Deepwater : L’horizon en surimpression

17/06/2010
Yoann Moreau

Dans sa lutte pour responsabiliser BP, Obama mène une guerre médiatique et rhétorique. Ce faisant, le discours glisse de l’événement à sa fabulation1, c’est-à-dire à son inscription volontaire dans des référents mythiques. La dernière allocution du président américain, en usant pour référents, le 11 septembre et la notion d’épidémie, va dans ce sens (déjà amplement à l’œuvre  sur le web). Lire la suite

Partager :
  • Print
  • Digg
  • Sphinn
  • del.icio.us
  • Facebook
  • Mixx
  • Google Bookmarks
  • Blogplay
  • email
  • RSS
  • Twitter
  • Yahoo! Buzz
  1. Au sens de Derrida dans “Not apocalypse, not now”, diacritics, summer, 1984. []

À fond la forme !

11/06/2010
Yoann Moreau

Assis pour le café matinal, en terrasse du Nazir,1 rue des Abbesses, j’assiste à la énième ouverture d’une bijouterie dans le quartier. Elle jouxte « Le bar d’Opta », opticien qui expose sans parcimonie toute une ribambelle de lunettes solaires. J’observe ensuite le défilé de mode permanent dont cette rue est l’objet. Dans mon dos, sur un écran plasma grand format, les publicités rivalisent de couleurs et d’artifices pour habiller leurs produits selon le principe « l’habit fait le moine ». Je prends soudain conscience du décalage entre le monde qui m’est donné à voir ce matin et une science selon laquelle les apparences sont trompeuses et où, derrière la diversité des formes et des phénomènes se tapissent des lois immuables, simples et sans fioritures. La fracture m’apparait immense entre ce mode de connaissance où la primauté est donnée au fond et ce monde social où, de toutes évidences, la forme est première. Dans le premier cas, la transparence est postulée, dans le second le maquillage est de mise. Lire la suite

Partager :
  • Print
  • Digg
  • Sphinn
  • del.icio.us
  • Facebook
  • Mixx
  • Google Bookmarks
  • Blogplay
  • email
  • RSS
  • Twitter
  • Yahoo! Buzz
  1. Le  Nazir est un bar tabac de Montmartre,  mais c’est aussi, le nazirite, figure juive de l’ascète aux cheveux longs. Nous le verrons, je ne défendrai pas cette posture. []

Tchernobyl, c’est le paradis (des bêtes)

27/05/2010
Yoann Moreau

En décembre dernier j’étais le passager covoituré d’une expédition d’étudiants croates. Sur la route l’une des passagères me parlait de Tchernobyl et du “paradis pour animaux” que cette zone était devenue. Cela m’intriguait car lors de la rédaction d’un billet précédent j’avais déjà remarqué des photos de troupeaux de rennes étrangement associés à Tchernobyl. Arte vient de diffuser un documentaire (“Tchernobyl: une histoire naturelle ?“) habilement construit – et parfois pernicieux – sur ce phénomène. Voici des “morceaux choisis” du propos tenu Lire la suite

Partager :
  • Print
  • Digg
  • Sphinn
  • del.icio.us
  • Facebook
  • Mixx
  • Google Bookmarks
  • Blogplay
  • email
  • RSS
  • Twitter
  • Yahoo! Buzz

800 000 : La marée noire au litre

01/05/2010
Yoann Moreau

Un aspect remarquable dans le traitement médiatique de la marée noire est son unité de mesure. Pourquoi en effet annoncer en litres ce qui, dans des cas similaires (Amoco-Cadiz, Exxon-Valdez, Erika, etc.)1 fut évalué en tonnes ? Un rapide calcul2 restaure l’unité de référence.

800000 litres/jour = 688 tonnes/jour

Pour donner une idée, l’Amoco Cadiz ce fut 227 000 tonnes de déversées. A ce rythme, il faudrait donc une année (329 jours pour être exacte) pour répandre autant de pétrole que le naufrage du super tanker libérien. Pour rappel historique, le 3 juin 1979, déjà dans le Golfe du Mexique, l’explosion du puits de pétrole mexicain Ixtoc One, déversa un million de tonnes d’hydrocarbure dans la même région qu’aujourd’hui. De l’ordre du million de tonnes également, la marée noire dans le Golfe persique consécutive à la guerre du Koweït, en janvier 1991.

Aux vues des chiffres annoncés la marée noire qui menace actuellement les côtes américaines ne semble donc pas exceptionnelle et relève plutôt d’un jeu numéral sur les unités de mesure. Cela ne veut pas dire pour autant que ses conséquences ne seront pas catastrophiques étant donné la fragilité des écosystèmes concernés, en particulier le delta du Mississippi (Cf. “bye-bye bayou” publié sur Libération).

Partager :
  • Print
  • Digg
  • Sphinn
  • del.icio.us
  • Facebook
  • Mixx
  • Google Bookmarks
  • Blogplay
  • email
  • RSS
  • Twitter
  • Yahoo! Buzz
  1. Cf. Un bref historique dans Libé, en images dans Le Figaro, et celui très dense et excellemment référencé de Wikiédia. []
  2. Une tonne c’est mille kilos, la masse volumique du pétrole est de 860g/l. Mes conversions litres/jours -> tonnes/jours tiennent compte de ce rapport de masses. []

“Zones noires” : la tempête Xynthia

08/04/2010
Yoann Moreau

Nous savons depuis Naomie Klein que des Stratégies du choc sont à l’œuvre dans la gestion des catastrophes : des politiques, inacceptables en temps normal, semblent  des recours logiques en période de trauma post-catastrophe (par exemple suite à des attentats, des coups d’états ou des catastrophes naturelles).

La politique du gouvernement français en ce qui concerne les zones à risques révélées par la tempêtes Xynthia, semblent relever non pas d’une éventuelle “stratégie”1, mais d’une inaptitude structurelle à composer avec les catastrophes et le risque en général. Le recours à la tabula rasa est encore de mise, révélateur s’il en est, de l’incapacité à penser des architectures et des modes de vie locaux, adaptées aux zones à risque. L’homogénéité culturelle reste la règle. Du coup, le conseil des ministres à décider de définir des “zones noires”, totalement inaptes à la résidence humaine, plutôt que de réfléchir à des modes de vie et d’habitations alternatifs (par exemple des maisons sur pilotis au lieu de pré-fabriqués en rez-de chaussée sans étages, totalement inadaptés car indépendants du site de leurs “implantation”). Lire la suite

Partager :
  • Print
  • Digg
  • Sphinn
  • del.icio.us
  • Facebook
  • Mixx
  • Google Bookmarks
  • Blogplay
  • email
  • RSS
  • Twitter
  • Yahoo! Buzz
  1. La thèse de Naomie Klein est à ce titre controversée, du fait de son fond latent aux relents de théorie du complot []

War Game : Catastrophes et jeux vidéos

07/04/2010
Yoann Moreau

Capture d’écran 2010-04-07 à 18.52.57

La vidéo de guerre qui gêne l’armée américaine

La guerre, c’est parfois facile comme un jeu vidéo. (…) Comme dans un mauvais remake d’« Apocalypse Now », les occupants de l’hélico de type Apache lancent des « yeah » de joie quand leurs cibles sont touchées, et n’hésitent pas à ouvrir le feu sur des hommes visiblement désarmés qui viennent s’occuper des victimes du premier engagement1.

En dehors de l’aspect “bavure” et du comportement “enjoué” des militaires américains (qui, pour ma part, ne me surprennent pas plus que ça), ce qui fait sérieusement question est le lien profond entre catastrophes et jeux vidéos. Lire la suite

Partager :
  • Print
  • Digg
  • Sphinn
  • del.icio.us
  • Facebook
  • Mixx
  • Google Bookmarks
  • Blogplay
  • email
  • RSS
  • Twitter
  • Yahoo! Buzz
  1. extrait d’un article paru sur Rue89, voir également Keep shoot’n, Keep shoot’n!, de Jean-No : “Les images (…) montrent bien à quel point une vision lointaine — on voit les corps et les mouvements mais on ne distingue pas les visages ni même la nature des objets de manière précise — rend possible les actions les plus inhumaines.” []

Chili : l’imaginaire tsunamique en défaut

19/03/2010
Yoann Moreau

Tsunami Solaire. Trinity College DublinQuand on dit “Tsunami”, on imagine un raz-de-marée devancé d’une immense vague produite par une forte déflagration (séisme ou chute de météorite). On pense par exemple à La grande vague de Kanagawa, peinte par Hokusai, ou  à certaines images prises lors du séisme indonésien de décembre 2004.

Selon ce modèle imaginaire, la NASA et le Trinity College de Dublin ont qualifié de “tsunami solaire” la gigantesque éruption qui s’est produite le 19 mai 2007 à la surface du Soleil.

Si le tsunami qui s’est produit le 27 février au Chili, n’a pas fait parlé de lui, c’est peut-être parce qu’il était d’une autre forme. Il ne relevait pas de cet imaginaire. Pas de grande vague, pas de mur d’eau, mais une lente et inexorable montée des eaux – parfois sur plus de 10km – à l’intérieur des terres1. Ce tsunami était, une fois n’est pas coutume, lent et comme “tranquille”. Lire la suite

Partager :
  • Print
  • Digg
  • Sphinn
  • del.icio.us
  • Facebook
  • Mixx
  • Google Bookmarks
  • Blogplay
  • email
  • RSS
  • Twitter
  • Yahoo! Buzz
  1. Source locale : Alfredo Pena-Vega, chercheur associé du Centre Edgar Morin, sur place le jour du séisme. []