Crise de la presse écrite or not ?
A partir de l’étude “Chiffres clés de la presse, résultats détaillés 1985 à 2007″ de la Direction générale des médias et des industries culturelles, j’ai réalisé quelques graphiques afin d’observer l’évolution comparée de certaines caractéristiques de la Presse féminine, des News magazines et de la Presse nationale d’information générale et politique.
On voit, à partir de cette première comparaison, que le nombre de titres de Presse féminine augmente beaucoup plus que ceux des News magazines ou de la Presse nationale IGP. On passe de 48 à 139 titres sur la période. Le nombre de titres de News reste stable pendant que celui de la Presse nationale Igp augmente légèrement.
En parallèle, on observe une baisse de diffusion pour la Presse féminine et La Presse nationale IGP et une légère augmentation pour les News magazines.
En comparant les deux graphiques, on note un paradoxe : Presse féminine et Presse nationale IGP perdent en diffusion alors que le nombre de titres augmente.
En ce qui concerne les chiffres d’affaires, on remarque une certaine forme de stabilité pour les trois catégories.
La Presse féminine a de plus en plus de titres, de moins en moins de diffusion mais garde un CA constant.
On remarque, pour la Presse nationale IGP, une courbe plus accidentée avec deux pics autour de 1990 et 2000. On comprend en partie ces deux pics en regardant les graphiques suivants : ils correspondent l’augmentation des ventes d’espaces publicitaires.
En observant la répartition des gains, plusieurs choses sont à noter. Les News magazines passent de près de 55 % de leur CA issu de la publicité à près de 35 %, ce qui constitue une chute importante.
Pour la Presse féminine, la courbe marque une moyenne du chiffre d’affaire issu de la pub autour de 40% mais on voit bien qu’avant 1996, le CA vient à moins de 40% de la pub tandis qu’après cette date, à plus de 40%.
Pour la Presse nationale IGP, on voit que le CA vient pour plus de 40 % de la publicité (petites annonces comprises) mais de manière non linéaire.
Il ressort également de cette comparaison que la presse féminine jusque 1996 n’est pas la type de presse qui tire sa plus grande partie de CA de la publicité.
A partir de 2002-2003 les trois courbes se superposent et baissent autour de 2006-2007 marquant une certaine crise de la publicité.
En regardant l’évolution des frais de fabrication pour nos trois catégories, on peut observer une baisse générale de ceux-ci, ce qui explique a priori le maintien du CA en dépit de la baisse générale de diffusion.
Ces différentes observations nous permettent de comprendre plusieurs phénomènes, mais surtout démentent assez clairement la crise de la presse écrite énoncée aujourd’hui puisque même si la diffusion baisse nettement les CA continuent d’être stables.
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Voici quelques éléments pour mieux comprendre les chiffres de l’enquête, ils sont issus du chapitre “méthodologie et nomenclature” de l’enquête.
La diffusion totale : Somme en nombre d’exemplaires des ventes au numéro, des ventes par abonnement et de la diffusion gratuite. La différence avec le tirage représente les invendus.
Chiffre d’affaires : Ensemble des recettes d’un titre, commissions et rémunération d’intermédiaires non déduites. Somme des deux termes précédents.
Recettes des ventes : Somme des déclarations de recettes de vente (au numéro et par abonnement), recettes incluant les commissions à la distribution et aux agents de la vente et exprimée “Hors-TVA.
Recettes de publicité : Somme des déclarations de recettes de publicité et d’annonces incluant les commissions et rémunérations d’intermédiaires et exprimée “Hors-TVA” (y compris petites annonces et annonces judiciaires et légales).
Frais d’achat de papier : Somme des déclarations de frais (“Hors-Taxes”) d’achat de papier utilisé pour l’impression des publications de la catégorie et exprimée en pourcentage du total des charges.
Frais d’impression : Somme des déclarations de frais (“Hors-Taxes”) de composition, clicherie, tirage, brochage des publications de la catégorie (frais de main d’oeuvre inclus).
Presse nationale d’information générale et politique : Publications apportant de façon permanente des informations et des commentaires sur l’actualité politique et nationale. Cette catégorie comprend les quotidiens nationaux, les grands hebdomadaires et les magazines d’information.















Quel boulot…
Concernant la presse dite féminine, le quasi triplement en vingt ans est impressionnant.
Tu as réussi à démêler l’écheveau de ses causes?
Mon hypothèse est le développement des industries cosmétiques, mais il faut encore le prouver… ^-^
Tu as sûrement raison, mais je ne suis pas sûr que cette raison soit ni suffisante ni la seule. Je serais par exemple curieux de voir en parallèle l’évolution de la presse people (je t’entends d’ici…;-).
Le cri de la courbe, y’a qu’ça d’vrai…
Il y a des bizarreries: les News mag ne comprennent pas Paris-Match ni VSD (intégrés à la presse nat iGP), mais sont compris dans la presse nat IGP???
La presse féminine n’a pas à rougir du ratio CA exemplaires vendus/CA publicité. Pourquoi est-ce que l’on ne retient généralement que la pub lorsque l’on parle de la presse féminine? La publicité n’est pas un apostolat. Je suppose que le retour sur investissement est identique dans la presse féminine, dans les news et dans la presse quotidienne pour les annonceurs. Alors vision machiste de la presse féminine, surestimation de l’influence de la pub sur les contenus éditoriaux de la presse féminine ou sous-estimation de l’influence de la pub dans la presse généraliste et les news?
@Didier: bien sûr, je suis tout à fait d’accord, il s’agit bien d’un phénomène multi factoriels dont tous les fils ne sont pas tirés ! du boulot encore
Pour le lien avec presse people, c’est en effet quelque chose qu’il faut regarder de plus près.
@André: oui tout à fait bizarre, ça reste une question pour moi aussi, et la réponse n’est pas dans l’introduction de l’étude, j’attends de pouvoir rencontrer quelqu’un de la ddm pour m’expliquer tout ça !
@Thierry: vous avez du lire trop rapidement ou surinterpréter mes propos, car vous m’accusez d’un jugement que je ne porte pas. Je ne juge pas le rapport de la pub et de la presse féminine, je le remarque et en montre les différents aspects. D’autres part, s’intéresser à un sujet ne veut pas dire qu’on ne regarde pas les autres, ne vous en faites pas je ne sous-estime pas “l’influence de la pub sur la presse généraliste et les news”. Et en ce qui concerne “la vision machiste”, je ne sais pas où vous l’avez lue mais pas chez moi.
@Alexie Ce n’était pas une critique bien au contraire. Je suis avec intérêt vos billets sur la presse féminine sur Culture Visuelle.
Cette réaction ne visait pas d’ailleurs spécifiquement Culture Visuelle. A force de lire des billets sur la Presse Féminine portant très souvent sur la relation/confusion entre la publicité et la ligne éditoriale, j’en étais venu à imaginer que cette presse dépendait également économiquement plus de la publicité que les autres supports.
“L’appareil des apparences” et vos courbes m’ont montré que j’avais tort. Ca n’en rend d’ailleurs cette proximité que plus intéressante à analyser. Si cette proximité n’est pas imposée par les annonceurs, c’est que ce sont les journalistes qui la recherchent. Ce ne serait pas la publicité qui interviendrait sur le rédactionnel, mais l’inverse.