa notoriété pour créer une bande familiale au milieu des années 60, et même devenir personnage de fiction « en tant que lui-même » dans « Vampire ». C’est dans les « Histoires pour tous », compilation d’histoires courtes de tout genre, qu’il publie enfin de l’autobiographie assumée, sous forme d’anecdotes plus ou moins sombres, et peut-être, plus ou moins romancées…

Fabrice Neaud

- “Journal” chez Ego Comme X (réédition en coffret fin 2011). Certains volumes étaient épuisés.

J’ai une très bonne raison de ne pas écrire sur le Journal de Fabrice Neaud. Je laisse donc la parole à Fabrice Bousteau de “Beaux-Arts Magazine” :

« L’expérience graphique et intellectuelle que conduit Fabrice Neaud en réalisant une autobiographie dessinée est l’une des réflexions les plus originales du moment sur la valeur et la signification de l’image dans notre société. Le troisième volume du Journal que vient de publier ce jeune dessinateur de bande dessinée a la magique capacité de transformer le lecteur en une sorte de philosophe en lévitation, qui regarderait le monde d’un peu plus haut pour y voir d’un peu plus près. Construite comme un « roman philosophique » et d’une formidable inventivité graphique, cette autobiographie échappe à la tentation du voyeurisme et du « moi je ». Et pourtant, ce Journal  est obscène dans le sens littéral du terme puisqu’il met sur la scène, devant le lecteur, ce que l’on n’y met jamais, c’est-à-dire la vie privée de l’auteur dans ses moindres détails mais aussi et surtout celle encore plus privée de son environnement et de ses amis. (…) »

• Yoshihiro Tatsumi

En 1957, Tasumi invente le Gekiga, manga pour adulte. Soit bien avant les émancipations américaines et franco-belges. Ce nouveau genre de manga, sérieux et réaliste, l’aurait fâché avec Tezuka, qui tenait à rester ‘”tout public”.

À partir de 1995, il commence une autobiographie qui retrace toute l’histoire du manga d’après guerre. C’est donc une œuvre particulièrement importante !

“Une vie dans les marges” complète la lecture des œuvres de Tezuka, en particulier pour comprendre le Japon d’après-guerre, mais aussi le genèse d’un des plus important phénomène éditorial du monde : le manga

- “Une vie dans les marges”, en deux volumes chez Cornelius 2010

• J.C. Menu

En fait, l’éditeur qui a promotionné l’autobiographie de manière systématique, et avant Ego Comme X qui en a fait son unique ligne, c’est l’Association, qui décidément a une importance historique immense pour les littératures graphiques. Et parmi ses fondateurs, J.C. Menu qui a même tenté (en parallèle avec Lewis Trondhiem et son “Approximate Continuum Comics”) un moment le format “comics” avec “Mune”, journal trachouille qui tiendra 5 numéros. A noter J.C. Menu a soputenu une thèse sur “La Bande dessinée et son double” à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne en janvier 2011.

- Mune comix, chez Cornelius. 5 numéros de 1993 à 1994

- Livret de Phamille, L’Association 1995

• Lucas Méthé

Donc, depuis une quinzaine d’années, l’autobiographie n’est plus rare. L’Association l’a promotionné, et il existe un éditeur qui s’y consacre : Ego Comme X, qui a édité ce qui est universellement considéré comme le chef-d’œuvre du genre : le Journal de Fabrice Neaud. Dans ce paysage maintenant très peuplé, Lucas Méthé fait figure d’exception en ayant publié à quelques années d’intervalle la même histoire, ou plutôt la même période d’une potentielle autobiographie, mais avec des dispositifs narratifs très différents, comme deux versions en miroir d’un même récit. Ceci donne un objet éditorial double assez inédit en bande dessinée, comme une question qu’on se pose à soi-même, à travers la distance de l’âge qui avance.

- “ça va aller”, chez Ego Comme X, 2005

- “L’apprenti”, chez Ego Comme X, 2010


5. Le rapport au réel : la BD en abîme…

• Bakuman

Un étrange Manga Shōnen, c’est-à-dire pour adolescent mâle, est en ce moment même en librairie : Bakuman. Tsugumi Ōba au scénario et Takeshi Obata au dessins, les deux auteurs du célèbre “Death Note“, l’un des plus malsains manga pour ado de ces dernières années, ont réussi une sorte d’exploit : vendre en masse aux adolescents du monde entier un manga qui raconte l’évolution de deux ados qui veulent devenir mangaka (c’est à dire ne jamais sortir de chez soi attaché à sa table à dessin), et ceci, sur un mode hyperréaliste, sans actions particulières et avec pour seul moteur une mièvre histoire d’amour platonique ! Et détail qui a son importance ici, la partie “apprentissage du métier” est parfaitement précise et documentée, ce qui donne à l’ensemble un air d’autobiographie déguisée… Bakuman est ainsi une mine de renseignement sur la réalisation d’un manga, les outils, les papiers, et le côté “collage graphique” du Manga, mais aussi sur les étapes pour se faire éditer, puisque les rencontres avec le monde de l’édition sonnent étrangement juste.

À force de précision, Bakuman  décortique l’intégralité du processus éditorial, allant même jusqu’à sa remise en question par les nouvelles techniques marketing en court sur l’internet. Le paradoxe, c’est que pour que ce manga reste un “shönen” (c’est-à-dire motivant la lecture des ados) et non un simple reportage sur leur environnement, les auteurs ont ajouté les ingrédients indispensables : personnages attachants, histoires d’amours contrariés et  compétitions multiples, mais les forums fourmillent de commentaire allant tous dans le même sens, ce qui est passionnant dans Bakuman, fascinant même, c’est sa dimension documentaire. Vraiment l’un des plus étranges manga jamais traduit !

• Gaston, 19 albums chez Dupuis et Marsu Productions. Nouvelle édition à partir de 2009

Gaston n’est pas dessinateur de BD, ce qui libère l’auteur, Franquin, des ambiguïtés qui traversent justement Bakuman. En même temps, en 1957, lorsque Franquin créé Gaston pour le journal de Spirou, l’autobiographie, le rapport au réel, le documentaire sont à peu près impensable. Les bandes sont exclusivement consacrées à distraire les enfants. Lorsque c’est sérieux, c’est éducatif, comme les « Histoires de France en BD ». Lorsque c’est de la fiction, ça doit rester fantaisiste. L’auteur a le droit à la documentation, bien sûr, mais elle doit s’effacer derrière la distraction.

Pourtant… Lorsqu’un enfant lecteur de BD lit Gaston, il découvre avec stupeur que le quotidien d’un journal de BD est plus proche d’une morne vie de bureau que d’une vie aventureuse… Et donc, l’arrière champ de Gaston est bien conforme à l’environnement de travail de l’auteur Franquin. Bien sûr, ce décor se construit par petite touche, par accumulation de petits détails qui se cachent derrière les gags, mais c’est bien là ! Gaston travaille (sic !) donc dans un journal de BD parfaitement crédible, où le quotidien est plus administratif, comptable et commercial que créatifs…

Gaston, comme possible ancêtre de Bakuman en tant que BD encrant son action dans son environnement de production, représente le combat perpétuel entre principes de plaisir et principe de réalité. Gaston va passer son temps à faire exploser (au propre comme au figuré) ce réel oppressant du monde du travail spécifique, qui fabrique laborieusement du rêve factice pour les enfants. C’est l’ancêtre et l’anti-Bakuman, qui lui, aujourd’hui, magnifie la « valeur travail », l’effort, la compétition, le sacrifice à une cause trivialement commerciale…

À noter que si la BD franco-belge et le Comics ont bien rarement comme héros les dessinateurs de BD, le manga quant à lui en fait presque une tradition. Bien sûr, Osamu Tezuka apparait dans ses propres histoires en tant que Tezuka, mangaka et producteur d’animation , et donc, très récemment, Bakuman. Mais on pourrait aussi citer le délirant feuilleton « Family Compo » de Tsukasa Hojo (auteur de Cat’s Eye et City Hunter) dont l’action se situe dans la maison atelier d’un/une mangaka ou encore une série nouvelle « I am a hero » de Hanazawa Kengo qui commence comme une chronique réaliste de la vie quotidienne minable d’un mangaka, avant d’être envahi de zombie…

• Otaku Girls

Puisque nous venons de voir Bakuman, ou le manga du point de vu des jeunes mangakas, il faut ajouter ici « Otaku Girls », le manga sur les lectrices de mangas. Ou plutôt sur les dégâts psychiques de la lecture intensive (et visionnage) des Mangas Yaoi sur les jeunes otakettes. C’est dessiné insipide, c’est illisible et bordélique, mais c’est drôle et trachouille (l’héroïne s’évanouit et saigne du nez dès que deux garçons se rapprochent l’un de l’autre) et ça tente de plonger dans le cerveau fantasque des adolescentes japonaises qui refusant la froide réalité, se plongent dans la fiction libidinale ultra codée des Mangas pour fille mettant en scène de jeunes garçons homosexuels (oui, c’est bizarre…).

- “Otaku Girls” de KONJOH Natsumi. 7 volumes chez Doki Doki

• Les littératures graphiques du monde •

US et britannique (Comics)

- “Comics U.S.A.” de Marc Duveau. Albin Michel 1975

- “2000 -8“, éditions “Angoulême 92″, 1992

Avec une préface de Jean-Pierre Dionnet, ce petit fascicule sous-titré « compte à rebours (vers la bande dessinée américaine de l’an 2000) » tentait d’imaginer le paysage de la BD US de l’an 2000 dès 1992… C’est un peu raté… Les auteurs sont ceux, normal, à la mode dans les années 90, et il y a même quelques prévisions amusantes, puisque Julie Doucet « auteur d’avenir » a arrêté très vite la bande dessinée… Toujours casse-gueule de prévoir l’avenir !

- Fantagraphics Books, le plus extraordinaire éditeur du monde, pour ce qui est de notre sujet… Fantagraphics exhume les classiques de la bande dessinée, mais édite aussi les auteurs contemporains plus difficiles.

franco-belge, italienne, espagnole, allemande (Européenne)

Plus tard…

Japon (Manga)

- “Le manga : Entre idées reçues et histoire vraie” de Jean-Marie BOUISSOU. Publié dans le Bulletin de la Bibliothèque Nationale de France, printemps 2007

Chine (Manhua)

Plus tard…

Corée (Manhwa)

Pas grand chose en langue française sur la BD coréenne (à part les œuvres). :

- La dynamique de la BD coréenne

catalogue d’exposition, Korean Culture & Contents Agency (KOCCA) et Festival international de la bande dessinée d’Angoulême. En fait, à l’occasion de cette exposition exceptionnelle sur la BD coréenne, il a été édité trois livres de taille différente.

- Le magazine Tokebi

[signalé par Philippe Paolucci] Tokebi a prépublié du Manhua de son premier n° en juillet 2003  jusqu’en 2008, date de la faillite de l’éditeur. “Entièrement consacré au manhwa, chaque numéro proposait des prépublications et une double page sur l’histoire de la BD coréenne”

Afrique

– Histoire de la bande dessinée congolaise: Congo belge, Zaïre, République démocratique du Congo de Christophe Cassiau-Haurie, chez L’Harmattan, 2010. ISBN    2296120288, 9782296120280

…du sud

- “Bitterkomix” chez L’Association 2009

C’est un gros livre, une anthologie de ces “nouveaux auteurs” d’Afrique du Sud qui ont trouvé leur vocation en découvrant les publications de l’Association, l’éditeur Français qui a impulsé le renouveau de la BD indépendante dans les années 90. Bitterkomix est un livre important pour qui s’intéresse à l’histoire contemporaine. Un bon exemple de la manière dont s’articule aujourd’hui culture vernaculaire et mondialisée.

• Les ancêtres •

• Hokusai

- “MANGA” — bibliothèque Nationale de France / Seuil 2007

Une anthologie du “MANGA” originel…

“Les Hokusai manga sont des estampes (gravures sur bois) en trois couleurs (noir, gris, et couleur chair). Il en existe des milliers, réparties en 15 carnets ; le premier fut publié en 1814, quand l’artiste avait 55 ans. Les trois derniers volumes ont, eux, été publié à titre posthume, deux d’entre eux ayant même été mis sur pied par l’éditeur à partir de documents non publiés jusque-là.” (Source Wikipédia)

• Rodolphe Töpffer

Remarquable Rodolphe Töpffer qui “invente la BD” de manière parfaitement consciente. Pas de lente évolution du dessin de presse qui glisse vers la narration graphique, mais bien une volonté affichée et exprimée de créer une “nouvelle littérature”, puisqu’il nomme lui-même son invention “littérature en estampes”.

- “Histoires en images” Horay 1998

- “Monsieur Crépin” Unicorne 1991

Pour explorer le monde du dessin de presse qui bascule lentement dans la narration graphique, un lien indispensable : http://www.old-coconino.com

• Institutions / marché •

• “Cinq Ans de Résidences”

ISBN : 2952958904
éditions La Maison des auteurs Angoulême 2007

• Bilan annuel de l’Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée

Rapports annuels de l’ACBD signés Gilles Ratier, secrétaire général de l’ACBD, à télécharger en PDF. Ce rapport présente le bilan d’une année de bandes dessinées sur le territoire francophone européen.

http://www.acbd.fr/bilan/les-bilans-de-lacbd.html

• Ressources en ligne •

- Thèse : Du Kitsch au Camp : théories de la culture de masse aux Etats-Unis, 1944-1964

• Web •

http://www.bdangouleme.com le site du Festival International de la bande dessinée

http://www.citebd.org le site de la “Cité internationale de la bande dessinée et de l’image” et du “Musée de la bande dessinée”

http://www.acbd.fr le site de l’Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée

http://www.comic-con.org le site du San Diego Comic-Con International, une convention de Comics fondée en 1970

http://crack.forteprenestino.net le site du crack fumetti de Rome

http://bdtrash.forumdediscussions.com bdtrash est une communauté qui a décidé de sauver ce qui a été longtemps jeté : les “petits formats”, une manière de “manga” de par chez nous, BD assez médiocre (mais pas toujours) de consommation courante, et qui nous venait généralement d’Italie.

http://www.nrblog.fr/casedepart/2011/12/16/histoire-de-la-bd-dans-la-nouvelle-republique

http://carnetsbd.hypotheses.org

http://topfferiana.free.fr

http://www.old-coconino.com

6 Reponses à “ Bibliographie BD à l’usage des études visuelles ”

  1. [...] jQuery("#errors*").hide(); window.location= data.themeInternalUrl; } }); } culturevisuelle.org – Today, 10:10 [...]

  2. Merci beaucoup pour cette contribution tout à fait nécessaire. Je ne manquerai pas d’y venir puiser de temps à autres! Il y aurait une rubrique intéressante à faire pour ce qui est des rapports entre bande dessinée et histoire (Numéro de la revue l’Equinoxe par exemple, Objectif bulles) ou encore des relations entre Bande dessinée et cinéma (dans la même revue, Les cases à l’écran sous la direction d’Alain Boillat). Tes quelques mots sur Marc Antoine Mathieu sont discutables mais en même temps il fait partie de ces auteurs qui sont loin de faire l’unanimité en ce qui concerne leur approche sémiologique de la bande dessinée. Soit dit en passant, je cherche depuis des années le numéro 4 de la revue Neuvième Art (sur Marc Antoine Mathieu justement), il est introuvable, épuisé… Il y a des ouvrages comme ceux-ci qu’on espère un jour croiser dans un carton poussiéreux un jour de brocante…

  3. Et aussi, cette page est ouverte aux contributions ! J’ai fait un tour de mon cerveau et de ma modeste bibliothèque, mais je n’ai pas une culture si encyclopédique de la bande dessinée… Je me suis même tenu à distance pendant très longtemps. Donc, j’accueille avec grand plaisir les suggestions !

    La rubrique «BD et histoire» en fait partie ! Avant publication, j’ai effacé le chapitre «BD et cinéma» qui auraient demandé trop de temps. Sujet trop important pour être survolé dans cette page !

  4. Philippe Paolucci le 7 février 2012 à 15:22

    Bonjour,

    Merci beaucoup pour ces repères bibliographiques. Je me permets néanmoins d’ajouter deux références à votre liste. Le premier concerne le magazine Tokebi, aujourd’hui disparu mais qui se trouve facilement sur internet pour quelques euros. Entièrement consacré au manhwa, chaque numéro proposait des prépublications et une double page sur l’histoire de la BD coréenne.

    Il n’est guère étonnant de retrouver dans votre liste Chris Ware, dont l’œuvre fait le plaisir des sémioticiens (comme la cage il y a quelques années). Je ne connais pas très bien l’œuvre de ce bédéiste, mais il me semble que les analyses actuelles se focalisent surtout sur l’album Jimmy Corrigan, alors que le recueil the acme,après l’avoir parcouru quelques instants, me semble aller plus loin dans l’exploitation des potentialités du médium.

    Encore merci pour cet article. Certaines références vont certainement me servir dans mes travaux universitaires.

    PS: L’ouvrage (excellent) d’Harry Morgan est malheureusement épuisé. Quel dommage !