François Arago, Textes de Monique Sicard, Photo Poche Histoire, Actes Sud, 2012

La collection « Photo Poche » s’enrichit avec un portrait sensible du « brillant scientifique » François Arago, « physicien de la lumière », « promoteur passionné de la photographie naissante », « arbitre du monde savant » et « grand expérimentateur ». Monique Sicard, chercheur CNRS à l’ITEM, spécialiste tout à la fois de la photographie et des sciences a retranscrit l’impact et la force des actes de cet immortel ayant œuvré pour le bien public. Cet humaniste et homme politique républicain a prononcé soixante-six discours entre 1831 et 1848 à la Chambre des députés, pour défendre successivement les machines à vapeur, chemins de fer, chaux et mortiers hydrauliques, télégraphes électriques, etc… Soient autant de moyens d’affirmer l’élan technique d’une modernité encore porteuse d’espoir dans une société marquée par les difficultés économiques et sociales. Le 19 août 1839, il marque l’Histoire en divulguant les secrets de fabrication du daguerréotype, suite à un accord passé avec le gouvernement, dévoilant un mystère qui révolutionna notre vision du monde. Estampillant cette invention « fabrication française », il prend soin d’expérimenter lui-même la conception de cette nouvelle « lunette de Galilée ». L’histoire naturelle et l’astronomie s’emparent dans les années suivantes des apports de cette découverte universelle. Le livre de Daguerre expliquant les procédés photographiques fut traduit, durant l’année 1839, en huit langues.

Monique Sicard met en lumière l’imbrication qui existe entre vie scientifique, artistique et politique, montrant les étapes et les évolutions d’un parcours exceptionnel. Enfin, elle fournit une histoire illustrée du daguerréotype après en avoir expliqué les processus de création. Des expérimentations de Niépce (1823-) à celles de Blanquart-Evrard (1851-) se dessine progressivement en creux une époque habitée par une croyance en l’avenir. Chacune est accompagnée d’une notice claire et précise spécifiant la genèse de ces images et identifiant les personnages. La diversité des sujets (natures mortes, portraits, édifices architecturaux, vues microscopiques) ainsi que l’évolution des techniques (héliogravures, cyanotypes, positifs directs et surtout daguerréotypes divers) sont présents. Plusieurs images emblématiques sont ainsi abordées, notamment l’Autoportrait en noyé d’Hippolyte Bayard (1840), l’Etude de nu de Charles Nègre (n.d.) ou l’interprétation du Colosse occidental de spéos de Phré à Ibsamboul de Maxime Du Camp (1850), voire le Portrait de Balzac par Bisson (1842). C’est toute l’atmosphère d’une époque, celle du Crystal Palace, qui transparaît au fil des pages.

Le récit rocambolesque et prophétique de L’Aventure de la Méridienne (1804-1809), ainsi qu’une biographie et une bibliographie clôturent cet ouvrage.

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