La fabrication de la renommée d’une ville – Sainte-Mère-Église

Par Patrick Peccatte - 19 novembre 2013 - 10:41 [English]

Sainte-Mère-Église est l’une des premières communes de France libérées durant la nuit du 5 au 6 juin 1944. Le touriste qui visite le bourg ne manque pas de photographier le mannequin parachutiste accroché au clocher qui rappelle cet événement.

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Apparu tardivement, ce dispositif pittoresque symbolise désormais la notoriété de la petite cité qui s’étend bien au delà de la France et a beaucoup évoluée tout au long des décennies. Cette renommée a véritablement été construite. Elle procède de la mise en récit et en images de nombreux actes ou événements qui sont interprétés, et parfois inventés, afin d’entretenir et amplifier la popularité de la commune.

Une renommée évolutive

Le nom de la localité apparaît dans le magazine Life en deux vagues bien distinctes: 4 occurrences en 1944, puis 4 autres occurrences à partir de 19621. En 1944, le magazine mentionne Sainte-Mère-Église en relatant les événements alors en cours en Normandie, tandis que la seconde période dans les années 60 concerne bien évidemment le film The Longest Day (Le Jour le plus long) sorti sur les écrans en 1962.

Cette première analyse grossière est facilement précisée en examinant les occurrences du nom du village dans la collection numérisée de Google Books à l’aide de l’outil Ngram Viewer2.

Fréquences du nom de la commune en anglais (haut) et en français (bas) entre 1940 et 2000

(Une courbe correspondant à Mere-Eglise est figurée de façon à intégrer la graphie Ste pour Sainte, fréquente en américain)

Les deux vagues repérées précédemment sont ici affinées. Elles apparaissent plus marquées en anglais qu’en français. La première est située plus précisément entre 1947 et 1954 tandis que la seconde correspond aux années 1959-1965. L’analyse rapide des ouvrages publiés durant ces deux phases confirme les sujets respectifs de ces citations – la guerre en cours puis le livre et le film – qui culminent ainsi quelques années après les événements à l’origine de cet intérêt, comme si l’on observait ici une sorte d’hystérésis éditorial. Enfin, un troisième pic de fréquence important émerge entre 1991 et 1998. Il est faiblement corrélé à un timide renouveau de l’intérêt pour le film comme le montre le graphique suivant, mais paraît surtout lié à un accroissement notable des publications en tout genre sur le débarquement.

Évolutions comparées du nom de la commune et du film Le Jour le plus long en français entre 1940 et 2000

Bien qu’elle soit essentiellement rythmée par cette périodisation, plusieurs circonstances historiques et initiatives volontaires participent à la construction de la renommée de Sainte-Mère-Église qui apparaît dès lors comme un processus assez long, marqué par les principales étapes décrites dans la suite de cet article. La présentation chronologique retenue mentionne des faits ou des composantes de cette renommée parfois peu connus et qui n’ont pas tous la même importance. Leur accumulation, qui pourrait paraître fastidieuse, montre pourtant à l’évidence que cette construction a été constamment entretenue et dirigée.

Les cimetières provisoires américains (1944-1948)

Trois cimetières provisoires américains ont été implantés de 1944 à 1948 dans le canton de Sainte-Mère-Église. Deux d’entre eux étaient situés sur le territoire de la commune et le troisième était établi à 4 kilomètres, à Blosville-Carquebut. Ces cimetières ont compté au total près de 13.000 tombes. Après ces quatre années, les autorités américaines les ont fermé. Tous les corps ont été exhumés et 60 % d’entre eux ont été ramenés aux États-Unis à la demande des familles. Les corps non rapatriés ont été inhumés aux cimetières actuels de Colleville-sur-Mer et de Saint-James.

Lors d’une conférence récente, le jeune historien Antonin Dehays a montré à quel point ces cimetières provisoires ont construit le lien fort et particulier que la commune entretient depuis lors avec les familles des défunts, puis avec les vétérans, leurs descendants, et au delà avec les États-Unis. Durant quatre ans, plusieurs habitants ont travaillé avec les services de l’armée américaine chargés des sépultures (Graves Registration Service) et les cimetières étaient devenus des lieux de promenade dominicale recueillie. Selon plusieurs témoignages concordants d’habitants du village à cette époque, les soldats inhumés étaient véritablement devenus “leurs défunts”.

L’historien a ensuite rappelé que la présence de cette imposante nécropole a été à l’origine, en retour, de la célébrité outre-atlantique du nom du village. Ce lien réciproque s’est établi très tôt à partir de la publication d’une photographie dans le magazine Life en août 1944.

Brig. General Theodore Roosevelt's grave in France is "adopted" by Mme Renaud, the wife of the mayor of Ste. Mère-Eglise. Life, August 7, 1944, page 27 - photo by Ralph Morse (Life photographer)

L’action de Simone Renaud

Le brigadier général Theodore Roosevelt Jr. était le fils aîné de l’ancien président des États-Unis Theodore Roosevelt et le cousin du président en exercice Franklin Delano Roosevelt. Commandant en second de la 4e division d’infanterie américaine, il débarque le 6 juin 1944 sur la plage d’Utah Beach, mais il meurt le 12 juillet à Méautis, près de Carentan, terrassé par une attaque cardiaque.

Dans son reportage publié le 7 août, Life ne choisit pas ses illustrations parmi les photos des funérailles de Roosevelt, pourtant inhumé solennellement le 14 juillet en présence d’une pléiade de généraux bien connus aux États-Unis3. L’article privilégie l’hommage intime et recueilli à la cérémonie officielle. Il comporte en effet deux photos de la célébration familiale en l’honneur du général à Oyster Bay (état de New York) où il résidait, et la photo ci-dessus prise au cimetière provisoire numéro 2 de Sainte-Mère-Église. Pour ce reportage, le photographe de Life, Ralph Morse, avait demandé au maire, Alexandre Renaud, de l’accompagner sur la tombe de Roosevelt. Pris par d’autres occupations, le maire a demandé à sa femme, Simone Renaud, qui parlait couramment l’anglais, d’accompagner le photographe au cimetière. Celui-ci a alors pris plusieurs photos et a choisi celle-ci, où Mme Renaud fleurit la tombe du général.

Ce cliché eût un retentissement considérable aux États-Unis. Le nom de famille du général tout d’abord était célèbre et il était très apprécié par ses soldats. Mais surtout, le choix précis de ce cliché très simple, émouvant, témoignage de la compassion et de la reconnaissance des populations civiles envers leurs libérateurs, a permis aux familles de créer un lien humain avec la terre où reposaient les soldats disparus. Les noms de Mme Renaud et celui du village qui figurent dans la légende ont alors été durablement associés, et Mme Renaud reçut très rapidement des centaines de lettres de proches de soldats inhumés dans ces trois cimetières. Cette photo est ainsi à l’origine de la notoriété outre-atlantique du nom de la commune.

Mme Renaud s’est alors investi dans la correspondance avec les familles des soldats enterrés sur le territoire de la commune. Elle a écrit de très nombreuses lettres et pris des centaines de photos des tombes des soldats. Elle les envoyait aux familles parfois accompagnées de pétales de fleurs ou d’un peu de terre du cimetière. Elle fleurissait aussi très régulièrement les tombes des soldats dont les parents n’avaient pas les moyens de venir en France. Les familles l’ont alors surnommé Mother of Normandy.

Carnet de notes de Mme Simone Renaud mentionnant les adresses des familles et les situations des tombes dans les cimetières. Avec l'aimable autorisation de M. Henri-Jean Renaud. Photo Claude Demeester.

Le nom de la cité devient alors associé outre atlantique aux cimetières certes, mais aussi au dévouement de Mme Renaud, au réconfort et à l’affection qu’elle apportait aux familles éprouvées. Au cours de cette première période, la commune acquiert une notoriété d’ordre essentiellement compassionnel auprès du public américain, très éloignée de la geste parachutiste héroïque qui lui sera associée bien plus tard.

L’attachement des habitants et tout particulièrement des édiles à la mémoire des soldats qui reposaient sur leur commune était tel que le Maire, M. Renaud, a tenté d’infléchir la décision des autorités américaines lorsque le déménagement des cimetières a été décidé. La ville souhaitait vivement conserver “ses” cimetières. Après le déménagement, le souvenir de cette première période s’est estompé progressivement durant les années cinquante. Le nom de la commune aurait alors pu demeurer au même niveau de notoriété que ceux des localités voisines, mais d’autres initiatives ont suppléé cette atténuation de la renommée en la portant vers de nouvelles directions et à une échelle beaucoup plus importante.

L’intérêt pour cette période a été renouvelée récemment grâce à la réalisation d’un film-hommage à la figure de Simone Renaud, réalisé en 2010 par un producteur et cinéaste américain (Mother of Normandy, Doug Stebleton) et par l’ouvrage d’Antonin Dehays sur les cimetières provisoires de Sainte-Mère-Église (à paraître en 2014; les références sont précisées en fin d’article).

La publication du livre d’Alexandre Renaud (1945)

Dès 1945, Alexandre Renaud publie Sainte-Mère-Église, première tête de pont américaine en France, 6 juin 1944. Dix ans auparavant, M. Renaud avait déjà publié un livre sur son expérience de la Grande Guerre (Chair à Canon, La simple vie des hommes en guerre, Paris: Le Courrier, 1935, numérisé sur le site des Archives de la Manche). Couronné par l’Académie Française, son ouvrage de 1945 est le premier livre publié sur le débarquement et constitue un récit personnel saisissant et relativement précis des premières heures de la libération de la cité. Il a été traduit en anglais en 1964, à l’occasion du vingtième anniversaire du débarquement.

Ce livre a rencontré un succès certain à l’époque et a manifestement contribué à faire connaître Sainte-Mère-Église dont le nom deviendra ainsi synonyme de la tête de pont des opérations du débarquement dans le Cotentin.

Le Comité du Débarquement (22 mai 1945) et la loi Triboulet (21 mai 1947)

Raymond Triboulet est secrétaire du Comité départemental de libération du Calvados lors du débarquement et devient le premier sous-préfet de la France libre, à Bayeux, le 15 juin 1944.

Il fonde le 22 mai 1945, le Comité du Débarquement, dont le siège est à Bayeux, dans le but de préparer la commémoration du débarquement en juin 1945. Désormais constitué en une association régie par la loi de 1901, ce comité existe toujours. Son objectif dès sa création est de « commémorer le Débarquement sous toutes ses formes avec l’organisation de cérémonies, la mise en place de monuments, la construction de musées ».

À la suite de cette première expérience, Triboulet fait voter le 21 mai 1947 une loi qui institue une célébration annuelle du débarquement. L’objectif cette fois est de renforcer les relations avec les pays alliés à travers l’anniversaire du 6 juin et de célébrer celui-ci sur les lieux du débarquement où subsistent les souvenirs de la libération. La loi protège aussi les épaves et les matériels de guerre subsistant au titre de témoignages du D-Day et prévoie la construction de deux musées, l’un à Arromanches, l’autre à Cherbourg (seul celui d’Arromanches verra le jour).

Le Comité du Débarquement puis la loi Triboulet officialisent donc très tôt la volonté politique de créer, à partir de l’aménagement de ces lieux, ce qui deviendra par la suite le tourisme de mémoire.

À cette époque cependant, Sainte-Mère-Église était le territoire qui abritait les cimetières et la commune n’était aucunement concernée par les projets de musées évoqués. La ville, de plus, n’est pas située au bord de la mer et ne disposait pas de vestiges de guerre susceptibles de rappeler le débarquement. Sur le plan institutionnel enfin, il n’existait pas de réelle coordination entre Triboulet et Renaud (qui avait par contre d’excellentes relations avec Maurice Schumann). Dans les années de l’immédiat après-guerre, la commune a développé indépendamment et de manière originale les commémorations du débarquement en misant naturellement sur sa spécificité: les opérations aéroportées et la mémoire des parachutistes américains.

Les commémorations à partir de 1945

Alexandre Renaud organise en 1945 une fête commémorative pour le premier anniversaire de la libération. Il souhaite ainsi célébrer l’amitié des habitants de la commune avec les parachutistes américains et que la population puisse manifester son admiration et sa reconnaissance. Il prend contact avec le commandement des divisions parachutistes en avril 1945. Alors que l’armistice vient tout juste d’être signé, le général Gavin, qui avait sauté sur Sainte-Mère-Église à la tête du 505th Parachute Infantry Regiment et était devenu commandant de la 82nd Airborne Division, lui répond qu’il fera son possible pour envoyer une représentation aux cérémonies.

Lettre du général James Gavin à Alexandre Renaud, 10 mai 1945. Avec l'aimable autorisation de M. Henri-Jean Renaud. Photo Claude Demeester.

Une trentaine de parachutistes sont envoyés depuis leur camp au nord de Berlin et plusieurs milliers de personnes assistent à ces premières cérémonies commémoratives.

La tradition était inaugurée. Depuis cette époque, Sainte-Mère-Église a toujours organisé la célébration du débarquement exclusivement autour des troupes aéroportées, affirmant là sa particularité par rapport aux commémorations des autres communes, à tel point que l’on a pu affirmer, comme une boutade, que le village ne fête pas vraiment le 6 juin mais plutôt le 5 juin.

Par la suite, plusieurs anniversaires ont été marqués par la présence de généraux célèbres ayant participé aux événements: Eisenhower (1951), Ridgway (1952), Gavin (1962), Bradley (1974). La couverture médiatique qui accompagnait ces visites a accentué là encore la singularité et la célébrité de la commune. Les soldats “de base” ont régulièrement participé aux festivités à partir des années 60 seulement. Bill Tucker a été le premier vétéran à revenir dès 1960, accueilli par Alexandre Renaud. De jeunes enfants déguisés en “petits parachutistes” américains défilaient régulièrement lors des premières commémorations, spectacle qui peut sembler un peu incongru maintenant mais qui a certainement contribué à populariser ces festivités.

Les associations américaines de vétérans ont ensuite organisé les déplacements sur place, et à partir de 1969, de nombreux vétérans ont pris l’habitude de venir pour le 6 juin. En 1975, une fête aérienne a ponctué la commémoration, et depuis lors les parachutages font partie intégrante des festivités.

Durant les premières années des commémorations, le village ne disposait pas d’hôtels pour recevoir l’afflux de visiteurs, et les vétérans ont été logés dans des familles, contribuant ainsi fortement à l’établissement de relations entre les parachutistes américains et la population.

Operation Democracy (1947)

Operation Democracy est une initiative locale, non gouvernementale et humanitaire, initiée en décembre 1947. Elle a été organisée par des résidents de la ville de Locust Valley dans l’état de New York pour aider à la reconstruction de Sainte-Mère-Église en complément du plan Marshall lancé peu de temps auparavant. Cette initiative n’était pas isolée. Plusieurs programmes charitables d’aide aux villes sinistrées ont ainsi vu le jour aux États-Unis au sortir de la guerre (par exemple le plan Medway, également en 1947). Operation Democracy a cependant entraîné un réel mouvement d’adoption de villes européennes par des villes américaines.

Locust Valley est une banlieue très bourgeoise, proche d’Oyster Bay où le général Theodore Roosevelt, Jr. résidait. La notoriété de Sainte-Mère-Église, acquise par ses cimetières où le général était alors enterré, explique le lien privilégié que la riche cité américaine souhaitait établir avec la bourgade normande. Avec le développement des programmes charitables dont Operation Democraty est pour une part à l’origine, cette notoriété s’est encore accrue.

Cependant, comme toutes les initiatives de ce type, Operation Democraty n’a pas duré très longtemps. Elle a toutefois été réactivée en 2009 à l’initiative de Cathy Soref résidente de Locust Valley. À l’instar du renouveau d’intérêt pour l’histoire des cimetières provisoires retracée ci-dessus, ce récent jumelage de cités, rappelant un épisode pratiquement oublié de l’après-guerre, témoigne de la volonté – peut-être inconsciente – de renouer avec les origines de la relation singulière que Sainte-Mère-Église entretient avec les États-Unis.

La Voie de la Liberté (1947)

De retour d’un voyage aux États-Unis, le colonel Guy de la Vasselais conçoit avec le maire de Metz de commémorer la libération de la France en réalisant une série de bornes, sur le modèle de celles qui jalonnent la Voie sacrée. Il crée en 1946 le Comité National de la Voie de la Liberté, dont il devient secrétaire général. L’itinéraire suivi par la Troisième armée américaine commandée par le général Patton est choisi. Réalisée en 1947, la Voie de la Liberté est jalonnée de bornes kilométriques commémoratives depuis Sainte-Mère-Église jusqu’à Bastogne; elle célèbre désormais la libération de la France, du Luxembourg et de la Belgique.

Sainte-Mère-Église a obtenu la borne initiale de la Voie de la Liberté grâce à la détermination d’Alexandre Renaud. L’excellence de ses rapports avec Guy de la Vasselais ont été déterminants dans ce choix face à de nombreuses villes qui la revendiquaient (Carentan, Cherbourg, Bayeux etc.). Cette décision a donné lieu également à une rivalité avec la commune de Sainte-Marie-du-Mont où est située la plage d’Utah Beach. Après le choix de Sainte-Mère-Église pour l’installation de la borne 0, Sainte-Marie-du-Mont a répliqué en édifiant une borne 00 à Utah Beach.

Mentionné dans tous les guides touristiques depuis cette époque, la Voie de la Liberté participe à la notoriété de la commune en rappelant au visiteur d’une localité située sur l’itinéraire retenu le nom de son point de départ. En complément d’une carte sur la bataille de Normandie, support précurseur du tourisme de mémoire dans la région, Michelin a ainsi publié dès 1947 sa carte n° 105 décrivant les principales étapes de la Voie de la Liberté.

Cartes Michelin 102 (Bataille de Normandie) et 105 (Voie de la Liberté) publiées en 1947. Source: cartesmich.free.fr.

Les vitraux historiés de l’église (1947 et 1969)

Le vitrail de la Libération, situé au dessus du portail de l’église de l’Assomption de Sainte-Mère-Église, a été réalisé dès 1947 par le maître-verrier Gabriel Loire avec l’aide de Paul Renaud, fils d’Alexandre et Simone Renaud, qui en avait dessiné le motif en 1945.

Le vitrail des parachutistes, également dû à Gabriel Loire, a été offert par les vétérans du 505th PIR de la 82nd Airborne à l’occasion du 25ème anniversaire du débarquement le 6 juin 1969.

Ces œuvres ont toujours été très photographiées par les touristes.

Le vitrail de la Libération, 1947 – Creative Commons, Flickr/Nelson Minar

(Voir les présentations de ces vitraux sur le blog de Jean-Yves Cordier et sur la base Mistral du Ministère de la Culture)

Le blason de la commune (1948)

Plus anecdotique sans doute mais néanmoins significatif d’une volonté d’associer définitivement la commune aux troupes parachutistes américaines, le blason de Sainte-Mère-Église a été créé à l’initiative d’Alexandre Renaud dès 1948. Il figure l’église, les lettres grecques Alpha et Omega, et deux parachutes supportant des étoiles américaines, symboles des deux divisions parachutistes (82nd Airborne et 101st Airborne).

Le Jour le plus long, récit de Cornelius Ryan (1959)

Durant la Seconde Guerre mondiale, le journaliste anglo-américain Cornelius Ryan est correspondant de guerre pour The Daily Telegraph4. Lors d’un voyage en Normandie en 1949, Ryan conçoit le projet de raconter l’histoire du D-Day du point de vue de différents acteurs. Il organise alors avec l’aide d’une équipe d’enquêteurs du Reader’s Digest la collecte de plus de 3000 témoignages parmi les survivants Alliés, Allemands et civils. Un vétéran de la 82nd Airborne, Donald Lassen, lui communique une liste d’environ 200 adresses d’anciens parachutistes de la division ayant participé aux opérations aéroportées du 5 juin. C’est ainsi que le vétéran John Marvin Steele remplit un simple questionnaire de contact.

Questionnaire rempli par John Marvin Steele pour la préparation de The Longest Day. The Cornelius Ryan Collection, Mahn Center for Archives and Special Collections, Alden Library, Ohio University, Athens, OH USA. Thanks to Douglas McCabe and Sara Harrington.

Ce questionnaire était destiné à sélectionner les témoins porteurs des meilleurs récits, d’anecdotes spectaculaires, comme le démontrent plusieurs questions: « vous rappelez-vous quelque chose d’amusant, même si ça ne l’était pas au moment », « vous rappelez-vous d’un incident, de quelques chose de triste ou seulement mémorable », etc. Ryan utilisera la même méthode pour son livre A Bridge Too Far (1974), et John Steele, qui avait participé également à la bataille d’Arnhem, répondra aussi à ce nouveau questionnaire.

Sur la dernière page, Ryan demande au témoin où il était à minuit le 5 juin 1944. Steele répond qu’il était suspendu au clocher, sous les gouttières de l’église de Sainte-Mère-Église. Ryan ne s’y trompe pas et sélectionne dans la catégorie “rouge” le questionnaire de Steele. D’autres témoignages et sans doute aussi l’ouvrage écrit par Alexandre Renaud en 1945 complètent ses informations sur la description de Sainte-Mère-Église (la maison en feu près de la place, les habitants qui tentent d’éteindre le feu, les parachutistes morts dans les arbres, etc.). Il commence à écrire The Longest Day en 1956. Publié en 1959, bientôt traduit en 18 langues, le livre est immédiatement un très grand succès.

Dans l’ampleur des événements relatés, le parachutage sur Sainte-Mère-Église est cependant qualifié dans The Longest Day de “petite bataille”. Écrit par un journaliste et non par un historien, la narration fourmille de micro-récits qui captent l’attention du lecteur. Révélé par ce livre 15 ans après les faits, l’épisode du parachutiste accroché au clocher provoque alors un total renouvellement de la renommée du village.

Le Jour le plus long, film de Darryl F. Zanuck (1962)

Zanuck acquiert les droits de The Longest Day sur une idée du producteur français Raoul Lévy. Cornelius Ryan participe au scénario qui suit assez fidèlement le livre. Le tournage du Jour le plus long dure 10 mois dans une trentaine de localités différentes. Il se déroule à Sainte-Mère-Église à partir du 7 août 1961. Afin d’accentuer le caractère spectaculaire de la scène mémorable du parachutiste resté accroché au clocher, Zanuck décide de placer celui-ci du côté de la place, observant de son poste involontaire la bataille en cours. En réalité, John Steele était resté accroché de l’autre côté, et la faible profondeur de champ en filmant cette position depuis l’actuelle rue Koenig gênait le réalisateur.

Le choix de l’acteur Red Buttons, sympathique et enjoué, et son doublage par la voix caractéristique de Guy Piérauld ont largement contribué à populariser en France la figure du héros américain amical, du parachutiste téméraire et bon copain.

L'acteur Red Buttons incarne John Steele accroché au clocher. Le Jour le plus long, Darryl F. Zanuck, 1962.

Plus généralement, le parachutage sur Sainte-Mère-Église a dans le film une importance qu’il n’a jamais eu en réalité. Sur les 7 000 parachutistes environ qui furent largués cette nuit là, seuls 25 sont tombés sur le bourg. Dans Le Jour le plus long, Sainte-Mère-Église devient une scène de spectacle, symbolisant et condensant de multiples expériences similaires qui n’ont pas été racontées ou connues.

John Steele

Comme observé précédemment, l’aventure du parachutiste du clocher apparaît tardivement dans l’histoire de la renommée de Sainte-Mère-Église. Mais l’enquête conduite alors par Cornelius Ryan et son équipe était certainement fort incomplète. Ils n’ont procédé à aucun recoupement et n’ont jamais cherché à vérifier les propos de Steele. Ryan tenait là une excellente histoire et c’était suffisant. Depuis cette époque, plusieurs témoignages ont permis d’établir qu’un autre parachutiste, Kenneth Russell, est également resté accroché quelque temps au clocher avant de réussir à se libérer. L’histoire de Steele est confirmée par le témoignage de Russell ainsi que par celui du soldat allemand Rudolf May qui l’a fait prisonnier. Mais ces confirmations sont très tardives puisqu’elles apparaissent seulement dans les années 19805.

Lors des différents largages, d’autres parachutistes sont restés accrochés quelque temps à des clochers de la région, à Saint-Côme-du-Mont et Octeville-l’Avenel notamment6. La mésaventure de John Steele n’était donc pas unique, même si elle était certainement exceptionnelle. C’est bien la sélection de cette histoire précise par Cornelius Ryan et le récit approximatif qu’il en a tiré qui ont instauré la célébrité “du” parachutiste infortuné mais survivant de Sainte-Mère-Église, et par là initié une ère nouvelle dans la notoriété du village.

(On trouvera des éléments biographiques plus précis sur John Steele sur le site du Musée Airborne)

La contestation

À la parution du livre de Cornelius Ryan et plus encore du film qui en est tiré, l’histoire du parachutiste du clocher (on n’en connaissait qu’un à l’époque) a été contestée. En effet, aucun témoin civil présent sur la place n’avait jusqu’alors fait état de cet événement. L’histoire n’est pas rapportée non plus dans le livre d’Alexandre Renaud publié en 1945 et que nous avons évoqué précédemment. Aujourd’hui encore, certains témoins des événements refusent d’y croire. L’historien Jean Quellien semble également accorder très peu de crédit à l’épisode, et dans une série d’articles publiés dans La Presse de la Manche à l’occasion du 65ème anniversaire, le journaliste Frédéric Patard est encore plus affirmatif et ne croît pas à l’histoire de Steele. Il partage apparemment l’opinion de ses lointains confrères dans L’Homme qui tua Liberty Valance à propos de la vérité et de la légende.

L’histoire est néanmoins acceptée comme véridique par la majorité des historiens et des “exégètes amateurs”. En effet, les deux parachutistes étaient alors accrochés à l’opposé de la maison en feu et ne pouvaient donc être vus par les civils qui tentaient d’éteindre l’incendie. De plus, les habitants ont fui très rapidement la place lorsque les combats ont commencé. Enfin, les témoignages de Russell et May, même s’ils sont tardifs, corroborent l’histoire.

Pour en terminer avec cette suspicion de tricherie, remarquons tout de même que si effectivement Alexandre Renaud ne mentionne pas l’histoire dans son ouvrage de 1945, il ouvre ainsi son chapitre VII en décrivant le matin du 6 juin:

« Le soleil se levait. Beaucoup d’habitants étaient sortis sur le pas de leur porte et sur la place. Tout était calme: pas une balle, pas un obus. Dans les arbres, sur les toits de l’église, de l’hospice, de la mairie, les grands parachutes de soie, libérés de leur charge, flottaient doucement. »

S’il y avait un parachute sur le toit de l’église, il devait donc bien y avoir eu un parachutiste.
On ne peut s’empêcher cependant de remarquer que le récit fondateur de la renommée nouvelle acquise par la cité n’est guère limpide et s’est construit très laborieusement.

Les supercheries

La célébrité de la commune a incité certains personnages à s’inventer un passé héroïque et prestigieux. Ces supercheries ont été démasquées la plupart du temps sans qu’elles aient provoqué beaucoup de commentaires en dehors de certains cercles spécialisés proches des vétérans. Le cas de la mystification entretenue par Howard Manoian jusqu’en 2009 est exceptionnel. Manoian est en effet un véritable vétéran. Il a débarqué après le D-Day à Utah Beach, mais comme membre d’une unité de décontamination, qui, de fait, n’a jamais combattu et était affectée à des tâches peu glorieuses. Il s’est proprement inventé un passé de parachutiste, largué sur Sainte-Mère-Église dans la nuit du 6 juin. Il habitait près de la commune, à Chef-du-Pont, et racontait fréquemment son histoire aux visiteurs de passage. Manoian est décédé en 2011. Son histoire étonnante peut aussi être interprétée comme la manifestation de l’attraction exercée par l’héroïsation forcenée entretenue autour du nom de la commune par les vétérans parachutistes (par la force du mythe si l’on préfère).

Le vingtième anniversaire (1964)

Encore sous l’influence du film Le Jour le plus long, le vingtième anniversaire en 1964 a été marqué par plusieurs événements.

L’Association des vétérans américains

En 1963, Simone Renaud crée l’association des Amis des vétérans américains (AVA) afin de préparer l’accueil des vétérans lors de la célébration du 20ème anniversaire en 1964. C’est la première association de ce genre en France; elle a fortement contribué à nouer des liens d’amitié entre les vétérans et la population. À travers cette association, qui marque l’orientation des commémorations désormais dédiées à la mémoire et à l’exaltation d’une épopée parachutiste, Sainte-Mère-Église se revendique comme la commune la plus pro-américaine de France.
En 1964, John Steeele, désormais célèbre, effectue sa première visite.

La visite d’Eisenhower

La chaîne CBS suit la visite d’Eisenhower en Normandie en 1964. Walter Cronkite et Dan Rather l’interviewent sur différents sites. Eisenhower se rend ainsi à Sainte-Mère-Église et rencontre Mme Renaud. Assis ensemble devant l’église, ils sont brièvement interviewés. Le prestige de l’ancien Président et la popularité des présentateurs ont assuré une forte audience à ces séquences télévisées.

Simone Renaud et Eisenhower, CBS, 1964

Le Musée Airborne

Pendant longtemps et dès l’immédiat après-guerre, Alexandre Renaud a tenté de trouver des financements pour la construction d’un musée à Sainte-Mère-Église. Il n’a pas réussi, mais le projet a finalement abouti au début des années 1960.

Inauguré le 6 juin 1964, ce musée est dédié aux deux divisions aéroportées américaines. Depuis cette époque, il est devenu un élément essentiel du tourisme de mémoire en Normandie et contribue à renforcer considérablement la renommée de la commune.

Le mannequin (1975 ?)

Les avis divergent en ce qui concerne la date d’apparition du mannequin sur l’église. Certaines sources mentionnent 1962 ou 1963, après la sortie du Jour le plus long, mais il est en fait vraisemblablement apparu en 1975. En effet, il n’était pas présent lors du 30ème anniversaire quand Bradley était l’invité d’honneur, mais il était par contre en place lors des cérémonies de juin 19767. Le dispositif a fait son apparition pour quelques semaines, mais après avoir disparu, les touristes ont réclamé son retour. Il est désormais accroché en permanence au toit de l’église, excepté les périodes où on le nettoie.

Le mannequin, 2013, Photo Claude Demeester

Le mannequin a toujours été fixé du côté de la place, c’est-à-dire à l’opposé de l’endroit où Steele est réellement resté accroché. On lit parfois qu’il y avait un risque d’accident de la circulation s’il avait été visible seulement depuis l’actuelle rue Koenig. Cette raison est très probablement un prétexte. Dès le début, le dispositif devait être bien visible pour les touristes. Il relève bien plus de l’insigne publicitaire que du rappel historique authentique.

L’église est classée depuis 1840. Nos recherches pour savoir si une autorisation des Monuments Historiques était nécessaire pour y attacher un parachute et un mannequin sont demeurées vaines.

Le dispositif est donc assez tardif, mais l’idée apparaît tout à fait magistrale quand on observe son succès. Mentionné dans tous les guides et toutes les relations de visites, abondamment photographié, représenté sur une multitude de supports (voir ci-dessous), il complète, actualise et prend le relais de l’imagerie issue du Jour le plus long, désormais un peu vieillotte pour les nouvelles générations.

La monumentalisation de la cité

Un peu partout dans la petite ville, le promeneur est frappé par l’abondance des plaques commémoratives diverses, par la signalétique des rues, les noms des cafés et des commerces, les enseignes et les publicités pour les produits locaux, etc. qui rappellent les événements de 1944 et leurs acteurs. Deux ans après la mort d’Alexandre Renaud, par exemple, une plaque en son honneur a été inaugurée en 1968, bien en évidence sur la place. Hommage de la municipalité et des habitants à l’écrivain et au premier historien du débarquement, certes, mais aussi, et peut-être surtout, à celui qui, avec toute sa famille, a œuvré sans relâche pour transmettre la mémoire de ces événements et projeter sa ville au premier rang du tourisme qui accompagne ce souvenir.

Tout au long des décennies, la cité a effectivement accumulé en strates successives des signes et emblèmes visuels qui la transforment toute entière en un véritable monument.

Des magasins de militaria ont aussi fait leur apparition depuis les années 90 environ. Et depuis longtemps déjà, la ville est le rendez-vous bien connu de collectionneurs, de passionnés de reconstitutions historiques, d’amateurs de bourses militaria. Et pas seulement lors des commémorations. Pour éviter les débordements lors de ces rassemblements, la Communauté de Communes de Sainte-Mère-Église a diffusé récemment une charte de bonne conduite. À côté des demandes de respect de l’histoire ou de l’authenticité historique, la charte évoque plusieurs fois un “esprit du lieu” sans qu’il soit précisé ce qu’est cet esprit, ni à quel lieu précis il s’applique. Avec la foule qui fréquente ces manifestations, le lieu en question est bien la ville-monument dans son ensemble qui devient alors un simple décor et parfois un barnum.

Gadgets et culture populaire

Le tourisme a bien entendu provoqué l’apparition d’une kyrielle d’objets divers représentant la fameuse scène du parachutiste accroché à l’église: écusson, pin’s, mug, tasse, assiette, porte-clés, presse-papier, dé à coudre, montre, pendule, tee-shirts, tapis de souris, boule à neige, etc.

Assiette en porcelaine, circa 2000 / Boule à neige, 2013, photo Claude Demeester

Il y a quelques années, certains éditeurs de cartes postales anciennes s’étaient aussi aventurés à reconstituer l’arrivée de John Steele, et à la même époque, l’utilisation du motif par les marques commerciales semblait plus fréquente et plus désinvolte qu’à l’époque actuelle.

Carte postale, circa 1970 / Camembert Le Héros, circa 1970, source Wikimanche

Superhéros

John Steele est né à Metropolis dans l’Illinois, le 29 novembre 1912. Or Metropolis est aussi le nom de la cité où vit Superman. Apparu dès septembre 1939 dans le numéro 16 d’Action Comics qui publie les aventures du superhéros, le nom de la ville fictionnelle Metropolis a été exploité bien plus tard par la véritable ville de l’Illinois. En 1972 en effet, à la demande d’un groupe de fans, l’éditeur DC Comics “labellise” Metropolis, Illinois ville officielle de Superman8. Une statue, un musée, et diverses fresques de Superman ont alors fait leur apparition. Et également une fresque murale en l’honneur des forces armées américaines et à la gloire de John Steele. La cité de l’Illinois compte désormais deux héros.

Honoring All Our Defenders of Freedom, a mural in Metropolis, IL

Mais il existe un cas d’association homonymique plus insolite encore.

Les comics de guerre (war comics) ont connu une période très faste durant une vingtaine d’années à partir de la Seconde Guerre mondiale9

L’éditeur Timely Comics – qui deviendra plus tard Marvel Comics – publie un nouveau titre axé sur le mystère et les superhéros, Daring Mystery Comics, qui sera publié de janvier 1940 à janvier 1942. Le premier numéro de cette publication accueille alors les aventures d’un super-soldat … John Steele, Soldier of Fortune.

Daring Mystery Comics #1, January 1940, Soldier of Fortune - John Steele, by Larry Antonette (pseudonym Dean Carr).

Ce super-soldat éphémère est doté d’une grande force et il est également très résistant. Il est souvent considéré comme un précurseur de Captain America. Il ne fait guère de doute que son patronyme est dérivé du nom de l’acier en anglais et n’avait évidemment rien à voir avec notre parachutiste qui n’était même pas encore dans l’armée à cette époque. L’homonymie est une coïncidence. Mais le plus curieux concerne sa récente réactivation. John Steele apparaît en effet dans The Marvels Project (2009-2010) où il rencontre Nick Fury et sa troupe de parachutistes, et plusieurs indices analysés par les fans montrent que les auteurs se sont aussi inspiré de la vie du véritable John Steele, mixant son histoire avec les aventures du super-soldat.

Tourisme de mémoire et renommée

La Basse-Normandie est la région qui concentre le plus de sites touristiques mémoriels payants. Elle représente plus du quart des visites liées au tourisme de mémoire au niveau national. Cette activité génère un chiffre d’affaires de 1,5 milliard d’euros et 24.000 emplois. Le Mémorial de Caen est ainsi le site de mémoire le plus visité en France avec 380.000 entrées annuelles. Et parmi les sites touristiques non payants de Basse-Normandie, 5 parmi les 9 les plus fréquentés sont des sites mémoriels. Le cimetière de Colleville-sur-Mer accueille plus de 1,5 millions de visiteurs par an; il est le 8ème site le plus visité de France [compilation d'informations du Conseil Régional de Basse-Normandie].

Le Musée Airborne de Sainte-Mère-Église reçoit plus de 180.000 visiteurs par an. Il est le troisième site du département le plus visité après l’Abbaye du Mont-Saint-Michel et la Cité de la Mer à Cherbourg. Si l’on y ajoute les touristes qui ne visitent pas le musée et consomment néanmoins sur place, les retombées économiques sont incontestablement très importantes pour la commune.

Cette excellente position s’explique bien sûr par la renommée de la ville dont nous avons essayé de retracer le développement. Les principales composantes de cette construction peuvent être récapitulées de la manière suivante:

  • mises en récit: livre d’Alexandre Renaud (1945), livre de Cornelius Ryan (1959), récits historiques divers
  • mises en image: photo de Life (1944), vitraux (1947), blason (1948), film Le jour le plus long (1962), émission de télévision en 1964
  • objets visuels: Voie de la Liberté (1947), mannequin accroché à l’église (1975), musée Airborne (1964), gadgets, plaques signalétiques
  • lieux et événements: cimetières (1944), commémorations (1945), parachutages commémoratifs

Les deux dernières catégories génèrent également des images; le mannequin, les commémorations, le musée, etc. sont abondamment photographiés et filmés. La dimension visuelle de la fabrication de la notoriété de Sainte-Mère-Église est donc tout à fait remarquable.

L’accroissement de notoriété est scandé par trois temps forts: une photo publiée (1944), un récit journalistique (1959), et un film (1962) surtout qui marque l’épicentre de cette progression. Mais réduire l’origine de la renommée de Sainte-Mère-Église au seul Jour le plus long est bien trop simple. On peut distinguer plusieurs périodes distinctes, déjà repérées dans les graphiques Ngram Viewer au début de cet article:

  • une période compassionnelle et mémorielle de 1944 à 1948, initiée par une photo
  • une période héroïque, épique, centrée sur la “geste parachutiste”, qui se développe un peu en parallèle puisque les commémorations commencent très tôt. Elle s’affermit et prend le relais de la première période à partir de la fin des années 1950. L’aspect mémoriel demeure, mais la démarche compassionnelle n’existe pratiquement plus.
  • une période spectaculaire, focalisée sur un emblème, l’aventure de John Steele, découverte et magnifiée par un récit journalistique puis considérablement amplifiée par un film.

Pourquoi alors parler de fabrication d’une renommée, et non de constitution ou formation ?

Depuis les années soixante, la notoriété de Sainte-Mère-Église est sous l’influence majeure du film Le Jour le plus long qui est bien un produit culturel fabriqué, un artefact. Et si l’on examine chacun des points évoqués dans le présent article, aucun n’est advenu sans la détermination ou l’assentiment des édiles et de la population, à part bien sûr l’événement initial (le parachutage), le livre de Cornelius Ryan, et peut-être l’implantation des cimetières (mais dont l’influence sur la renommée n’a pas duré). Et dans chaque cas, il s’agit d’initiatives qui ne doivent rien au hasard et qui eurent un effet sur la notoriété même si ce n’était pas toujours bien évidemment leur motivation première.

Pour certains historiens et témoins des événements, Le Jour le plus long est encombrant. Ils déplorent que beaucoup de touristes ne connaissent du débarquement que ce qu’ils ont vu dans le film; ils voudraient ignorer ce mastodonte qui occulte l’histoire telle qu’ils se la représentent ou l’ont vécu. Mais si ce film est le point focal de notre sujet (la fabrication de la renommée de la commune), il ne doit pas non plus occulter le fait que cette notoriété a été aussi construite, améliorée, patiemment, constamment, et souvent indépendamment du contenu du film. Dans ce processus, l’action de la famille Renaud a été déterminante.

Très tôt, dans l’immédiat après-guerre, la notoriété nouvellement acquise de la commune a éveillé (parfois) une sorte de jalousie de la part des communes alentours qui étaient moins connues. La “concurrence” entre Sainte-Mère-Église et Sainte-Marie-du-Mont (Utah Beach) est bien connue. L’effet prescripteur du Jour le plus long sur le tourisme a décuplé ces rivalités et certains sites, importants historiquement mais non représentés dans le film, sont délaissés tandis que d’autres ont eu beaucoup de mal à développer un peu de tourisme. Ces rancunes semblent apaisées actuellement où l’on ne parle plus que de synergies entre les sites mémoriels, mais la renommée et le succès de Sainte-Mère-Église suscitent toujours l’envie.

Références

  • Antonin Dehays, Sainte-Mère-Église, un sanctuaire américain en Normandie 1944-1948, Éditions OREP, à paraître en mars 2014
  • Ahmed Elkhawaga, Comment les sites du Débarquement du 6 juin 1944 sont-ils devenus des lieux de mémoire de 1945 à 1964, Mémoire de master M2, Année universitaire 2006-2007, sous la direction de André Zysberg, Centre de Recherche d’Histoire Quantitative, Université de Caen
  • Damien Fantauzzo et Paul Villatoux, Sainte-Mère-Église, première ville libérée de France, Esprit du livre, 2009
  • Benoît Grevisse et Denis Ruellan, Pratiques journalistiques et commémoration. Éléments de lecture du récit des festivités d’anniversaire du débarquement de Normandie, Recherches en communication, No 3, 1995
  • Robert Murphy, No Better Place to Die, Ste-Mere-Eglise, June 1944, The Battle for la Fiere Bridge, Casemate, 2011
  • La Presse de la Manche, Notre jour le plus long, Numéro hors série, 2012
  • Alexandre Renaud, Sainte-Mère-Église, première tête de pont américaine en France, 6 juin 1944, première édition: [Monaco:] Odile Pathé, 1945. Réédition Julliard, 1984.
    Édition anglaise: Sainte-Mère-Église : first American bridgehead in France, 6th of June 1944, [Monaco:] Odile Pathé, 1964.
  • Simone Renaud, Les Pommiers ont refleuri, poèmes, préface de Rosemonde Gérard (pseud. de Mme Edmond Rostand.), dessins de Paul Renaud, Éditions de la Revue moderne, 1953
  • Cornelius Ryan, The Longest Day, Simon and Schuster, 1959
  • Doug Stebleton (réalisateur), Mother of Normandy: The Story of Simone Renaud, 2010. Trailer.

Merci à Antonin Dehays (WWII Archives), Claude Demeester et Michel Le Querrec (projet PhotosNormandie), Sara Harrington et Douglas McCabe (Archives Cornelius Ryan), Marc Lefèvre (maire de Sainte-Mère-Église), Frédéric Patard (La Presse de la Manche) pour leur aide lors de la rédaction de cet article.

Merci tout particulièrement à Henri-Jean Renaud (fils d’Alexandre et Simone Renaud) pour l’entretien qu’il nous a accordé.

  1. Précisément, Sainte-Mère-Église est mentionné dans les éditions suivantes de Life: 19 juin 1944, 26 juin 1944, 3 juillet 1944, 7 août 1944, 12 octobre 1962, 19 juin 1964, 10 mars 1967, 20 novembre 1970 – pour cette dernière référence, il s’agit du texte Ode to the man who was France, écrit par Romain Gary pour la mort du général de Gaulle. []
  2. Sur cet outil, voir l’article L’interprétation des graphiques produits par Ngram Viewer, 11 janvier 2011. []
  3. Voir le film des funérailles dans la collection PhotosNormandie où l’on reconnaît les généraux Bradley, Patton, Hodges, Collins, Barton, Huebner. []
  4. La faible garnison allemande du Mont-Saint-Michel s’est rendue le 31 juillet 1944 à Cornelius Ryan accompagné de deux autres correspondants de guerre, James Wellard du Chicago Sun-Times et Norman Clark du London News Chronicle. Source: Operation ‘Beachhead Revisited’ by Cornelius Ryan, Oskaloosa, Daily Herald, July 29, 1949. []
  5. Sources d’après Antonin Dehays: enregistrement audio de Kenneth Russell, Eisenhower Center, University of New Orleans (1984) et mémoires de Rudolf May in Robert Murphy, No better place to die, Havertown, Casemate Publishers, 2009, p 205. May est mort en 1985. []
  6. Joe Beyrle de la 101st Airborne à Saint-Côme-du-Mont, et pour Octeville-l’Avenel témoignage de M. François rapporté par Antonin Dehays. []
  7. Cf. Lakeland Ledger, June 16, 1974 et Ludington Daily News, June 7, 1976. La “fourchette” 1974-1976 est confirmée par Henri-Jean Renaud. []
  8. Voir Metropolis, la ville ordinaire de Superman, par Geoffrey Bonnefoy, Owni, 6 mars 2011. []
  9. Voir les articles Une recherche sur les war comics (20 juin 2012) et Les stéréotypes visuels dans les war comics (5 février 2013). []

18 Reponses à “ La fabrication de la renommée d’une ville – Sainte-Mère-Église ”

  1. Marie-Madeleine Ozdoba le 25 novembre 2013 à 22:51

    Merci Patrick pour cette impressionnante recherche et cet article qui se lit comme un récit d’aventures! Il fait vraiment apparaitre le tissage entre les faits et les fictions, et l’architecture des couches successives et de la variété des formats, qui ont abouti à la renommée persistante de la ville. Par rapport à l’idée de construction, que tu opposes à “la constitution ou à la formation” de la renommée, je te suis tout à fait (et tu le démontres très bien). Cela dit, je me demandais quelle importance accorder au facteur opportuniste dans cette construction, qui s’est déployée à la suite de l’histoire (à priori vraie) du parachutiste resté accroché au clocher, recueillie par Cornelius Ryan. Celle ci est tombée à point nommé, pour se greffer sur le parti pris semble-t-il dès 1945, d’associer la commune au parachutisme, et à tout l’imaginaire héroique qui va avec. Que ce récit très “prosécogénique” soit basé sur un fait réel a-t-il eu de l’importance dans la construction qui s’en est suivie, ou aurait-elle pu se produire de la même manière sans cet évènement à caractère documentaire (ou en tout cas considéré comme tel, puisque recherché, contesté, confirmé etc.), à partir d’une pure construction fictionnelle?
    Je te remercie aussi de m’avoir fait découvrir le musée Airborne, dont l’architecture sixties semble valoir le détour!

  2. Merci Marie-Madeleine. Repérer le “facteur opportuniste” dans cette construction de la notoriété n’est pas aisé et l’expression d’ailleurs serait certainement fortement contestée du côté de Sainte-Mère-Église (déjà, ma “fabrication de la renommée” a fait un peu tousser…). Elle est évidemment assez claire en ce qui concerne l’exploitation commerciale (gadgets en tout genre particulièrement), et je crois que l’on peut aussi qualifier d’opportuniste l’idée d’accrocher un mannequin à l’église en permanence, qui plus est en sachant pertinemment que l’on prend ainsi des libertés avec les événements historiques. Pour le reste, je serais beaucoup plus circonspect. Il me semble que les autres initiatives rapportées n’ont jamais été réellement opportunistes, mais motivées plus classiquement par le souci de perpétuer le souvenir des événements, l’intention de rendre hommage, etc. La municipalité et les habitants savent bien sûr que l’entretien de la renommée, la remobilisation (pour reprendre le concept récemment proposé par André Gunthert et qui me semble judicieux) sont indispensables puisque le tourisme de mémoire est très important pour la ville et la région. Mais je ne crois pas que ce soit réalisé de manière explicitement opportuniste. Dès 1945, la commune a fait le choix de concentrer son action mémorielle sur les parachutistes, en reléguant au second plan dans les festivités locales le débarquement proprement dit (laissé si l’on peut dire à Sainte-Marie-du-Mont/Utah Beach à quelques kilomètres). C’était un choix assez naturel et qui s’est révélé excellent. L’histoire du parachutiste du clocher, découverte par Cornelius Ryan, est tombée à point nommé comme tu dis. Dans l’ensemble, peu de personnes ont douté de l’authenticité de l’histoire. Il est donc assez difficile (là encore) de dérouler un raisonnement contre-factuel en se demandant si la notoriété aurait été similaire si l’histoire s’était révélée une construction purement fictionnelle. J’aurais tendance à penser que l’authenticité était indispensable et que l’image de la ville aurait quand même pris un sérieux coup si l’on s’était aperçu ensuite qu’il s’agissait d’une supercherie. Même une simple plausibilité (pour reprendre un terme que j’aime bien…) n’aurait pas suffit, il fallait que ce soit vrai.
    J’aurais dû aussi signaler l’architecture du musée Airborne, qui en effet participe également à l’entretien de la renommée puisque le dôme représente un parachute.
    Addendum: Pour revenir sur cette idée de remobilisation, je crois qu’avec le soixante-dixième anniversaire du débarquement qui se profile et surtout avec le projet de classer les plages patrimoine mondial de l’Unesco, nous sommes complètement en train de vivre une telle période de remobilisation, à l’échelle de la région.

  3. Marie-Madeleine Ozdoba le 26 novembre 2013 à 12:21

    Bonjour Patrick! J’ai sans doute mal choisi mes mots. En effet, je ne voulais pas amener la discussion sur le terrain du jugement moral ou mettre en doute la bonne foi des personnes impliquées, notamment dans les activités commémoratives.
    Je voulais simplement pointer le fait qu’à la base de la renommée de Sainte-Mère-Eglise, parmi d’autres facteurs décrits dans ton étude, il y a bien eu un évènement réel, rapporté par Cornelius Ryan, qui distingue la commune de ses voisines (même si des atterrissages sur clocher ont pu y avoir lieu, ils n’ont pas été consignés et transformés en récit mythique). Je me demandais, à partir de là, si un tel évènement était nécessaire à la construction d’une renommée (c’est donc la renommée elle-même que j’aurais qualifiée d’opportuniste, et rien d’autre ;) ), ou bien si la construction d’une renommée peut se baser sur un récit purement fictionnel et assumé comme tel, comme dans le cas d’un conte ou d’une légende… Plutôt qu’un raisonnement contre-factuel sur le cas de Sainte-Mère-Eglise, qui en effet a peu d’intérêt, peut-être que d’autres exemples pourraient aider à répondre à cette question – mais je n’en ai pas à te proposer pour l’instant :)

  4. Oui en effet, j’ai cherché moi aussi d’autres exemples où la renommée d’un lieu aurait été acquise par un récit purement fictionnel. Peut-être Tintagel en Cornouailles ? ;) Pour revenir au cas de Sainte-Mère-Église, sa renommée était déjà acquise avant l’apparition de l’histoire rapportée par Ryan et surtout du film qui en a été tiré. On peut seulement dire que sans ce livre et ce film, cette notoriété aurait été bien moindre et n’aurait pas évolué de la même manière, mais c’est à peu près tout. Et on ne doit pas oublier tout de même qu’au début, il y a bien eu un événement “fondateur” bien réel, le parachutage du 5-6 juin, dont l’un des objectifs était effectivement la prise de la ville.

  5. Avec un peu de retard, je prends part à cette discussion afin de te remercier aussi Patrick pour cette riche démonstration ! Je te suis tout à fait sur le terme de fabrication qui me fait penser à cet article de Jean Davallon qui s’intitule justement Comment se fabrique le patrimoine ?
    Car finalement, ce à quoi on assiste ici, c’est à la patrimonialisation d’un événement historique selon un processus de continuité dans le temps mais aussi de “filiation inversée” ; il y a nécessairement un choix au départ, une sélection d’un moment passé, puis une circulation et une transformation de cette histoire pour en faire un patrimoine soumis aujourd’hui à des logiques mémorielles et touristiques…

  6. Merci Jessica pour ta réflexion et cette référence à l’article de Jean Davallon que je ne connaissais pas. Il se pourrait tout de même que la “patrimonialisation” d’un événement historique récent comme celui que je décris soit un peu différent de ceux bien plus lointains (car préhistoriques) qui sont examinés dans cet article. J’ai décris en effet un certain nombre de choix et sélections de faits ou circonstances qui ont certainement déterminé pour une part cette patrimonialisation. Mais les témoins ou les habitants actuels ont surtout l’impression qu’ils n’ont pas choisi les “pièces” essentielles de l’histoire: le parachutage lui-même et le film “Le jour le plus long”. De leur point de vue, ils pensent que la renommée de SME s’est constituée par une série de hasards successifs au fil du temps, ce qui évidemment est très loin de l’idée de “fabrication” que je défends ici. En fait, cette notion de choix ou de sélection n’est ici pertinente que lorsque l’on prend en compte tous les acteurs sur des décennies, y compris l’Etat-major qui a choisi l’objectif SME, Ryan et Zanuck, etc. Par expérience, l’idée de “fabrication” n’est pas facile à faire comprendre à des personnes qui sont très impliquées.

  7. Ah, j’aimerais écrire comme ça…
    En écrivant un post sur l’effet Bilbao façon Arles, je suis tombée sur l’approche anglo-saxone de ‘pop-culture tourism’ http://bit.ly/ISwhoV sur Wikipedia, ils décrivent cette tendance assez joliment mais très brièvement. Aisni un film, un récit, même fictionnels, pourraient bien créer des déplacements massifs de vacanciers.

  8. Merci Brigitte! Le cas de la ville Metropolis et du tourisme lié à Superman, évoqués dans mon article, est un exemple presque “chimiquement pur” de ce pop-culture tourism. Pour SME par contre, c’est beaucoup plus complexe puisque tout au long des décennies, et particulièrement avant la sortie du “Jour le Plus long”, c’est bien un ensemble d’événements réels et les commémorations, parfois largement interprétés et idéalisés, qui sont à l’origine du tourisme. Mais ce sont justement ces strates successives, ces échanges entre la réalité et les représentations données par les industries culturelles, les constructions fictionnelles tout autour, qui me semblent particulièrement intéressants dans ce cas précis.

  9. @PPecatte oui, vos strates m’inspirent et. J’aimerais pouvoir aussi défendre mon point de vue et argumenter à ce niveau, mais je dois rester modeste !
    Actuellement je planche sur les offres ‘Ouigo’ à 10€ de la SNCF, direction Marne-la-Vallée et le merveilleux monde de Disney. Je ne sais pas ce qu’en penserait les Frères Grimm!
    A première vue, la SNCF a une approche très différenciée de la culture: très informée pour les clients du TGV. Qui imaginerait Ouigo pour une soirée à la Comédie Française?
    Ensuite, certains sautent sur l’occasion pour se moquer du goût pour le kitsch des populations. Je ne sais pas ce que penseraient les Frères Grimm de ce battage publicitaire.
    http://ouigo.voyages-sncf.com/

  10. Lecornu nicolas le 4 janvier 2014 à 15:28

    Merci pour cet article fort intéressant et argumenté! Sans être trop complexe, il nous donne une analyse simple et pertinente de l’histoire et son utilisation! On aimerait en lire plus!! On peut même imaginer qu’à l’approche du 70eme anniversaire du débarquement, de la présence des derniers vétérans, de la possible classification à l’UNESCO et la médiatisation que cela risque d’entrainer, que d’autres villes et villages suivent la même voie (avec quelques décennies de retard!).

  11. [...] culturelle de l’Europe, Armand Colin, 2008, chapitre 1: Le retour des morts. [↩]Voir: La fabrication de la renommée d’une ville – Sainte-Mère-Église, 19 novembre 2013, Section: Les cimetières provisoires américains (1944-1948). [↩]Comme [...]

  12. Merci pour cette intéressante recension des évènements de Ste Mère Eglise.

    Concernant la curieuse coïncidence entre l’incendie d’une maison du village et le largage peu après des premiers parachutistes, cet incendie aurait-il pu servir de repère pour ces largages ou à d’autres fins ?

    Merci beaucoup de votre réponse.

  13. Patrick Peccatte le 8 mai 2014 à 08:32

    Merci pour votre appréciation. La maison en feu sur la place était surtout à éviter pour les parachutistes; de plus, l’incendie avait conduit les habitants et un détachement allemand sur la place pour tenter de le maîtriser. Ce n’était pas un repère pour les largages.

  14. Merci , ça m’as beaucoup aidé pour mon histoire des arts . .. !!!

  15. Je ne retrouve rien concernant “L’orgue mémorial In Terra Pax” en l’église de la ville! Pourtant c’est un instrument remarquable à trois claviers et pédale séparée!

  16. Patrick Peccatte le 4 juin 2014 à 17:17

    En effet. Mais je ne prétends pas avoir épuisé le sujet. Merci pour le signalement de cet oubli.

  17. Jeanne McMahon le 16 juin 2014 à 17:25

    Bonjour,

    Il me semble avoir appris par le journal télévisé pendant la première guerre de golf en 1990 que certains hommes à Saint-Mère-église suivaient les actions du 82nd airborne et connaissaient même les noms des aviateurs.

  18. Patrick Peccatte le 17 juin 2014 à 20:24

    Bonjour,
    Je n’ai pas compris votre remarque, désolé. Parlez-vous de parachutistes de la 82 AB qui connaissaient les noms de leurs pilotes ? Et quel rapport avec la guerre du Golfe ? Pouvez-vous préciser.