Manipuler l’image de presse?

Par Audrey Leblanc - 22/05/2010 - 13:18 [English] [PDF] 

Ce texte, écrit à 4 mains, et publié sur l’appareil des apparences, est le compte-rendu de notre intervention le 4 mai dernier à l’Atelier de recherche “Médias et sciences humaines et sociales”, à l’IFP.

“Deux débats de société ont agité le monde des images ces derniers mois, pointant du doigt la retouche, qui serait une atteinte à l’image photographique implicitement entendue comme document. […] Dans ces deux exemples, la façon de considérer et de réfléchir à la retouche repose sur une même conception de l’image photographique et se place sur le terrain de la morale. La retouche est considérée comme une attaque à celle-ci parce qu’elle porte atteinte à la supposée vérité de l’image photographique: on parle de «tromperies sur la nature», de manipulation.

Ainsi, la question de la déontologie est posée aux images isolées: celles-ci sont pourtant publiées dans un contexte précis, en général médiatique, au sein de dispositifs construits et savamment élaborés. L’implicite consiste alors à considérer que l’image photographique porterait une vérité en elle-même en dehors de tout contexte et de tout texte.

Ces implicites (l’image attachée au réel et l’image autonome) sont en effet systématiquement mobilisés dans les débats et les polémiques qui entourent l’image photographique mais sont rarement questionnés. […] C’est sur ces présupposés qui entourent l’image photographique et qui en conditionnent notre appréhension que nous avons choisi de revenir, en déplaçant l’usage du terme «manipulation». […] En manipulant – au sens propre – les numéros de magazine choisis […] Ces manipulations – manuelles – permettent de regarder l’image dans son contexte et dans la matérialité de sa diffusion.”

Lire ici…

Figure 1- Couvertures Marie-Claire mars 2010 ; Télérama hors série, printemps 2008

3 Reponses à “ Manipuler l’image de presse? ”

  1. Lucia Ulanovsky le 28/05/2010 à 19:50

    Les questions sur le N&B et la couleur soulèvent un sujet passionnant, il me semble qu’il y a peu d’études qui travaillent sur les couleurs dans la production d’images -photo ou cinéma-; à suivre, le débat sur les raisons techniques ou plutôt sur le choix dans la représentation, certes les deux aspects se rejoignent.
    Audrey, quand tu écrits à propos de la tension entre le texte et l’image et les contradictions des édito, cela m’a tout à fait envoyé à une édito qui figure dans une revue illustrée argentine sur l’événement El Cordobazo (mai 69). La revue avait consacré un énorme espace aux images, néanmoins la même revue avait présenté ce numéro spécial avec la phrase suivante : « Cette édition hors série a été consacrée à documenter –simplement- le climat de la ville de Córdoba lors des affrontements sanglants entre l’armée et les insurgés du front ouvrier-étudiant ».
    Le mot « simplement » vient remplacer le terme « photographiquement » n’est-ce pas?…

  2. Couleur/n&b, ce n’est pas simple, c’est vrai. Nathalie Boulouch a consacré plusieurs recherches à cette question ; plusieurs articles sont en ligne sur Etudes photographiques, par exemple.

    “simplement” = “photographiquement”? J’aime bien cet exemple dont tu nous avais parlé en atelier. C’est vrai qu’il est beau!!
    Je crois que l’équation est à inverser. Parce q’en la retournant, on retrouve le présupposé, à savoir: “photographiquement” serait égal à “simplement”.
    Mais l’argument est rhétorique et vient soutenir l’affirmation de “documenter” du début de la phrase.
    Magnifique exemple du soutien du discours à la crédibilité des images.

  3. [...] supone la idea de que la revista considera la fotografía como una forma exitosa para dar credibilidad al discurso sobre el acontecimiento. Esta última hipótesis se ve desmentida por la cantidad de recursos [...]