Vous reprendrez bien un portrait ?

Par Grégory Divoux - 3 octobre 2011 - 17:53 [English] [PDF] 

Le portrait semble être à la mode en ce moment en une de Libération. Après la série de Yann Rabanier sur les candidats à la primaire socialiste (analysée sur Culture Visuelle par Olivier Beuvelet et André Gunthert), c’est le portrait de l’homme d’affaire franco-libanais Ziad Takieddine qui illustre la une du numéro de samedi dernier du quotidien au losange. Un portrait posé réalisé par Frédéric Stucin à l’occasion d’un entretien accordé par l’homme d’affaire au journal. Un second portrait est d’ailleurs publié en page 3 à l’appui de l’interview.

Une et page 3 du numéro du samedi 1er octobre 2011 du quotidien Libération

Or au détour d’une recherche sur un tout autre sujet, je me suis rendu sur le site de son agence, l’agence M.Y.O.P., et je suis tombé sur la série complète de portraits réalisés par Stucin soit 14 images toutes diffusées par l’agence et disponibles à la vente (voir la série complète).

Série de portraits de Ziad Takieddine réalisée par Frédéric Stucin - agence M.Y.O.P. telle que présentée sur le site de l'agence le 3 octobre 2011

Malgré son caractère sommaire, je tenais à faire ce signalement dans la mesure où il permet de prendre conscience de la réalité d’un travail photographique de commande dans le domaine de la presse, à savoir la réalisation de plusieurs images plus ou moins différentes à partir desquelles les journalistes pourront construire leur article c’est à dire agencer l’information qu’ils cherchent à transmettre. Réalisée pour cet entretien en particulier, ce que souligne la légende de la photographie “Ziad Takieddine, vendredi à Paris”,  l’image de Takieddine n’en acquiert pas forcément pour autant le statut de document. Elle est utilisée à des fins purement illustratives, comme titre visuel chargé de capter de l’attention du potentiel lecteur voire d’en orienter la lecture. Et le photographe s’inscrit parfaitement dans cette économie de l’illustration photographique composant une série de portraits aux multiples variations laissant ensuite aux éditeurs le loisir de composer le “produit” final (aussi bien dans la forme que sur le fond). Le fait que l’agence diffuse la série entière, y compris les deux portraits déjà publiés par Libération, renforce ce statut purement illustratif de la photographie dans ce cadre-là, simple rouage d’un système d’énonciation qui la dépasse.

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18 Reponses à “ Vous reprendrez bien un portrait ? ”

  1. On peut noter également que toutes les photos de la série sont identiquement indexées avec les mots-clés “Takieddine, Ziad, affaire, franco, karachi, libanais, rétrocomission, takiedine, rétrocommission, vente d’armes, retrocommission, portrait”. Autrement dit, l’indexation est conçue pour que la série réponde même si l’on fait des fautes d’orthographe lors de la recherche. Petit exemple de surindexation habituelle avec les agences.

  2. Bien vu : tout comme le portrait est déclinée sous toutes ses formes visuelles pour pouvoir s’adapter aux différents contextes de publication, sa composante textuelle s’adapte aux aléas de la recherche par mots-clés…

  3. Bonjour Grégory,

    je me permets de réagir à votre article. Article que je trouve intéressant, ainsi que votre blog d’ailleurs.
    Je voudrais y apporter quelques précisions, en toute amitié:

    - “… à partir desquelles les journalistes pourront construire leur article c’est à dire agencer l’information qu’ils cherchent à transmettre.” À Libé, le journaliste ne choisit pas l’image, contrairement à d’autres rédactions où le journaliste choisira la photo qui illustre le mieux son papier. Ce qui peut nous donner une iconographie parfois limite, voir affreuse et idiote (ex: si le journaliste réalise un portrait d’un écrivain, qui vit à la campagne entouré de vaches…. il demandera expressément une photo avec des vaches, je caricature mais l’anecdote est vraie).
    À Libé donc, le choix photo se fait entre le photographe et l’éditeur photo, sans chercher l’illustration, en essayant de s’en éloigner (ce qui ne veut pas dire que ce but est toujours atteint).

    - “Elle est utilisée à des fins purement illustratives, comme titre visuel charger de capter de l’attention du potentiel lecteur voire d’en orienter la lecture.” : oui ….et non. La photo de presse peut effectivement servir à illustrer et à “aguicher”, c’est un fait (on peut penser aux unes des féminins, ou de certains hebdos et même de Libé, d’après André Gunthert (http://culturevisuelle.org/icones/2047). Mais elle peut aussi tout simplement informer. C’est ici le cas (enfin j’espère). Je suis chez cet homme, qui est au centre d’un scandale d’état. J’essaie de le montrer tel que je le perçois, dans son intérieur (qu’il me demande de ne pas photographier). J’essaie de raconter une histoire (même si je peux me tromper sur son sens). Je cherche un regard, un geste, une position qui va raconter l’homme…. (et c’est une science totalement inexacte). Je raconte ce qu’il me dit avant la séance… Et surtout j’affirme un point de vue.

    - Et je me dois de vous préciser cela: je n’ai donné à Libération qu’un choix restreint d’images, 9 au total (ce qui est beaucoup, j’en donne en général moins, mais cette journée était très remplie et je n’ai pu éditer que très rapidement, avant de passer à autre chose), celles qui sont sur ce fond uni. En hauteur et largeur (mais avec un environnement identique) pour adapter la photo à la maquette du journal, voilà pour les multiples variations. Libération n’a pas vu celles dans le jardin, et a rejeté rapidement celle sur le canapé rouge. Je n’ai donné donc que peu de variations aux éditeurs photos pour qu’ils composent le “produit final”. Et j’ai toujours été associé au choix final, dans la forme et dans le fond, mon point de vue a été respecté. Je ne pense pas avoir été qu’un simple presse-bouton.

    - J’ai effectivement réalisé d’autres portraits, que je trouve moins forts et moins intéressants. J’ai varié les cadrages, le fond, les expressions, j’ai essayé d’autres images, comme on le fait à chaque fois (si on nous laisse le temps) pour obtenir celle que je considère comme réussi et photographiquement et journalistiquement. Je les ai destinés à la vente d’archive, puisque ce personnage n’est pas photographié tous les jours, et qu’elles ont une « valeur ». Ce sont tout même des documents, plus ou moins forts ou intéressants, mais des documents. Je n’ai absolument pas cherché à illustrer bêtement un sujet et MYOP n’est pas une agence de stock type photolia (enfin… on essaie ;-) )

    Merci en tout cas de vous être intéressé à ce cas précis.

    Cordialement.

    Frédéric Stucin

  4. Bonjour Frédéric,

    Merci d’avoir pris le temps de lire mon court article et de le commenter. Et merci pour le compliment :)

    Vos précisions sont effectivement précieuses et permettent de bien mieux appréhender tout le travail entre le moment de la commande d’une photographie et sa publication finale.

    Je suis d’accord avec vous que ce portrait raconte quelque chose sur le personnage de Takieddine. Il m’avait d’ailleurs frappé dès samedi avant que je ne tombe par hasard sur la série plus large sur le site de MYOP. Je suis ainsi très loin de penser que votre travail n’est que le fruit du pressage du déclencheur ou encore que MYOP soit une agence de stock bête et méchante. Il y a réflexion au moment de la prise de vue et au moment de la mise en ligne par MYOP et c’est bien parce qu’il y a réflexion que vous déclinez le portrait sous différentes formes et que l’agence prend soin de multiplier les mots-clés dans les métadonnées : vous avez pleinement conscience des ressorts de la photographie numérique.

    Néanmoins les mécanismes à l’œuvre dans la photographie de presse sont forts, et c’est bien ceux-là que j’ai essayés de déconstruire à partir de cet exemple : la contextualisation inhérente à la publication d’une photo de presse en fait un objet construit qui interagit avec le graphisme, le contenu éditorial et la culture visuelle de tous les acteurs de la chaîne qui va de la personne photographiée au lecteur. Tout ceci interagit à plusieurs niveaux loin d’une théorie de la photographie qui en fait un pur document-vérité.

  5. En ces périodes un peu déprimées où on nous explique que toutes les photos se ressemblent, je trouve assez réconfortant que deux auteurs comme Yann Rabanier ou Frédéric Stucin puissent faire la une avec des photos qui répondent à des choix esthétiques assumés, différents, et qui n’ont rien à voir avec l’ordinaire des agences.

  6. @ Je trouve la réponse de Frédéric Stucin très intéressante parce qu’elle dit ce que disent beaucoup de photographes à propos de leurs images (qui, elles, ne “disent” rien, à proprement parler). Ils entendent en effet “raconter une histoire”, mais cette histoire se matérialise dans une image muette – certes légendée par la rédaction du journal qui la publie, mais alors les mots employés ne sont pas les leurs. Et si une seule photo finit sur la page imprimée – ce qui est le cas le plus fréquent dans la presse quotidienne -, quelle “histoire” parvient à ressortir d’une image unique ? J’ajoute que le temps imparti pour réaliser le portrait d’une personnalité qui fait l’actualité est généralement bref, sinon expéditif : il peu probable, dans ces conditions, que le photographe parvienne à “raconter l’homme” – ce qui signifierait quoi, d’ailleurs ?
    Bref, c’est un discours qui ne dit pas ce qu’il fait, ou alors qui exprime une certaine théorie de la pratique, du métier, voire son ambition, son idéal, si tant qu’il se produise effectivement des circonstances dans lesquelles le photographe pourrait l’atteindre. Je me demande si ce discours ne sert avant tout à maintenir la croyance dans l’intérêt du métier. Comme un effort d’auto-conviction.

  7. Pas d’accord avec Sylvain, dans ce cas précis. La photo de Une est suffisamment singulière et évocatrice pour, sinon “raconter”, du moins aiguiller sur certaines pistes…

    Je suis très mauvais en commentaire d’images, parce qu’aucune interprétation ne me paraît jamais totalement légitime ou objectivable – c’est pourquoi je me risque rarement à fixer mes impressions sur ce qui se passe à l’intérieur du cadre. Mais même sans rentrer dans le détail des sensations produites, il me paraît évident que le mouvement de tête vers l’arrière, le regard et la mine sévère, la découpe du profil et son éclairage brutal et précis, et même sa gamme chromatique aux tons dorés sont autant d’indications qui pointent vers un univers riche de connotations, et fabriquent une image qui est presque de la bande dessinée…

    Je veux bien qu’on préfère dénommer “storytelling” cette façon de pousser certains signifiants, c’est plus chic et plus à la mode – mais, Frédéric, je regrette, il s’agit très exactement d’illustration, non pas au sens de décoration visuelle qu’a pris cette expression dans la pratique photographique, mais dans son sens le plus précis selon lequel il y a une signification prédéterminée à donner à l’image, qui doit être conforme au monde imaginaire qu’évoque l’affaire “Takieddine”, et proposer l’incarnation de l’intermédiaire louche à l’ombre du pouvoir (la photo du même gars avec le sourire ne produit assurément pas du tout le même effet)…

    Je note avec intérêt la revendication d’un “point de vue” très personnel du photographe, qui est ici clairement auteur d’une image, de la même façon qu’un journaliste serait auteur d’un portrait écrit, qui serait bel et bien lu comme une interprétation singulière. On nage évidemment en plein paradoxe, compte tenu de l’objectivité par ailleurs revendiquée de l’exercice journalistique – qui n’en a pas fini de gérer ses contradictions… ;)

  8. @Sylvain “J’ajoute que le temps imparti pour réaliser le portrait d’une personnalité qui fait l’actualité est généralement bref, sinon expéditif : il peu probable, dans ces conditions, que le photographe parvienne à “raconter l’homme” – ce qui signifierait quoi, d’ailleurs ?”
    Le portrait raconte toujours une histoire, celle généralement très brève d’une rencontre avec la personne que le photographe a immortalisée.
    Si, la prochaine fois que tu passes par Paris, je te tire le portrait tu vas évaluer mon image en fonction de l’image que tu te fais de toi-même ou, si tu était une personne publique, de l’image de toi que tu veux donner aux autres. Mais même si tu n’es pas une personne publique, tu as une idée de l’image que tu veux donner aux autres, et le photographe est un autre.
    Le photographe est dans la même situation, mais en négatif (au sens photographique du terme). Si c’est une commande (du modèle ou d’un support de presse), il va devoir essayer de faire entrer son portrait dans cette commande. Si ce n’est pas une commande, il va te renvoyer l’image qu’il se fait de toi et de l’idée qu’il se fait de ce que c’est qu’un bon portrait. Dans la pratique, si tu vas chez 2 photographes, tu n’auras pas les mêmes images et chez chacun des photographes tu auras des images différentes en termes d’expressions, à la fois parce qu’il n’aura pas la même vision de toi et parce que, en raison de la relation qui se sera ou non créée pendant la séance, tu ne lui donneras pas les mêmes expressions.
    Le temps que tu vas consacré au rituel a beaucoup à voir avec l’affaire, mais en même temps ne nous garantit pas nécessairement que la photo sera meilleur. Si tu ne ne lui accorde que 5′, il sera tel le huron de Montaigne. Si tu lui accordes plusieurs heures, les photos seront différentes, pas nécessairement meilleurs. C’est la même problématique que lorsque l’on photographie une ville ou une région que l’on découvre ou que l’on connait. Les photos seront différentes. Mais en même temps je ne suis pas certain que la connaissance du terrain génère nécessairement des images plus intéressantes que celles que l’on va réaliser en raison de l’émerveillement de la nouveauté. C’est juste différent.
    @André ” On nage évidemment en plein paradoxe, compte tenu de l’objectivité par ailleurs revendiquée de l’exercice journalistique” Euh là tu pousses un peu André. Il n’y a plus que Fox-News qui prétend être “fair and balanced”.

  9. @ Thierry : D’accord avec toi sur ce qui se joue dans un portrait en termes d’image, mais je ne raccorde pas facilement ces jeux sur la forme avec l’intention ou la réalité d’une “histoire” que le portrait serait censé raconter. Je reste sceptique. En revanche, lorsqu’un photographe déclare que ses images racontent une histoire, il se positionne résolument dans le champ de compétence du journalisme en revendiquant sa part d’écriture : cette ambition me paraît significative.
    Enfin, quand j’évoquais le temps limité dévolu ordinairement à la réalisation des portraits de presse, je ne signifiais pas que plus de temps donnerait de meilleures images. Je me demande simplement quelle histoire on peut bien raconter en passant seulement quelques instants avec une personnalité rompue aux jeux d’images. Mais là encore, le photographe a probablement besoin de croire qu’en toute circonstance, il pourra en tirer une histoire digne d’intérêt.

  10. “Je me demande simplement quelle histoire on peut bien raconter en passant seulement quelques instants avec une personnalité rompue aux jeux d’images. Mais là encore, le photographe a probablement besoin de croire qu’en toute circonstance, il pourra en tirer une histoire digne d’intérêt.”
    Je manque à n’en pas douter d’objectivité, car je fais aussi parti de ces photographes qui ont probablement besoin de croire qu’en toute circonstance, ils pourront en tirer une histoire digne d’intérêt. :)
    Mais est-ce qu’inversement ta suspicion ne ne provient pas de ce que étant universitaire, tu associes nécessairement toute création digne de ce nom au travail, à la durée et à l’effort?

  11. @ Thierry : Non, je ne crois pas qu’à mes yeux la durée et l’effort soient les critères déterminants. Je m’interroge simplement sur un hiatus : qu’un photographe affirme qu’il pourra toujours tirer d’une séance de pose, si courte soit-elle, une image digne d’intérêt ne me choque pas car c’est bien là le produit fini qu’on attend de lui. Mais une histoire…, alors que ce n’est pas son registre. C’est sur ce déplacement que je m’interroge. Je le mets en lien avec le nombre croissant de photographes qui aujourd’hui écrivent autant qu’ils photographient, dans la lignée de Depardon. Travaillant dans l’orbite des médias qui, malgré l’importance prise par les images, restent dominés par le texte ou la parole, cette envie de parler de raconter quelque chose ne me surprend pas, mais il me semble qu’elle modifie la posture du photographe dès l’instant de la prise de vue. Photographier pour raconter une histoire ou pour produire une image ne me paraît pas engager la même démarche.

  12. Tout dépend de ce que l’on appelle une histoire Sylvain.
    Tous les ans, je réalise une carte de voeux destinée à mes clients et à mes amis qui se compose d’une photographie et d’une légende/commentaire supposée évoquer l’année passée ou l’année à venir selon mon inspiration. Je suis totalement dans la photo d’illustration parce que généralement j’utilise une image extraite de mes archives qui n’a pas été réalisée à cette intention et que lorsque la photo a été réalisée à cette intention, elle est réalisée pour illustrer le commentaire. Je suis toujours surpris, agréablement, par les histoires que les destinataires de mon image découvrent dans mon image. Histoires que je n’avais pas le plus souvent imaginées.
    Le caractère polysémique de la photo fait qu’elle nous raconte toujours non pas une mais des histoires. C’est sans doute d’ailleurs ce qui explique que les photographes, frustrés par ce caractère polysémique, vont souvent vouloir utiliser le texte et la parole pour donner à voir leurs images. Depardon en est un bon exemple. En passant au cinéma, il peut utiliser la continuité narrative propre à l’expression cinématographique.
    Ne penses-tu pas que la production d’une image publicitaire est un bon exemple de ces histoires que l’on cherche à nous vendre au travers d’une photographie?

  13. D’accord avec Sylvain: il y a par principe une contradiction théorique à appliquer stricto sensu la dimension narrative à l’image. Ce qui est intéressant, c’est l’émergence du terme de “storytelling” (désormais très employé par les photographes) pour qualifier ce qui n’est pas une narration mais plutôt une évocation. Dans “raconter une histoire”, expression métaphorique, “raconter” est peut-être plus important qu’”histoire”: ce qui compte est d’éveiller par projection et association, en jouant notamment des effets de contexte, une sémiogenèse dont l’image n’est que le point de départ. C’est effectivement le principe fondateur de l’usage des images en publicité. Quoiqu’en dise Thierry, il est paradoxal de voir aujourd’hui cet usage se déplacer et être revendiqué sur le terrain du journalisme. C’est en tout cas un phénomène récent. La vogue du storytelling aurait profondément décontenancé Cartier-Bresson, qui évolue encore dans une logique essentiellement graphique et compositionnelle.

  14. Tout à fait d’accord avec André.
    Thierry, une photo peut se “prêter” à une histoire, une interprétation, et d’ailleurs nous passons notre temps à projeter nos propres histoires sur les images qui nous passent devant les yeux. Mais l’image, elle, ne raconte rien. Difficile de sortir de là.

  15. @André “J’avais surtout le désir de saisir en une seule image l’essentiel d’une scène qui surgissait. Faire des reportages photographiques, c’est-à-dire raconter une histoire en plusieurs photos, cette idée ne m’était jamais venue; ce n’est que plus tard, en regardant le travail de mes amis du métier et les revues illustrées, et en travaillant à mon tour pour elles que peu à peu j’ai appris à faire un reportage.”Images à la Sauvette” Henri Cartier-Bresson.
    Alors c’est vrai que HCB oppose l’image isolée qui doit saisir l’essentiel d’une scène au reportage qui lui permet de raconter des histoires, mais dans le storystelling il n’y a que l’utilisation d’un mot anglais qui est réellement récente.

  16. @Thierry: Non, je ne suis pas du tout d’accord avec toi. Enregistrer l’événement, comme un miroir fondamentalement passif, ce qui est le sens de L’Instant décisif, est le coeur de la doctrine du photographique classique, et la raison pour laquelle le photojournalisme en est considéré comme le sommet (et accessoirement la publicité comme une pratique exclue). Rien, dans La Chambre claire, qui résume ce paradigme, n’envisage la photo sous l’angle du storytelling. Dans la phrase que tu cites, non seulement “raconter une histoire” ne veut pas dire la même chose que dresser le décor d’une évocation, mais Cartier-Bresson n’imagine même pas que ce soit possible avec une seule photo: on est aux antipodes. (C’est un peu dommage de troller le billet de Gregory sur un point aussi crucial. Vaudrait mieux transporter cette discussion dans un lieu plus approprié, comme un billet “photographie et publicité”…)

  17. [...] C’est la suite de la discussion qui trollait le billet de Gregory Divoux: Vous reprendrez bien un portrait ? [...]

  18. [...] emploient aujourd’hui couramment les expressions de “storytelling” ou “raconter une histoire” pour exprimer l’idée de faire passer par l’image un message éditorial prédéterminé. [...]