La noirceur du petit ramoneur

Par Patrick Peccatte - 9 décembre 2013 - 08:04 [English]

Avec l’augmentation de la population urbaine puis la révolution industrielle, le nombre de ramoneurs s’est considérablement accru. Les cheminées à entretenir étaient alors devenues suffisamment larges pour que des enfants s’y introduisent et puissent les nettoyer de l’intérieur. De jeunes garçons et parfois des petites filles ont alors été employés dans de nombreux pays à cette tâche. Exploités par des patrons, ces petits ramoneurs étaient très mal payés, leur travail était épuisant, sale et dangereux. Les accidents n’étaient pas rares; les enfants tombaient parfois des cheminées, ils étaient asphyxiés, victimes de brûlures. Ils étaient aussi fréquemment atteints de graves maladies respiratoires, oculaires ou cutanées.

En France, les petits ramoneurs étaient souvent d’origine savoyarde. La forte densité de population dans les régions de montagne (Savoie et Val d’Aoste), les faibles ressources et la longueur des hivers incitaient les habitants à quitter leur pays à l’approche de l’hiver. Les hommes devenaient souvent colporteurs. Les enfants quittaient le village en groupe, sous la conduite d’un patron qui encaissait l’argent et les nourrissait, et ils revenaient au printemps pour le travail des champs.

Les images de ramoneurs sont anciennes, elles remontent à 1500 environ (estampe des Anciens cris de Paris). Mais ce sont alors des adultes qui sont représentés. Les premières images d’enfants ramoneurs font leur apparition à la fin du 18ème siècle.

Aux 18ème et 19ème siècles, les petits ramoneurs sont très souvent présentés sous une forme pittoresque. Les conditions de travail odieuses qu’ils subissent sont la plupart du temps occultées. De nombreux textes décrivent ainsi des enfants heureux « qui vont sans cesse gambadant, grimpant, chantant, frétillant »1, de multiples images les représentent noirs de suie certes, mais apparemment épanouis et souriants:

Petits ramoneurs se désaltérant à l'eau d'une pompe sur le quai du Louvre, peinture anonyme, 1830, Musée Carnavalet / Les hirondelles d'hiver, Le Petit Parisien, 10 novembre 1902

Dès le 18ème siècle cependant, des religieux s’émeuvent de la situation misérable des petits ramoneurs. En 1735, l’abbé du Breuil de Pontbriand crée l’œuvre des petits savoyards pour leur venir en aide. Un siècle plus tard, en Angleterre, Charles Dickens dénonce dans Oliver Twist (1837) la brutalité des patrons envers les jeunes apprentis ramoneurs, et le mouvement contre l’exploitation des enfants publie de nombreux textes qui visent à abolir le travail des petits ramoneurs2:

The Climbing Boys' Advocate, From May to December 1856 / La mort de deux petits ramoneurs; one boy suffocated and another was sent to tie a rope to his leg. He died, too. Illustration by George Cruikshank, circa 1870

En France, une enquête est lancée vers 1860 sur la situation des petits ramoneurs en Savoie et Haute-Savoie. Le préfet de Savoie réglemente en 1863 l’apprentissage et les contrats des enfants en interdisant le travail aux moins de 12 ans. Enfin, des lois promulguées en 1874 et 1892 interdisent totalement l’emploi des enfants et obligent les maîtres ramoneurs à changer leurs techniques de travail.

Noir et blanc

Lorsque l’on examine les tableaux anglais du 18ème siècle où figurent des petits ramoneurs, il est frappant de constater que ces enfants, toujours gais, chantants et rieurs, sont fréquemment représentés à côté de laitières:

The Curds and Whey Seller (la marchande de caillé et de petit-lait), Cheapside, Anonym, Museum of London, circa 1730

The Milkmaid's Garland, or Humours of May Day, Francis Hayman, 1742, British Galleries

Gravure d'après The March of the Guards to Finchley, William Hogarth, 1750 (détail)

Dans ce célèbre tableau de William Hogarth, un soldat tente d’embrasser une laitière tandis qu’un autre soldat essaie de récupérer du lait; un petit ramoneur tout sourire lui demande de remplir de lait son bonnet.

L’opposition entre la noirceur du ramoneur, le blanc du lait et les couleurs de la laitière, habillée en clair, a été suivie très rapidement par d’autres compositions du même type.

Le contraste entre le petit ramoneur et son environnement – un trope visuel

Laitière, bergère, reine de mai, naïades, meunier, farine, pain, neige et bonhomme de neige, pâtissier, pierrot, papier à cigarette, lessive, amidon, etc. on ne compte plus les éléments de composition blancs ou clairs qui ont été combinés au motif du petit ramoneur.

Le contraste entre la noirceur du ramoneur et la blancheur de son environnement immédiat est ainsi devenu un véritable trope visuel, c’est-à-dire une figure de style facilement reconnaissable mais dont les caractéristiques formelles ne sont pas établies précisément (en l’occurrence la contrepartie visuelle du ramoneur est très variable et leur rapport n’est pas expressément fixé. Sur le concept de trope visuel proposé par Barbie Zelizer, voir l’article La déploration du super-héros, 6 août 2012).

Revue de détail.

Dans la littérature

En 1789 puis en 1794, William Blake a consacré deux poèmes aux petits ramoneurs. Le second s’ouvre sur une image frappante:

A little black thing among the snow
The Chimney Sweeper, Songs of Experience, 1794

L’association du ramoneur et de la neige constitue l’une des expressions les plus courante du trope évoqué.

La misère des petits ramoneurs semble avoir inspiré à cette époque d’assez nombreuses œuvres poétiques. En 1798, Mary Alcock écrit The Chimney-Sweeper’s Complaint, puis en 1806 William Holloway publie une pièce du même nom.

En France, Paul de Kock publie André le savoyard en 1825. Un peu plus tard en Angleterre, on remarque aussi dans le domaine du conte pour enfants Garry Owen, or the Snow-Woman – And Poor Bob, the Chimney Sweeper (Marie Edgeworth, 1832) et Jack the Chimney Sweeper – An Other Stories for Children (Madeline Leslie, 1859). Le premier joue aussi sur le contraste avec la neige.

En 1845, Hans-Christian Andersen publie La bergère et le ramoneur, conte fameux qui retrace la romance contrariée entre deux figurines de porcelaine de Chine, une bergère et un ramoneur. La laitière cède alors la place à une autre figure de jeune femme à laquelle la blancheur est également associée.

Après la Première Guerre mondiale, la figure tend à disparaître dans la littérature et dans Mary Poppins, publié à partir de 1934, les ramoneurs ne sont plus des enfants mais de jeunes adultes.

Une première iconographie, 1850-1900

Sans surprise, le petit ramoneur misérable dans la neige apparaît fréquemment:

Paul Seignac, Le petit ramoneur dans la neige, 1876 / Jean-Ulysse Roy, Le Petit Ramoneur, 1891

La photographie s’est emparée très tôt du thème des petits métiers de la rue. Ainsi, Les ramoneurs en marche (1852) est une célèbre photo de Charles Nègre, reconnue comme l’un des premiers clichés rompant avec les attitudes figées imposées par les temps de poses.

À l’opposé de cette composition remarquable, on rencontre aussi de nombreuses photos de studio très artificielles. Celle-ci, qui figure des petits ramoneurs afro-américains avec une cheminée immaculée, s’inscrit clairement dans le cadre du trope visuel examiné ici:

Black boys chimney sweepers, 1877

Aux États-Unis en effet, les enfants employés comme ramoneurs étaient la plupart du temps des jeunes garçons noirs.

Le contraste entre la noirceur du petit ramoneur et la pâleur d’une petite fille ou d’une jeune femme a été abondamment utilisé. L’enfant-travailleur est ainsi figuré dans la chambre d’une petite fille, une petite princesse tout de blanc vêtue dans un lit immaculé, ou avec une jeune femme dont la tenue claire tranche avec les vêtements et le visage salis du garçon:

Sweep comes down the wrong chimney and finds himself in a girl's bedroom, circa 1880 / Robert Dudley, The queen of the may is presented with a bouquet of flowers by a chimney sweep, circa 1887 / Le Gaulois du Dimanche n° 130, décembre 1910

Le même thème est repris sur des cartes postales photographiques:

Le bruit a réveillé Mlle Lisette, bien surprise aussi de voir ce petit homme tout noir, carte postale, circa 1910 / Le petit ramoneur s'en va emportant ce matin un souvenir inoubliable, carte postale, circa 1910

À la fin de 19ème siècle, les contreparties chromatiques du ramoneur se multiplient et la figure du meunier fait son apparition:

Meunier et ramoneur, France, circa 1890

Ramoneurs et pâtissiers

L’assemblage des contraires que sont le petit ramoneur et le petit pâtissier marque l’apparition d’un véritable stéréotype visuel, c’est-à-dire une figure où les images répondent à certaines caractéristiques formelles clairement identifiables, figure plus spécifique donc que le trope. Ce n’est plus une composante blanchâtre quelconque qui répond alors au petit ramoneur, mais un autre personnage enfantin bien précis, celui du petit pâtissier. De plus, l’antagonisme est toujours marqué:

Images publicitaires pour l'extrait de viande Liebig, ramoneurs et pâtissiers, 1878

Entre 1892 et 1905 environ, Paul Charles Chocarne-Moreau peint ainsi de nombreux tableaux sur le thème du ramoneur et du pâtissier. Parmi les 12 tableaux que nous avons repéré, certains ont été utilisé comme illustrations publicitaires:

Paul Charles Chocarne-Moreau: Mauvaise rencontre, circa 1900 / Le pâtissier et le ramoneur, 1903 / À la Botte d'Or, Chaussures, carton publicitaire, 1901

Dans ces scènes de genre, les deux personnages sont tous deux sympathiques mais ils ne sont pas équivalents. Le ramoneur est souvent représenté affamé, bagarreur et chapardeur. Le petit noiraud est un vrai garnement:

Paul Charles Chocarne-Moreau: L'occasion fait le larron, 1897, lithographie, Bibliothèque municipale de Chambéry / Le rendez-vous des petits ramoneurs et du petit pâtissier, circa 1900 / Heureuse rencontre, 1905

Au cinéma

À la même époque, plusieurs films burlesques ont été réalisés sur ce thème.

Dans le Fonds Joly-Normandin de la Cinémathèque suisse, baptisé ainsi d’après la marque de l’appareil mis au point par Henri Joly et Ernest Normandin, figure un court film intitulé Le livreur, le coursier et le petit ramoneur. Tourné en 1896, il met en scène un petit ramoneur chapardeur, capturé par un pâtissier dont le tablier blanc devient vite noirci lors de la bagarre qui s’ensuit.
[lire aussi: Roland Cosandey, Cinéma 1900. Trente films dans une boîte à chaussures (1996) - Une mise à jour, Documents de cinéma, Cinémathèque suisse, janvier 2013, format PDF]

Photogramme du film Le livreur, le coursier et le petit ramoneur, Fonds Joly-Normandin, 1896

En 1903, Charles Pathé tourne Ramoneur et pâtissier. La description de la filmographie Pathé mentionne qu’il s’agit là probablement du premier film de “tarte à la crème” (quelques années avant Mr Flip (1909), souvent mentionné comme le film de la première bataille de tartes à la crème).

Sur une idée voisine, le film américain The Chimney Sweep and the Miller (American Mutoscope and Biograph Company, 1902) met en scène un ramoneur et un meunier qui se bagarrent à coup de sacs remplis de suie et de farine:

Photogramme du film The Chimney Sweep and the Miller, 1902

Georges Méliès réalise en 1906 Jack le ramoneur. Ce film au début onirique se termine lui aussi sur le mode burlesque (visible sur YouTube). Un petit ramoneur, dans un monde de naïades blanches, rêve qu’il devient prince par magie. Il quitte sa loque noire et revêt un costume d’apparat blanc. Mais son patron le réveille et l’envoie brutalement ramoner une cheminée. Il y trouve une cassette pleine d’or et se sauve avec son trésor, poursuivi par son patron, le propriétaire de la maison et ses domestiques dont un cuisinier tout habillé de blanc. Là encore donc, l’histoire est prétexte à de nombreux contrastes en noir et blanc:

Photogramme du film Jack le ramoneur, Georges Méliès, 1906

Enfin, parmi les films récents, mentionnons La Bergère et le Ramoneur (Paul Grimault et Jacques Prévert, 1953, devenu par la suite Le Roi et l’Oiseau en 1980) adapté du conte d’Andersen, Le Boulanger et le ramoneur (film d’animation français, 1982), et The Chimney-Sweep and the Pastry-Cook´s Daughter (O kominickém ucni a dceri cukráre, film tchèque de Pavel Jandourek, 2007).

Ramoneurs et pâtissiers (suite)

La thématique des petits ramoneurs et pâtissiers existe aussi sur scène:

Le Pâtissier et le ramoneur, 1897, dialogue à 2 personnages par Lemercier de Neuville (1830-1918), source Gallica

Elle est déclinée abondamment sous forme de cartes postales.
Sur la série suivante, le petit ramoneur, à nouveau, chaparde une tarte et se bagarre avec le petit pâtissier:

Cartes postales, Pâtissier et Ramoneur, 16-1 à 16-3, Imp. Phot. P. Helmlinger, Nancy, 1905

Cartes postales, Pâtissier et Ramoneur, 16-4 à 16-6, Imp. Phot. P. Helmlinger, Nancy, 1905

Une autre série (incomplète) où le ramoneur a encore volé des gâteaux et giflé le pâtissier qui pleure:

Cartes postales, gamins de Paris, pâtissier, ramoneur, V. P. Paris série incomplète 4, 5, 7, circa 1910

Dans la suivante, il provoque une catastrophe chez une petite pâtissière:

Cartes postales, série Œuf de Pâques, C. Clayette phot., Ramoneur et Pâtissière, 1 à 3, circa 1910

Cartes postales, série Œuf de Pâques, C. Clayette phot., Ramoneur et Pâtissière, 4 et 5, circa 1910

Certaines cartes explicitent ouvertement le contraste exprimé par ces deux personnages stéréotypés:

Carte postale, Les contrastes #7, Noir et Blanc, circa 1910

De nombreuses représentations populaires de l’époque attestent donc que le petit ramoneur n’est pas vraiment considéré comme un enfant misérable et exploité mais plutôt comme un chenapan débrouillard et bagarreur qui mérite parfois d’être remis en place:

Chromo - gendarme, ramoneur, pâtissier, circa 1900 / Le voleur - garçon cuisinier et ramoneur, circa 1910

Le grand illustrateur Job a aussi cédé au stéréotype (son charbonnier est en fait un ramoneur comme on le voit à ses genouillères et à son hérisson):

Histoire sans paroles - Le Boulanger et le Charbonnier (en fait un ramoneur), illustration de Job, circa 1920

Le motif du boulanger (et parfois du meunier) est très fréquent, mais il existe aussi d’autres personnages, plus rares, qui forment contraste avec le petit ramoneur, telles ces lessiveuses:

Carte postale, Lessiveuses et ramoneur, 1910

Publicités

L’image du petit ramoneur apparaît dans de nombreuses publicités du début du 20ème siècle. Quelques-unes d’entre elles ne se réfèrent pas à la couleur du personnage mais à son activité. Parmi ces usages métaphoriques, la série de réclames la plus connue, du meilleur goût, est certainement celle publiée durant plusieurs années par les laboratoires Chatelain pour vanter son laxatif Jubol.

Néanmoins, c’est bien la noirceur du ramoneur qui motive habituellement son utilisation publicitaire. Devenu très populaire, le stéréotype ramoneur/pâtissier apparaît ainsi dans un certain nombre de publicités, comme ici pour une teinture (la référence à la coloration est donc toujours présente):

La Kabiline, Véritable teinture des ménages, Dis donc Fricandeau si tu nous en faisais goûter, circa 1910

Mais aussi pour des produits sans rapport manifeste avec la couleur:

Au Soleil, Manufacture de chaussures, Publicité, circa 1900

Ou bien encore sur des vignettes illustrées insérées dans les tablettes de chocolat, avec un ramoneur toujours aussi agressif:

Publicité, Chocolat Guérin-Boutron, Hérold, Expressions familières, Taper dans l'œil de quelqu'un, circa 1910

Les publicités pour les fourneaux Odelin mettent en scène la variante contrastée ramoneur/cuisinier, deux professions qui, par contre, ont un lien évident avec les fourneaux:

Fourneaux Odelin, le Rustique, cartes postale publicitaires, circa 1905

La troisième publicité ci-dessus est signée Paul Charles Chocarne-Moreau, un spécialiste du genre comme nous l’avons déjà observé.

La publicité pour les pneus Continental semble sans rapport, mais il s’agit ici sans doute d’une allusion au champion cycliste Maurice Garin, le premier vainqueur du Tour de France en 1903, qui était originaire du Val d’Aoste et avait exercé le métier de ramoneur en arrivant en France:

Pneu-vélo Continental, illustrateur Mich (Jean-Marie-Michel Liébaux), 1918

Avec cette publicité pour le papier à cigarettes Job, on retrouve le décalage cocasse entre la blancheur de l’objet vanté et la noirceur du petit ramoneur:

Publicité pour le papier à cigarettes Job, 1895

Les publicités pour l’amidon Remy jouent aussi sur le contraste de couleurs; la seconde, avec la jeune femme et le tas de neige sur lequel est perché le gamin, cumule deux expressions de la blancheur déjà remarquées précédemment:

Amidon Remy à Gaillon (Eure), anonyme; Vercasson P & Cie (imprimeur), début 20ème, Rennes; musée de Bretagne / Carte publicitaire pour l'amidon Remy, circa 1900

Hein Jacquot, au pays si on connaissait l’eau de Javel à la Croix, ce qu’on se blanchirait – le slogan de la publicité suivante rappelle que pour le public de l’époque les petits ramoneurs étaient pratiquement toujours originaires de Savoie. Non seulement ils était perçus comme sales en raison de leur profession, mais en plus leur pays devait être un peu arriéré pour ne pas connaître ce produit moderne:

Publicité Eau de Javel à la Croix, circa 1910

Nous reviendrons plus loin sur l’aspect quasiment raciste de certaines images de petits ramoneurs.

Quelques publicités ne se référent pas au blanchiment et ne s’appuient pas sur le fameux contraste. Seule la couleur noire, propriété consubstantielle au ramoneur, est évoquée:

Broyer du noir, Café en grains Trébucien, Chromolithographie publicitaire de la fin du XIXe siècle, Plaquette publicitaire en carton, Bibliothèque municipale de Chambéry

Cette magnifique affiche publicitaire pour des plaques photographiques propose une interprétation originale du trope. Comment en effet ne pas voir dans cette meute de bourgeois photographiant un ramoneur apeuré dans la neige une manifestation de l’engouement pour le nouvel art inscrit tout en noir et blanc sur ces plaques ?

Plaques photographiques L. Lecorgne & Dr E. Clément, A. Lanier, 1905

Jeux

Au début du 20ème siècle, la maison d’édition parisienne Léon Saussine propose plusieurs jeux où figurent des ramoneurs opposés à des pâtissiers ou à des meuniers:

Loto animé de Saussine, Pâtissier, Ramoneur, Hercule de foire, circa 1910

(un “loto animé” est un jeu de loto illustré dont les cartons sont munis de pièces mobiles)

Blanc et noir, Jeu du meunier et du ramoneur, Léon Saussine, 1er moité du 20e s, Marseille, Musée des Civilisations de l'Europe et de la Méditerranée

Retour à la neige…

En France, les conditions de vie des petits ramoneurs sont très rarement abordées dans les journaux et l’imagerie populaire. Quelques faits divers, néanmoins, rappellent leur sort misérable et parfois tragique. Et là encore, dans le froid et la neige qui emportent les pauvres enfants, le stéréotype chromatique est évident:

Le Petit Journal n° 9 du 24 janvier 1891, Les petits ramoneurs morts de froid des environs de Fougères, Gallica-BnF / Partition Les Petits Ramoneurs, Romance créée par Debailleul, paroles de René Hesse, musique de Maquis, circa 1900

Vœux et nouvelle année

Avec le développement massif de la carte postale au début du 20ème siècle3, les cartes de vœux représentant des petits ramoneurs dans des paysages enneigés se multiplient.

On retrouve sans surprise le motif symétrique habituel avec un petit pâtissier ou une petite cuisinière:

Cartes de vœux allemande et française, circa 1910

Ou avec des sujets apparentés comme une pierrette ou une jeune femme:

Cartes de vœux allemande et française, circa 1910

Au début du 20ème siècle, alors que le Père Noël devient de plus en plus populaire4, son association avec les petits ramoneurs hivernaux demeure pourtant assez rare:

Catalogue de la Samaritaine, 1913

Par contre, les ramoneurs apparaissent fréquemment munis de porte-bonheur comme un trèfle ou un fer à cheval:

Cartes de vœux tchèque et finlandaise, circa 1920

Et ils accompagnent volontiers un bonhomme de neige, rejoignant ainsi le contraste noir/blanc familier:

Cartes de vœux hongroise, néerlandaise, française, circa 1910

Sur la dernière figuration, le bonhomme de neige tient un petit cochon en laisse. Symbole de l’abondance que l’on souhaite au destinataire de la carte, ce porte-bonheur est en effet continuellement associé au petit ramoneur.

Le cochon

Dans ces multiples associations, le cochon peut être petit et même porté par le ramoneur. Sur la composition figurent aussi fréquemment d’autres symboles porte-bonheur (trèfle à quatre feuilles, fer à cheval, etc.):

Cartes de vœux françaises et tchèque, 1902 à 1920

Lorsque le cochon est gros, le ramoneur est souvent à califourchon dessus:

Cartes de vœux hongroise et française, circa 1920

Les cartes postales photographiques s’emparent bien entendu du thème:

Cartes de vœux françaises, circa 1920

Il arrive enfin que le cochon soit utilisé comme un instrument de ramonage:

Cartes de vœux anglaise et hongroise, circa 1920

Ce rapide panorama montre que l’association en question est fort courante dans de nombreux pays au début du 20ème siècle. Comme on le sait, le petit ramoneur est considéré très tôt comme un porte-bonheur. À ce titre, il n’est plus un personnage mais devient lui-même un symbole, un talisman, un objet de même rang que le trèfle ou le fer à cheval. C’est bien ainsi, chosifié, qu’il est figuré sur la carte suivante:

Carte de vœux française, Trois cochons anthropomorphiques portent un trèfle, un fer à cheval et un petit ramoneur, circa 1920

Le grand nombre de figurations qui associent le petit ramoneur et le cochon atteste aussi que cette dernière relation est tout à fait privilégiée. Le ramoneur s’accorde avec le cochon beaucoup mieux qu’avec tout autre porte-bonheur, au point que leur rapprochement conduit parfois à de bien curieuses compositions. Dans cette publicité, les deux caractères fusionnent, le petit savoyard devient cochon:

Cacao Révillon, La France Gastronomique, Savoie, cochon anthropomorphique en ramoneur, circa 1920

Désobligeante envers la Savoie et les ramoneurs, cette illustration est un nouvel exemple de l’aspect raciste de certaines figurations et conduit à s’interroger sur d’autres représentations singulières.

Paria

Sale et repoussant, le petit ramoneur est quelquefois figuré ostracisé, objet des moqueries d’autres enfants ou même mis au ban de la société:

The Little Chimney Sweep, 1883, Louis Joseph Anthonissen (1849-1913)

Dans le jeu de cartes du ramoneur – encore appelé pouilleux, ou mistigri -, il s’agit de former des paires, et seule la carte du ramoneur ne peut s’apparier. Le joueur qui conserve celle-ci après la constitution des paires a perdu la partie. Ce rôle de véritable paria dans un jeu n’est pas si innocent et traduit selon toute apparence l’exclusion sociale de ces enfants exploités.

Jeu du ramoneur, circa 1930

Bête noire

Dans certaines illustrations, le petit ramoneur est un peu inquiétant. Ainsi, lorsqu’il utilise un chat comme une brosse:

The Chimney Sweeper's Boy, print made by G. Child (engraving), Jacopo Amigoni (1675-1752) (after), circa 1800

(sur la base iconographique Bridgeman, ce dessin est indexé sadistic, torturing)

Noir des pieds à la tête, il ne lui manque qu’une queue et des petites cornes pour être assimilé à un diablotin:

Buvard Le Diablotin (produit de ramonage), A. Rollet - Paris Lyon Marseille, circa 1950

Effrayés, les enfants des familles bourgeoises le prennent effectivement pour le diable:

Le petit ramoneur. Je sais lire, lectures et scènes enfantines par un papa, gravures par Lix, Paris, Garnier frères, circa 1880

La Visite du petit ramoneur, chromolithographie, circa 1900

Même chez les chats, on le craint:

Le ramoneur, Max Künzli, Zürich, circa 1940

Noirs de suie, les ramoneurs servent à faire peur aux enfants de la bourgeoisie, et si ceux-ci ne sont pas sages, on menace de les renvoyer de la maison pour les mettre en apprentissage chez un ramoneur:

Carte postale, Paris pittoresque, Les ramoneurs, circa 1920

Ajoutons que le comportement du petit ramoneur se situe parfois au delà de l’espièglerie enfantine. Évoluant dans un monde d’adultes pingres et méprisants, il est décrit dans certaines saynètes anciennes comme un insupportable polisson, jouant constamment de l’équivoque sexuelle associée au nom de son métier5. Véritable bête noire au sens propre, l’impertinence et la grivoiserie sont alors sa défense.

Racisme

En 1866, le Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle de Larousse et Boyer précise ainsi deux sens du mot savoyard:

Par ext. Fumiste, ramoneur, la Savoie fournissant un grand nombre d’hommes et d’enfants qui exercent cet état.
Par dénigr. Personne sale ou mal élevée: Quel Savoyard! Tu manges comme une Savoyarde.

L’image de saleté associée à toute une région est durable tout au long du 19ème siècle. Lors de l’annexion de la Savoie à la France en 1860, une caricature de Cham parue dans l’Illustration montre la France débarbouillant ses nouveaux enfants pour mieux les voir:

Caricature de Cham dans L'Illustration du 30 juin 1860, Ville de Bourg-en-Bresse, Médiathèque E. & R. Vailland

Jusqu’au début du 20ème siècle, les médias et les élites bourgeoises parisiennes dédaignaient les provinciaux et parfois les tournaient en ridicule. La caricature ci-dessus (et d’autres) reflétait ce mépris bourgeois envers les habitants d’une province pauvre et jugée retardée, au même titre que Bécassine un peu plus tard deviendra l’incarnation du même mépris envers les Bretons. L’insistance sur la noirceur des ramoneurs, sur le contraste de leur “saleté” avec de multiples archétypes de la blancheur, incitent à en proposer une interprétation tout à fait semblable au racisme colonial de l’époque. Ce qui se voit alors dans la figure du petit ramoneur savoyard, c’est un compagnon d’infortune du petit noir africain ou antillais6. La lecture de cette caricature devient alors plus ambiguë. À l’époque de l’annexion de la Savoie et de la réglementation du travail des enfants, il n’y avait pas si longtemps que l’esclavage avait été aboli (1848), et la France en “débarbouillant ses nouveaux enfants” humilie une région et porte un regard foncièrement raciste sur ses habitants, tout en affranchissant des gosses exploités dont le sort n’était guère différent de celui des esclaves de couleur.

Plusieurs illustrations confirment ce rapprochement entre la figure du petit ramoneur et celle du jeune noir. Ils sont ainsi associés dans des devinettes visuelles:

Le ramoneur, Cherchez son compagnon, carte-devinette, circa 1910

Dans les premières histoires en bandes dessinées, où un jeune noir qui parle évidemment “petit nègre” se révèle être également ramoneur:

Le nègre et le ramoneur (1913)

(Note: sur le dessin n° 5 de cette planche, le “nègre” assimile le ramoneur blanc au visage noirci à un singe, nous y reviendrons).

Deux publicités distinctes montrent que la noirceur du ramoneur et celle du “nègre” peuvent parfaitement vanter avec un égal succès la même marque de lessive; la couleur de l’homme noir devient alors contingente:

Lessive de la ménagère, Carl Hay; Camis (imprimeur), circa 1910, musée des Civilisations de l'Europe et de la Méditerranée / Lessive de la ménagère, Elle blanchirait un nègre, circa 1910

Le Negro est un bonbon commercialisé depuis 1917 par la marque serbe Pionir. Son sachet a toujours représenté un ramoneur. Il est possible que son nom ne soit pas ouvertement raciste dans la langue d’origine de l’entreprise, mais il a souvent été perçu comme tel à l’exportation:

Negro, publicité hongroise, 1948 / Bonbons Negro, 2013

La marmotte et le singe

Le petit savoyard est aussi décrit comme un amuseur public. Il apprivoise une marmotte et la fait danser en chantant ou en jouant de la flûte. L’image de la marmotte est alors fréquemment attachée à celle du ramoneur:

Petit savoyard pleurant sa marmotte, Calixte de Coriolis, 1822, Chambéry; musée des beaux-arts / Le Petit Ramoneur à la marmotte, P. Welcomme, 1948

Comme on le sait, les clichés qui associent la Savoie, le ramoneur et la marmotte demeurent à ce jour extrêmement présents.

Le jeune savoyard est également représenté exhibant un singe:

« L’une des plus singulières migrations, l’une des plus poétiques, est assurément celle des enfans de la Savoie, pauvres petits diables mis à la porte de bonne heure avec un singe, un bâton et la bénédiction de leurs parents. Une ou deux complaintes en patois, chantées avec l’accent sonore du pays, l’art de tourner sur leurs talons comme une toupie d’Allemagne, puis le monde et la pitié publique, voilà leur patrimoine. »
in L’Artiste. Journal de la littérature et des Beaux-Arts, tome I / A Paris : circa 1830

Le Savoyard et le singe, XIXe siècle, Lithographie, Bibliothèque municipale de Chambéry / Le petit savoyard et son singe, Ernest Hébert, Paris; Musée national Ernest Hébert, circa 1900

Dans certains récits populaires, c’est le singe qui fait vivre l’enfant durant l’été:

« Pendant l’hiver, j’prends ma raclette
L’ramonage va son train…
L’été c’est l’singe et la s’rinette
Qui d’viennent mon gagn’-pain!
»
Le ramoneur: drame-vaudeville en deux actes, Marie Emmanuel Guillaume Marguerite Théaulon, M. Gabriel, Philippe Auguste Alfred Pittaud de Forges, Marchant, 1834, page 7

Il est alors un authentique montreur d’animaux:

Savoyard avec un singe et un chien, Louis Rossignon, Salon de 1831

Accompagné par un singe, il est d’ordinaire représenté sans ses habits de ramoneur et n’a plus le visage noirci. Quelques récits cependant ne s’embarrassent pas de ces subtilités saisonnières et décrivent un petit ramoneur flanqué constamment d’un singe (voir par exemple: Pierre Chevallier, Le petit ramoneur et son singe, Fables et poésie, Paris: Chez Aubry, Auxerre: Chez Muzard et Hugnot, 1867.).

La proximité avec l’animal devient choquante et relève à nouveau du racisme lorsque les deux figures se confondent. Selon le dictionnaire d’argot Bob par exemple, l’expression visage de singe est une insulte faite à un ramoneur.

Dans le film burlesque Dirty Work (Les Ramoneurs, 1933, visible sur YouTube), Laurel et Hardy sont ramoneurs et viennent travailler chez un savant qui a mis au point un produit de rajeunissement. À la suite d’un accident, Oliver absorbe le philtre et il est changé en singe, portant toujours son chapeau:

Oliver, ramoneur changé en singe, Dirty Work, Laurel and Hardy, 1933

Le petit ramoneur, un autre “négrillon” ?

Dans les représentations contrastées examinées ici, axées sur l’opposition noir/blanc, le petit ramoneur n’est jamais figuré dans l’exercice de son labeur ingrat. Il apparaît toujours dans une situation sociale exceptionnelle, parfois festive, la plupart du temps artificielle. Sa physionomie aisément reconnaissable et sa noirceur surtout sont alors les seules caractéristiques retenues. La quintessence du petit ramoneur, pourrait-on dire, ce n’est pas son activité mais sa noirceur.

Son portrait s’organise autour de deux figures principales:

  • c’est un garnement bagarreur et chapardeur, rustique et un peu simplet, sale et effrayant, inquiétant et souvent réprouvé (paria), impertinent et grivois, quelquefois comparé à un “petit nègre” sauvage, et parfois même animalisé (cochon, singe);
  • c’est un porte-bonheur, un personnage symbolique qui ne diffère guère du fer à cheval ou du trèfle à quatre feuilles et dont les vertus s’expriment particulièrement lorsqu’il est associé à un cochon bien gras.

Ces deux figures sont parfois mixées et s’interpénètrent. L’époque moderne cependant ne conserve que la seconde interprétation, et le petit ramoneur est désormais réduit à une simple amulette folklorique et commerciale à laquelle personne ne croit vraiment. Depuis le premier quart du 20ème siècle, le premier aspect du personnage n’a jamais fait l’objet de remobilisations dans la culture populaire et il a pratiquement disparu.

Les ouvrages et articles qui se sont intéressés à l’origine de la vertu protectrice du personnage relèvent toujours la même explication. L’activité des ramoneurs à l’approche de l’hiver prévient les incendies. Ils assurent la protection des foyers contre le feu, et c’est là l’origine de leur popularité et de leur réputation de porte-bonheur.

L’enquête visuelle décrite ci-dessus incite à proposer une hypothèse complémentaire, encore fragile et qui demanderait de nouvelles investigations. Depuis la fin du 18ème siècle jusqu’au début du 20ème, nous avons observé à quel point l’image du petit ramoneur dans la culture populaire repose sur sa noirceur et le contraste forcé avec son environnement (souvenons-nous des petits pâtissiers). La figure est également souvent proche de celle du “petit noir” générant une iconographie raciste qui va jusqu’à l’assimiler à un animal (singe ou cochon).

Carte postale patriotique bilingue; Join us, you will form the black troops; Viens avec nous, tu feras les troupes noires, circa 1914

L’image du petit ramoneur a sans doute subi l’influence de celle du “négrillon” du Siècle des Lumières, enjoué mais naïf, malin et débrouillard, qui égaillait les assemblées mondaines. Ces “négrillons” on le sait sont représentés dans la littérature et la peinture de l’époque et ne sont pas sans rappeler les mascottes modernes, amenant la bonne fortune sur ceux qui les possédaient. Jusqu’au début du 20ème siècle, à côté de l’image colonialiste du bon petit nègre qui s’est largement développée, l’iconographie du petit ramoneur a pu elle aussi s’épanouir en référence implicite et parfois explicite à celle-ci. On rappellera enfin que des mascottes raciales – très proches dans cette fonction de porte-bonheur – ont aussi été utilisées dans les compétitions sportives qui se sont développées au 19ème siècle, en particulier dans le base-ball au États-Unis. Le petit ramoneur que nous connaissons actuellement pourrait ainsi devoir une part de son statut de porte-bonheur aux petits esclaves noirs qui divertissaient jadis la haute société et avec lesquels il ne partageait pas seulement la couleur mais aussi le sort.

Références

Merci à Émilie Dreyfus, responsable de la conservation et des collections patrimoniales à la Médiathèque Jean-Jacques Rousseau de Chambéry et commissaire de l’excellente exposition Le Ramoneur, la Marmotte et la Montagne (2010), pour son aide lors de la rédaction de cet article.

  1. Les Français peints par eux-mêmes, encyclopédie morale du dix-neuvième siècle, Paris: L. Curmer, 1841, Bibliothèque municipale de Chambéry. []
  2. Par exemple, le Jonas Hanway, Sentimental History of Chimney Sweeps in London and Westminster dès 1785 []
  3. Voir La vie sociale des images par Sylvain Maresca, chap. 12, La carte postale, 9 mars 2010. []
  4. Voir Croire au Père Noël par André Gunthert, 24 décembre 2012. []
  5. Voir par exemple Madame la Baronne du théâtre Séraphin (théâtre d’ombres), 1791. []
  6. En marge de ce rapprochement, signalons aussi la polémique récente sur le caractère raciste du père Fouettard, le compagnon à face noire de Saint Nicolas, représenté quelquefois comme un ramoneur. []

7 Reponses à “ La noirceur du petit ramoneur ”

  1. Merci pour cette riche étude, à la fois distrayante et édifiante !

    L’histoire iconographique du petit ramoneur croise celle du petit négrillon, mais aussi celle de Pierrot. Pierrot, la blancheur personnifiée, qui se dédouble à la fin du XIXe avec l’apparition d’un Pierrot noir (cf. J. de Palacio, Pierrot fin de siècle ou les métamorphoses d’un masque).

    Ce n’est pas un hasard si dans votre iconographie apparaissent deux Pierrots, l’un blanc, contraire du petit ramoneur, l’autre noir, assimilé au petit ramoneur. De plus Pierrot, blanc ou noir, est toujours marginal : il n’intègre pas les codes, il est voleur (sans malice), etc. Mais Pierrot est victime, comme le Struwwelpeter est coupable, ce qui le distingue nettement de votre personnage.

  2. Excellent, félicitations pour ce travail. Très instructif !

  3. Merci JD et Abimallecteur.
    @JD: En effet. J’avais mentionné la figure du Pierrot, mais sans m’y attarder. Le rapprochement entre le Pierrot noir et le petit ramoneur est intéressant et mériterait un développement (comme bon nombre d’autres points de cet article d’ailleurs).

  4. Une lecture en effet agréable et convaincante et enrichissante. Votre corpus m’a fait phosphorer. En cherchant dans la “culture enfantine”, on a l’impression que les ramoneurs des adaptations d’Andersen sont souvent bien élégants (dans les dessins animés de Lev Atamanov et des Silly Symphonies par exemple). Mais je crois déceler grâce à votre recueil d’images une source possible de l’étrange album de Maurice Sendak, ‘In the night kitchen’ : des pâtissiers, une bouteille de lait qui ressemble à une cheminée où plonge un chenapan couvert de chocolat… peut-être une variation onirique du stéréotype ?

  5. [...] Avec l'augmentation de la population urbaine puis la révolution industrielle, le nombre de ramoneurs s'est considérablement accru. Les cheminées à entr…  [...]

  6. Merci pour l’appréciation et l’hypothèse concernant l’album de Maurice Sendak. Pour étayer l’interprétation que vous proposez, il serait nécessaire je crois de retrouver des références sur les sources d’inspiration de Sendak. Je ne sais pas s’il s’était exprimé sur le sujet, je n’ai rien retrouvé. Mais curieusement, son album est parfois rapproché d’un conte pour enfant de 1863, The Water-Babies, A Fairy Tale for a Land Baby du révérend Charles Kingsley qui raconte les aventures oniriques d’un petit ramoneur, voir par exemple ce texte de G. Legman, paragraphe “The Attack on the Child”. Peut-être s’agit-il du “lien” entre “In the night kitchen” et le stéréotype ramoneurs/pâtissiers, je ne sais pas du tout, mais la piste mériterait d’être examinée par les spécialistes de la “culture enfantine” (dont je ne suis pas).

  7. Bonjour ! J’ai lu votre article avec grande attention et fort intérêt.

    Je suis arrière-petite-fille d’un petit ramoneur savoyard (Eugène Picolet- PICOLLET). Natif de LA TABLE (Val Gelon)venu très jeune avec sa mère et deux frères plus âgés, faire souche à Bagnols sur Cèze (gard)…..

    J’ai 70 ans et m’interroge depuis longtemps sur un vitiligo (tentative de blanchiment ?)apparu vers l’âge de 20 ans et une bronchite chronique sévère, asthmatiforme dont je souffre depuis plus de trente ans, sans qu’aucun thérapeute ne soit parvenu à m’aider efficacement !

    Inutile de vous dire que votre écrit m’ouvre d’autres perspectives d’ordre psychologique et génétique ! je voulais juste vous en remercier.