ou La Liste des services que doit rendre un réseau vraiment libre.
Eben Moglen est professeur de droit à l’université de Columbia et avocat conseil pour la FSF (Free Software Fondation). Il est aussi le fondateur depuis le 5 février 2011 de la FreedomBox Foundation.
Son discours donné à Bruxelles le même jour, lors de la conférence FOSDEM (Free and Open Source Software Developers’ European Meeting – le grand raoût du logiciel libre), a enthousiasmé non seulement les geeks présents, mais également les journalistes curieux (New York Times du 17/02/11, le site en ligne Numerama), le bon peuple et, je le suppose puisque ça les concerne, les politiques.
Son constat, simple, pointe le paradoxe de ces mouvements politiques mondiaux, capables de transformer la vie de millions de personnes et qui repose sur des bases bien fragiles, par exemple, le courage de M. Zuckerberg ou la bonne volonté de Google de résister à un pays, quand le pays est un puissant partenaire économique et qu’on ne peut se permettre d’insulter.
La solution réside dans le “mesh networking” ou réseau en maille. Toutes les communications passeraient dans un boîter en P2P, sans fil et sans FAI, la FreedomBox. Celle-ci est disponible au prix de 99$, mais le prix pourrait descendre rapidement à 29$. De plus, toutes vos données personnelles, au lieu d’être dans le “cloud”, c’est-à-dire hébergées dans les data centres américains, pourraient être conservées sur cette “boîte”, qui ressemble à un chargeur de téléphone.
Les logiciels de la FreedomBox, libres bien évidemment, comprendraient les services d’un réseau social vraiment sûr, des sauvegardes encryptées sur les FreedomBox de vos amis, un contournement si votre FAI commence à limiter votre bande passante, une publication vraiment anonyme transmettant les communications des personnes vivant dans des zones censurées, un réseau domestique protégé des attaques, des emails encryptés et décryptés facilement, de la VOIP protégée.

A quoi ressemblerait une FreedomBox
La Fondation devait lever 60.000 $ en 30 jours pour commencer les travaux sur le développement de ces logiciels. Elle a déjà atteint son but avec 25 jours d’avance.
En dehors de la partie geekique (ou geekesque, la graphie n’est pas encore définitive), c’est surtout le discours humaniste et droit-de-l’hommiste (graphie tout à fait officielle, vérifiez le dictionnaire) qui porte le plus loin. Non, Wikileads n’est pas un instrument de terrorisme, il a juste permis d’amener certains peuples à la conscience, et la conquête de la liberté pendant les périodes de chaos dépend de la possibilité de communiquer sur les réseaux sociaux.
On glisse par pudeur sur les lois européennes de protection des données privées qui ont conduit à ce qu’elles soient de facto sur un serveur américain. On frémit sur les deux options de protection des états : soit on coupe ce qui nous gêne, soit on coupe tout ce qui, où que ce soit sur le réseau pourrait porter atteinte à la sécurité de l’état (résultat 84.000 sites coupés par erreur). On ne peut laisser tous nos messages sur un site de micro-blogging qui peut, seul et sans recours possible, décider de donner toutes ses archives à la librairie du Congrès – et à qui d’autre encore ?
Il est temps de reprendre la main sur notre accès à la liberté de communication et à la privauté de nos données. C’est même de plus en plus urgent.