Palier le manque d'assurance des Gouvernements

Par Yoann Moreau - 06/11/2009 - 14:00 [English] [PDF] 

La Banque mondiale lance le programme MultiCat qui permettra aux gouvernements et organismes publics de s’assurer à un coût abordable contre les risques de catastrophes naturelles. La mise en place d’un mode d’assurance à l’échelle mondiale évoque quelque chose de très similaire à ce qui se produisit en Europe suite au tremblement de terre de Lisbonne en 1755.

Comme l’a montré Gregory Quenet, ce séisme fut l’un des premiers événements a avoir une envergure européenne et a très certainement été l’événement déclencheur des toutes premières politiques nationales à l’égard des catastrophes naturelles. Ce séisme fut en effet la première catastrophe naturelle perçue en tant qu’événement méta-étatique. Cela tient non seulement au fait que ses effets ont très largement dépassé la ville de Lisbonne (des tremblements de terre connexes ainsi que des tsunamis ont frappés toutes les côtes européennes et nord Africaines) mais aussi du fait des nouveaux moyens de médiatisations et de circulation de l’information. La nouvelle du séisme traverse l’Europe et vient coïncider avec des événements similaires s’étant produit ailleurs. Suite au séisme de Lisbonne en 1755, les tremblements sont aussi dans les esprits et les philosophes des Lumières (Rousseau, Voltaire, mais aussi Kant, Leibniz..) lui consacreront  des pages célèbres. Par ailleurs, les royautés européennes commencent à prendre en compte les impacts des catastrophes naturelles sur certaines villes. Pour la première fois ils acceptent d’exempter d’impôts des villes ayant eu à faire face à des inondations ou à des séismes. Face au premier événement ayant eu une échelle européenne, se sont donc développées les premières prises en charge étatiques des risques majeurs, de ceux ayant l’échelle d’une politique nationale. Il semble qu’il en soit de même aujourd’hui, à une échelle encore montée d’un cran : face aux premiers aléas perçus comme ayant une échelle planétaire, se mettent en place les premières politiques d’assurance par les organismes mondiaux (ici la Banque Mondiale) des États.
La Banque mondiale lance le programme « MultiCat »
Un nouveau programme d’émission d’obligations aide les gouvernements à s’assurer contre les catastrophes naturelles

Communiqué de presse n°:2010/100, Banque Mondiale

WASHINGTON, 19 octobre 2009 — La Banque mondiale (Banque internationale pour la reconstruction et le développement) a annoncé aujourd’hui le lancement du programme MultiCat, un programme d’émission d’obligations qui permet aux États et autres organismes publics d’avoir accès aux marchés financiers internationaux pour s’assurer contre les risques de catastrophes naturelles. Pour la première fois, un programme est spécifiquement mis au point pour aider les gouvernements des pays en développement à accéder à une couverture d’assurance sur les marchés financiers.

Le programme MultiCat permet à ceux qui y participent d’acquérir une assurance pertinente pour des risques multiples, plusieurs pays et régions. Les tremblements de terre, les inondations, les ouragans et les tempêtes de vent sont les différents types d’intempéries contre lesquelles il est possible de s’assurer. Le programme met en place un cadre opérationnel, juridique et de documentation commun pour l’émission d’obligations « catastrophes » futures qui porteront elles aussi le label MultiCat.

Le programme se distingue par sa flexibilité et s’accommode d’une large gamme de structures, notamment la mise en commun de risques multiples, pour tirer parti des avantages liés à la  diversification. L’un des principaux objectifs visés par la Banque mondiale à travers le programme est d’aider ses clients à obtenir un bon rapport coût-efficacité, en offrant aux investisseurs la possibilité de diversifier leurs portefeuilles par l’investissement dans des actifs indépendants d’autres actifs et en élargissant la base existante d’investisseurs détenteurs d’obligations « catastrophes ».

« Le programme MultiCat est un important pas en avant vers l’accroissement de la liquidité, notamment en réduisant les coûts de transaction et en offrant aux investisseurs qui détiennent des titres « catastrophes » les avantages de la diversification au regard des pays et des risques, » affirme Kenneth Lay, Vice-président et Trésorier de la Banque mondiale. « Nous pensons que cela se traduira par un bien meilleur accès à la couverture et à des conditions nettement plus bénéfiques pour les gouvernements et les autres organismes publics qui auront recours au programme pour gérer les risques de catastrophes, ce qui réduira l’impact financier et économique des catastrophes naturelles ».

C’est dans le cadre d’une collaboration étroite avec le Gouvernement du Mexique, l’un des émetteurs souverains les plus expérimentés du marché des obligations « catastrophes », que la Banque mondiale a élaboré le programme MultiCat. Le succès remporté par le Mexique au moyen de MultiCat en procédant à l’émission publique d’une série de titres d’un montant total de 290 millions de dollars constitue la  première du genre.

« Le partenariat établi entre le Mexique et la Banque mondiale au titre du programme MultiCat nous a permis, pour la première fois, de transférer efficacement sur le marché la couverture d’un ensemble de risques tels que les tremblements de terre et les ouragans ; et nous sommes très satisfaits des résultats obtenus, » déclare Alejandro Werner, Vice-ministre des Finances du Gouvernement du Mexique. « Nous sommes par ailleurs très fiers d’avoir contribué à la création de ce programme qui permet de donner à d’autres membres de la Banque mondiale l’accès à un nouvel ensemble d’outils de gestion des risques liés aux catastrophes ».

Le Département de la Trésorerie de la Banque mondiale s’est occupé du montage de cette opération et a désigné Swiss Re Capital Markets Corporation et Goldman Sachs comme co-chefs de file et responsables conjoints, et s’est attaché les services de Munich Re comme conseiller.

Le programme MultiCat élargit la gamme d’instruments proposés par la Banque mondiale pour financer la couverture contre les risques de catastrophe, y compris l’option de tirage différé en cas de catastrophe qui est une ligne de crédit permettant d’accéder directement à des financements à la suite d’une catastrophe naturelle ; et des services d’intermédiation pour la protection contre les risques climatiques et le Mécanisme d’assurance contre les risques de catastrophe dans les Caraïbes.

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