Le Poids de Paris Match

Par Audrey Leblanc - 19/07/2010 - 11:03 [English] [PDF] 

Goksin Sipahioglu – datée du 7 Mai 1968 dans la base numérique mais montrant des extraits de pages du Paris Match n°997 du 18 mai 1968

Cette photographie fait partie de la sélection des 400 photographies de Goksin Sipahioglu sur Mai 68 numérisées et exploitées par l’agence Sipa. Légendée “Affiches de Mai 68 sur les murs de l’Ecole des Langues Orientales. Paris, Rue de Lille, France – 7 Mai 1968″ dans la base numérique de Sipa, elle s’insère dans une série d’images situées effectivement dans les rues de ce quartier.

La date de la photographie est remarquable. Car cette image montre des séries de photographies montées et légendées : des mises en page qui sont celles du n°997 de Paris Match du 18 mai 1968. Aussi, contrairement à sa légende d’editing, cette photographie est nécessairement postérieure au 18 mai quand bien même elle montre des photographies, qui elles-mêmes montrent les événements du 6 mai – les affrontements autour de la Sorbonne –, publiées par Paris Match dans son édition du 18 mai.

PM 997 18 mai 1968 p. 58-59, p. 70-71, p.66-67, p. 60

Cette photographie raconte au moins 3 histoires: la datation des images en agences même soignée (car l’éditeur chargé du fonds et des expositions Goksin Sipahioglu à Sipa a travaillé avec grand soin et avec passion sur ces images) reste fragile et dépendante des connaissances historiques que ces professionnels de la photographie de presse se construisent ; dans un cas comme celui-ci (une image qui montre des images), les dates de prises de vue s’écrasent l’une l’autre ; Paris Match, enfin, est suffisamment lu et présent dans l’espace médiatique en 1968 pour qu’on décide d’en afficher des pages dans l’espace public. A défaut de chiffres précis sur le lectorat du magazine, ou son tirage ou ses chiffres de vente, cette photographie de Sipahioglu est un petit indicateur de la notoriété du magazine à l’époque.

4 Reponses à “ Le Poids de Paris Match ”

  1. A moins que le bouclage du reportage n’ait été effectué très en avance et que des épreuves aient filtré ? Ca s’est vu mais même dans ce cas, le 7 mai serait très probablement trop tôt. La photo ne permet pas de savoir s’il s’agit de la version publiée dans Match ou une version antérieure ? Il serait intéressant de savoir pourquoi la date du 7 mai a été retenue : il y a peut-être un autre raisonnement derrière ? On saura alors si cette date est manifestement fausse (très probable) ou pas. En comprenant où est l’erreur (plus que probable) on arrivera sans doute à comprendre mieux certains mécanismes de datation utilisés de nos jours.

  2. Bonjour, Paris Match sort un n° le 11 mai dans lequel il ne donne qu’une importance relative aux événements étudiants (reportage de quelques pages qui arrivent tard dans la pagination du magazine). Ce n° du 11 mai est prêt et ne peut pas réévaluer les événements étudiants à l’aune de la récente nuit des barricades (10-11 mai) qui est à l’origine d’un traitement privilégié de ces actualités dans le n° suivant, le fameux 997 du 18 mai. Du coup, je ne crois pas que le 7 mai, les maquettes de mises en page qu’on voit dans la photo de G. Sipahioglu, existent déjà. Par contre, il est possible qu’elles existent avant la publication du 18 mai, filtrent et soient accrochées après le 11 mai… mais c’est difficile à savoir, à moins d’interroger le photographe et de considérer comme fiables ses souvenirs…
    Pour ma part, ce que je retiens surtout, est non pas l’idée d’une “erreur” (je répète que les éditeurs travaillent avec soin d’une manière générale) mais bien plutôt la marge et l’alléatoire à laquelle l’indexation de la photographie en presse est inévitablement soumise. Ce qui engage à la recevoir avec beaucoup plus de prudence que l’évidence du document ou d’archive dont on nous parle souvent la concernant.

  3. Goksin Sipahioglu…C’est le fondateur de Sipa lui-même.