Séisme au Japon : gloire au Progrès ?

Explosion de l'enceinte externe du réacteur n°1 à Fukushima, samedi 12 mars 2011. (Kim Kyung-Hoon/Reuters)

S’appuyant sur l’exceptionnelle résistance de l’urbanisme Tokyoïte, Nicolas Demoran (Éditorial au Libération du 12-13 mars) conclut que c’est là  “la preuve que le développement économique est encore la meilleure arme pour limiter les conséquences d’un séisme“.

Ce  sursaut de glorification d’un mythe en crise est en passe de subir le pire des désaveux. Demoran oublie que cette même modernité, capable de construire des immeubles para-sismique et des toiles cybernétiques,  fonctionne à partir d’infrastructures à très fort potentiel de destruction et d’intoxication. Croire que la modernité est un moyen efficace de se prémunir contre les catastrophes, c’est aussi oublier que cette même modernité produit des catastrophes.

En fédérant les systèmes en macro-systèmes (les marchés en Marché, les ressources énergétiques en centralisations nucléaires, les zones habitées en mégapoles surpeuplées), le monde moderne fait aussi passer le régime de risque en mode majeur. Ce n’est plus seulement une “société du risque”, c’est une communauté de sociétés, dont les aléas, désormais agrégés les uns aux autres, sont susceptibles d’effets dominos et d’effondrements collectifs. Le risque n’a pas diminué, il a seulement changé de régime. La société humaine est, par bien des aspects, devenue mondiale. Du fait de ce nouvel ordre de grandeur, elle absorbe très bien les risques mineures (qui désormais n’y font plus événement) mais favorise structurellement, du fait de la mise en système de ses aspects économiques et énergétiques notamment, la formation de risques majeurs : les catastrophes.

Dans ce nouveau contexte géo-techno-éco-politique contemporain, les risques ne sont plus locaux ni mêmes nationaux mais inernationalisés : les crises économiques, écologiques, économiques, politiques et guerrières, ne concernent plus des villages, ni même des sociétés ou des régions du monde. Les crises aussi aussi se mondialisent.

Comme toute catastrophe, il y aura eu un "Avant". Avec le développement technologique (qui permet le développement de l'antisismique) viennent aussi des risques spécifiques.

Ce séisme au Japon peut ainsi amorcer une crise économique mondiale, avoir un impact écologique sur les temps longs à des échelles géographiques considérables : les particules radioactives pourront se retrouver dans les assiettes des générations futures sous forme de tranches de saumons fumés ou de sardines en boites. Ce ne fut pas le cas à Haïti, où les dégâts furent terribles et effroyables, mais  ne constituèrent pas une menace sur le macro système socio-économique et écologique. L’hymne aveugle au Progrès, si prompte à rejaillir dans son interminable agonie, ne peut – ne doit – pas faire l’impasse sur l’ensemble des attributs de la modernité : mise en réseau de l’ensemble  des sociétés humaines ; existence de points névralgiques dans ces réseaux.

Ces points névralgiques, points de sutures et de fragilités de la mondialisation, concernent notamment les productions énergétiques – centrales nucléaires, hydrocarbures et barrages1, les zones urbaines surpeuplées hypersensibles2 à toutes formes d’aléas – épidémies, contaminations, terrorisme, etc. – ;  ainsi que les flux économiques, dépendant du comportement de quelques places boursières.

Contrôle d'éventuelles contaminations radioactives, région de Fukushima (Kim Kyung-Hoon/Reuters

Non, vraiment, la technologie moderne ne peut revendiquer son efficacité à traiter des catastrophes car elle  en génère autant qu’elle en résout. Si aujourd’hui le Japon n’avait dû traverser qu’un séisme et un tsunami, malgré les ravages considérables qui leurs sont consécutifs, nous pourrions estimer cela comme relevant de l’impondérable. Mais la menace nucléaire, à quelques 200km de la zone urbaine la plus dense de la planète, regroupant près de 23 Millions de personnes, ne doit pas nous faire oublier que c’est là que se joue en ce moment la possibilité d’une catastrophe vraiment moderne (par son ampleur et ses répercussions). Le déplacement de près de 210 000 personnes donne déjà un ordre d’idée de l’envergure d’une menace qui pourrait n’en être qu’à ses prémisses.

C’est dans cette menace d’accident nucléaire que l’on peut observer la capacité destructrice des énergies auxquels nous devons avoir recours pour “vivre moderne”. Les risques que nos progrès technologiques permettent de maîtriser  semblent, en regard, bien dérisoires. Déjà l’invention de l’arme atomique, et sa prolifération tout au long d’une guerre non pas froide, mais en constant refroidissement, avait fait naître une menace d’amplitude effroyable (” l’hiver nucléaire “). Nous devons prendre conscience que l’accroissement de l’interconnexion et du développement technologique des sociétés humaines sont corrélatifs à un accroissement des régimes des risques encourus. Plus la mondialisation avance, plus les risques eux sont mondialisés.

Non, je ne peux soutenir que le développement économique est la meilleure arme contre les séismes. Non je ne crois pas au développement économique, ou bien seulement  de manière abstraite car – concrètement – il ne va jamais seul. Oui, l’idéologie du Progrès implicitement réactivée par Demoran est une contamination. Elle est malsaine, produit par une vue partielle et courte. Le développement économique vient nécessairement avec des infrastructures énergétiques et économiques qui nous menacent sur une trop grande échelle. Plus le nombre de personnes qui entrent dans la modernité s’accroît, plus l’échelle de risque afférente s’accroit également. Il s’agit de bien savoir quelle échelle nous pouvons supporter, sinon le vocable “catastrophe” sera lui-même dépassé. Je souhaite de tout cœur que les réacteurs de Fukushima n’entrent pas en fusion et me fasse mentir.

  1. Je pense ici en particulier au barrage des trois gorges qui, en cas de rupture, menace directement plusieurs dizaines de millions de personnes. []
  2. Rousseau déjà, lors du séisme de Lisbonne, en 1755, soulignait cet aspect : ”convenez par exemple, que la nature n’avait point rassemblé là vingt mille maisons de six à sept étages, et que si les habitants de cette grande ville eussent été dispersés plus également, et plus légèrement logés, le dégât eut été beaucoup moindre et peut-être nul” []

5 Reponses à “ Séisme au Japon : gloire au Progrès ? ”

  1. Pierre Sarrazin le 15/03/2011 à 04:19

    Merci pour cette expression précise de ce qui coule en moi actuellement en rapport a cette actualité radio active et face au défit que l’homme a cocréé. Le terme économique utilisé comme mantras par nos dirigeant de tout acabit nous fait occulté la réalité, nous naviguons sur un vaisseau (la terre) qui a ces limites, mais qui nous donne toutes les matériaux pour édifier une huminanité. Tout en noubliant pas les branches de tout les espèces vivantes…Qu elle beau défit que d’éclairé le chemin de la sagesse,,,plustot que la richesse

  2. (Paru sur Slate) : « Le bilan humain a l’air d’être bien pire que le bilan économique, nous devons nous en estimer heureux. Le bilan humain est tragique, nous le savons, mais les marchés, tous les marchés —pétrole, actions, matières premières, or— ne connaissent pas d’effondrement ou d’éclatement».
    Cette phrase du présentateur de CNBC Larry Kudlow crée la polémique aux Etats-Unis, où Vanity Fair ironise: «En ces temps économiques difficiles, n’est-il pas réconfortant de savoir que les catastrophes naturelles n’ont pas nécessairement un effet négatif sur votre portefeuille d’investissement?».

  3. “Fukushima sera désormais, après Tchernobyl, l’expression d’une défiance à l’égard de la toute-puissance du progrès technique, expression que l’anthropologue Alain Gras avait saisie tout entière dans le titre de son ouvrage « Fragilité de la puissance ».
    (F. Lemarchand, extrait de “De Tchernobyl à Fukushima : une pédagogie du désastre“, paru dans Les Echos)

  4. C’est le mythe du progrès et de la sécurité qui est en train de s’effondrer
    LEMONDE.FR | 25.03.11 |

    Parler de “société du risque mondialisé”, c’est parler d’une époque au sein de laquelle la face obscure du progrès détermine de plus en plus les controverses sociales. Que les plus grands dangers viennent de nous n’a d’abord été une évidence pour personne, et on l’a contesté ; or c’est un fait qui est en train de devenir la force motrice de la politique. Les dangers nucléaires, le changement climatique, la crise financière, le 11-Septembre, etc. Tout cela s’est produit conformément au scénario que je décrivais il y a vingt-cinq ans, avant même la catastrophe de Tchernobyl.

    A la différence des risques industriels des époques passées, ceux d’aujourd’hui ne connaissent pas de limites, qu’elles soient géographiques, temporelles ou sociales ; aucune des règles en vigueur ne permet de les imputer à quiconque, tant en termes de causalité que de faute ou de responsabilité ; enfin ils ne peuvent être ni compensés, ni assurés. Là où les assurances privées renoncent à protéger – et c’est le cas pour l’énergie nucléaire comme pour les nouvelles technologies génétiques – la frontière entre risques calculables et dangers incalculables ne cesse d’être franchie. Produits par l’industrie, ces dangers potentiels sont en outre externalisés par l’économie, individualisés par le droit, légitimés par la technologie et minimisés par les politiques. Bref : le système de réglementation qui doit assurer le contrôle “rationnel” de ces potentiels d’autodestruction en marche vaut ce que vaut un frein de bicyclette sur un jumbo-jet.

    Mais ne faut-il pas distinguer Fukushima de Tchernobyl ? Les événements qui se déroulent au Japon sont en effet issus d’une catastrophe naturelle et le potentiel de destruction qui y est à l’œuvre n’est pas la conséquence d’une décision humaine, mais d’un tremblement de terre et d’un tsunami.

    DES RISQUES LIÉS À LA DÉCISION

    La notion de “catastrophe naturelle” permet en effet d’indiquer ce qui n’a pas été causé par l’homme et dont il ne saurait être tenu, par conséquent, pour responsable. N’est-ce pas là toutefois une vision qui appartient aux siècles passés ? En lui-même, ce concept est déjà faux, puisque la nature ne connaît pas de “catastrophes”, tout au plus des processus soudains de transformation. Des transformations telles qu’un tremblement de terre ou un tsunami ne deviennent des “catastrophes” qu’en référence à la civilisation humaine. Par ailleurs, la décision de construire des centrales nucléaires sur des zones sismiques n’est sûrement pas un événement naturel – c’est une décision politique qu’il a fallu justifier en tenant compte des exigences de sécurité dues aux citoyens, et qu’il a fallu imposer à ceux qui s’y opposaient. En ce qui concerne non seulement la construction des usines nucléaires, mais également celle des immeubles de grande hauteur, et même le plan d’urbanisme dans son ensemble s’agissant d’une métropole internationale comme Tokyo (ce qui n’exclut pas les villes plus petites), les prétendues “catastrophes naturelles” se transforment en risques liés à la décision ; ceux-ci sont donc – au moins en principe – imputables à des décideurs. Ce que l’actualité japonaise permet de bien percevoir c’est à quel point ce qui est imputable à la nature et ce qui l’est à la technique et aux compétences humaines sont directement enchevêtrés l’un à l’autre.

    De manière très générale : on parle de “catastrophes naturelles” et de “dangers pour l’environnement” à un moment de l’histoire où n’existe précisément plus quelque chose comme une “pure nature” que l’on pourrait opposer à la technique et à la société. Ce que l’un – disons l’industrie chimique – pollue et que l’on appelle alors “environnement” est tout bonnement ce que l’autre – disons l’agriculture, le tourisme ou la pêche – a à offrir sur le marché.

    L’industrie nucléaire a appris quelque chose du mouvement écologiste : dans la course au refoulement des risques majeurs, on peut ne plus nier le “risque résiduel” – et on s’emploie à gagner un coup d’avance en noircissant les solutions concurrentes. Dans la surenchère des apocalypses possibles, la mise en scène publique des risques donne lieu à un jeu différé : plus je noircis le concurrent et plus j’éclaircis du même coup ma propre noirceur – jusqu’à la faire blancheur. C’est ainsi, paradoxalement, que l’aggravation du changement climatique a ouvert de nouveaux marchés mondiaux aux centrales nucléaires.

    La réponse aux risques modernes se trouvait dans l’assurance comme “technologie morale” (François Ewald). Nous pouvions ne plus être nécessairement asservis à la providence et aux coups du destin. Le rapport à la nature, au monde et à Dieu changeait : désormais, nous étions responsables de notre propre malheur, tout en disposant en principe des moyens d’en compenser les conséquences. C’est ainsi en tout cas qu’a fonctionné le mythe de la “vie assurée”, triomphant depuis le XVIIIe siècle dans tous les domaines.

    Il a réussi effectivement à faire que les anciens risques de l’époque industrielle ont été l’objet d’un consensus du fait qu’ils reposaient sur une sorte de suivi de précaution (incendie, assurance, prises en charge psychologique, médicale, etc.). Or si nous sommes choqués à la vue des images de désolation qui nous viennent du Japon, cela tient aussi à l’intuition, entre chiens et loups, dont elles s’accompagnent : il n’existe aujourd’hui aucune institution, ni réelle ni même simplement concevable, qui soit préparée au “plus grand accident raisonnablement prévisible”, aucune institution, par conséquent, qui puisse, à cette fin des fins, garantir l’ordre social et la constitution culturelle et politique.

    Bien des acteurs, en revanche, se spécialisent dans le déni du danger, désormais possible. En effet à la sécurité par le suivi de précaution s’est substitué le dogme sacré de l’infaillibilité. Chaque pays – en particulier naturellement la France, l’expert nucléaire Sarkozy sait bien cela – a le parc de centrales le plus sûr du monde ! Les gardiennes du dogme, ce sont la science et l’économie nucléaires, celles-là mêmes que l’on vient de prendre, sous les feux de l’espace public mondial, en flagrant délit d’erreur. A l’époque des événements de Tchernobyl (1986), Franz-Josef Strauss prétendait que seuls les réacteurs nucléaires “communistes” étaient susceptibles d’exploser – sous-entendu : l’Occident capitaliste développé dispose de centrales beaucoup plus sûres. Mais les avaries d’aujourd’hui se sont produites au Japon, pays high-tech, qui passe pour le mieux équipé et le plus sécurisé possible. La fiction selon laquelle, en Occident, nous baignerions dans la sécurité, a vécu. La simple question : “Que se passerait-il, si jamais…?” tombe dans le vide d’une absence de précaution. Aussi la stabilité politique dans les sociétés du risque ne tient-elle qu’à cette autre stabilité : se donner des raisons de ne pas envisager le problème.

    En tout cas, ce mythe de la sécurité de la rationalité technique est en train d’exploser aux yeux du monde entier, dans toutes les salles de séjour, avec les événements dramatiques de Fukushima. Quelle signification peut donc encore avoir une sécurité fondée sur la probabilité – et avec elle une analyse du risque fondée sur la technique et les sciences de la nature – quand il s’agit d’estimer l’accident le plus grave rationnellement prévisible, quand sa survenue laissera bien sûr la théorie intacte, mais aura annihilé toute vie ? Ce qui conduit à cette autre question : à quoi bon un système juridique qui réglemente dans le moindre détail les petits risques techniquement négociables, mais use de son autorité pour légaliser et faire supporter comme “risque résiduel” acceptable des dangers majeurs qui menacent la vie de tous ?

    C’est à la “girouette de l’atome” – figure assez bien incarnée par la chancelière Angela Merkel – qu’on appréciera le dilemme d’une politique pro-nucléaire. Comment une autorité politique peut-elle se maintenir quand il lui faut aller au devant de la conscience que ses électeurs ont des dangers en leur tenant des propos énergiques sur leur sécurité, et se mettre du même coup en situation permanente d’accusée virtuelle possible, sa crédibilité dans son ensemble étant remise en cause au moindre signe de catastrophe ?

    Que ce qu’il reste d’espoir au Japon réside précisément dans l’intervention des “forces d’autodéfense”, chargées de se substituer à un système de refroidissement défaillant en larguant de l’eau de mer depuis des hélicoptères, est plus qu’ironique – auto-défense ou défense contre soi-même ? Hiroshima fut effroyable – l’horreur absolue. Mais du moins était-ce l’ennemi qui avait frappé. Que se passe-t-il quand l’effroi provient de la zone productive de la société – et non de militaires ? Ceux qui mettent aujourd’hui la nation en péril, ce sont les garants du droit, de l’ordre, de la rationalité, de la démocratie elle-même. Quelle politique industrielle aurait-il fallu défendre, si le vent porteur du dernier espoir avait tourné et si Tokyo avait été contaminée ? A quelle crise de la technologie, de la démocratie, de la raison, de la société faudrait-il nous attendre ?

    Certains se plaignent de ce que les images traumatisantes qui nous viennent du Japon produiraient de fausses peurs et joueraient d’une “pseudo-science” de l’empathie. Mais c’est méconnaître avec une totale naïveté la dynamique politique inhérente au potentiel – généralement sous-estimé – d’autodestruction du capitalisme industriel triomphant. Bien des dangers – à l’exemple même des radiations nucléaires – sont en effet invisibles ; ils se dérobent à la perception quotidienne. Il s’ensuit que la destruction comme la protestation ne sont donc exprimables qu’au moyen de symboles. Le citoyen de base, qui, eu égard à des menaces échappant de toute façon aux sens, est culturellement dépourvu d’yeux, peut devenir “voyant” grâce aux images télévisées.

    La question de savoir s’il peut exister un sujet révolutionnaire capable de renverser le rapport de forces qui conduit à définir la politique du risque est une question qui tourne à vide (qui définit ce qu’est un risque sérieux et ce qui ne l’est pas ? Sur la base de quelles hypothèses cognitives ?). Les mouvements anti-nucléaires, la médiatisation des interventions critiques dans la sphère publique, etc., tout cela ne peut enclencher un retournement de la politique nucléaire – ils n’y parviendront pas en tout cas avec leurs seuls moyens. En fin de compte, s’il existe un contre-pouvoir nucléaire, ce n’est pas tant du côté des manifestants qui bloquent les transports de combustible qu’il faut le rechercher. Le fer de lance de l’opposition à l’énergie nucléaire réside… dans l’industrie nucléaire elle-même.

    Le mythe de la sécurité est en train de se consumer dans les images de catastrophes dont les exploitants nucléaires avaient catégoriquement exclu la possibilité. S’il est entendu, justifié, que les gardiens de la rationalité et de l’ordre légalisent et normalisent la mise en danger de la vie, alors les milieux bureaucratiques de la sécurité promise ont beaucoup de soucis à se faire. Il n’est pas faux, dès lors, de dire qu’à la question du “sujet politique” dans la société de classes correspond, dans la société du risque, la question de la “réflexivité politique”.

    Ce serait cependant une erreur d’en conclure que les Lumières sont entrées dans une nouvelle phase dont l’Histoire, dans sa grande charité, nous ferait l’offrande. On peut aussi préférer estimer, tout au contraire, que la perspective ici esquissée évoque le stratagème de marins qui voudraient évacuer l’eau qui envahit leur navire en perçant un trou au fond de la cale. Traduction Christian Bouchindhomme
    Ulrich Beck, sociologue allemand

  5. “En effet à la sécurité par le suivi de précaution s’est substitué le dogme sacré de l’infaillibilité.”
    J’ai gardé un souvenir ému d’une réunion anti-nucléaire à Jussieu dans les années 70 où des représentants de la CGT avaient expliqués que la sécurité des centrales nucléaires serait assurée en France le jour où ce serait comme en URSS les travailleurs qui assureraient la sécurité des centrales nucléaires.Ca n’avait pas convaincu les anti-nucléaires, mais personne n’avait pouffé.

    “c’est méconnaître avec une totale naïveté la dynamique politique inhérente au potentiel – généralement sous-estimé – d’autodestruction du capitalisme industriel triomphant.” Jusqu’à présent j’étais plutôt fasciné par la façon dont le capitalisme industriel (et financier) sortait renforcé de chacune des crises qu’il avait suscité. Est-ce que là aussi il faut s’attendre à un big bang qui ne laissera que des morts et des ruines?

    Merci pour cette traduction.

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