Une recherche sur les war comics

Cet article décrit une recherche sur les bandes dessinées de guerre publiées en grand nombre durant les années 50 et 60. Comme il est d’usage dans l’histoire de la bande dessinée américaine, nous utiliserons l’appellation war comics pour désigner ces publications éditées essentiellement aux États-Unis et en Grande-Bretagne. L’article est organisé en deux parties:

  • quelques rappels sur l’histoire parfois confuse de ces publications fournissent des repères sur ce genre particulier de comics,
  • la description de la recherche proprement dite, c’est-à-dire le repérage dans les war comics de dessins du dispositif formé d’un fusil planté en terre et surmonté d’un casque. Cette partie s’intègre dans une recherche plus vaste sur l’histoire de ce symbole, sa signification et son évolution culturelle.

Cette recherche est toujours actuellement en cours. Néanmoins, il m’a semblé intéressant à ce stade d’exposer la méthodologie suivie et les résultats (provisoires) de l’investigation. Une contextualisation historique des représentations découvertes est aussi proposée.
Au cours de cette recherche, j’ai également relevé quelques stéréotypes ou thèmes notables sur les couvertures des publications examinées. Un autre billet, conçu un peu à la manière d’un “carnet de notes visuelles” sera publié prochainement pour illustrer ces couvertures. Certaines de ces observations pourraient d’ailleurs être approfondies et faire l’objet de recherches futures.

1. Une brève histoire des war comics

L’histoire des war comics s’inscrit évidemment dans celle des comics. L’article de Wikipedia sur la bande dessinée américaine est une bonne introduction à cette histoire plus générale. Les éléments donnés ci-dessous concernent uniquement les war comics qui sont souvent négligés dans les exposés historiques sur le médium1.

Dans son ouvrage War Stories: A Graphic History, Mike Conroy rappelle que la représentation dessinée ou peinte de la guerre est ancienne. La peinture d’histoire et le cinéma tout particulièrement ont représenté des batailles ou des situations de guerre bien avant l’apparition des comics. Adam Riches dans When the Comics Went to War mentionne également l’importance des représentations de la guerre dans les récits illustrés apparus à partir de 1860 en Grande-Bretagne. Certaines de ces publications ont d’ailleurs été utilisées pour le recrutement militaire à la fin du 19ème siècle.

États-Unis

Les comic strips, ces brèves narrations illustrées de dessins publiées dans la presse quotidienne, mettent en place les codes graphiques fondamentaux de la bande dessinée (cases et bandes, légendes et phylactères, etc.). Ils donnent naissance au format spécifique du comic book à partir du début des années trente. Les historiens du médium reconnaissent en effet que le premier comic book moderne, Famous Funnies, a été publié aux États-Unis en 1933. De nouveaux titres apparaissent rapidement et les sujets se diversifient, ils ne sont plus uniquement humoristiques. L’un des premiers war comics, The Battle of Manila Bay (J. Carroll Mansfield), paru initialement en 1934 dans Oakland Tribune, est ainsi repris en 1936 dans le numéro 22 de Famous Funnies.

Deux années plus tard, en juin 1938, le premier personnage de superhéros, Superman, fait son apparition dans le numéro un d’Action Comics publié par National Allied Publications (qui allait devenir ensuite DC Comics).

Dès les premiers numéros d’Action Comics (11 et 12), Superman combat des engins de guerre, puis dans le numéro 17 d’octobre 1939, il arrête un tank. En couverture du n° 43 de décembre 1941, à l’entrée en guerre des USA, il affronte pour la première fois des forces nazies arborant la croix gammée. Mais en fait, il était déjà entré en guerre dans Look Magazine, en février 1940 dans une histoire intitulée “What If Superman Ended the War?” (de Jerry Siegel et Joe Shuster) [cité par Jean-Noël Lafargue, op. cit. p.34].

Comme l’a rappelé Alain François dans un récent billet sur Culture Visuelle, la plupart des superhéros créés à la suite de Superman ont de la même manière été représentés combattant les Nazis ou les Japonais. Plusieurs superhéros sont aussi créés spécifiquement pour participer directement au conflit en cours. Ainsi, Black Angel, aviatrice surdouée et masquée, apparue dans le numéro 2 de Air Fighters Comics (novembre 1942). Les superhéros patriotes (les superpatriotes selon Jean-Paul Jennequin) font leur apparition avec The Shield, dès janvier 1940, et surtout Captain America en mars 1941.

La guerre cependant n’est pas seulement présente dans les comics dédiés aux superhéros; elle s’invite également et largement dans d’autres genres comme les kids comics mettant en scène des garnements (Boy Commandos [DC], Kid Komics [Marvel], Young Allies [Marvel]), ainsi que dans les histoires romantiques ou humoristiques.

Certaines publications s’adaptent également au nouveau contexte provoqué par l’engagement du pays dans le conflit. Ainsi, Heroic Comics [Eastern Color Printing Company], qui était spécialisé avant guerre dans les histoires de héros (des gens ordinaires courageux, pas des superhéros) a totalement modifié ses sujets durant la Seconde Guerre mondiale d’abord, puis durant la guerre de Corée, en présentant des actes de bravoure, supposés réels, de soldats. Il en est de même pour Fight Comics [Fiction House] qui proposait des histoires à épisodes où intervenaient de jeunes aventurières. Durant la Seconde Guerre mondiale d’abord et ensuite pendant la Guerre de Corée, le magazine a accueilli des histoires de guerre pour plus de la moitié de sa pagination.

Indépendamment de la mobilisation des superhéros et dès le début de 1940, l’éditeur Dell publie War Comics, premier comic book entièrement dédié à la guerre. La publication mélange les genres: fiction, non fiction, humour, espionnage. En 1942, à partir du numéro 5, la série est renommée War Stories.

En 1941, les éditeurs Quality, Fiction House et Hillman créent respectivement Military Comics, Rangers Comics et Air Fighters Comics. D’autres éditeurs comme Street and Smith, Magazine Enterprises ou National Periodicals suivent en 1942 et 1943. En collaboration avec le département du Trésor américain, Harvey publie War Victory Comics en 1942 pour la promotion des obligations de guerre (war bonds). Tous ces nouveaux titres glorifient bien sûr les engagements de l’armée américaine, mais sous la forme de récits qui se veulent réalistes ou factuels, sans aucun superhéro. À nos yeux modernes, ils sont manifestement caricaturaux et racistes, surtout en ce qui concerne la représentation de l’ennemi japonais.

Après la guerre, les superhéros ont déserté les champs de bataille dessinés. Plus généralement d’ailleurs, leur importance dans l’industrie des comics recule considérablement. Les titres dédiés à la guerre poursuivent pourtant leurs carrières et des histoires situées lors de conflits historiques sont toujours dessinées et publiées dans des comic books plus généralistes.

Avec la Guerre de Corée (1950-1953), de très nombreux war comics apparaissent. La première série de guerre voit le jour en mars 1951 (Battle) et le premier héros récurrent est créé en novembre de la même année (Combat Kelly). Ce conflit d’un nouveau genre pour les États-Unis marque un essor considérable des war comics.

Les auteurs n’avaient alors aucune réticence à illustrer cette guerre contemporaine, perçue comme “moderne”, où évoluaient des jets et des hélicoptères, et qui était présentée dans ces opuscules comme tout aussi légitime que l’engagement précédent dans le conflit mondial (Lire quelques exemples ici). Pour ces publications, il n’était pas possible de s’en tenir à des récits héroïques situés uniquement durant la Seconde Guerre mondiale; bien que ceux-ci soient toujours présents, au même titre d’ailleurs que des récits sur des guerres passées plus lointaines encore (y compris parfois des histoires de cow-boys), les publications proposent presque toujours au moins une histoire supposée contemporaine et située en Corée. Our Army At War – qui deviendra par la suite Sgt Rock -, l’un des titres les plus importants de DC Comics, présente ainsi dans ses premiers numéros un assemblage d’histoires sur la Seconde Guerre mondiale, sur la guerre de Corée et sur d’anciennes guerres.

Tous les éditeurs investissent le créneau et créent des publications qui parfois ne durent guère. Les titres changent de temps en temps, et les numérotations et dates qui figurent sur les couvertures ne sont pas toujours régulières (ce qui complique le suivi de ces publications). Comme lors de la Seconde Guerre mondiale, certains titres changent aussi de spécialités. Ainsi, Strange Worlds [Avon, attention d'autres éditeurs publieront plus tard d'autres comics sous ce même titre] qui était un comics de science fiction se transforme en war comics en avril-mai 1955.

Les éditeurs Atlas [qui deviendra par la suite Marvel], Dell et DC sont parmi les plus importants du genre. Mais le plus prolifique est sans conteste Charlton qui publie pas moins de 28 titres au total du début des années 50 à la fin des années 602. À l’inverse, EC Comics n’en édite que trois sous la direction de Harvey Kurtzman: Aces High, Frontline Combat, et Two-Fisted Tales. Selon Jean-Pierre Jennequin (p. 142) et Mike Conroy (p. 13), Kurtzman invente alors une forme de bande dessinée entre fiction et documentaire et ces titres sont parmi les meilleurs du genre.

À cette époque, l’armée américaine a collaboré directement à la réalisation de quelques comics publiés par l’éditeur Magazine Enterprises: The American Air Forces (1951), The United States Marines (1952). Ces titres comportent aussi des photographies fournies par les services de l’armée.

La plupart des histoires suivent un scénario simple et convenu: histoire d’un as ou d’un héro, d’une rédemption, récit moral ou ironique, histoire fantastique ou technologique (cf. David Kendall, op. cit. p. 7). L’époque est en effet perçue comme un mélange de modernité et d’archaïsme, la guerre est technologique mais également brutale, et certains titres mettent d’ailleurs en scène des combats lors de guerres atomiques dans un proche futur.

Les war comics présentent des actions spectaculaires et violentes. La majorité des scènes se déroulent sur le champ de bataille, avec de nombreuses explosions. Plusieurs aspects essentiels des guerres relatées sont complètement omis. Pour les histoires situées durant la Seconde Guerre mondiale par exemple, les références à la libération des camps sont peu nombreuses et très tardives (ex. Fightin’ Army n°119, 1975).

Les histoires de guerre sont aussi mixées avec d’autres genres comme la science-fiction, le fantastique ou l’horreur. Le monstre The Heap, par exemple, fait son apparition dès le numéro 3 d’Air Fighters Comics (décembre 1942) qui deviendra par la suite Airboy Comics. L’un des phénomènes les plus curieux est l’apparition d’animaux préhistoriques dans les war comics. Ce type de remix apparaît assez tôt puisqu’il remonte à novembre 1942 dans le numéro 12 de Tom Mix Commandos Comics. Mais il n’a été systématisé qu’à partir des années 50 et il est devenu une véritable série dans The War that Time Forgot publiée dans Star Spangled War Stories à partir d’avril-mai 1960. La série était clairement inspirée par The Land That Time Forgot (Edgar Rice Burroughs, 1924) qui combine dans une même histoire la Première Guerre mondiale et des dinosaures.

L’auto-moralisation de l’industrie des comics introduite en 1954 par l’apparition du CCA (Comics Code Authority) ne semble pas avoir concerné les war comics qui pourtant présentaient des histoire violentes, des enfants guerriers, etc.

Les lancements de titres sont de plus en plus rares vers la fin des années 50 et le début des années 60. Vers la fin des années 60, quelques héros sont néanmoins créés sur des idées plus originales. Le Captain Willy Schultz [Charlton], par exemple, est un soldat américano-allemand tiraillé constamment entre ses deux origines et obligé de démontrer constamment sa loyauté envers le camps allié.

À l’exception notable de Weird War Tales, créé en 1971, qui mêle la guerre, le fantastique et l’horreur, le genre périclite dans les années 70. En fait, beaucoup de titres créés durant les années 50 et 60 n’ont pas dépassé quelques numéros et tous les war comics notables cessent au cours des années 80. Seule une poignée de titres ont dépassé les 100 numéros. D’après Wikipedia complété par nos relevés, ce sont:

  • Fightin’ Army (Charlton, 157 numéros de 1956 à 1984)
  • Fightin’ Marines (Charlton, 163 numéros de 1955 à 1984)
  • G.I. Combat (Quality/DC, 288 numéros de 1952 à 1987), acheté par DC en 1957
  • Our Fighting Forces (DC, 181 numéros de 1954 à 1978)
  • Sgt. Fury and his Howling Commandos (Marvel, 167 numéros de 1963 à 1981)
  • Sgt. Rock (DC, en incluant son prédécesseur Our Army at War, il s’agit du titre qui a duré le plus longtemps: 422 numéros de 1952 à 1988)
  • Star Spangled War Stories (DC, 200 numéros de 1952 à 1977)
  • Unknown Soldier (DC, successeur de Star Spangled War Stories publié de 1952 à 1977, poursuivi sous le nom de The Unknown Soldier de 1977 à 1982)
  • Weird War Tales (DC, 124 numéros de 1971 à 1983)

À ces titres, on doit aussi ajouter des personnages qui ont eu une longue carrière et ont changé de publication. C’est le cas en particulier de Blackhawk, apparu dans Military Comics en 1941, et de G.I. Joe, repris par plusieurs éditeurs depuis 1942.

Parmi les titres tardifs, un cas particulier doit être signalé. Blazing Combat, créé en 1965 par Warren Publishing n’a duré que quatre numéros. Dirigé par Archie Goodwin, il a accueilli plusieurs dessinateurs de renom dont Gene Colan, Frank Frazetta, John Severin, Alex Toth et Wally Wood. Blazing Combat se caractérisait par une vision plus humaine et parfois antimilitariste de la représentation de la guerre. Plusieurs histoires ne dissimulaient pas l’horreur des batailles. Bien éloignée des récits héroïques des autres war comics et apparue lors de l’engagement de plus en plus massif au Vietnam, la publication a d’ailleurs rencontré de très sérieux problèmes de distribution.

Grande-Bretagne

La tradition des récits de guerre illustrés est ancienne en Grande-Bretagne. Dans son ouvrage déjà cité, Adam Riches donne une liste d’une vingtaine de titres publiés depuis la fin du 19ème jusqu’au tout début du 20ème siècle. Entre les deux guerres mondiales, plusieurs titres nouveaux sont créés tels Rover, Hotspur, Triumph, Wizard, Modern Boy et Champion. Le style évolue, mais il s’agit toujours de récits illustrés.

Dans les années 50 et 60, les codes graphiques des comics sont adoptés dans les nouveaux titres qui apparaissent. Des publications dédiées à la guerre sont créées et forment le courant britannique des war comics: Commando, Air Ace, War At Sea, War Picture Library.

Le genre s’essouffle moins vite qu’aux États-Unis, les contenus sont très différents, et plusieurs titres majeurs sont créés assez tardivement: Warlord (1974) par D.C. Thomson & Co., et Battle Picture Weekly (1975) à partir de Battle Picture Library (1961) par IPC Magazines en réaction à l’apparition de Warlord. Le célèbre Charley’s War de Pat Mills et Joe Colquhoun a été publié initialement dans Battle Picture Weekly.

Autres pays

Le sujet de recherche qui a motivé cet article concerne les war comics américains et – dans une moindre mesure – anglais. Ce paragraphe sera donc court… Les bandes dessinées de guerre ont été populaires dans de très nombreux pays, essentiellement du milieu des années 60 jusqu’au début des années 80 (donc plus tard que dans le monde anglo-saxon). Il s’agissait très souvent d’adaptations de comics anglais ou américains, et il est possible de retrouver des fascicules d’origine sur les sites de collectionneurs ou sur eBay. Plusieurs titres ont ainsi été publiés en néerlandais, finlandais, danois, norvégien, suédois, espagnol, italien, grec, etc. et même en allemand. En France, ces publications étaient associées aux “petits formats” érotiques d’origine italienne et souvent désignées de façon méprisante comme “bandes dessinées de gare” ou “bandes dessinées pour militaires”3.

On remarquera au passage que les moteurs de recherche inverse comme Google Search By Images ou TinEye permettent parfois en agissant sur l’image de la couverture d’un titre de retrouver la publication américaine ou anglaise d’origine.

Les bandes dessinées de guerre ont globalement cessé d’être éditées à la fin des années 70 en Grande-Bretagne et aux États-Unis, et durant les années 80 dans la plupart des autres pays. Le genre n’a toutefois pas totalement disparu; Commando par exemple est toujours publié par le groupe britannique DC Thomson et de nouveaux pays comme l’Inde publient des war comics à la gloire de leur armée nationale (cf. Indian War Comics, voir aussi la page FaceBook).

Quelle place pour les war comics dans l’histoire de la bande dessinée ?

Dans les présentations générales sur la bande dessinée comme dans les bibliographies sélectives sur le médium, les histoires de guerre occupent toujours une place mineure. Très peu d’œuvres que l’on peut rattacher aux war comics ont droit à la reconnaissance culturelle. Ce sont en effet toujours les mêmes bandes dessinées “de qualité” qui sont citées et valorisées dans les ouvrages qui retracent l’histoire du médium: Ore wa Mita (I Saw It, 1972, Keiji Nakazawa), Charley’s War (1979-1985, Pat Mills et Joe Colquhoun), Maus (1980–1991, Art Spiegelman), The ‘Nam (1986-1993, Doug Murray), C’était la guerre des tranchées (1993, Jacques Tardi), Palestine (1993, Joe Sacco), La guerre d’Alan (2000, Emmanuel Guibert) pour ne citer que quelques exemples. La bande dessinée de guerre retenue dans ces présentations, celle qui est culturellement reconnue, date des années 70 et 80. Elle est tardive si l’on considère l’histoire du genre dans son ensemble. On ne retient guère des publications antérieures que la frénésie des superhéros occupés à cogner sur les Nazis et les Japonais dans les années 40, tandis que les titres des années 50 et 60, quand ils ne sont pas tout simplement ignorés, sont considérés comme propagandistes, bellicistes, racistes, un peu bas du front pour tout dire. Et de fait, selon nos actuels critères d’appréciation, ils n’ont pas plus d’intérêt narratif que les comics d’amour ou de romance qui dominaient le marché à cette époque.

Pourtant, si les war comics des années 50 et 60 ne sont pas véritablement légitimés du point de vue culturel, il en est tout autrement, paradoxalement, pour bon nombre de leurs auteurs. Will Eisner, Frank Frazetta, Sam Glanzman, Archie Goodwin, Jerry Grandenetti, Harvey Kurtzman, Robert Kanigher, Jack Kirby, Joe Kubert, John Severin, Alex Toth pour ne citer que quelques auteurs majeurs ont tous travaillé sur ce type de bandes dessinées.

Le cas de Will Eisner est particulièrement intéressant. Cet auteur prestigieux, l’un des plus important de la bande dessinée américaine, est le co-auteur en 1941 de Blackhawk qui met en scène des as de l’aviation durant la guerre. Engagé dans l’armée américaine pendant la Seconde Guerre mondiale, Eisner a aussi participé à la Guerre de Corée et à celle du Vietnam. Il crée en 1951 le PS, The Preventive Maintenance Monthly, publication de l’Armée destinée à enseigner à l’aide de bandes dessinées la maintenance du matériel. Il en est le directeur artistique de 1951 à 1971. Cette publication militaire existe toujours, mais elle n’est évidemment pas en libre accès… Cependant, consciente du prestige de leur créateur, l’Armée américaine a confié à la Virginia Commonwealth University Library l’intégralité des archives numérisées du titre de la période Eisner (lire aussi Whatever Happened to Will Eisner? sur The Comics Journal). Eisner a aussi conçu en 1969 un manuel illustré pour l’entretien du fusil M16 (voir aussi ici). Enfin, en 2000, il publie Last Day in Vietnam, un récit romancé de sa propre expérience durant cette guerre.

Il ne fait aucun doute selon nous qu’au delà des “nécessités alimentaires”, la majorité des grands auteurs et dessinateurs américains de l’époque ont travaillé sur les war comics en étant d’accord peu ou prou avec leurs contenus.

Si les contenus des war comics des années 50 et 60 nous semblent désormais terriblement datés et pour la plupart sans grand intérêt, ils deviennent intéressants dès que l’on s’intéresse à la perception des guerres et aux représentations qui ont pu en être données durant cette période marquée par la guerre froide.

2. Les représentations de la battle cross dans les bandes dessinées de guerre

L’examen de photos et témoignages historiques conduit à distinguer diverses formes et fonctions du dispositif habituellement nommé battle cross, formé d’un fusil planté en terre et surmonté d’un casque. Rappelons cette “typologie” en quelques mots avant d’aborder la question de la représentation du dispositif dans les war comics:

  • a) Marqueur formé d’un fusil muni d’une baïonnette, planté en terre verticalement sur le champ de bataille pour signaler un blessé demandant de l’aide. Le fusil est parfois utilisé comme support de perfusion par les infirmiers qui viennent en aide au blessé.
  • b) Même construction mais avec un casque sur la crosse du fusil, signalant cette fois un soldat mort, tombé sur le champ de bataille. Le fusil et le casque sont des éléments anonymes, non individualisés, interchangeables. Seule la nationalité du soldat est habituellement reconnaissable par le type du casque et du fusil.
  • c) Assemblage disposé près d’un soldat mort non encore inhumé ou d’une tombe et constitutif d’un hommage rendu par ses camarades. C’est ce dispositif qui est habituellement nommé Fallen Soldier Battle Cross (FSB).
  • d) Fallen Soldier Display (FSD). Il s’agit là d’une construction effectuée hors du champ de bataille, en général au camp de base. Le lieu n’est donc plus en relation directe ni avec l’endroit où le soldat est tombé ni avec une tombe. C’est un véritable symbole individuel. Les bottes et les dog tags [les plaques d'identité du soldat], parfois la photo du défunt, personnalisent le dispositif. Les constructions peuvent être multiples et alignées et ne concernent pas seulement des soldats tués au combat. Les camarades du soldat mort se recueillent en s’agenouillant devant la construction.
  • e) Symbole non individualisé utilisé comme support commémoratif collectif ou emblème mémoriel visuel, sur des monuments, lors du Memorial Day, etc.

Par ailleurs, le dispositif figure aussi dans quelques publicités parues dans les magazines durant la Seconde Guerre mondiale, et surtout dans plusieurs films de guerre datant des années quarante à nos jours (Rappel: un montage de séquences de films où figure la battle cross est disponible sur Youtube). La grande majorité de ces films sont situés durant la Seconde Guerre mondiale et quelques-uns durant la Guerre de Corée. En l’absence d’autres représentations datées, on peut estimer que la diffusion de cette figure dans la culture visuelle américaine s’est réalisée par le cinéma et la publicité et non pas à travers une iconographie documentaire très pauvre sur le sujet et qui à la vérité n’a été connue que tardivement par le public4.

L’état de la recherche telle qu’elle vient d’être résumée met en évidence plusieurs questions sans réponses, tout d’abord en ce qui concerne la chronologie de l’évolution du dispositif. Quand sont apparues les dogs tags fixées au fusil ? Quand sont apparues les bottes ? Quand la construction a-t-elle commencé à symboliser le disparu, en l’absence de son corps ?

Il apparaît donc clairement que la recherche des représentations du dispositif dans les war comics présente a priori un grand intérêt pour mieux connaître l’histoire culturelle de ce symbole et pour tenter de retracer l’évolution de ses significations. Pour deux raisons. Tout d’abord, les comics constituent un média de masse extrêmement important durant les années qui nous intéressent. Très lus, fort appréciés par la jeunesse et les jeunes adultes, les comics ont largement contribué à façonner une part importante de l’imagerie et des récits constitutifs de la culture ordinaire américaine. D’autre part, les comics sont datés; cette dernière caractéristique est évidemment appréciable car dans la multitude des représentations populaires de la battle cross que l’on peut recenser sur des objets hétéroclites, très peu hélas sont datables.

Mais comment explorer des collections de comics anciens à la recherche d’un motif dessiné bien précis ? L’entreprise est évidemment difficile puisqu’il n’existe pas de base de données décrivant le contenu des magazines de bandes dessinées, ni même leurs couvertures. La méthodologie suivie est simple mais laborieuse.

La première étape consiste à recenser les comics où le motif en question pourrait figurer. Deux listes de war comics sont alors établies: 186 américains5 et 10 britanniques6

Les comics de superhéros n’ont pas été retenus car il y a peu de chance a priori que le dessin recherché y figure. De même, un sondage rapide a écarté les war romance comics (G.I. Sweethearts, True War Romances, Wartime Romances, etc.) qui ne comportent en fait aucune scène de guerre. Les comics spécialisés en marins ou aviateurs ont par contre été retenus car ils comportent parfois des histoires “terrestres”.

L’analyse des couvertures a été effectuée sur plusieurs base de données de comics dont on trouvera la liste dans les références. La source la plus complète et la plus utilisée est comics.org.

La dernière étape consiste à rechercher dans les magazines disponibles sur les sites de partage de comics (digitalcomicmuseum.com et Golden and Silver Age Comics pour l’essentiel) en ciblant plus particulièrement les titres pour lesquels un motif avait été précédemment repéré sur la couverture. Les ressources en ligne sont malheureusement très partielles. Peu de war comics ont été numérisés intégralement.

Ce travail sur Internet a été complété en consultant quelques ouvrages donnés en référence, en particulier l’anthologie des premiers numéros de Our Army At War publiée en 2010 par Showcase.

Les résultats obtenus ne constituent donc qu’un échantillon de ce qui pourrait probablement être retrouvé si des collections plus vastes étaient disponibles.

Au total, une soixantaine de dessins ont été collectés. Ils sont rassemblés dans cet album sur Flickr.

Aucun dessin ne représente les bottes à côté de l’arme. Rappelons que la plus ancienne figuration connue du dispositif avec des bottes figure sur une photo prise en 1967 durant la Guerre du Vietnam.

La plus ancienne figuration apparaît dans un comics publié conjointement par l’éditeur Life’s Romances Publishing Company et The U.S. Marines Corps (date exacte inconnue, fin 1944). L’arme est ici utilisée comme support de perfusion. Sans casque, il s’agit d’un dispositif de type a selon notre catégorisation. Plusieurs autres représentations de ce genre figurent dans notre relevé:

The United States Marines n°4, 1944, page 24

La plus ancienne figuration avec un casque date de février 1952 dans War Comics n° 8 [Marvel]. Les dog tags ne sont pas représentées. Nous sommes là en Corée comme l’indique en arrière-plan le jet (comme on disait à l’époque). Les nombreuses battle crosses disposées tels des champignons sur le champ de bataille témoignent des pertes subies. Le thème de la forêt de battle crosses est repris plusieurs fois: Our Army At War n° 90 janvier 1960, Our Army At War n° 250 octobre 1972, Sgt Rock n° 385 février 1984:

War Comics n°8, No Survivors!, février 1952

En mars 1952 apparaît dans Warfront n°4 [Harvey] le premier alignement de battle crosses situées près de tombes. L’alignement rappelle la photo de 1967 au Vietnam:

Warfront n°4 , mars 1952, page 9

La plus ancienne figuration avec les dog tags date d’octobre-novembre 1953 dans Battle Cry n° 9 [Key Publications]. Les plaques sont toutefois accrochées sur une croix près de la battle cross:

Battle Cry n°9, octobre-novembre 1953, page 26

On relève également quelques dessins en version britannique, avec casque ou sans casque comme sur les deux versions ci-dessous qui figurent sur des variantes de titres de l’éditeur IPC parus en 1959 et 1961. Plus curieux, le motif a aussi été représenté avec un soldat SS dans un comics norvégien publié en 1962. Rappelons que ce type de construction n’a certainement jamais été réalisé par les Allemands durant la Seconde Guerre mondiale. Il existe plusieurs photos allemandes avec des croix surmontées de casques, mais aucune avec des fusils; au passage, la combinaison croix plus casque est bien sûr représentée sur quelques war comics: Charley’s War n° 1 (Titan Books, 1983) par exemple:

“]

War Picture Library n°30, Soldier of Fortune, décembre 1959; Battle Picture Library n° 882, 1961 series; Commandoes v2 n°23, Fredhøis forlag, 1962 Series [Norway

Les illustrateurs ont dessiné de nombreuses variations qui sont très probablement toutes imaginaires. Par exemple, utilisé comme un leurre, avec un drapeau américain ajouté, christianisé avec un morceau de bois fixé au fusil:

Warfront n°10, septembre 1952, page 6; Star Spangled War Stories n° 17, janvier 1954; Battle Cry n°15, novembre 1954, page 32

Avec des bandes de munitions, une fleur, des branches et une guitare:

Our Army At War n° 202, The Sarge Is Dead, février 1969; All Out War n°2, novembre-décembre 1979; Sgt Rock (Our Army At War) n° 416, juin 1987

Le “battle hat”, casque transpercé par une baïonnette, totalement improbable:

Our Army at War n° 242, février 1972; Our Army at War n° 275, décembre 1974

Le dernier exemple de variation appelle quelques commentaires. Il date de 1956 et figure un soldat jouant du clairon devant une battle cross sur laquelle le casque et les dog tags sont accrochés de manière inhabituelle. En arrière plan, on remarque des croix blanches:

Battle Cry n° 254, août 1956

Il ne s’agit pas de la couverture d’un war comics, mais d’un pulp magazine. Plus précisément, Battle Cry a bien été un war comics publié par Key Publications de mai 1952 à septembre 1955. Après la cessation de la publication, le nom a été repris de 1955 à 1970 par l’éditeur Stanley Morse, mais c’était alors un Men’s Adventure Mag – cette variété de pulps illustrés de couvertures tapageuses où des aventuriers, dans des situations périlleuses, sauvent des jeunes femmes peu vêtues… Ces magazines des années 50 et 60 publiaient parfois des récits de guerre. Un auteur américain spécialiste de ces publications, David M. Earle, a d’ailleurs soutenu que ces récits et les courriers de lecteurs associés ont joué un rôle pour atténuer les troubles de stress post-traumatique liés à la guerre chez les vétérans. Il est clair en tout cas que ces magazines pulps constituent une source d’illustrations à investiguer pour notre recherche.

La couverture de ce numéro de Battle Cry illustre une histoire de guerre racontée par Audie Murphy. Cet homme était alors très populaire. C’était le héros américain par excellence, le soldat le plus décoré de la Seconde Guerre Mondiale. Il est devenu acteur et a joué son propre rôle en 1955 dans To Hell and Back (Jesse Hibbs) où l’on remarque aussi une scène d’hommage avec une battle cross.

En revenant aux figurations plus “conventionnelles”, deux récits publiés par Our Army At War à un an d’intervalle seulement méritent d’être comparés:

(en haut, sans dog tags) Our Army At War n° 3, Patrol, octobre 1952. Scénario: Robert Kanigher, dessins: Irv Novick & Joe Giella; (en bas, avec dog tags) Our Army At War n°15, The Fifteen-Minute War, octobre 1953. Scénario: John Reed, dessins: Jerry Grandenetti & Bernard Sachs.

Ouvrons ici une petite parenthèse artistique. Les deux dessinateurs Irv Novick et Jerry Grandenetti ont travaillé pour plusieurs war comics dans les années 50 et 60. Leurs dessins parus dans All-American Men of War en 1962 ont inspiré les célèbres Whaam! et As I Opened Fire de Roy Lichtenstein (voir aussi la galerie Deconstructing Roy Lichtenstein par David Barsalou).

Dans la bande du haut (Patrol, 1952), la légende explique que le soldat mort est laissé sur place mais que ses camarades collectent ses dog tags; dans celle du bas (The Fifteen-Minute War, 1953) par contre, les dog tags sont clairement attachées à l’arme. Ce résultat est intéressant pour la chronologie de la représentation du motif, puisque jusqu’à présent, nous ne connaissions pas de figuration des dog tags attachées au fusil dans une œuvre de fiction avant le film The Thin Red Line (Malick, 1998). Les deux histoires se déroulent durant la Seconde Guerre mondiale. Le second dispositif, avec les dog tags, est donc une initiative du dessinateur qui ne correspond à aucune réalité historique. Cette différence de représentation pourrait pourtant correspondre à un véritable changement de pratique contemporain de la publication si l’on se souvient que ces comics sont parus en pleine Guerre de Corée. L’explication nécessite cependant que l’on quitte ces dessins distrayants pour revenir à la réalité militaire plus rude de l’identification, de l’enregistrement et de la prise en charge des soldats morts au combat.

Au tout début de la Guerre de Corée, les soldats américains tués étaient enterrés dans des cimetières provisoires, exactement comme lors de la Seconde Guerre mondiale. Les autorités militaires avaient l’intention d’organiser le rapatriement des corps après la fin du conflit, sur une échelle bien plus grande cependant qu’après la Seconde Guerre mondiale. Très rapidement, il est devenu évident que cette guerre si différente de la précédente ne permettait pas de réaliser ce programme de retour différé. Il ne s’agissait pas en effet de “tenir un territoire”. Les cimetières provisoires pouvaient fort bien tomber aux mains de l’ennemi avec des conséquences désastreuses du point de vue militaire (les soldats morts pouvaient devenir des “otages”) [d'après Michael Sledge, pp 41, 78, 140-141, 190]. Dans son ouvrage, Sledge mentionne également une autre raison. Les soldats américains selon lui ne manifestaient pas la même “affinité” envers les Asiatiques qu’envers les Européens dont ils se sentaient culturellement proches. Lorsque le général Walker est mort dans un accident de la route près de Séoul fin 1950, son corps a été rapatrié immédiatement aux États-Unis; des voix se sont alors élevées dans l’armée pour demander également le retour systématique des GIs tués.

Après Noël 1950, les États-Unis adoptent une autre organisation appelée Concurrent Return Policy qui est toujours en vigueur actuellement. À partir de cette date, les corps des soldats tués étaient enlevés du champ de bataille par le Graves Registration (qui s’appelle maintenant Mortuary Affairs) et envoyés directement au Japon où ils étaient embaumés. Ils étaient ensuite retournés aux familles. Cette organisation nouvelle était devenue possible par une série d’innovations: l’apparition de fourgons ferroviaires réfrigérés, l’utilisation de l’hélicoptère pour des tâches logistiques (l’hélicoptère de combat apparaîtra plus tard) et un pont aérien quotidien avec les bases américaines au Japon. L’organisation générale a été similaire durant la Guerre du Vietnam, mais les corps étaient alors envoyés directement et plus rapidement au pays.

Il se pourrait donc que le dessin de la seconde bande parue en 1953 reflète cette nouvelle organisation où la prise en charge du corps est intégralement réalisée par le Graves Registration qui, en particulier, collecte les dogs tags directement sur le lieu du décès et non plus auprès des camarades du soldat tué.

S’il se confirme de plus en plus que la Guerre de Corée constitue un tournant important en ce qui concerne les pratiques funéraires et mémorielles dans l’armée américaine, il n’en demeure pas moins de nombreuses zones d’ombre dans l’émergence et la diffusion de la battle cross en tant que symbole. Ainsi, nous ne connaissons pour l’instant aucune photo du dispositif prise durant la Guerre de Corée. Le spécialiste de ces questions Michael Sledge ainsi que l’historien militaire Bevin Alexander, qui était officier dans un Historical Detachment durant la Guerre de Corée, ne connaissent aucun document écrit ou photographique de l’époque concernant ce motif7. Selon Alexander, les mouvements au début de la guerre étaient très rapides. Lors d’un affrontement mortel, le corps était laissé sur place et sa localisation était communiquée au Graves Registration pendant que la section de combat quittait en général rapidement les lieux. Il n’y avait pas de temps pour procéder à des cérémonies à l’endroit où un soldat était tombé. Cette absence de documents photographiques est également confirmée par le Quartermaster Museum de l’US Army qui dispose de collections sur les affaires mortuaires militaires.

Tout se passe en fait comme si la politique d’enlèvement immédiate des morts lors de la Guerre de Corée a créé les conditions de la réception de la battle cross comme substitut des corps absents. Le dispositif était populaire depuis plusieurs années déjà à travers le cinéma, les comics8, et peut-être d’autres médias comme les pulps magazines. Mais sa diffusion sur le terrain auprès des militaires et au delà sa transformation en symbole dans la culture ordinaire américaine semblent bien postérieures.

Références

Ouvrages et articles

  • Bevin Alexander, Repatriation of American Dead, in Combat Support in Korea, Edited by Captain John G. Westover, Washington: Combat Forces Press, 1955, page 183
  • M. Keith Booker (ed.), Encyclopedia of Comic Books and Graphic Novels, Greenwood, 2010
  • John C. Cook (Ltc), Graves Registration in the Korean Conflict, Q.M.C., The Quartermaster Review, March-April 1953
  • Mike Conroy, War Stories: A Graphic History, Harper Design, 2009, trad. fr. La Guerre dans la BD, Eyrolles, 2011
  • Jean-Paul Gabilliet, Des comics et des hommes – Histoire culturelle des comic books aux Etats-Unis, Édition du Temps, 2005
    [Ouvrage épuisé. Il existe une traduction en anglais: Of Comics and Men: A Cultural History of American Comic Books, Jean-Paul Gabilliet (Author), Bart Beaty (Translator), Nick Nguyen (Translator), University Press of Mississippi, 2009]
  • Jean-Paul Jennequin, Histoire du Comic Book. Tome 1, Des origines à 1954, Vertige Graphic, 2002
  • David Kendall, The Mammoth Book of Best War Comics, Running Press, 2007
  • Jean-Noël Lafargue, Entre la plèbe et l’élite – les ambitions contraires de la bande dessinée, Atelier Perrousseaux , 2012
  • Vincent Marie (dir.), La Grande Guerre dans la bande dessinée de 1914 à aujourd’hui, Historial de la Grande Guerre et 5 Continent Édition, 2009.
  • Adam Riches, When the Comics Went to War, Mainstream Publishing, 2009
  • David Roach, Aarrgghh!! It’s War: The Best War Comic Cover Art, Prion, October 2007 ( with a foreword by James May)
  • Showcase Presents: Our Army at War Vol. 1, DC Comics, 2010
  • Michael Sledge, Soldier Dead: How We Recover, Identify, Bury, and Honor Our Military Fallen, Columbia University Press, 2005
  • Jay Winter, Entre deuil et mémoire : La Grande Guerre dans l’histoire culturelle de l’Europe, Armand Colin, 2008

Bases de données de comics (références et couvertures)

Sites de partage de comics

Merci à Bevin Alexander, Jovan Bogdanovic, Bob Deis, Grégory Divoux, Alain François, Michael Sledge pour leur aide.

  1. Pour aller plus loin sur l’histoire des comics, on consultera les ouvrages en français de Jean-Paul Gabilliet, Jean-Paul Jennequin, Jean-Noël Lafargue; pour ce qui concerne les war comics américains, voir ceux de Mike Conroy et David Roach, et enfin, pour les war comics anglais, le livre d’Adam Riches. Tous ces ouvrages figurent dans les références en fin d’article. []
  2. Titres édités par Charlton: Army Attack, Army War Heroes, Attack, Attack at Sea, Battlefield Action, Capt Willy Schultz, Captain Gallant, D-Day, Don Winslow of the Navy (devenu Fightin’ Navy), Fightin’ Air Force, Fightin’ Army, Fightin’ Five, Fightin’ Marines, Fightin’ Navy, Foxhole, Maco Toys, Marine War Heroes, Marines Attack, Navy War Heroes, Never Again, Soldier and Marine Comics (devenu Fightin’ Army), Special War Series, Submarine Attack, U. S. Air Force Comics, U.S. Marines, War, War and Attack, War at Sea, War Heroes, War Wings. []
  3. À titre d’exemple, voici une liste de titres français relevés sur le site BD-PF (petits formats): Air Man, Alerte, Attack, Banzaï, Baroud [galerie ici], Battler Britton, Bill Barness, Brûlant (Sgt Rock), CAP 7, Choc, Commando, Danger, Defi, Dynamic, Eclair, Feu, Furia, Le Grêlé 7/13, Hardy, Kamikaze, les Mercenaires, Navy, Panache, Patrouille, Ray Halcotan, Rush, Sergent Guam, Service Spéciaux, SOS (1ère série), Téméraire, Thierry, Toni Cyclone, Torpilles, Vigor, War, Wham, Yphon. []
  4. Pour en savoir plus, voir mon article La construction d’un symbole visuel américain et le résumé de mon intervention au séminaire La fabrication des images de guerres à l’époque contemporaine. []
  5. Liste de war comics américains (186): Aces High, Airboy Comics, Air Fighters Comics, Air War Stories, All American Men of War, All Out War, America At War, Army and Navy Comics, Army at War, Army Attack, Army in Action, Army War Heroes, Atom-Age Combat, Atomic Attack, Atomic War, Attack, Attack!, Attack at Sea, Battle, Battle!, Battle Action, Battle Attack, Battle Brady, Battle Cry, Battle Fire, Battle Heroes, Battle Report, Battle Squadron, Battle Stories, Battlefield, Battlefield Action, Battlefields, Battlefront, Battleground, Bill Battle The One Man Army, Blackhawk, Blazing Battle Tales, Blazing Combat, Boy Commandos, Camera Comics, Canteen Kate, Capt Willy Schultz, Captain Aero Comics, Captain Fearless Comics, Captain Flight Comics, Captain Gallant, Captain Savage, Captain Steve Savage, Combat, Combat Casey, Combat Kelly, Commander Battle and the Atomic Sub, Commando Adventures, Commando Comics, Contact Comics, D-Day, Devil Dogs Comics, Don Winslow of the Navy, Eagle Comics, Exciting War, Fight Comics, Fight the Enemy, Fightin’ Air Force, Fightin’ Army, Fightin’ Five, Fightin’ Marines, Fightin’ Navy, Fighting Fronts, Fighting Leathernecks, Fighting Undersea Commandos, Fighting War Stories, Fire Team, Formic Wars, Four-Star Battle Tales, Foxhole, Frontline Combat, Gangsters At War, G.I. Combat, G-I in Battle, G.I. Joe, G.I. Joe – A Real American Hero, G.I. Tales, G.I. War Tales, Guerrilla War, Headline Comics, Heroic Comics, Heroic Jet Aces, How Boys and Girls can Help Win the War, Jet Fighters, Joe Yank, Jungle War Stories, Maco Toys, Man of War Comics, Marine War Heroes, Marines at War, Marines Attack, Marines in Action, Marines in Battle, Men in Action, Men of War, Military Comics, Modern Comics, Monty Hall of the U.S. Marines, Navy Action, Navy Combat, Navy Heroes, Navy Patrol, Navy Tales, Navy Task Force, Navy War Heroes, Never Again, New Heroic Comics, Operation Peril, Our Army at War, Our Fighting Forces, Our Men at War, Rangers Comics, Rangers of Freedom Comics, Real Life Comics, Real War Stories, Savage Combat Tales, Sgt. Fury and his Howling Commandos, Sgt. Rock, Soldier and Marine Comics, Soldier Comics, Soldiers of Fortune, Sky Blazer, Space War, Special War Series, Star Spangled War Stories, Submarine Attack, Tailspin Tommy, Tales of G.I. Joe, Tales of the Green Beret, Tales of the Marines, Tell it to the Marines, The American Air Forces, The Fighting Man, The Fighting Yank, The ‘Nam, The United States Marines, This is War, Tom Mix Commandos Comics, True Aviation Comics Digest, True Aviation Pictures Stories, True Comics, True War Experiences, Top Notch Comics, Total War, Two-Fisted Tales, Undersea Commandos, U. S. Air Force Comics, U.S. Fighting Air Force, U.S. Marines, U.S. Marines in Action, U.S. Paratroops, U.S. Tank Commandos, War, War Action, War Adventures, War Adventures on the Battlefield, War and Attack, War Attack, War at Sea, War Battles, War Birds, War Combat, War Comics, War Dogs of the US Army, War Fury, War Heroes, War Is Hell, War Report, War Stories, War Victory Adventures, War Victory Comics, War Wings, Warfront, Weird War Tales, Wings Comics, With the Marines on the Battlefronts of the World, With the U.S. Paratroops Behind Enemy Lines, World War III, World War Stories, Yanks in Battle, Young Men on the Battlefield. []
  6. Liste de war comics britanniques (10): Action War Picture Library, Air Ace Picture Library, Battle Picture Library, Commando, War at Sea Picture Library, The Hornet, Jag, War At Sea Picture Library, War Picture Library, Warlord [DC Thomson]. []
  7. Communications personnelles, fin mai 2012. []
  8. Interrogé sur l’éventuelle diffusion des comics auprès des soldats, Bevin Alexander précise toutefois qu’il n’en a jamais vu. []

16 Reponses à “ Une recherche sur les war comics ”

  1. Merci Patrick pour ce billet génial ! merci d’exposer ta méthode si clairement, je trouve que c’est très précieux !

  2. Merci beaucoup pour ce bel article ! Cet élément visuel est en effet très intriguant et amène à se poser de nombreuses questions sur son utilisation et sa diffusion.
    En relisant La guerre des tranchées de Tardi, j’ai été surpris de trouver deux motifs similaires (page 121 de l’édition Casterman 1993, case 2). A l’arrière plan on distingue deux casques posés sur des fusils (piquets de bois?). On retrouve également ce motif dans Putain de guerre!. Ce qui amène deux questionnements: est-ce que Tardi répond à un certain symbole culturel de guerre et utilise une forme de war cross comme motif illustratif? Ou permet-il de penser que cette pratique (et donc par la suite son apparition comme symbole) serait apparue lors de la Grande Guerre? On sait à quel point Tardi donne beaucoup d’importance à la véracité historique et à quel point sa représentation de la Grande Guerre est méticuleuse.

  3. Patrick Peccatte le 25 juin 2012 à 10:53

    @Alexie & Adrien: Merci pour les appréciations.
    @Alexie: je crois en effet qu’un article d’investigation sur un corpus disposant de très peu de méthodes d’accès doit toujours exposer sa méthodologie, même si celle-ci est particulièrement fruste (comme c’est le cas ici).
    @Adrien: si tu as la possibilité de scanner le motif chez Tardi, çà m’intéresse beaucoup, je ne dispose pas des BD. S’agit-il d’un motif français, britannique ? Il existe quelques très rares photos du dispositif datant de la Première Guerre mondiale, dont certaines comme ici concernant un soldat français (peut-être d’ailleurs est-ce une construction réalisée par les britanniques car on ne retrouve plus le motif chez les Français durant les conflits suivants: Seconde Guerre, Indochine, Algérie). J’en connais d’autres près de tombes australiennes ou américaines, mais sans le casque. Les photos du dispositif durant la Grande Guerre semblent très rares, mais il est clair qu’il était connu à cette époque. Je pense néanmoins qu’il était très peu utilisé, toujours sur le champ de bataille en tout cas; il s’agissait déjà d’un hommage mais il n’avait pas valeur de symbole (tout cela, ce sont encore des intuitions…).

  4. Une cathédrale ! Merci Patrick !

  5. @Patrick. Je n’ai pas de scanner pour l’instant mais je m’occupe de la scanner le plus rapidement possible. Le motif dans la guerre des tranchées est vraiment intéressant parce qu’il semble être à la fois français et allemand: on distingue deux casques, un français et un allemand. Mais à mon avis il ne s’agit pas de fusils mais plutôt de piquets de bois. En tout cas je pense que c’est un élément funéraire.

  6. [...] représentations de la battle cross dans les bandes dessinées de guerre, voir l’article Une recherche sur les war comics. Voir aussi l’article du Dailymail du 11 novembre 2009. [↩]Beevor A., D-Day et la [...]

  7. [...] Productions graphiques. J’ai collecté quelques affiches datées nouvelles, mais surtout quelques war comics qui ne figuraient pas jusqu’à présent dans mon corpus. Le plus ancien actuellement repéré date de 1969. Ces comics sont malheureusement assez difficiles à retrouver car il n’existe pas de bases de données descriptives suffisamment précises. Il doit en exister beaucoup d’autres, et comme ces publications sont datées, elles aideraient probablement à mieux comprendre les évolutions et la diffusion du motif. Je soupçonne que ces comics ont grandement contribué à populariser le motif durant la guerre du Vietnam, mais ma recherche sur ce point n’est pas très avancée. Elle devra se poursuivre avec l’aide de collectionneurs de ce type de publications. Mise à jour du 26 juin 2012: voir l’article Une recherche sur les war comics. [...]

  8. @Patrick, j’ai mis ici(http://www.flickr.com/photos/adriengenoudet/)les deux images dont je parlais. Il me semble tout de même que ce ne sont pas, surtout pour le première, ce qu’on appelle des war cross, mais le motif est relativement semblable, surtout pour l’image 2. De plus, le dessin de Tardi est parfois “grossier”, en ce sens que ces traits sont épais. Je te laisse donc juge pour la deuxième image. Ce sont des photographies, d’où la qualité un peu médiocre.

  9. Patrick Peccatte le 28 juin 2012 à 10:18

    Merci beaucoup Adrien. En effet, pour moi ce sont des casques posés sur des bâtons (ou pieux) fixés verticalement en terre, c’est-à-dire des constructions différentes de la battle cross mais évidemment apparentées. Ce type de motif est attesté avec des casques allemands durant la Seconde Guerre mondiale. Il est possible qu’il ait été utilisé aussi durant la Grande Guerre côté allemand. La seconde image avec un casque français et un allemand côte à côte est très probablement une invention de Tardi, symboliquement très claire évidemment. Puis-je ajouter ces images à ma petite collection personnelle ?

  10. @Patrick, oui évidemment. Je suis à ta disposition si je dois modifier ou envoyer quelque chose…

  11. Patrick Peccatte le 28 juin 2012 à 17:50

    Merci Adrien. Si j’arrive à joindre Tardi, je lui demanderai des précisions…

  12. [...] bandes dessinées de guerre (war comics) ont pourtant utilisé le stéréotype de l’amazone guerrière sexy, résistante ou nazie. [...]

  13. [...] articles publiés sur ce blog – Une recherche sur les war comics et La déploration du super-héros – reposent sur l’examen attentif de plusieurs [...]

  14. [...] « Une recherche sur les war comics », Culture Visuelle, juin [...]

  15. [...] « Une recherche sur les war comics », Culture Visuelle, juin [...]

  16. [...] ville ordinaire de Superman, par Geoffrey Bonnefoy, Owni, 6 mars 2011. [↩]Voir les articles Une recherche sur les war comics (20 juin 2012) et Les stéréotypes visuels dans les war comics (5 février 2013). [...]

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