Friends

Par André Gunthert - 17/09/2011 - 13:17 [English] [PDF] 

On n’en attendait rien. Ne les connaît-on pas déjà, les candidats de la primaire du PS, et ne sait-on pas d’avance ce qu’ils vont dire? Aussi pouvait-on prophétiser gravement, tel le devin Pierre Marcelle, que «le venin de la personnalisation, sinon de la débilitante pipolisation» allait emporter le premier débat télévisé des primaires, jeudi soir sur France 2, dans les méandres de l’insignifiance. Le lendemain, plusieurs journaux reprenaient l’antienne des “divergences” et voulaient croire au scénario de l’”affrontement”. Ben quoi, c’est pas une primaire? Et ne vendrait-on pas plus de papier avec bisbilles, croc-en-jambes et chicanes que par mer lisse et calme plat?

Raté. Parmi les images mobilisées par le décor de l’émission, aux côtés des inévitables reprises sur grand écran du live, il y eut cette drôle d’idée d’ajouter divers portraits et photos des candidats en situation, qui apparaissaient en incise façon diaporama de site de campagne. Et bien sûr, dans le lot de ces illustrations souriantes, il y avait la mosaïque composée par les 6 portraits des candidats en gros plan. Au fur et à mesure que l’émission s’avançait, la ponctuation régulière de ce patchwork apparaissait comme le rappel de celui des friends sur Facebook.

La démonstration produite par le débat aura bien été celle de la compatibilité et, quoiqu’en dise Marcelle, de la camaraderie de responsables que ne séparent que des nuances. Après dix ans du spectacle des haines recuites, des coups tordus et du caporalisme de la droite, la bonhomie des socialistes avait certes un côté un peu bisounours, mais donnait aussi l’impression d’avoir vraiment changé de film.

Au final, il n’apparaissait plus si crucial de trancher entre Martine et François, de soutenir Ségolène ou Arnaud. Devant l’esquisse de gouvernement qui se dessinait sous nos yeux, plutôt que des divergences individuelles, on voyait apparaître une ébauche d’équipe, qui semblait finalement le meilleur antidote contre le césarisme de la Cinquième.

Le scénario de l’élection impose le volontarisme et la personnalisation – deux traits contre lesquels le corps électoral est désormais vacciné. Puisque, nous le savons tous, l’alternance ne modifiera qu’à la marge la doxa qui règne sur les affaires publiques, la péripétie présidentielle, désormais infiniment moins décisive qu’il n’y paraissait en 2007, avait jeudi soir des allures d’affaire classée. Ce qui ne fait assurément pas celles des médias, qui comptent sur l’échéance pour se refaire une santé. Il se pourrait que ce calcul s’avère nettement moins payant cette fois-ci.

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